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DES MALADIES DU CORPS HUMAIN ET DES REMÈDES QUI LEUR SONT OPPOSÉS

§ P'. — Des maladies de la tête, des yeux, des oreilles, des dents et du nez.

Quand se présente la maladie de la horquilla qui attaque les cheveux, il faut raser ceux-ci parfaitement, se laver la tête avec ;de l’urine et la frotter avec

1. C’est à propos de ce chapitre XXVIII qu’on peut regretter le plus vivement de manquer de renseignements précis sur la véritable signification moderne des différentes substances dont il était fait usage par les Mexicains dans les maladies. Ce n’est pas qu’il fût possible d’en retirer de réels avantages pour le progrès des méthodes thérapeutiques suivies de nos jours; mais il serait curieux de pouvoir déterminer d’une manière exacte le degré de connaissances auquel ce peuple était parvenu au sujet des propriétés curatives des agents dont il se servait dans la pratique médicale. Ce qui est certain, c’est que les personnes qui exerçaient l’art de guérir y étaient autorisées et se trouvaient désignées par leur réputation à la confiance des malades. On en verra la preuve plus loin au § 7, chapitre VII du XI' livre, où il est dit que les renseignements fournis à Sahagun provenaient de quatre médecins indiens exerçant à Tlalelolco et dont les noms sont donnés par l’auteur. L’exercice de l’art de guérir n’était, d’ailleurs, pas toujours privé de désagréments. Le P. Juan de Torquemada nous en donne une preuve intéressante, à la page 525 du 2' volume de sa Monarchie Indienne. En parlant des obsèques dos rois de

une herbe appelée nanacace* qu’on'] enlève ensuite avec un second lavage d’urine. Si on ne coupe pas les cheveux, on les lave avec de l’urine et on se frotte la tête avec de l’onguent jaune mêlé de suie prise dans la cheminée. Après quoi on se met sur la tête une certaine terre noire qui s’emploie en teinture et on étend par-dessus de la poudre faite avec l’écorce d’un bois qu’on appelle quauhlepuztli en langue mexicaine et qui ressemblerait à du liège s’il n’était beaucoup plus lourd.

Contre les pellicules de la tète il faudra se résoudre à raser les cheveux, laver la tête avec l’urine et boire de la décoction de certaines plantes qui s’appellent en langue mexicaine coyoxochitl^, amolli^ et iztauhyatl * qui est l’absinthe du pays ; ou bien se frotter avec la poudre du noyau d’avocat, mêlée avec de la suie, en mettant ensuite par-dessus la terre noire dont il a été question et une certaine quantité de l’écorce susdite.

Pour traiter la maladie des croûtes galeuses de la tête, il est nécessaire de se raser, de se laver avec de l’urine et de placer ensuite sur le cuir chevelu la poudre de noyau d’avocat, ou bien se laver avec l’eau dans laquelle on aura fait macérer la résine appelée oxitl, mêlée avec de la poudre de graine de coton ou avec l’absinthe du pays, prenant soin de chauffer le tout avant de l’appliquer sur la tête.

Pour les abcès et les gros boutons de la tête, on doit faire usage d’un peu de chaux mêlée à de la poudre de tabac en assez grande quantité; ou bien on doit se résoudre à y faire des incisions en croix, en exprimer la matière, se laver avec de l’urine et appliquer ensuite un emplâtre d'ocotzotl ou d'oxitl étendu avec les barbes d’une plume.

Contre les douleurs continuelles de la tête, nous ferons usage des moyens suivants : sentir l’herbe appelée ecuxo ou les feuilles vertes du picietl; se serrería tête avec un mouchoir et recevoir la fumigation de quelques parfums. Si le mal augmente, on pulvérisera l’herbe appelée çoçoyatic ®et on aspirera cette poudre de

Michuacan, il énumère les différentes personnes qui devaient être sacrifiées sur la tombe du défunt. Dans la liste figurent « quelques-uns des médecins qui n’avaient pas pu le guérir, afin d’assurer un correctif au mauvais succès du traitement de la maladie du roi décédé ». {Voyez nos notes à la fin du, volume.)

1. Nanacace, plante de la famille des Composées, d’après Hernandez, voisine des Qnopordes ou appartenant à ce genre. Il dit ; « Radix est amara, et gustu paulisper mordens quo fit ut calidam ac siccam esse conjectem curetque aliunde vacuata caussa, febres, aut rigoribus pulsis.Aiunt etiam Indi medici crudam sudorem evocare, alvumque... »

2. Squille, oignon sauvage; de coyotl, chacal, et xochitl, fleur. Selon Hernandez, il existerait plusieurs variétés de cette plante entre lesquelles, d’après ses propres paroles (quin et broniam nostram chichi amolli vocant Indi) serait notre Bryone (bryonia dioica, de la famille des Cucurbitacées). J’ignore si c’est cette variété dont il est question dans le texte de Sahagun. Quant au coixcoxochül, je soupçonne une erreur de copiste et pense qu’il faudrait écrire coyolxochitl, qu’Hernandez prétend être le Martagón volubile Mexi-

canum Sanguinem narium sistit; radium vero extinguet febres... Dysenteries

coibet, etc (Hernandez.)

3. La propriété que possède cette plante, de détacher et de tenir lieu de savon, lui a sans doute fait donner son nom qui est formé de ail, eau, et molli, potage, ragoût, aliment.

4. Iztauhyatl. Absintbium indicum. Voy. la note de la page 64.

5. Çoçoyatic, seu herba palmæ similis. Hæc est ilia nobilis planta, quæ concisa minulim et in mulsam conjecta muscas omnes pererrantes domum, æstatisque præcipuè tem-

HISTOIRE DES CHOSES

manière à la faire entrer dans le nez. Si les douleurs augmentent encore, on mêlera cette poudre avec un peu d’eau et on en absorbera quelques gouttes par le nez. Lorsque tout cela n’aura pas enlevé la souffrance, il faudra prendre un petit couteau pointu du pays, se piquer la tête et s’y faire une saignée.

Pour ce qui est des blessures et des plaies de la tête, il faut les laver avec de l’urine et mettre sur les plaies du suc de la feuille de maguey cuit. Si l’on voit de la matière se former, il sera nécessaire de moudre la feuille de la plante appelé chipilli ou de celle qu’on nomme loloa, la mêler avec un blanc d’œuf et la mettre sur la plaie. S’il arrivait que l’os fût fracturé, tu prendras un petit os très mince, lu rapprocheras les fractures et tu appliqueras par-dessus le suc de la feuille de maguey cuit ou cru.

Contre les douleurs et les maladies purulentes des oreilles, il faudra prendre du suc tiède de l’herbe appelée coyoxochitl mêlé avec du chilli et en introduire quelques gouttes dans l’oreille, trois fois par jour et autant de fois pendant la nuit. De cette façon, on fera sortir la mauvaise humeur ou la matière. On pourra encore râper la poudre d’un certain poisson appelé cuechlli, la mêler avec de l’eau tiède et du sel et en introduire quelques gouttes dans les oreilles.

Contre les plaies qui se forment aux parties extérieures des oreilles, il faudra avoir recours aux moyens suivants : prendre la feuille de coyoxochitl, la pulvériser, la mêler avec de Vocotzotl et la mettre sur la plaie-, ou bien la pulvériser, la mêler avec de Vaxin et l’appliquer sur la plaie; ou bien encore prendre la plante appelée en mexicain cicimatic, la mêler avec du blanc d’œuf et l’appliquer sur la partie malade; ou faire de même avec toutes les plantes bonnes en pareil cas, comme le chipilli et le noyau d’avocat.

Contre le gonflement du visage qui provient de la douleur d’oreille et qu'on appelle nacazqualoliztU *, on fera usage d’une application de n’importe quelle plante astringente, mêlée avec de l'oxitl et de la suie.

Pour ceux qui ont le visage contus et enflé, on fera usage des moyens suivants : prendre l’animal appelé tapayaxin, le faire cuire beaucoup, et que le malade le mange; moyennant quoi, il se verra débarrassé de son mal. Pour cela encore il tirera profit de n’importe quel purgatif dont il fera usage, s’il prend surtout la racine appelée ololtic ^ en mexicain ; cela fera évacuer la maladie, soit par en haut, soit par en bas. Si le malade sentait son estomac en trop forte révolution, il boirait un certain atolU qu’on appelle yolatoUi ou du bouillon de poule. Pour mieux assurer la convalescence, le malade boira pendant quelques jours une décoction de tlallauhqui ® privé de son écorce.

pore morosas atque molestas, dulci escâ invítalas delet ac perdit. (Hernandez). Les médecins indiens attribuaient au surplus à cette plante, d’après le même auteur, des propriétés merveilleuses pour relever les forces des moribonds, pour guérir les dysenteries, etc... Il ne dit pas son équivalent dans la nomenclature de son temps. Coroyatic vient de çoyatl, palmier.

1. « Maladie des oreilles » ; ào nacaztli, oreille, et qualo, être privé, passif de qua, manger. Les deux éditions portent nacazqualiztli ; nous avons suivi l’orthographe donnée dans le vocabulaire de Molina.

2. C’est-à-dire : rond, contourné ; du verbe ololoa, arrondir.

3. Rouge; d’après Hernandez: radix rotunda, caulis scandit ; folia triaphaseoli modo, sed longiora, flores fabœ....

Les taches de la peau du visage qui procèdent habituellement des hémorroïdes, des bubas, de quelque ulcère intérieur ou du mal des aines, se traitent avec la plante appelée tlellemaill, pulvérisée, dont on boit le suc avec de l’eau. Après avoir pris quatre fois ce breuvage, le malade fera usage de quelques bains, et il guérira en ajoutant l’application sur lesdites taches de la plante pulvérisée que les Mexicains appellent yichcayo. Cette maladie des taches de la figure atteint communément les accouchées, surtout lorsque leur travail a été excessif; elles doivent faire usage, en boisson, d’une décoction de toutes les plantes que nous venons de nommer et prendre quelques bains au sortir desquels elles se frotteront tout le corps avec la poudre de ces mêmes herbes et racines tlatlauhqui patli, tlacoçaçalic, coztomatl' .

Les rugosités et les trous de la figure qui procèdent de la petite vérole ou d’autres maladies semblables se traitent de la manière suivante : prenez de l’urine chaude, lavez-vous-en la figure; après cela frottez-vous avec du piment jaune moulu, lavez-vous de nouveau avec de l’urine ou avec du suc de copal. Faites constamment usage du suc chaud de la plante appelée azpan et buvez celui de l’herbe nommée tlatlauhqui avec de l’eau ; moyennant quoi, vous rendrez par l’urine ou du sang ou delà matière ou du gravier. On tirera grand profit des purgatifs et de la privation de vin, de graisse, de poissons et d’autres choses nuisibles.

Lorsqu’on commence à sentir la douleur des yeux, il sera utile de moudre l’herbe appelée iztecauhticmixitl et de l’appliquer tout autour du mal ; ou bien de faire couler dans les yeux quelques gouttes de pulque qui a passé la nuit au serein, du suc des feuilles du cerisier, le lait du chardon que les Mexicains appe'.lent chicalotl^, ou le suc des bourgeons du mizquitl. Peu de jours après, il faudra instiller dans les yeux quelques gouttes du suc de la plante appelée tonalchichicaquilitl^ ou le lait de l’herbe nommée tlachinoltelzmitl“. On tirera profit des purgatifs et de la boisson qu’on appelle xoxouhcapatli “ avec laquelle on se mouillera aussi la tête. Une saignée ne ferait pas de mal.

Les cataractes des yeux doivent se racler et ratisser avec la racine appelée cocoztic en langue mexicaine. Le soir, on en exprimera le jus et on le fera couler dans les yeux. On pourra encore racler l’intérieur des paupières avec une plante âpre appelée çacamalinalli, qui ressemble à du sparte, et faire couler immédiatement après dans l’intérieur des yeux quelques gouttes de pulque exposé au serein, prenant soin de se frotter tout autour avec le baume qu’on nomme acaoxitl ®. On tirera profit également de l’usage en boisson d’une eau cl’iztacquauitl ’’ qui pousse en terre chaude. Les saignées et les purgatifs feront aussi du bien.

1. Tlatlauhqui palU, remède fait avec un certain bois rouge {tlatlauhqui)', — tlacoçaralic, de llacoa, endommager, et çaçalic, qui se colle ; — coztomatl, sorte de tomate jaune {coztic).

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