‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 48 sur 704 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

QUI PARLE DU DIEU APPELÉ XipC TotCC^ C’eST-A-DIRE ÉCORCHÉ.

Ce dieu était adoré par les gens qui vivaient au bord de la mer. Il fut originaire de Zapotlan, village de la province de Xalisco. On lui attribuait les maladies suivantes : d’abord, la variole, les abcès qui se forment sur le corps et la gale; et, ensuite, les maladies des yeux, comme, par exemple, celle qui provient de l’excès de boisson, et en général de toutes celles qui attaquent cet organe. Ceux qui souffraient de quelqu’une des infirmités susdites faisaient à ce dieu le vœu de se revêtir de sa peau quand on célébrerait sa fête qu’on appelait tlacaxipeualitztli^ ou écorchement d’homme. On y organisait une espèce de tournoi dans lequel se rangeaient, d’un côté, les partisans de ce dieu Tolec. Ils étaient tous revêtus de peaux d’hommes qu’on avait sacrifiés et écorchés pendant la fête; ces peaux étaient fraîches et dégouttaient de sang. Le parti contraire se composait de guerriers vaillants et hardis, de personnes belliqueuses et intrépides, méprisant la mort, gens audacieux qui se présentaient volontairement pour combattre. Là, ils s’exerçaient les uns et les autres aux pratiques de la guerre. Ils se poursuivaient et s’enfuyaient alternativement d’un poste à l’autre. Cet exercice étant fini, les hommes qui étaient revêtus des peaux des victimes et qui avaient soutenu le parti du dieu Totee, s’en allaient par toute la ville, entrant dans les maisons et demandant qu’on leur fît l’aumône pour l’amour de ce dieu. Une fois entrés dans les maisons, on les faisait asseoir sur des petits tas

1. Ou seulement Aïjoe, de xipeua, écorcher; Totee vient de tecqui, coupé, en composition avec l’adjectif possessif to : totee, notre coupé. Clavigero fait remarquer que Xipe est une abréviation du mot, xipeualiztli, action d’écorcher, adoptée par les écrivains espagnols pour désigner ce dieu {Storia antica del Messico, lib. VI, § 7).

2. Substantif verbal formé de tlacall, homme, une personne quelconque, et xipeua, écorcher, dépouiller.

HISTOIRE DES CHOSES

de feuilles de tzapotl^ et on leur passait au cou des enfdades d’épis de maïs et de fleurs, qui allaient du cou au dessous de l’aisselle. On les couvrait de guirlandes et on les invitait à boire le pulque.

Si quelques femmes tombaient malades des maladies susnommées, elles profitaient de cette fête pour venir faire leur offrande à cette divinité conformément à leurs vœux. L’image du dieu représente un homme nu dont un côté est peint en jaune et l’autre de couleur fauve. Il a la figure labourée, des deux côtés, par une bande étroite qui va du front au bas de la mâchoire. 11 porte à la tète une sorte de capuche de différentes couleurs avec des glands qui tombent sur le dos. Il est revêtu d’une peau d’homme écorché ; ses cheveux forment deux tresses séparées, et ses oreilles sont en or. Il est ceint d’un jupon vert qui lui arrive aux genoux avec de petits coquillages qui en pendent. Il porte des cotaras ou sandales, une rondadle jaune avec une raie rouge sur le bord et un sceptre tenu des deux mains, ayant la forme d’une tête de pavot pleine de sa graine, surmontée d’un fer de lance.

Page 1