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De popoçonallotl, écume, et Icpcll, montagne

quels, étant arrivés à Coatepec, ne poursuivirent plus leur route avec les autres. Celui qui était leur chef les conduisit aux sierras de ce district pour y établir leurs demeures. C’est pour cela que les gens de cette tribu conservaient la coutume de faire leurs sacrifices sur les sierras élevées et d’en habiter les versants.

Les autres bandes, les Toltèques, les Mexicains ou Nahua et tous les autres poursuivirent leur marche à travers les plaines et les déserts pour découvrir des pays, chaque famille ou tribu conservant à sa tête son dieu qui les guidait. On n’a pas gardé le souvenir du temps qu’ils pérégrinèrent de la sorte. Ce que l’on sait, c’est qu’ils aboutirent à un vallon entre des rochers où ils pleurèrent sur leurs deuils et leurs peines, car ils eurent à souffrir grandement la faim et la soif. Là se trouvaient sept cavernes où tous les émigrants établirent leurs oratoires, et ils y faisaient leurs sacrifices aux époques voulues par la coutume. On n’a pas davantage conservé le souvenir de la durée de leur séjour en cet endroit. Mais on dit que les Toltèques étant là avec tous les autres, leur dieu leur parla à part et leur donna l’ordre de revenir au point d’où ils étaient venus, attendu qu’ils ne devaient pas rester en ce lieu. Ayant reçu cet ordre, ils firent leurs sacrifices dans ces cavernes, avant de s’en éloigner, et cela étant fait, les Toltèques partirent tous et furent aboutir à la ville de Tullantzinco. De là, ils passèrent plus tard à Xoco~ tillan, qui est la ville de Tullan. Après leur départ, les Michoaques se mirent également en route à la suite de leur chef appelé Amimitl. Ils s’en allèrent vers l’occident au pays où ils habitent aujourd’hui, mais avant leur départ ils firent aussi leurs sacrifices dans les sept cavernes. Les Nahua entreprirent également leur marche, formant la tribu des Tepaneca, Acolhuaca, Chalca, Uexotzinca et Tlaxcalteca. Ils marchèrent par bandes séparées et vinrent aboutir à cette partie-ci du Mexique. Ce fut alors que leur dieu parla aux Mexicains qui partirent les derniers et leur dit qu’ils ne devaient point continuer à habiter ce vallon, mais poursuivre leur route pour découvrir plus de pays ; et ils partirent vers le couchant. Chacune de ces tribus, du reste, célébra ses sacrifices dans les sept cavernes avant de partir. C’est pour cela que tous les peuples du Mexique se vantent d’avoir pris leur origine dans lesdites cavernes d’où sont sortis leurs aïeux. Or, cela n’est pas exact; ils ne sont nullement sortis de ces cavernes. Ce qui est vrai, c’est qu’ils allaient y faire leurs sacrifices lorsqu’ils habitaient la vallée dont il a été question.

Quand ils furent tous arrivés dans cette contrée et qu’ayant pris possession des territoires ils eurent posé les limites assignées à chaque tribu, les Mexicains poursuivirent leur route vers le couchant et, au dire des anciens, ils arrivèrent à une province appelée Colhuacan (Mexico) et de là ils revinrent encore une fois sur leurs pas. Combien de temps dura encore leur pérégrination après leur sortie de Colhuacan, c’est ce qu’on ignore absolument. Mais avant leur départ de cette station, on rapporte que leur dieu leur parla et leur dit qu’ils eussent à revenir à leur première demeure et qu’il les guiderait par les chemins qu’ils devraient suivre. Ce fut ainsi qu’ils revinrent dans ce pays aujourd’hui appelé Mexico, sous la conduite de leur dieu. Les stations du parcours où les Mexicains s’arrêtèrent sont toutes signalées par leurs noms dans les peintures anciennes qui sont les annales de ce peuple. Après avoir erré longtemps, ils furent les derniers à arriver à Mexico. Tandis qu’ils étaient en route, on refusa de les recevoir en bien des endroits; car on ne les connaissait pas et, après leur avoir demandé

qui ils étaient et d’où ils venaient, les habitants les chassaient de leur ville. Quand ils passèrent par les districts de Tullan, àTchpoçhco et d'Ecatepeç, ils stationnèrent quelque temps sur la montagne de Chiquiuhio qui se trouve un peu en deçà à'Ecatepec. Après quoi, ils arrivèrent ensemble à Chapultepec. A cette époque, il y avait en ce district trois chefs-lieux principaux : Azcaputzalco, Coallichan et Colhuacan; mais il n’était nullement question de Mexico, attendu que le point où elle se trouve n’était alors autre chose qu’un massif de roseaux. Tandis que les Mexicains étaient à Chapultepec, les habitants des environs leur faisaient sans cesse la guerre, et ils les obligèrent à se réfugier à Colhuacan où ils passèrent quelques années. Ils se rendirent de là à l’endroit qu’on appelle actuellement Tenochtitlan (Mexico), qui était enclavé dans les limites des Tepaneca qui formaient tes royaumes d' Azcaputzalco et de Tlacopan aux confins des sujets de Telzcuco. Ils établirent là leur demeure sur un sol envahi par les roseaux, car tout le reste du district était occupé par ceux qui étaient arrivés avant eux. Comme d’ailleurs ils se trouvaient sur les possessions des Tepaneca, ils furent sujets et tributaires de la ville d' Azcaputzalco.

Toutes ces différentes familles se donnent le nom de Chichimeca et se vantent de cette dénomination. Gela provient de ce que toutes s’en vinrent errantes comme des Chichimeca, à travers les pays dont nous avons parlé, pour aboutir à cette partie-ci du pays. La réalité est cependant que les pays par où ils passèrent ne portaient point le nom de Chichimeca, mais bien s’appelaient Tlaotlalpan, Tlacoçhcalco et Mictlampa, ce qui veut dire : campagne unie et spacieuse qui se trouve située vers le nord. Si on les appelle terres de Chichimeca, c’est parce qu’actuellement elles sont habitées par cette race barbare qui vit de la chasse et qui ne forme aucun établissement. S’il est vrai que les Mexicains se disent Chichimeca, ils varient cette dénomination en s’appelantproprement A iiacacùic/u'meca^, ce qui veut dire pêcheurs provenant de lointains pays. Les Nahua qui parlent la langue mexicaine* se disent aussi Chichimeca, parce qu’ils provinrent des pays susdits où se trouvent les sept cavernes. Ces Nahua se divisent actuellement en Tepaneca, Acolhuaca, Chalca, en habitants de terres chaudes, et en Tlatcputzca qui vivent de l’autre côté des sierras vers l’orient, comme sont les Tlaxcalteca, les Uexotzinca, les Chololteca et beaucoup d’autres encore, qui tous sont armés d’arcs et de flèches. Les Tolteca aussi s’appellent Chichimeca; les Otomi et les Michuaca se donnent également cette dénomination; mais ceux qui habitent dans la direction où le soleil se lève s’appellent Olmeca, Uixtotin, Nonoalca et ils ne se disent nullement Chichimeca.

1. De aííacaíí, pluriel aiiaca, marins, hommes de la mer, et Chichimeca, Ghichimèques.

2. Ou nahuatl, mot qui signifie harmonieux, qui sonne bien. D’après ce passage de Sahagun, la langue nahuall était parlée par un grand nombre de tribus; il est à regretter que l’auteur n’en ait pas fait un relevé exact et complet; les explications mêmes qu’il donne à propos des difiérentes familles venues dans l’Anabuac y auraient gagné en éclaircissement et auraient offert un intérêt capital qui disparaît sous une exposition obscure et embarrassée.

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