‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 53 sur 704 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

QUI PARLE DU DIEU APPELÉ TeZCatZOYlCatl'^, UN DES DIEUX DU VIN.

On regarda toujours dans les temps passés le pulque ou vin du pays comme étant une mauvaise chose, à cause des détestables effets qu’il produit. Les ivrognes, en effet, se jettent parfois du haut en bas des rochers, d’autres se pendent, quelques-uns se lancent à l’eau où ils se noient*; il y en a même qui, pris de vin, deviennent homicides. Or, tous ces méfaits étaient attribués au dieu du vin et au vin luimême, et nullement au mauvais usage que l’ivrogne en faisait. On croyait aussi que si quelqu’un parlait mal de ce vin ou en médisait, il lui en arrivait quelque malheur. Ils prétendaient encore que si n’importe qui médisait d’un homme ivre ou l’insultait, même lorsqu’il proférait ou faisait mille sottises, on devait en être puni, attendu

1. Impersonnel, «on ne commence pas, c’est la fin »; de a privatif, et joeua, commencer. On épuisait ainsi les restes de la veille et l’on se gardait bien, en ce jour, de préparer un autre repas.

2. De panlli, pieu, ou àcpamill, drapeau, uni à la postposition tlan, auprès.

3. De lezcatl, miroir, et tzoma, couvrir de paille. C’était aussi le nom que portait le ministre consacré au culte de ce dieu.

4. G’es en raison de ces tristes résultats de Valcoolisme¡ auquel tous les peuples, d’ailleurs, paraissent s’être adonnés, que le dieu Tezcatzoncatl recevait, suivant les circonstances, les noms de Tequeehmecaniani, celui qui pend les gens [quechmecania], et de Teatlahuiani, celui qui les noie (atlahuia).

que ce n’était point lui qui faisait ces choses, mais le dieu Tezcatzoncatl lui-même ou quelqu’un des autres dont il était possédé. Ce Tezcatzoncatl était parent ou frère des autres dieux du vin, lesquels s’appelaient: Yiauhtecatl, Izquitecatl, Acolua, Tlilhua , Pantecall,

Toltecall, Papaztac, Tlaliecayoua, Orne tochili, Tepuztecatl, Chimapalnecatl et ColhuatzincatP. De ce qui précède, on arrive à la conclusion que les Indiens ne regardaient pas comme étant un péché ce qu’ils faisaient quand ils étaient ivres, l’action fût-elle des plus graves ; on croit même, non sans fondement, qu’ils s’enivraient pour commettre un acte qui était dans leur désir, sans s’exposer à ce qu’on leur en demandât compte comme d’un crime, et pour qu’ils pussent ainsi en éviter le châtiment. Encore aujourd’hui qu’ils sont chrétiens, il y en a quelques-uns, ou même un grand nombre, qui s’excusent de leurs péchés disant qu’ils étaient ivres en les faisant, et leur conviction erronée, provenant de leur passé, est partagée parles chrétiens. Or, ils se trompent et il importe de les en avertir, tant en confession qu’en dehors du confessionnal.

1. Yiauhtecatl ou Yauhtecatl, qui met en ordre le maïs noir (yauitl); — Izquitecatl , qui prend soin du maïs torréfié (úQ'mííí) ; — Acolua, qui n’a pas d’aïeux; de a privatif, et colua ou colhua, qui a des aïeux; — Tlilhua, qui a de la couleur noire — Pantecatl,

qui range les drapeaux [pamill) ; — Toltecatl, artisan ; — Papaztac, mou ; — Tlaltecayoua, quia le soin de la terre; — Orne tochtli, deux lapins; — Tepuztecatl, qui prend soin des objets en métal; de tepuztli, cuivre, 1er, métal, en général; — Chimalpanecatl, qui porte les boucliers (chimalli) ; — Colhuatzincatl, qui a des aïeux.

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