PROLOGUE
Vous, habitants de cette Nouvelle-Espagne, Mexicains, Tlaxcaltèques, habitants du pays de Michuacan^ et tous autres Indiens de ces Indes Occidentales, sachez que vous avez vécu dans les grandes ténèbres de l’infidélité et de l’idolâtrie, qui vous ont été léguées par vos aïeux, ainsi que le prouvent clairement vos annales et peintures, et les rites idolàtriques dans lesquels vous avez vécu jusqu’à ce jour. Écoutez maintenant avec attention et hâtez-vous de comprendre la faveur que Notre Seigneur vous a faite, par sa seule bonté, en vous envoyant la lumière de la foi catholique, pour que vous reconnaissiez qu’il est le seul vrai Dieu, créateur et rédempteur, et que seul il gouverne le monde. Et sachez que les erreurs dans lesquelles vous avez vécu au temps passé, vous tiennent encore abusés dans l’aveuglement. Et pour que vous compreniez quelle est la lumière qui vous a été envoyée, il convient que vous croyiez et que vous receviez avec docilité les paroles de Dieu, qui sont ici écrites
1. « Lieu où il y a des possesseurs de poissons » ; de michua, substantif marquant la possession et formé de michin, poisson ; la postposition can sert de suffixe à divers noms de lieu. En espagnol Mechoacan ; cet État resté indépendant de l’empire mexicain embrassait à peu près l’étendue de pays qu’occupèrent plus tard les deux États de Valladolid et de Guanajuato. Bétancourt donne une autre étymologie du nom de Michuacan qu’il fait dériver de michin, poisson, etuacqui, sec. La lagune de Tsintzontza ihonde en petits poissons que les Indiens, dit-il, faisaient sécher. C’est dans cette lagune que le Fr. Martin de la Corufiajeta des idoles, en 1525,
afin que vous échappiez aux grilies du démon, dans lesquelles vous avez vécu jusqu’à ce jour, el que vous alliez régner avec Dieu dans le paradis (a).
(a) A la suitedece prologue, le manuscrit de Saliagun, d’après l’éditeur Bustamante, ne porte pour unique appendice au livre 1" que la reproduction, en latin, des chapitres XIII et XIV du Livre de la Sagesse, qui traitent des détestables effets de l’idolâtrie, et terminent ce livre dont nous venons de donner la traduction.
Lord Kingsborough, dans son édition de l’ouvrage de Sabagun, passe au second livre immédiatement après le XXII® et dernier chapitre du livre I”', sans mentionner ni le prologue, ni le passage de l’Écriture sainte, qui sont l’un et l’autre dans Bustamante. Nous avons cru ne devoir reproduire que le prologue, lacilation nous ayant paru inutile. {Noie du trnduclein\)
FIN DE l’appendice ET DU LIVRE PREMIER.
Au SINCÈHE LECTEUR.
Il est à remarquer, pour l’intelligence du calendrier qui va suivre, que les mois sont différents des nôtres en quantité et en nombre de jours. Les mois des indigènes, en eiTet, sont au nombre de dix-buit, ayant cbacun vingt jours, ce qui fait que tous ensemble ils contiennent trois cent soixante jours. Les cinq derniers jours de l’année ne s’inscrivent dans aucun des mois; ils sont laissés à part comme étant sans emploi. Les mois des Indiens sont inscrits en marge du calendrier avec le nombre et les lettres A, B, G, etc., correspondant à chaque jour; tandis que, en face, de l’autre côté de la page, sont inscrits nos mois par les mômes lettres alphabétiques et par nombre. On en peut facilement déduire quel était le jour de nos mois, qui correspondait à chacune de leurs fêles. Les fêtes mobiles qui sont mentionnées à la fin du calendrier forment un compte distinct dont ils faisaient usage dans l’art divinatoire et qui contient deux cent soixante jours fériés; comme celle nouvelle supputation ne se confond nullement avec celle de l’année et que d’ailleurs la somme de jours en est moindre, les fêles en réalité varient, en tombant chaque année dans des jours différents (a).
(a) En réunissant ici dans un tableau les mois du calendrier, que Saliagun a mis séparément en tête de chaque chapitre du second livre, nous avons eu pour but d’offrir une disposition plus commode, ayant surtout l’avantage de ne point embarrasser le texte.
Saliagun a fait commencer l’année mexicaine le 2 février, sans fournir de preuve à l’appui de cette opinion qui est sans doute exacte et à laquelle, d’ailleurs, se sont rangés, à quelques jours près, Motolinia, Torquemada, Bétancourt et autres; mais elle eût demandé de la part de Sahagun un examen d’autant plus sérieux que plusieurs auteurs ont fixé des époques différentes offrant des écarts assez considérables. Ainsi Clavigero a assigné le 26 février au commencement de l’année, en faisant remarquer que tous les quatre ans il y avait anticipation d’un jour, ce qui, à la fin du cycle mexicain de 52 ans, constituait une différence de 13 jours et mettait le commencement de l’année au 14 février. Après cela, l’année reprenait de nouveau au 26 du même mois (Sioria antica ciel Messico, lib. VI, § 24).
Gomara et d’autres écrivains sont allés plus loin et ont choisi pour premier mois de l’année llacaxipeualiztli ou atemoztli, l’un le 16* et l’autre le 2' mois dans le tableau que nous avons dressé.
On peut voir par là combien l’étude de cette question est à la fois difficile et intéressante. Dans notre introduction, nous avons donné une explication générale du calendrier mexicain, laissant de côté les points obscurs qui auraient exigé une longue discussion et nous auraient certainement entraîné dans des recherches beaucoup trop considérables pour trouver place dans ce volume, Ils pourraient donner lieu à un travail spécial d’une réelle importance, (R, S.)