Chacal (coyotl) d’eau (atl
g 2, — D'un animal appelé múízoW ou ahuitzotl, remarquablement monstrueux
par sa forme et par ses habitudes. Il vit dans les étangs ou dans les conduits
des fontaines.
Il y a dans ce pays un animal qui vit dans l’eau et tout à fait inconnu jusqu’à présent, On l’appelle ahuitzotl. Il est de la taille d’un jeune petit chien. Son poil est court et glissant, ses oreilles petites et pointues, le corps noir et lisse, sa queue longue et portant à son extrémité comme une main humaine. Il a des pieds et des mains semblables à ceux du singe. Cet animal vit dans des étangs profonds et si quelque personne arrive au bord de l’eau dans les profondeurs de laquelle il habite, il s’en saisit aussitôt avec la main de sa queue et l’emporte au fond de sa demeure. Il trouble l’eau et y soulève des vagues qui viennent se briser sur les bords en formant de l’écume comme s’il s’agissait d’une tempête. Un grand nombre de poissons et de grenouilles s’empressent de venir à la surface en s’y ébattant en désordre. Celui que l’animal a submergé meurt au fond de l’eau et, peu de jours après, les vagues repoussent de leur sein son cadavre privé d’yeux, de dents et d’ongles, tout cela lui ayant été enlevé par Vahuitzotl. Ce corps mort n’a aucune blessure, mais sa peau porte de toute part des traces de suçons. Personne, du reste, n’osait enlever ce cadavre. On avertissait les satrapes des idoles de sa présence. Seuls, ils pouvaient s’en emparer, car on disait qu’aucun autre n’était digne de le toucher. Les dieux Tlaloque, prétendait-on, avaient envoyé l’âme du noyé au paradis terrestre, et c’est pour cela qu’on l’emportait sur une litière avec la plus grande vénération pour l’enterrer dans un des oratoires qu’on appelle ayauhcalco. On ornait cette litière de plantes aquatiques et des musiciens précédaient le convoi en jouant de la flûte. Si par hasard quelque laïque se hasardait à retirer le corps de l’eau, il s’y noyait à son tour, ou ses articulations étaient atteintes de goutte. On disait que celui qui mourait ainsi succombait, ou parce qu’il était très bon et que les dieux Tlaloque désiraient l’avoir en leur compagnie au paradis terrestre, ou bien parce qu’il possédait peut-être quelque pierre précieuse, chose qui courrouçait les dieux Tlaloque, attendu qu’ils ne voulaient point que les hommes eussent en leur pouvoir ce genre de richesse. C’était pour cela qu’ils lui donnaient la mort et qu’ils l’emportaient au paradis terrestre. Les parents de ces victimes se consolaient par la pensée que les défunts se trouvaient en compagnie des dieux de ce paradis et que par leur intercession ils seraient riches et prospères dans ce monde. Lesdits parents avaient encore le préjugé de croire que quelqu’un d’entre eux mourrait de la même mort ou frappé de la foudre, à la demande des défunts qui voulaient l’avoir auprès d’eux dans le paradis où ils étaient. Aussi évitait-on d’aller se baigner.
On disait aussi que ce petit, animal avait recours à une autre ruse pour s’emparer de quelque homme lorsqu’il s’était écoulé un long espace de temps sans qu’il en eût pris aucun. Il faisait réunir un grand nombre de poissons et de grenouilles sur un point où il se tenait lui-même. Les pêcheurs les voyant sautiller à la surface de l’eau et désirant s’en emparer y jetaient leurs filets, Vahuitzotl se saisissait alors de l’un deux, le noyait et l’emportait dans sa
HISTOIRE DES CHOSES
caverne. On disait qu’il avait recours à un autre siratagème. Lorsqu’il y avait longtemps qu’il n’avait pris personne, il se portait au bord de son étang et il se mettait à pleurer comme un enfant. La personne qui prenait cela pour une réalité s’approchait de l’eau et Vahuitzotl la saisissait avec la main de sa queue, l’emportait sous l’eau et lui donnait la mort dans sa caverne. On prétendait aussi que si quelqu’un voyait cet animal sans en éprouver aucune crainte et si d’ailleurs il n’en était point attaqué, c’était la preuve qu’il mourrait bientôt. On raconte qu’une vieille qui allait chercher de l’eau s’empara d’un de ces petits animaux, le mit dans sa cruche qu’elle boucha avec son uipilli et l’emporta pour le faire voir aux dignitaires de la ville. Ceux-ci l’ayant aperçu dirent à la vieille qui s’en était emparée qu’elle avait commis un péché en le prenant, attendu que c’est un sujet et un ami des dieux Tlaloque. Ils lui ordonnèrent de le reporter à l’endroit même où elle l’avait pris.
§ 3. — D'un serpent d'eau qui est un monstre de férocité et d'œuvres.
Il y a dans ce pays un serpent qu'on appelle acoatl ou tlilcoatl *. Il habite l’eau et la vase. Il est si gros qu’un homme peut à peine l’embrasser et il est aussi fort long. Sa tête est grosse et des barbes s’en échappent comme on le voit chez le cyprin barbu. 11 est d’un noir luisant et ses yeux sont comme de la braise. Sa queue est bifurquée. Il habite les cavernes qui se trouvent submergées par l’eau. Il mange des poissons qu’il attire vers lui avec son haleine. Il noie sous l’eau ce qu’il a pris, que ce soit une personne ou un animal. Pour s’emparer d’une personne, ce serpent a recours à une ruse remarquable. 11 fait une excavation de la dimension d’une grande cuvette à peu de distance de l’eau qu’il habite. Il prend de gros poissons, des cyprins barbus ou autres espèces, et les porte avec sa bouche à l’excavation qu’il a pratiquée. Avant de les y mettre il lève la tête et regarde de tout côté. Ce n’est qu’après cela qu’il les place dans son petit réservoir et qu’il va en chercher d’autres. Quelques Indiens hardis lui prennent les poissons qu’il a placés dans son excavation, pendant qu’il s’en éloigne, et ils prennent la fuite en les emportant. Lorsque le serpent revient, il s’aperçoit qu’on lui a enlevé sa proie; il lève droit son corps en s’appuyant sur sa queue, regarde de toutes parts et aperçoit le voleur lorsqu’il est déjà loin. S’il ne le voit pas, il reconnaît sa trace par l’odorat et il se met à courir après lui avec la légèreté d’une flèche. On dirait qu’il vole au-dessus de l’herbe et des massifs de plantes. Ayant atteint le ravisseur, il s’enroule autour de son cou en serrant fortement et il lui introduit les deux bifurcations de sa queue par les deux ouvertures du nez et même dans le fondement. Ainsi placé, il serre vigoureusement le corps de celui qui lui a enlevé ses poissons et le tue. Mais si celui-ci a de la prudence, il se ménage une excavation dans quelque arbre peu éloigné, avant d’aller commettre son larcin. Dans sa fuite, il va se réfugier dans cette cavité. Le serpent accourt s’entortiller autour de l’arbre et serre avec force dans la croyance que c’est l’homme qu’il étreint. Il y emploie une telle vigueur
t. Serpent {coati) d’eau (atl) ou noir {tlUli).
qu’il ne tarde pas à mourir enroulé autour de son arbre, et celui qui emporte les poissons peut s’échapper.
Ce serpent a une autre manière de tuer ceux qui passent près de sa demeure. Il se place au bord de l’eau et lance son venin sur le passant qui tombe aussitôt comme un homme ivre. Le reptile l’attire à. lui par son haleine, malgré ses convulsions désordonnées, le place dans sa bouche, l’étouiTe sous l’eau et le mange.
$ k. — D'autres couleuvres et reptiles de l'eau.
On appelle les serpents aquatiques acoatl. Ils ne diffèrent pas de ceux de Castille. Le texte nahuatl décrit les manières d’être de ces serpents et la rapidité avec laquelle ils glissent, ainsi que la nourriture dont ils font usage. Ce passage du texte mexicain de ce livre renferme un nombreux et très beau choix de mots appropriés
Il y a de petits lézards d'eau qui ne sont pas bons à manger. Ils ont le corps étoilé et le ventre vert teinté de blanc.
Il existe un autre animal semblable au crapaud que l’on appelle açacatl Il crie encore plus que les grenouilles et il devient ennuyeux. Il y a dans ce pays descrapauds comme ceux d’Espagne. On les appelle tamaçolin k ca.use de la maladresse avec laquelle ils avancent en sautant, avec lenteur et des poses incessantes. Cela a fourni l’occasion d’une manière de parler à l’adresse des lenteurs de ceux qu’on envoie quelque part. On leur dit ; Va aussi vite que le crapaud qui s’arrête à chaque saut comme pour contempler ce qu’il voit. (Ici, le texte nahuatl renferme un grand nombre d’excellentes expressions concernant la forme et les habitudes de ces crapauds.)
Il y en a une autre variété qu’on appelle milcalatl. Ils sont un peu plus verts que les précédents.