DES MÉTAUX
11 y a dans ce pays de l’or qui s’est formé dans des mines. Le signe qui trahit sa présence est le filon qui paraît à la surface du sol et qui dénote que le métal existe sous la terre. Ce signe apparaît surtout quand il pleut. Il est très bien expliqué dans le texte nahuatl. Celui qui voudrait le savoir et le bien comprendre n’aura qu’à demander les mots en langue mexicaine qui correspondent à ceux qui sont ici.
Il y a aussi dé l’argent, du cuivre et du plomb. Ils se sont produits en différents endroits dans des ravins ou dans des rivières. Avant que les Espagnols vinssent à la Nouvelle-Espagne, personne ne pensait ni ne courait à la recherche de l’argent ni du plomb. Les indigènes cherchaient seulement l’or dans les rivières. Ils l’extrayaient des cours d’eau avec des baquets en lavant le sable. C’est ainsi qu’ils trouvaient des grains de ce métal, quelquefois gros comme des grains de maïs, d’autres fois plus petits et souvent comme du sable.
Après avoir traité dans les chapitres précédents des plantes médicinales, des pierres qui possèdent des vertus pour le soutien de notre santé et de l’or qui a sur elle aussi des influences très favorables, il m’a semblé qu’il serait bon de placer ici les propriétés des gommes de ce pays, dont les indigènes font grand usage pour leur santé. Je possède une grande expérience de leurs vertus.
Si on fait fondre ensemble, de manière à en former comme une masse de résine, la gomme qu’on appelle copal blanc, celle qu’on nomme citapopolli qui ressemble à la poix de Castille, et une autre nommée ulli qui est noire, élastique et très légère, et si on les applique sur les jambes ou sur le corps, elles font le plus grand bien à tous les organes intérieurs et extérieurs. Il faut savoir que le copal et le chapopolli peuvent se fondre fort bien en un pot placé sur des braises, avec la précaution de les réduire en morceaux l’une et l’autre auparavant. Quant a.Vulli, il est indispensable de le fondre d’abord en le traversant avec une broche et en y appliquant le feu. Il brûle et des gouttes d’un liquide noir comme de l’encre tombent dans une écuelle. On peut en fondre ainsi la quantité qu’on veut, moindre que le mélange antérieur; quoique en réalité celui-ci doive être d’autant meilleur que la quantité d’ulli sera plus grande. Lorsque ce dernier sera fondu on le mêlera avec les autres sans qu'il soit nécessaire de les soumettre tous ensemble à l’ébullition. Il suffira de les mêler et de les battre de temps en temps au soleil pendant trois ou quatre jours pour que le mélange s’effectue très bien. Pour que ce goudron ou onguent soit utile pendant plusieurs jours et se puisse appliquer au corps toutes les fois qu’on voudra, on prendra la peau tannée d’un chevreuil. On y coupera le nécessaire pour faire des chausses allant des pieds jusqu’aux aines. Il ne faudra pas les coudre; mais on y appliquera cet onguent en l’étendant sur la partie intérieure de la peau. On laissera le cuir s’cn bien imbiber pendant deux ou trois jours. On en appliquera ensuite d’autres couches jusqu’à ce que la peau ne l’absorbe plus et qu’il en reste une certaine
quantité à la surface. Sur cette couche d’onguent ainsi étendue on appliquera deux morceaux d’étoffes coupés de la largeur du cuir et on les coudra sur les bords. On attachera ensuite des courroies à la peau de chevreuil, une à la partie qui correspondra au pied, une autre sous le genoux, une autre au-dessous de celui-ci, une autre encore au milieu de la cuisse, et une autre enfin à l’extrémité supérieure. Les jamhes étant recouvertes par cette peau ainsi attachée, on pourra l’y retenir de jour ou de nuit tout le temps qu’on désirera, la retirer ensuite, la garder et la remettre quand on voudra, pendant longtemps. Cela fait du bien pour n’importe quelle indisposition dont on serait atteint. Si l’on en faisait un pourpoint pour l’appliquer sur la peau, sous la chemise, on se sentirait soulagé de toutes sortes de souffrances. Si l’on ne veut pas un pourpoint, qu’on fasse une ceinture d’un empan de large, ou un peu plus, avec le même cuir préparé comme il est dit , ayant la longueur nécessaire pour faire le tour du corps, ainsi qu’il la faudrait pour le pourpoint.
Je sais aussi par expérience que la pierre d’obsidienne pulvérisée (je parle de celle que nous avons dite être de l’émeraude noire), mêlée avec du blanc d’œuf de manière à former comme de la boue, étendue ensuite sur de l’étoupe et appliquée avec un linge sur un point atteint de la goutte, enlève cette maladie et la fait disparaître de nouveau toutes les fois qu’elle se représente. Cet emplâtre conserve ses propriétés pendant plusieurs jours et même des années, sans qu’on le renouvelle, pourvu qu’on le garde bien. Celui qui voudra appliquer aux p’.eds l’onguent susdit n’aura qu’à acheter quatre chaussures égales de basane et à les mettre l’une sur l’autre avec cet onguent, en faisant coïncider les revers et en mettant en dehors la partie lustrée, et c’est ainsi qu’il les portera.