Collier
3. C est-à-dlre : nous sommes des serviteurs, des esclaves; pluriel de llncall, personne esclave, précédé du pronom personnel ti, nous.
HISTOIRE DES CHOSES
dit Tezcalüpoca, que l’on croyait être le dieu des dieux. C’était en son honneur que l’on tuait, le jour de sa fête, un jeune homme choisi qui ne devait avoir aucun défaut corporel et qu’on entretenait dans toutes les délices pendant l’espace d’une année entière, l’instruisant à jouer des instruments, à chanter et à parler avec élégance. Cette fête était la principale de toutes, comme qui dirait la Pâque, et, en réalité, elle se célébrait aux environs de la Pâque de résurrection, ou quelques jours après. Ce jeune homme, soigné comme je viens de dire, était de tournure bien prise, choisi entre un grand nombre d’autres et portant les cheveux longs jusqu’à la ceinture.
En même temps que l’on sacrifiait le jeune homme qu’on avait soigné dans celte intention, on en choisissait un autre qui, pendant un an avant de mourir, parcourait la ville portant des fleurs à la main, au milieu de gens qui lui tenaient compagnie. Il saluait gracieusement toutes les personnes qu’il rencontrait, et, de leur côté, celles-ci, qui le prenaient pour l’image de Tezcalüpoca, se mettaient à genoux devant lui et l’adoraient. Vingt jours avant la fête du sacrifice, on donnait à ce jeune homme quatre jeunes filles bien faites, élevées pour cette destination, avec lesquelles il avait des entretiens charnels pendant les vingt jours. En même temps qu’on lui donnait ces jeunes filles, on changeait son habillement; on donnait à ses cheveux la coupe d’un capitaine et on le couvrait de plus riches vêtements.
Cinq jours avant qu’il mourût, on lui faisait des fêtes et des banquets dans des endroits frais et agréables, tandis que de grands personnages lui tenaient compagnie. Le jour de sa mort étant venu, on le conduisait à un oratoire api)elé Tlacochcalco' ; mais, avant qu’il y arrivât, étant parvenu à un point nommé Tlapilzauayan *, ses femmes s’écartaient de lui et l’abandonnaient. Quand il arrivait au lieu où l’on devait lui donner la mort, il montait lui-même les degrés du temple et, à chacun d’eux, il brisait une des flûtes qui lui avaient servi à faire de la musique pendant toute l’année. Parvenu au haut du temple, il était étendu sur le billot et on lui arrachait le cœur. Alors on descendait dévotement son corps jusqu’en bas et, là, après lui avoir coupé la tête, on la plaçait au haut d'un poteau appelé tzompanlli^. On faisait encore dans cette fête beaucoup d’autres cérémonies qui sont longuement décrites au chapitre qui en fait l’histoire.
1. De llacochlli, armes, et caiH, maison, avec le suffixe co. Ce temple, consacré spécialement à la guerre, était une sorte d’arsenal qui renfermait un grand nombre de dards, flèches ou autres engins de combat.
2. Lieu où l’on fond des métaux, qui est voisin de htapalapan-, de püsa, souffler, fondre ou de jiilzaua, amenuiser, amincir.
3. De tzonlli, tète, et panlli, pieu. Des pieux, sur lesquels on plantait les têtes coupées, étaient fixés dans les édifices religieux qui portaient le même nom de tzompantli.