‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 623 sur 704 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

DES PLEURS DE Moteuhçoma ET DE TOUS LES MEXICAINS EN APPRENANT QUE LES ESPAGNOLS ÉTAIENT SI BRAVES.

Lorsque Moteuhçoma eut appris ce que nous venons de dire, il eut le chagrin de croire que de grands malheurs allaient fondre sur lui et sur son empire. Il en fut pris de frayeur, et non seulement lui, mais tous ceux qui connurent les mêmes nouvelles. Tous pleuraient et vivaient dans l’angoisse; ils marchaient tristes et la tête baissée; on les voyait faire des caquets et parler avec épouvante de ce qu’on venait d’apprendre. Les mères en pleurs prenaient leurs enfants dans leurs bras, et, leur mettant la main sur la tête, disaient ; « O mon fds 1 tu es venu « au monde en un malheureux moment. Que de grandes choses tu es appelé à « voir ! En combien de difficultés tu te trouveras ! » On rapporta h Moteuhçoma que les Espagnols amenaient avec eux une Indienne mexicaine du nom de Marina*, native du village de Teticpac*, qui est situé sur l’a côte de la mer du Nord. Elle était leur interprète et disait en langue mexicaine tout ce que le capitaine Fernand Cortès lui commandait. Moteuhçoma commença à envoyer des messagers et des personnages de qualité au point où les Espagnols se trouvaient, afin de voir ce qu’ils faisaient et de fournir le nécessaire à leur usage. Chaque jour les uns partaient et les autres retournaient; les messagers allaient et venaient sans cesse, et de leur côté les Espagnols ne cessaient pas de s’informer au sujet de Moteuhçoma, voulant savoir quel homme c’était, s’il était vieux, s’il était jeune ou d’un âge moyen, ou s’il avait les cheveux gris. Les Indiens mexicains répondaient qu’il était d’un âge moyen, ni trop vieux ni trop gros, mais sec et élancé. Moteuhçoma, apprenant par ses messagers que les Espagnols s’informaient beaucoup de lui et désiraient fortement le voir, vivait dans les plus grandes angoisses; et il pensait à fuir ou à se cacher, pour qu’ils ne pussent point le voir ni le trouver. Il voulait se réfugier dans quelque caverne, ou sortir de ce monde pour s’en aller en enfer, ou dans le Paradis terrestre, ou en quelque autre lieu secret. Il en conférait avec ceux de ses amis qui lui inspiraient confiance. Ceux-ci lui disaient : « Il y a des gens qui savent le chemin pour se rendre en enfer, au « paradis aussi, à l’habitation du soleil et à la caverne appelée Cincalco^ qui se a trouve près de Tlacuyoacan, derrière Chapultepec, où existent de grandes « cachettes; Votre Majesté trouvera dans quelqu’un de ces lieux un remède à sa « situation. Que Votre Majesté choisisse l’endroit qu’elle voudra; nous l’y con- « duirons et Elle s’y consolera sans recevoir aucun dommage. » Moteuhçoma résolut de se rendre à la caverne de Cincalco et on l’annonça à tout le pays.

1. Le traducteur a cru devoir faire une note à propos de cette célèbre interprète de l’expédition. Sa longueur est trop considérable pour qu’elle puisse trouver place au bas de la page. Elle a été transportée à la fin du volume parmi les autres notes qui le terminent.

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