CHAPITRE XXX
COMMENT LES BRIGANTINS .QUE LES ESPAGNOLS FABRIQUÈRENT A TclZCUCO VINRENT SUR MEXICO.
Lorsque les Espagnols se trouvaient à Tlaxcala, ils travaillèrent les pièces nécessaires pour faire douze brigantins et il les apportèrent à Tetzcuco sans les monter. Ce fut dans cette ville qu’on les monta, qu’on les cloua et qu’on fit le carénage. Quand le travail fut fini et l’artillerie mise à bord, les Espagnols qui avaient été désignés pour cela y entrèrent et s’en vinrent par la lagune jusqu’au
I. De nexlli, cendre, et tlalilia, brûler ou cacher, avec co, dans, suffixe de nom de lieu. Voyez la note sur Tlatelulco, page 2.
HISTOIRE DES CHOSES
débarcadère à'Acachinanco, près de Mexico, en droite ligne de San Anton, église qui se trouve près des maisons d’Alvarado. Le capitaine Fernand Cortès entra lui-même dans tes brigantins. On se mit à sonder la lagune, afin de bien connaître la hauteur de l’eau partout où l’on devait naviguer. Quand on eut bien découvert toutes les routes qu’on pouv.ait suivre, on fit le branle-bas de combat à bord des brigantins, dans le dessein de courir à la destruction des Mexicains. On se mit en ordre, les drapeaux déployés en avant, et, au son du fifre et du tambour, on commença l’action contre les Mexicains. Beaucoup de ceux-ci, qui avaient les maisons dans l’eau, voyant que les hostilités commençaient sur la lagune, commencèrent à fuir avec femmes et enfants, quelques-uns emportant leurs fils sur leurs épaules et les autres les embarquant dans leurs canoas. Ils abandonnaient tous leurs biens dans leurs maisons. Les Indiens alliés des Espagnols y entraient et pillaient tout ce qu’ils y trouvaient. Les Indiens de Tlatelulco combattaient aussi avec leurs embarcations. Les Espagnols des brigantins étant arrivés à un canal qui avait été interrompu par un mur, déblayèrent le chemin et commencèrent le combat avec les défenseurs du poste. Ils tournaient les canons vers les points où les embarcations étaient fortement massées et ils faisaient le plus grand dommage aux Indiens avec l’artillerie et les escopettes. Les Mexicains comprenant cette situation commencèrent à s’écarter,et à se garer des boulets, faisant voguer leurs embarcations en serpentant et se jetant à plat ventre dans le fond de leurs canoas quand ils voyaient que les coups allaient partir. Ils ne tardèrent pas du reste à se retirer vers les maisons et de cette manière ils laissèrent le champ libre à l’ennemi. Les Espagnols arrivèrent à un endroit appelé i/itsilian, qui est près de l’église de San Pablo. Ils trouvèrent là un autre obstacle de maçonnerie, derrière lequel se tenaient un grand nombre de Mexicains. Les brigantins s’y arrêtèrent quelques instants pour se mettre en mesure de battre le mur avec l’artillerie.