CHAPITRE X
XOCOIIUETZI.
On appelait le dixième mois xocohuetzi ^ Le premier jour, on faisait une fête au dieu du feu nommé Xiuhtecutli ou Ixcoçauhqui. On jetait au feu pendant cette fête plusieurs esclaves vivants, attachés des pieds et des mains, et, avant qu’ils eussent expiré, on les traînait pour aller leur arracher le cœur devant l’image de ce dieu.
Pendant la fête de tlaxochimaco, les Indiens allaient à la forêt, y coupaient un arbre d’une hauteur de vingt-cinq brasses, et le traînaient à la cour du temple de ce dieu. Là, il était émondé, mis debout, et il restait ainsi jusqu’à la veille de la fête du présent mois. Alors il était de nouveau couché sur le sol avec beaucoup de précaution et à l’aide de mille appuis pour éviter une chute trop rude. Dans la veillée de cette fête, le matin de bonne heure, un grand nombre de charpentiers, munis de leurs outils, venaient, l’émondaient de nouveau et le polissaient très bien. Ce travail étant fait, on l’ornait de toute sorte de papiers, et, à l’aide d’un système de cordages, on le mettait de nouveau debout et on le consolidait dans cette situation au milieu de cris et de grandes vociférations.
L’arbre étant redressé et muni de ses ornements, les propriétaires des esclaves qui devaient être jetés vivants au feu s’habillaient de leurs plus riches costumes ornés de beaux plumages. Ils se teignaient les corps en jaune, parce que c’est la couleur adoptée pour hono-
1. Outre sa forme ronde, cet autel, construit en terre aux entrecroisements des chemins, avait quelques degrés qui se terminaient par une petite plate-forme.
2. De xocotl, fruit, et uetzi, tomber ; c’est l’époque où les fruits sont mûrs. Les habitants de Tlaxcala donnaient à ce mois le nom de uei micailhuill, grande fête des morts, c’est-àdire en l’honneur des guerriers ou princes illustres défunts que l’on glorifiait et mettait au rang des dieux. On écrit aussi sans composition xocotl uetzi ou huetzi.
HISTOIRE DES CHOSES
rer le feu. Ils amenaient les captifs avec eux, et ils passaient toute la journée, jusqu’à la nuit, à faire leur areyto.
Ayant veillé toute la nuit dans le temple avec leurs captifs et après s’être livrés avec eux à beaucoup de cérémonies, on répandait sur leur figure une poudre appelée yauhtli, afin d’amortir leur sensibilité et pour qu’ils n’eussent pas autant de regret de mourir. On leur liait les pieds et les mains, et, quand ils étaient ainsi attachés, quelques personnes les chargeaient sur leurs épaules et se livraient sous ce poids à des danses variées autour d’un grand brasier. Tout d’un coup on lançait la victime sur la partie la plus ardente du foyer; on la laissait se griller un instant, et, vivante encore et pleine d’angoisse, on la saisissait avec un crochet, et, la traînant violemment sur le sol, on la venait placer sur la pierre du sacrifice, où l’on s’empressait de lui arracher le cœur. C’est ainsi qu’on augmentait le supplice de ces infortunés. Un grand nombre de cordes tenaient l’arbre attaché par le haut, à la manière des cordages d’un navire descendant de la hune. Au haut de ce màt élait placée l’image en pied de ce dieu, faite de la masse appelée tzoalli. Le sacrifice étant terminé, des jeunes gens simulaient une action de guerre. On faisait encore d’autres cérémonies qui seront détaillées longuement au chapitre qui traite de cette fête.