Forme révérentielle de llacoll, tige
repartit : c II est très vrai que nous nous emparâmes de tout ; mais on nous le reprit au passage du canal de Toltecaacaloco ; il faut qu’il reparaisse à l’instant. » Un grand seigneur mexicain appelé Ciuacoall tlacotzin répondit aussitôt en s’adressant à Marina : « Dis à sa divinité le capitaine que nous autres Mexicains n’avons pas l’habitude de guerroyer sur l’eau en canoas ; nous ignorons cette manière de combattre. Seuls, les guerriers de Tlatelulco attaquèrent sur la lagune nos seigneurs les Espagnols; eux seuls, croyons-nous, s’emparèrent de l’or. » Mais Quauhtemoctzin interrompit Ciuacoatl : « Qu’est-ce que tu dis? Il est vrai que les gens de Tlatelulco le prirent; mais ils furent mis en prison pour ce fait et ils s’empressèrent de tout rendre. Tout fut réuni au lieu appelé Texopan et c’est cela que nous présentons ici actuellement; il n’y en a point davantage. » Marina repartit ; « Notre capitaine dit que tout n’est pas là. » Le grand seigneur Ciuacoatl < répondit : « Peut-être des maceuales ont-ils pris quelque chose; on le cherchera et on le portera, s’il y a lieu, en la présence du capitaine. » Marina dit encore : « Le seigneur capitaine ordonne que vous cherchiez deux cents palets en or aussi grands que cela; » et elle signalait avec la main la grandeur d’une patène de calice. Ciuacoatl ajouta: « Peut-être que quelques-unes de nos femmes l’emportèrent en le cachant sous leurs jupes; on le cherchera pour l’apporter à la présence du capitaine. » On en était là lorsqu’un autre grand seigneur du nom de Mixcoatlaylotlacauelitoctzin prit la parole en ces termes : « Dis au seigneur capitaine que, du vivant de Moteuhçoma, la conduite que l’on suivait pour aller conquérir, c’est que les Mexicains, les Tezcucans, les Tlacubains et les habitants lie Chinampas partaient ensemble vers la ville ou la province dont on voulait faire la conquête. Ils retournaient chez eux après le triomphe, et bientôt les seigneurs des pays conquis venaient leur apporter leur tribut d’or, de pierres précieuses et de plumes riches. Tout était livré à Moteuhçoma, et c’était ainsi que tout l’or arrivait en son pouvoir -. »
1 . C’est-à-dire ; serpent [coati) femelle [ciuall] ; c’est le nom que l’on donnait au lieutenant du monarque, au vice-roi.
2. On reprochera peut-être au traducteur, à propos de ce douzième livre, de n’avoir pas choisi le texte que Sahaguu adopta définitivement, pour traiter ce même sujet, quelques années plus tard dans un second manuscrit. Le traducteur reconnaît que cette conduite eût été préférable à bien des égards; mais il n’a pas cru pouvoir céder à cette préférence, parce que l’originalité de l’œuvre entière de Sahagun consiste surtout dans le calque absolu de son texte espagnol sur le texte nahuall primitif qui avait été lui-même écrit sous la dictée des vieillards indigènes. C’est pour respecter cette même originalité dans le récit de la conquête que le traducteur a préféré s’en tenir pour ce livre, comme pour tous les autres, au texte original de l’ouvrage entier.
FIN DE l’histoire GÉNÉRALE ÉCRITE PAR LE T. R. P. FRAY BERNARDINO DE SAHAGUN.
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TABLE DES MATIÈRES
(traduite du texte du P. SAHAGUN.)
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