CHAPITRE XVII
TITITL.
On appelait lititl * le dix-septième mois. On y faisait une fête à la déesse Ilamatecutli *, autrement dite Tonan ou Cozcamiauh*. On tuait une femme en son honneur; on lui coupait la tête immédiatement après lui avoir arraché le cœur; on lui faisait un areyto, et celui qui tenait à la main la tête de la victime se mettait au premier rang des danseurs.
La femme destinée au sacrifice était revêtue des ornements de la déesse dont elle était une image et qui s’appelait Ilamatecutli ou Tonan, ce qui veut dire : notre mère. Cette femme, ainsi parée des vêtements dont on verra la description en son lieu, dansait seule au son de la musique de quelques vieillards, et, en dansant, elle soupirait et pleurait en pensant qu’elle allait mourir. Midi étant sonné, les satrapes se recouvraient des ornements de tous les dieux, et, en marchant devant elle, ils la faisaient monter au temple où elle devait recevoir le coup mortel. On la plaçait sur la pierre du sacrifice, et on lui coupait la tête. Le premier des satrapes habillés en dieux la prenait aussitôt par les cheveux et l’on faisait un areyto avec elle. Guidant la danse alors, ce prêtre en marquait les mouvements avec la main droite qui tenait la tête de la victime.
Ce même jour, les ministres des idoles se livraient à des réjouissances et à des escarmouches. Ils couraient les uns après les autres de haut en bas et de bas en haut du temple, en faisant certaines cérémonies.
Le jour suivant, tous les hommes du peuple fabriquaient des bourses longues d’une brasse et bien attachées avec des cordelettes. Ils les remplissaient de choses légères, comme de la laine, les cachaient sous leurs manteaux et en frappaient à grands coups toutes les femmes
1. D’après Clavigero, ce mot signifie resserrement, contraction. Le caractère figuratif représente deux ou trois morceaux de bois liés avec une corde qu’une main tire fortement, pour marquer le resserrement produit par le froid. Ce mois, selon Clavigero, s’étendait du 12 au 31 janvier.
2. « Noble vieille de ilamall, vieille, et lecutli, seigneur, noble.
3. « Collier de maïs en fleur »; de cozcall, pierre précieuse, collier, joyau, et miauall, bouton, fleur, épi de maïs.
HISTOIRE DES CHOSES
qu’ils rencontraient dans la rue. Les choses allaient à ce point que les enfants aussi se munissaient de leurs sacoches et en frappaient les jeunes fillettes jusqu’à les faire pleurer.
On faisait encore beaucoup d’autres cérémonies dans cette fête-là. Elles seront décrites au chapitre qui traite de leur histoire.