‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 8 sur 704 · Ceseiia, 1780, turne II, pa¡;es 234 et suivantes · texte numérisé non relu

Ceseiia, 1780, turne II, pa¡;es 234 et suivantes

INTRODUCTION

les travaux sérieux dus à Valadès, procureur général des Franciscains, Gemelli, Boturini, Juan de Torqneinada, Cristóbal del Castillo, Gama et autres. Je n’ai pas la prétention de venir après eux Faire ici un travail complet sur le sujet; je n’aurais ni l’espace ni les matériaux suflisants. J’essayerai seulement, en fournissant quelques notions générales, de suppléer à ce qu’a d’obscur à cet égard le livre de Sabagun.

Le calendrier mexicain était basé sur l’année tropi([ue de 565 jours. Ces jours étaient répartis d’une manière égale entre 18 mois de 20 jours chacun et l’on ajoutait 5 jours complémentaires appelés nemontemi. Le vulgaire regardait ces 5 derniers jours comme néfastes et les appelait vains, inutiles, malheureux ; je crois qu’il est permis d’expliquer scientifiquement la signification du terme nemontemi sous lequel on désignait ces 5 jours tous ensemble. Le mot veut dire insuffisant, qui ne remplit pas ; en effet, ces jours ne peuvent compléter l’année solaire qui, en dehors des 305 jours, compte 5 h. 48' et 50". Celte interprétation s’appuie non seulement sur l’étymologie même du mot, mais encore sur les connaissances astronomiques des anciens Mexicains puisqu’ils savaient tenir très exactement compte de la différence existant entre l’année commune et l’année solaire.

Les Aztèques avaient deux cycles, l’un de 52 ans désigné par le mot xiuhmolpilli, ligature des années, et l’autre dont l’étendue était double ou dç 104 ans. On appelait cette seconde période ce ueiietiliztli, un grand âge, une vieillesse entière. Sabagun a prétendu que tous les 4 ans les Mexicains ajoutaient un jour déplus et avaient 6 nemontemi au lieu de 5. Rien ne semble justifier cette opinion et Gama la contredit en opposant un système de compensation plus rationnel à mon avis. 11 dit qu’en raison de l’excédant de l’année tropique, 5 h. 48' 50" sur les 565 jours de l’année commune, on ajoutait 12 jours 1/2 au bout de la période de 52 ans soit 25 jours après la grande période de 104 ans. Mais comme, au bout de ce temps, il y avait encore excédant de 4 h. 58' 40", on admettait un jour de plus au bout de 5 périodes et de 1 8 ans, c’est-à-dire après un espace de 558 ans. Ainsi se complétait exactement l’année commune par rapport à l’année solaire. La période de 104 ans était donc une période purement astronomique.

Le cycle de 52 ans, qui coneordait avec la période lunaire, était surtout chronologique, ou, pour parler plus exactement, servait à fixer les dates et à se reconnaître dans les grands faits historiques et les événements ordinaires de la vie. Cette période se divisait en quatre groupes égaux de 13 ans, auxquels on donnait le nom de tlalpilli ou poignée et que quel-

INTRODUCTION

ques écrivains ont improprement appelés indictions. Quatre signes et par conséquent quatre termes unis aux 13 premiers adjectifs numéraux suffisaient pour désigner ces cinquante-deux années. Ces mots étaient : tochlli, lapin, acall, roseau, lecpatl, silex, et calli, maison. Plusieurs auteurs ont pensé que ce nombre quatre était sacré et avait été déterminé par le culte rendu aux quatre principales divinités. Je crois qu’il serait plus simple de voir dans les trois premiers signes la représentation des trois règnes de la nature et pour le dernier l'indication du séjour même de l’homme, sa demeure sur la terre [calli). Quoi qu’il en soit, ces termes se succédaient de 4 en 4, de manière que chaque groupe de 15 ans commençait et finissait par le luèniemot. Voici le tableau de cette succession telle qu’elle a été indiquée, en note et en français, à la fin du VIP livre, page 494. Le lecteur sera peut-être bien aise de la trouver ici en nahuatl :

Ce

toclitli.

acatl.

tccpatl.

— calli.

Orne

acall.

tccpatl.

calli.

— toclitli.

Yci

tecpall.

calli.

toclitli.

— acall.

Naliui

calli.

toclitli.

acall.

— tccpatl.

Macuilli

toclitli.

acatl.

tecpatl.

— calli.

Chicuace

acatl.

tccpatl.

calli.

— lochlli.

Chiconic

tecpall.

calli.

toclitli.

— acatl.

Chicuci

calli.

lochlli.

acatl.

— tccpatl.

Chicuiialiui.

lochlli.

acatl.

tecpatl.

— calli.

Matlaclli.

acatl.

tccpatl.

calli.

— toclitli.

Mallnctli oce

tccpatl.

calli.

toclitli.

— acatl.

Matlactii oiiiome

calli.

toclitli.

acatl.

— tccpatl.

Matlaclli omci

toclitli.

acatl .

tecpall.

— calli.

On remarquera :

1" Que chaque terme reparaît coustamment dans le même ordre, de manière à former quatre séries très faciles à retenir : 1, 5, 9, 13; — 4, 8, 12; — 5, 7, 11; —2, G, 10.

2” Que l’ordre des séries, par rapport aux 4 groupes de la période, commence au même rang que les termes occupent entre eux. Ainsi tecpall étant le 3® terme ouvre ses séries au 3” groupe et continu par le 4®, le 1®' et le 2® groupe.

5® Que les chiffres du premier groupe indiquent précisément les 15 premières années de la période et que les chiffres des 2®, 5® et 4® groupes désignent les années de 14 à 26, de 27 à 59 et de 40 à 52. Il suffira donc, pour connaître en quelle année de la période tombe une date quelconque, d’ajouter au chiffre de cette date 15, 26 ou 59 suivant que cette date appartient au 2®, au 5® ou au 4® groupe. Je prends 9 acall; cette date étant de la l" série du terme acatl doit se trouver dans le 2® groupe, on

INTRODUCTION

n’aura donc qu’à ajouicr 15 à 9 et l’on aura 22, c’est-à-dirc (|iie la date 9 acall est la 22® année de la })ériodc. — Autres exemples : 0 calli, qui est de la 4® série du terme calli, appartient au 5« groupe ; si l’on ajoute à 6 le nombre 26 on aura la 52® année de la période ; tandis que 15 calli appartenant au 4® groupe sera la 52® ou dernière année du cycle.

Je ne puis m’empêcher d’appeler ici l’attention des lecteurs sur un point important delà chronologie. En donnant la suite des souverains de Tenochtillan, Tlatelulco, Tetzcuco et Uexotla, Sahagun a indiqué la durée respective de leur règne. Pour les rois de Tenochtitlan en particulier, ses calculs diffèrent peu de ceux qui sont dans les annales de Chimalpahin; mais il n’en est pas de même quand il s’agit des souverains de Tlatehilco. Ainsi, pour ne citer qu’un exem[)le, Sahagun assigne à Qunquapilzaliuac 60 ans de règne, tandis que Chimalpahin porte 40 ans. Si l’on consultait à cet égard les auteurs espagnols, Carlos de Siguenza, Henri Martinez, Juan de Torquemada et autres, on constaterait bien des différences encore non seulement pour les princes de Tlatelulco^ mais pour les monarques des divers Etats indiens. 11 faut en conclure qu’un travail sérieux est à faire sur la chronologie mexicaine, soit pour en préciser les époques, soit pour établir sa concordance avec notre chronologie. Les annales de Chimalpahin, qui ont été écrites d’après les mappes chronologiques ou tableaux figuratifs des anciens Mexicains, seraient pour ce travail d’un puissant secours.

Le cycle mexicain commençait en l’année 1 tochlli, 1 lapin., et c’était la 2® année, 2 acatl ou 2 roseau, date de la naissance du grand dieu Uitzilopochtli, qu’avait lieu seulement la cérémonie du renouvellement du feu. Les ministres, réunis au sommet d’une montagne, allumaient le feu nouveau à l’aide d’un instrument nommé tlequaidll ou bois à feu. C’était alors qu’avait lieu aussi la ligature des années. Peut-être consacrait-on l’année précédente, 1 tochlli, à réunir sur des peintures les grands faits du cycle. On comptait par ligatures en les rapprochant de tel on tel événement important. Ainsi, Chimalpahin nous apprend qu’en 1Ô07 les Mexicains avaient lié leurs années pour la quatrième fois depuis la fondation de Tenochtitlan et pour la neuvième fois depuis l’époque de leur départ de Aztlan Chicomoztoc. L’événement rappelé n’était jamais pris pour point de départ, car il pouvait se faire qu’il se trouvât au milieu même d’une période, ainsi qu’il arrive pour les deux faits saillants que j’ai choisis ; la fondation de Tenochtitlan et le départ des Mexicains de Chicomoztoc. Ils sont l’un et l’autre au milieu de 2 cycles, c’est-à-dire en

INTRODUCTION

1525 et en 1065. Evidemment, il se présente là deux grands problèmes à résoudre. Pourquoi les ligatures avaient-elles lieu en l’année 2 ncatl? Est-ce la naissance de Uitzüopochüi qui avait servi à déterminer cet usage? Est-ce le résultat d’une réforme du calendrier civil qui n’aurait pas tenu compte des institutions religieuses et aurait fait commencer le cycle en l’année 1 tochtli ? Où bien faut-il n’y voir, comme je l’ai dit, qu’une

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