‹ Histoire générale des émigrés pendant la révolution françaiseChapitre 11 sur 31 · Ce sor · texte numérisé non relu

Ce sor

e, mail elle révèle les boute

ux *r'cre[s de la |

D.q,t,:scbyGOC>^IC

sous NAPOLEON l". ' Si

du parti; c'est ud renfort pour la police; elle hét"

d'abord des espions qu'entretenait le Directoire; au

sous le Directoire, ces aventuriers étai^t dépravés

par la faim ou par t'ainitië de Danton, c'étaient

malheureux de bas éla([e. Maintenant ce sont des p

sonnages, on les écoute, on les prend au sérieux

dirai presque qu'on les respecte; si on les soupçon

on n'ose l'uvouer. Dans la première catégorie, celle

anciens, on retrouve M. de Colleville, celui qui

voyait nu Directoire des rapports sur les émigrés. Il

aussi bien Napoléon; il sert même doublement, ci

surveille à la fois les royalistes et les agents consuls

du gouvernement' ; il reconnaît les écritures, donn

biographie des suspects, reste a Hambourg cnmmi

véritable exilé, et gagne consciencieusement son suh

Le coQitede B... est moins utile et moins inteltig

Il correspond' avec Bourrienne et avec Henri, le c

nel de la gendarmerie. A propos des renseignem

qu'il adresse, Bourrienne écrit : « J'ai toutes ces n

bien précises, et bien plus circonstanciées que B..

les donne. • Pour démontrer son importance,

remet au gouvernement un récit des missions seci

que lui ont confiées les Bourbons dès 1 792, les téi

gnages de satisFaction qu'il a reçus d'eux, son bi

ae colonel de cavalerie à l'armée des princes.

15 avril 1792, et jusqu'à son brevet de chevalie

'Pi, 6371.

'F, 6ïW.

S4S LES ÉM1GBÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE Saint-Louis. Pour se rendre plus digne de son nouvel emploi, ce malheureux se dépouille des papiers qui lui faisaient honneur. Ces papiers, les archives les ont soigneusement j^^ardës avec ses rapports de police, en sorte qu'à côté d'une dénonciation on Ut une pièce comme la suivante : » Vérone, 23 mars 1796. Je profite avec plaisir, Monsieur, d'une occasion sûre pour vous dire que je suis instruit de la façon dont vous vous êtes acquitté des différentes commissions dont vous

âvez été chargé Louis. ■ C'est B... qui déuonceà

Desmarest les voyages de Hyde de NeuviUe, le complot de Crénolles et les démarches de l'abbé Ratel. Estil payé bien cher? — * Par les rapports que j'ai mis SI. de Bourrienne à même de faire à la police, d'après nés cotnmunications, je pense pouvoir obtenir les Tente-cioq louis qu'on m'avait fait espérer. > Mais il a Je la peine à se foire prendre au sérieux. Dutheil, l'agent inancier du comte d'Artois, ne procure pas plus de ouis que Bourrienne. ■ Dutheil. écrit celui-ci ', a été oiigtemps méfiant, et sans vouloir entendre à aucune >ropositionde la part de B... Enfin, il commence à s'oiifrir. B... est tellement compromis avec moi, qu'il sait |ue je le perdrais en Angleterre s'il variait un moment lans sa promesse de me servir. »

Le zèle du comte de B. . , ne parait pas avoir été très ructueux, mais sa trahison ne fut jamais dénbncée, en

' 12 juin 18U7.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

sous NAPOLÉON 1". 113

sorte que ses eabnts sont restés honorés. Le chevalier de la Morhère fut moins heureux.

Le chevalier de la Morlière, ancien garde du corps du Roi, (/j<t Edouard, c/ù l'infâme Caroline, demeure rue du Puits, D* 6, au. Marais. Il est protégé par le général Duroc, qui le recommande à Desmarest et qui blâme les bureaux de la police de l'avoir reçu sans égards lorsqu'il yeoait Faire ses dénonciatious ' . Il est infatigable dans sa prolixité; pour obtenir les six cents francs qu'il sollicite, il multiplie les lettres verbeuses au Premier consul, au ministre de la police, au grand juge, au ministre des relations extérieures, au commissaire de police de Marwille, puis il se plaint des indiscrétions qui le livrent au poignard des assassins. Bientôt on rencontrera de pires délateurs, traîtres plus dangereux : Prigent, l'abbé Rougier, la marquise de Vaubadon. Mais on ne peut laisser de côté le mieux doué de la bande, lequel a eu au moins le mérite d'être ofBcieltement employé 'dans les bureaux de la police, de séduire successivement les diSérents partis, et de laisser des travaux remarquables (ju'on peut consulter avec fruit.

RecueiiU dans ta police de la République avec les viveurs et les déclassés de l'ancien régime, Alphonse de Beauchamp avait plu à Pouché et s'était adonné spécialement à la surveillance des royalistes de l'Ouest. Il avait, a cette époque, écrit une première histoire des

'Arcb.n>t., F%6U».

D.q,t,:scbyGOC>^IC

su LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRATIÇAISE

guerres de Vendée, dont il avait fait une sorte de répertoire manuscrit de police dans lequel on gardait les traces de tous les royalistes propres à être dénoDcés. Il se rattacha au Consulat avec ce précieux dossier, et se rappela au souvenir de Real, son ancien protecteur, en lui dénonçant M. de Caire' : ■ Oserai-je vous prier de regarder celle lettre comme confidentielle? Elle me met à même de vous offrir la respectueux assurance de la gratitude que je vous ai vouée. MM. Ouin et Rolland m'avaient promis d'en être les interprètes. Je vous supplie. Monsieur le conseiller d'État, d'accueillir avec indulgence le témoignage d'un zèle qui, j'ose le croire, ne sera pas indiscret. J'ouvre le manuscritde mon histoire de la guerre de la Vendée et j'y trouve : « Juillet 1793. — Selon Westermann, tout a été prévu ; il signale comme traître un de ses lieutenants-colonels, le jeune Caire, ancien page du comte d'Artois; — or, M. de Caire est à Paris, il négocie des traites anglaises, il a un compte courant chez Tesseire, banquier, il doit savoir beaucoup. ■ Caire est arrêté, et Reauchamp s'intéresse à ses interrogatoires * : u Hier, il balbutiait, il pleurait, il parlait de sa femme, de ses enfants, on a voulu le rassurer sur ta suite de ses aveux, on n'a rien pu obtenir; il a failli succomber t'avant-dernière nuit, il est urgent de le retirerdu secret pour le transférera l'infirmerie. » Mais

' Le S3 fruclidor an Xll, F' C25H.

D,q,t,:scbyG0C>^lc

sons NAPOLEON l". *65

au travers de ses dénonciations, Beauchamp a conservé son aniour<propre d'auteur, il veut publier son livre, il le remanie, il coupe les pa[;es jacobines, adoucit les passages qui attaquent les modérés, ajoute des éloges qui flattent le sauveur, et obtient euGn de pouvoir imprimer cette seconde version , celle qu'on peut appeler l'édition bonapartiste des guerres de Vendée. « Vous véprisez la vérité à chaque phrase » , lui écrit, non sans exagération, Gormatin, l'ancien chef vendéen '. Real (iiit taire le Vendéen, mais sa protection est impuissaote contre l'humeur de Napoléon, qui n'aime pas qu'on rappelle les souvenirs de la guerre civile. Beauchamp est exilé, puis rappelé,. — pensionné, chassé de nouveau; enfin, dés la chute de Napoléon, il recommence son enquête sur la Vendée, il recueille les documents avec la sagacité d'un vit-il agent de la police, reproduit son livre sous une troisième forme avec une richesse d'informations incomparable, et il fait imprimer vers 1820 son histoire royaliste des guerres delà Vendée.

D'après ce personnel, on voit que la pohce garda, sous le Consulat, ses griefs du Directoire avec la tenace rancune des gens de bureau. On a pu dire que ses poursuites s'effectuaient par tacite reconduction'*, tant elle affectait de les continuer sous les régimes successifs contre les mêmes inculpés. Le Directoire, le Consu-

D.q,t,:scbyG0C>^lc

:, l'Rmpire,- gardent la même haine pour tous les léi-aux, pour tous les royalistes, et la même police se trouve pour les traquer.

Au premier suspect qui lui tomba sous la main, naparte montra son mépris de la légalité. M. de Riire, ancien ofBcier de marine, Bit arrêté comme ent royaliste en Bretagne et traduit devant une cour irtiale, sous la prévention d'avoir voulu livrer Brest X Anglais. L'accusation était absurde, la cour marie acquitta l'inculpé. Aussitôt Bonaparte fit casser les iciers qui la composaient, les fit jeter en prison' et nna l'ordre à Merlin (de Douai) de faire condamner leurs le prévenu. Merlin était hahîtuéà ces besognes, il entrait dans sa spécialité de tenir pour nuls et non enus les arrêts qui déplaisaient au pouvoir; il fit insférer M. de Rivoire à Bochefort et le fit juger une ;onde fois pour le même grief. Cette seconde coor

Ce$ bravpg gens se Dominaient: tes tientenaots de vaisteau LaCir- ■e, I^ GoDidec, Ségain, Ollivier et les enseignes Garabit, Gedin, Ilin.

L'apolofi'isle de Bonaparte, M. le cnmte de Martel, trouve ce cédé correct, il Ta, iiitnie juiqu'i louer • la d«térité des légiiln Dbacérès et Meriin . . (II, 861.)

SOTJS NAPOLEON I". 247

martiale condamna M. de Rivoire à la déportation; c'était une nouvelle forme d'acquittement, puisque la déportation était pour l'accusé le retour au foyer domestique. Alors Bonaparte ne prit plus la peine de recourir à Merlin ; de sa propre autorité, il annula ce second arrêt, condamna M. de Rivotre à l'emprisonnement perpétuel et te fit enfermer dans le fort de Lourdes. Quatorze ans plus tard, à la chute de Napoléon, le malheureux se retrouvera dans le fort de Ham, au milieu de nombreux compagnons d'infortune.

Ainsi les magistrats qu'il venait de choisir refusaient quelquefois de servir l'arbitraire; ils se montrèrent aussi peu complaisants dans l'affaire Hyde de Neuville.

Le 21 janvier 1800, un drapeau noir fut hissé sur la Madeleine , quelques exemplaires du testament de Louis XVI furent affichés ; ce fut tout le délit. On peut attribuer cependant aux mêmes conspirateurs une chanson obscène sur le grand consul. Le testament de Louis XV 1 parait avoir été affiché par un avoué nommé Ratel ; la chanson, dont aucun couplet ne peut se citer, serait du grave Piet, qui avait demandé à défendre Louis XVI, qui sera, sous la monarchie, député de la Sarthe et conseiller à la Cour de cassation '.

Ces indices d'un réveil des royalistes et la saisie k la poste de correspondances avec TAngleterre, servirent de prétexte à la pohce pour rechercher Hyde de Neu-

' Voyet nn ei«n)p1air« saisi dans tm cabaret de Lille, F' 6331.

D„l,:.cbïG0C>^lc

ES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE onnu d'elle comme l'agent k Paris du comte s pendant les derniers mois du Directoire'. ? de Neuville avait à peipe vingt-quatre ans; il lait d'une Camille anglaise établie dans le Niverrès la bataille de Culloden. Il avait fondé, avec me frère, une manufacture de boutons à la (Nièvre), mais ils étaient suspects tous les jarce que leur sœur avait épousé Delarue, anembre de l'Asserablée nationale. Delarue avait lu, comme modéré, dans les élections révoltires, puis élu au conseil des Cinq-Cents, dans le élan de l'opinion publique contre les jacobins, t par le coup d'État du 18 fructidor, Delarue té déporté à Sinnamari. Il réussit à s'écliappei ne pirogue; mais la police lui gardait rancune, )utes ses lettres, ainsi que celles de ses beauxelle notait les noms de ses correspondants : Montcheux, faubourg Saint-Honoré, 48; le 1 Dubouchage, rue de l'Odéon, 3 ; mesdames de daurice, de Damas, de Durfort. Dès le moment j'de de Neuville feçul les pouvoirs du comte s, il se cacha sous le nom de Paul Berry, et orga- I système de correspondance qui resta inconnu olice jusqu'à la saisie de ses papiers. Ses princi- IGdés, dans le complot qu'il préparait, étaient '.e de Brusiard, dit Sans-Pareil, ancien capitaine

D.q,t,:scbyG0C>^lc

sous NAPOLEON 1". 849

de {rrenadiers et ancien aide de camp de Frotté, et M. Héricart de Tliiiry, dit Furet. Des femmes étaient ses alliées les plus actives, surtout le Petit Matelot. Le Petit Matelot était une Normande qui avait épousé M. Williams, négociant de Liverpool; lu police ne put jamais la saisir; Real la cherchait encore avec rage en 1806, et la désignait à ses agents secrets comme ■ blonde, figure ronde et jolie, œil vif, sourcils bruns et bien marqués, main petite, joli bras, de t:i gorge, bien faite et jolie tournure » . Elle ne cesse de s'entendre, entre janvier et avril 1800, avec ses amies Emilie de Groii-Mare, une dame qui signe Jeanne d'Arc, et plusieurs autres, pour préparer un débarquement du duc de Berry.

La correspondance d'Hyde de Neuville avec le comte d'Artois était confiée à un certain Dupérou, ancien diplomate de la République, lequel organisait en France une police royahste pour lutter contre ses camarades qni avaient pris rang dans la pohce de Bonaparte. Ce Dupérou fit acheter, par l'agent de pohce Mailleler, à l'inspecteur Clément, les noms des agents chargés de surveiller les royalistes. Seulement, il lut reconnu a Calais par Mengaud, le commissaire général de police qui avait servi ai?ec lui dans les bureaux des affaires étrangères. Dupérou se hât? de faire des aveux, conquit, par sa docilité, la faveur du grand juge et, pour tout châtiment, fut envoyé en surveillance ii Grenoble.

Les aveux de Dupérou permettent à la pohce d'arré-

D.q,t,:scbyG0C>^lc

r à Paris, en mai 1800, non Hyde de Neuville, mais n frère plus jeune, et un graud nombre de suspects. îlarue est arrêté en même temps à la Charité; mais sait tromper les gendarmes, il s'échappe, il vit caché.

1 pohce n'exigeait pas des griel^ bien sérieux pour imparer d'une victime; contre Marianne de Gachon, mme de BeileEbnd, la seule accusation est •• (qu'elle vait dans la plus grande lotîmité avec Dupërou; après cela, il y avait tout lieu de croire qu'elle avait nnaissance de ses projets, qu'elle y avait peut-être éme pris part; les pièces ne contiennent rien qui lui it relatif ■ . Rien, et elle est conservée eii prison, de ai à novembre l800. Puis cette détention fait estimer, la police que madame de Bellefond ■ est sufBsameot punie ■ , la police la met en liberté, mais eu la mservant sous sa surveillance. Le nom de Durocher t lu sur des lettres, la police fait emprisonner tous !ux qui portent le nom de Durocher. Barbe Desbois, mme Dossonville, est arrêtée parce que son mari lait été déporté par le Directoire avec Delarue. On i borne à interroger, sans les incarcérer, Françoise et lélanie Laroche, les servantes de Hyde, ainsi que >n concierge < on apprend, par ces gens, que Hyde it abonné à i'Amt des lois et qu'il'ne découche pas abituellement. Chez les sœurs Brunet, ouvrières, rue aint-Jacques, 191, une visite domiciliaire fait dé- 3uvrir ■> beaucoup d'objets de peinture et de dessin et es objets de dévotion » . Mais chez Hyde, on avait

D.q,t,:scbyG0C>^'lc

sons NAPOLÉON I". 151

saisi deux pièces plus compromettaDtes : sa commission officielle écrite de la main du prigce, sur une mince bande de papier :

• Les chefs royalistes des provinces de l'Ouest se conformeront à la demande de soldais <fui leur sera faite par le porteur du présent billet.

■ LoDdrea, ce IZ novembre 1799.

« Ghabies-Phoippe. >

La date même de la pièce prouve qu'il s'agissait d'un coup de main contre )e Directoire'. Mais d'autres pièces semblent prouver que l'avènement de Bonaparte □'avait pas suspendu les projets; un autre bout de papier contient encore ces mots écrits pur le comte d'Artois :

> M. Ludwig donnera à celui qui lui présentera ce billet de ma part, tous les renseignements et inibrmations qu'il lui demandera, et il s'entendra avec lui sur les moyens de lui envoyer ultérieurement toutes les informations qu'il lui demandera.

• Londres, M décembre 1799.

u Gharles^-Phiuppe. • La police arrêta en même temps Bertin alnë *. Hyde

> Bonaparte est du II novembre, et n'était pas ïneore connn i Londres le IS novembre.

* Vof . /ourqo/ dei Debau, K> et 26 un\ 1885.

IzscbyGOOt^lC

i toutes les recherches, au grand dépit de Napo- Celui-cî rappelait souvent cet insuccès à ses genfs en nommant Hyde " ce misérable ' » . Hyde

ne sortit de prison qu'en 1806 et fut exilé aux -Unis*.

arue, le beau-frère de Hyde, avait réussi à se r, et sa femme cherchait à fléchir le courroux du rain. Quand Napoléon traversa la Charité en juillet elle se posta sur son passage avec un groupe itants, pour demander la grâce de son mari. Ct;tte "che ne réussit ni près du maître ni près de la

; un rapport l'incriinine en ces termes : [atlame Delarue u parlé en suppliante, et comme lereur se détournait, madame Le Btant de ta Cana pris S- M. sacrée par le bras. M. Dumlni fils ermisde dire non, pendant que l'Empereur Faisait lonté des représentations à la suppliante. On ne icore si ces individus ont seulement méconnu dans instances les formes respectueuses qu'ils devaient r en présence de S. M., ou si leur démarche a ité quelque chose d'audacieux qui ait pu faire onner des intentions sinistres. »

telle était la ténacité de la police impériale, que, e règne de Louis XVIII, ces vieux jacobins gronencore quand madame Delarue demande qu'on

Ire (le l'Emperpur i Moncey, 2Î décembre 1804. Correspon-

l., a FoQchc, 22 décembre 1S05. Correspondance, XI, 495.

sous NAPOLEON I".

affranchisse de la surveillaoce son mari et ses • frères. Trois mois après la chute de Napoléon royalistes persécutés par lui soot encore forcés fl faire protéger contre les gens de police qui lui TÏvent; ils se font recommander par Talleyrand, rr par le duc d'Escars, qui écrit en leur taveur au du comte d'Artois." Les bureaux de la police attendre la réponse et l'envoient daus un long rapp

< Avant de proposer de prendre aucune détermina' on a fait rechercher aux archives les papiers... v analyse savamment les dossiers : ■ Le sieur Del resta longtemps sous le poids d'un mandat d'arré fut placé, depuis, en surveillance à Dijon. » Enfii conclusion estnnnoncée à Talleyrand, qui s'iinpatie

< Il ne m'a paru y avoir aucun inconvénient à mettre le retour des frères Hyde dans leur patrie.

Au moment de son arrestation, Hyde jeune n'avai aucun aveu et avait étonné tout le monde par la i nité de son attitude. Louis XVIII fait écrire n qu'il avec grande satisfaction le courage tranquille de H il charge d'André de lui en exprimer sa sensibilité

Malgré l'exécution de M. de Rostaiug, malgré l'a siDat du comte Louis de Frotté et de ses compagn ni Louis XVIII ni les victimes saisies par la police i doutent encore du danger qu'elles courent entn mains de Bonaparte. On croit finie l'ère de la Terr

' Vol. 607, Eahier IV. Hyde e»t cUIbé Aubert.

D.q,t,:scbyGOC>^IC

LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE se refîise à supposer la cruauté daus l'àme du géoévictorieux, l'absence de générosité dans le cœur m soldat français. Nul ne veut croire que ses haines it implacables, ses colères sans frein, qu'il peut faire e de lui, comme Philippe II d'Espagne : Pasd'inUrlie entre son sourire et son couteau.

Un des principaux officiers de Frotté, le chevalier arles de Margadel, se cachait à Paris sous le surnom Jouberl ' ; la police le recherchait, sous prétexte qu'il lit eu un dépôt d'armes sous le Directoire, Bonaparte réclamait comme manquant à son compte parmi les Urnes de Vemeuil. Il fut arrêté le 22 brumaire an IX disparut. Il a dû être fusillé le 2S frimaire suivant, 8t du moins ce qu'indique dans le dossier une note in chef de bureau. Il n'existe d'ailleurs ni interrogare ni jugement. Il n'y a rien à la police, rien aux :hives des conseils de guerre, rien au ministère de la srre. Rien n'a pu être remis à son frère, chef de l'in- 'rection royahste en Bretagne, quand, en 1815, il it il Paris pour retrouver les traces de Churtes de irgadel. Le gouvernement du Roi n'a rien pu obtenir, les papiers saisis, ni la condamnation, ni une indi- :ion autre que ces mots tracés sur une feuille informe : Pusillé le 28 frimaire an IX. > C'est ainsi que Bonaparte détruisait un à un les anciens

Son doMier eat F> 6SSD. M. te oomtf^ de MarUi, t|ui paraît n'avoir

ver MM. Je Suiaonet et d'Andigné, mais il dit, quelque! pagu plul I, que Jovbert a été arrtté par erreur à la place de l'abbé Raid.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

socs NAPOLEON 1". î

chefs de l'Ouest. Il venait de làire arrêter deux des pi considérables, HM. de Suzannet et d'Andigné; cont M. de Bourmont, il ne pouvait rien, car ce jeune gén ml venait de se marier à Paris et usait avec loyauté < son influence pour rétablir dans l'Ouest la paix et sécurité. Sa bonne foi est attestée par le rôle qu'il joué dans l'aflaire Clément de Ris.

AFFAIHK CLtHBNT HK IIIS.

Le sénateur Clément de Ris, ancien maître d'h6tel i Marie-Antoinette et sous l'Empire comte de Mauny avait eu la rare fortune de traverser la Révolution ( sauvant sa tête et sa terre. Il se trouvait en son chàtei de Beauvois (commune d' Azay-sur-Cher) , le 23 sej lembre 1800, lorsqu'il fiit enlevé à cinq heures du sa par cinq homme? déguisés en hussards. L'émotion fi profonde ; on se disait tout bas que le vainqueur de M: rengo ne pouvait assurer la sécurité même d'un sénateu Les jours s'écoulaient sans que préfet, parquet, gei darmes et police eussent découvert le moindre indii non seulement sur les coupables, mais même sur le soi

' Voy. Alph. DB BuiiCHiMP, Mèmoiret lecreti et inêdils, t. [I ; M: moirti de Robert Couteau. ClHRÊ de Bussedolle, Drames judicîair de la Touraine, Tours, t878, in-ft"; colonel Jonc, Mémoires de L eiea, I, 12.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

i56 I.KS KMTr.nÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE ibi par le sénateur. Fouchë soupçonna d'anciens louans et pria Bourmont de faire une enquête. Le imte de Bourmont s'y prêta d'autant plus volontiers, ue parmi les coupables quelques-uns, tout au moins, taient un déshonneur pour son parti; on avait enlevé sec le sénateur de l'argent, des bijoux et de l'argea- ;rie; on avait prévenu madame Clément de Ris qu'on e rendrait la liberté à son mari que contre un verselentde 50,000 francs. Lejeune chef vendéen ne laissa as égarer ses soupçons et envoya deux de ses anciens ildats, Carlos Sourdat et Robert Couteau, porter ordre aux coupables de restituer immédiatement leur nptif. Il fut obéi. Clément de Ris, après dix-neuf jours e captivité, fut poussé, les yeux bandés, à la pyramide e Chemitlé, dans la forêt de Loches; ceux qui le onduisaient tirèrent en l'air quelques coups de fusil our faire croire qu'on le leur enlevait, les hommes e Bourmont le recueillirent et l'amenèrent près du réfet.

Les cinq auteurs du rapt étaient Charles Gondé, le larquis Dumoustier de Canchy, le comte de Mauduion, Gaudin et Renard. Ils avaient mené leur prisonlier à ta ferme du Portait près de Loches, qui apparteait à Droulin, dont la fille, madame Lacroix, était la laitresse de Gondé, et ils l'avaient enfermé dans un aveau profond de cinq pieds, long de dix, qui, durant 1 Révolution, avait servi à cacher les prêtres.

Cette précision des détails, la docilité aux ordres de

D.q,tr:scbyG0C>^lc

sons NAPOLEON I". Î5T

Bourmont, le récit de Robert Couteau, ne permettent guère de mettre en doute les noms des criminels. Une amnistie complète avait été promise. C'était même la seule des conditions exigées pour la liberté du sénateur qui eût été acceptée. Ln promesse était nette et formelle, nul ne devait être inquiété. Cependaut, dès que te prisonnier est délivré, les arrestations commencent, Charles Gondé, gagné par lu police, non-seulement dénonce ses complices, mais fait même arrêter madame Lacroix et son mari. Clément de Ris, lut, se jugeait lie par la promesse d'amnistie à laquelle il devait sa liberté. Il se fit réclamer par le Sénat et put éviter ainsi de paraître comme témoin devant le tribunal de Tours. Néanmoins, le tribunal criminel de Tours décida que la comparution du sénateur était iodispensable , et remit l'aFfuire pour l'audience indéterminée 011 Clément de Ris pourrait être présent. Cet arrêt fut déféré à la Cour de cassation qui l'annula et renvoya la cause au tribunal criminel d'Âugers. Ces procédures étaient suivies avec anxiété par une jeune Femme qui intéressait l'opinion à sa douleur : c'était la marquise de Canchy, femme d'un des accusés, sœur d'un autre. Elle voulut se tuer quand elle apprit que MM, de Cancliy et de Mauduison étaient tous deux condamnés ù mort avec le paysan Gaudin, et Fut emmenée par l'avocat Chauveau7Lagarde dans le trompeux espoir de fléchir le Premier consul. Mais celui-ci tenait à ce que la promesse foite en son nom

t5S LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAIS! iil violée. Aussi la triple exécution souleva-t-elle les ;olères locales.

Aujourd'hui, les pièces du dossier permettent de lupposer les accusés coupables, mais les juges ne lavaient rien ; ils n'avaient que les notes de l'ia- Bme Gondé'; dès lors, ils condamnèrent non pas lar conviction, mais par ordre. La feule jeta des leu» à madame Lacroix quand elle fut attachée au )ilori '.

Plus tard, on imagina une série de complots rornalesques pour faire supposer que Fouché lui-même avait 'oulu Taire disparaître Clément de Ris. Ces rêveries leviennent vraisemblables quand elles prennent vie ious la plume d'un romancier de génie'. Mais l'histo- ■ien qui a touché, qui a lu les documents, ne peutrapiracber cet événementde la mort subite et prématurée les sénateurs Gilbert et Greuzé de Latouclie *. Il y a eu uns doute pendant la campagne de Marengo des pro- )ros échangés pour le cas où le Premier consul suolomberait dans uo combat. Sieyès, Garnot, La Fayette ivaieiit parlé |)eut-étre ; mais si Fouché participait à ces irojets, on peut croire qu'il ne confiait pas ses résola-

' Gondé a dû trahir jilui urd la police, car il fui enferiné à Bicilre. 'eut-èlrc auisi la police l'est-ulle dpliarrassce d'un inatruiuenl deftim

* La pauvre femme eut lix ansde pi-ïion, inait, comme taiil d'intrci, ui gai'dée en prison après reipiration de la peine,

* BtLtic, Une tèaélirtute affaire.

'On a prétendu qae Fouché avait fait disparaître coi troii léaaieun, lea complicei on «ei léinoins d.ini je ne laia iguelle inacbinatioD,

D.q,t,:scbyG0C>^lc

socs NAPOLEON l". 250

tionsà des cerrelles aussi légères que celles des sénateurs Gilbert et Clëmeot de Ris.

AFFAIRE SAINT-RËCEANT.

Georges avait appris, au fond de la Bretague, ies promesses Faîtes pur le Premier consul aux assassins qui devaient tuer Frotté d'abord, lui-même ensuite; il méditait sur cette leçon de meurtre. Qui, le premier, a fait appel an crime? Ce n'est pas Georges, c'est BonapaMe. Bonaparte a promis son argent pour celui qui ferait le coup; il a consigné la somme chez un banquier'. Certes, il n'en résultait pas pour Georges le droit de répondre à cette provocation par un acte de même nature, mais il est équitable de tenir compte du ressentiment suscité dans le cœur de celui qui se voit traqué, alors surtout que cet bomme est le faible, tandis que son ennemi, déjà maître de la France, ne va être rien moins que le muitre du monde.

Le philosophe peut remarquer que le meurtre corn-

■ Letlre de Pouch

du7 janvier 1 801, citée par le comte db Mihtel,

11, p. 353. — -Je

'OUI adresje ci-joini, Citoyen préfet, une leiire de

crédit de 24,000 fra

ncs de la malBon Kécamier «ur le dtoycii Pillier,

oéjocUot de Uenne

. Cette uininie lern touchée et remise immédiale-

nentï ceux cjui par

iendront à ae wisîr de George* et qui la reprétea-

leroDl mort ou *if. ■

IzscbyGOOt^lC

andë et payé par Bonaparte n'aurait rien changé X événements, tandis que In mort de Bonaparte rait épargné à la France le sang qu'elle a verse, la rte de ses milliards et de ses provinces, h l'Europe s carnages répétés. Maïs l'Iiiâtorien n'a pas le oit de juger les faits à distance, avec le regret des lultats qu'ils auraient procurés, ni d'éprouver une connaissance posthume pour celui qui, au prix d'un me, a tenté d'écarter un fléau; il peut dire seulement e Georges ne fit appel aux assassins qu'après avoir

Bonaparte ouvrir deux fois sa bourse aux meur- 3rs et tremper ses mains dans le sang de Frotté et ; autres chefs royalistes. Dès lors, le duel était jagé, et il n'hésita plus; il envoya quelques chouans 'aris pour organiser un coup de main contre le PreiT consul.

M. de Saint-Régeant, qui dirigeait cette entreprise, it froid et prudent. Il ne se montra pas. Le secret

si bien concentré dans sa télé, qu'à l'exception de -bon, son domestique, on n'est pas sûr, même au< rd'hui, qu'il ail eu des comphces. Saint-Régeant, :ien ofBcier de marine, avait une âme inaccessible ii li tié. Desmarest l'accuse d'avoir renvoyé vers Georges, ir le Faire fusiller, un aftidë qui ne lui inspirait pas i6ance '. Saint-Régeant ne reconnaissait d'autre chef ; Georges, et l'on peut affirmerqueHyde de Neuville

Têmoignagtt hittotitfurt, p. 36. — Cet aFBité Mrait M. de Bccilt' re, qui aurait en effet disparu yer* cette époque.

SODS NAPOLEON l". «1

ignorait ce complot '. Rieo ne prouve que les ofBciers bretons, présents à Paris, le connussent davantage : le chevalier de Limoelan dit Pourieroy ', M. Coster de Saint-Victor, M. de La HayeSaint-Hilaire et le chouan Joyau se retrouveront, il est vrai, dans des conspirations de même nature, mais ce n'est pas une raison pour qu'ils aient été dans le secret de celle-ci. Du reste, même s'il avait eu un certain nombre de complices, Saint-BégeuDt aurait pu préparer son coup paisiblement, car toutes les Forces de la police étaient, vers cette époque (6n de l'année 1800), absorbées par la surveillance des jacobins.

Dès le 18 brumaire, Bonaparte avait satisfait ses vieilles haines en faisant déporler à l'tle de Ité, puis à la Guyane, des députés, des juges, des militaires qu'il flétrissait du nom de jacobins. Le général Jourdan, qui figurait sur cette liste, en fut seul écarté*. Après sou retour de Marengo, le Premier consul eut contre les républicains un retour offensif; le hasard voulut que le lameux Barère choisit ce moment même pour dénoncer, aux généraux Duroc et Lannes, une sorte d'association Formée par d'anciens jacobins*, Barère parait

' Il l'cipUi|ue danj une brochure : il déclare que s'il o'cal pas venu hnt conglater ion innocence ilevant lea jugea, c'est qu'il élait effrayé parUmortclândelune deCharles de Margadel.(Bibl.aal.L. 0,^,150.)

' Voy. >a proclama (Ion affichée l« 1" septembre 1799. (Bihl, not. 1.. 6,%l,-69.)

' Ltate du 25 brumaire. Lihfhb), 11, 12.

* DBiuMiHn', Témoignages hiiioriquei, p. 23. Peucbkt, Mémoiiet, IV,2t8. MioT, Mimoiret, 1, 345. Miciiu», Beil.a»d Barère.

l LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE oir dresse un capitaine Harel, en retrait d'emploi, son secrétaire Demerville, ù grouper ces malbeurenx, n de les faire arrêter. Il les choisit d'ailleurs de ma- ;re à plaire, car Bonaparte délestait spécialement son mpatriote Arena, frère de celui qui l'avait fait pâlir

18 hrumaire, selon le mot qui coûta la vie à Frotté. Bonaparte, en recevant la note de Barère, fit arrêter Corse Arena, le peintre Topino-Lebrun et d'autres publicains. Par une sîn^lière cofncidence, la police couvrit, quelques jours plus tard, cbez le jacobin levalier, artificier de Meudon, une sorte de machine stinée à tuer le Premier consul sur ta route de la Hallison ; Chevalier fiit arrêté le 5 novembre. A partir

ce jour, les rapports, les dénonciations se croisèrent. 1 ne pensa qu'aux jacobins. C'est ainsi que Saintigeant et son domestique purent, en toute sécurité, se ucurer un tonneau de poudre, un cheval, une charité. Ils se tiennent au coin de la rue Saint-Nicaise, ns la soirée du 3 nivôse an IX (24 décembre 1 800) , et tendent la voiture du Premier consul. Cette voiture ihouche du Carrousel, traverse la rue Saiot-Nicaise et urne dans la rue de Malte pour se diriger vers le ilais-Boyal, au moment où Saint-Bégeant met le feu la machine infernale et se précipite dans la rue de atte, afin d'en éviter les éclats. Au moment de l'explo- )n, la voiture était engagée assez avant dans la me : Malte pour y trouver un abri. Cependant l'explosion Leignit une partie du peloton qui suivait la voiture,

D.q,t,:scbyG0C>^lc

SOOS NAPOLÉON l*. S63

ainsi que quelques curieux. La mèche avait duré deux ou trois secondes de plus que Saint-Bégeant n'avait prévu ; la Providence avait décidé que la France subirait Bonaparte.

On crut encore a un complot de jacobins. Rien d'étonnant, avec la préoccupation où étaient les esprits depuis la découverte de la machine de Chevalier. Il était bizarre, eo effet, que les partis adverses se tussent avisés au même moment d'employer le même appareil. Le Premier consul tourna donc ses soupçons du cAté de ceux qu'il appelait, et quelquefois avec justice, des liommes de houe et de sang. Tout jacobin lui fut suspect ; il exigea que l'on condamnât à mort ceux qu'il avait fait arrêter un mois auparavant et dont l'innocence était par là même évidente ; ils étaient neuf, ils fiirent condamnés, ils furent exécutés le 30 janvier 1801. Il prétendit de plus faire déporter santî jugement tous les républicains qui lui portaient ombrage. Fouché se trompa ou fit semblant de se tromper, et rédigea le célèbre rapport où il imputait aux jacobins l'attentat de la rue Saiut-Nicaise. « La police, dïsaiUil, tenait le fil et rouroirait à la justice tes lumières qui l'empêcheraient de s'égarer ' . » Sur les dires de Fouché, le Conseil d'État approuva ta déportation des républiciTins. Cet acte suF- 6rait à flétrir cette assemblée, car elle fut éclairée sur la valeur des listes de proscription : « Vos listes sont

D.q,t,:scbyG0C>^lc

» LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISB usses, dit Real. J'y vors, comme jacobio soupçonné, [ludrais, vous allez te déporter; or, il est depuis cinq is à ta Guadeloupe, it y est juge. Je vois Paris, ex-grefîrdu tribunal révolutionnaire ; or, il est mortdepuissix ois... n Mais ni ii ce moment ni plus tard, lé Conseil État ne rendît à Napoléon le service de tui résister.

vota donc la proscription. Les listes Furent perlées 1 Sénat, )à les noms furent changés, les rapports de jlice corrigés, et le Sénat, non moins servile, aprouva ce que le Conseil d'État avait voté.

A ce moment, on découvrit les vrais coupables. D<'jà an avait mis à mort les jacobins qu'avait dénoacés arèrc, mais od pouvait encore sauver les républicains u'on allait transporter au delà des mers. Bonaparte e savait pas épargner des victimes. Il fit prendre les )yalistes et garda les républicains.

A la tête de la division de la sûreté se trouvait alors It bonhomme nommé Henri, qui servait depuis le mps de M. Lenoir, le célèbre lieutenant de police. Il ; se laissa ni détourner par la machine de Chevalier,

séduire par les présomptions, ni entrainer par le anle imprimé contre les jacobins. Il suivit son enquête ec persévérance. Il rassembla les débris du cheval li traînait la charrette, les fît reconnaître par le maquiloa qui l'avait vendu, sut tirer de la Seine la blouse sanglantée que Saint- Régeant, blessé, avait jetée dans fleuve; il arriva enfin à mettre la main sur Carbon :ibord, puis sur Saint-Régeant, enfin sur toutes les

D.q,t,:scbyG0C>^lc

SODS NAPOLEON I". M5

personnes chez lesquelles les deu\ complices avaient demeure. Non conlent de pousser vers l'océan Indien les rëpublicii ins innocents, Napoléon eut la satisfaction d'enfermer dans la prison des Madelon nettes, avec les filles ramassées dans la rue, les dames qui avaient ouvert leur porte aux officiers bretons, sans pouvoir soupçonner leur terrible dessein. Il les fit traduire, avec Curbon et Saint-ftegeant, devant le tribunal criminel. Ainsi furent poursuivies ta sœur de l'archevêque de Bordeaux, mademoiselle de Cicé, âgée de cinquante et un uns, quelques vieilles religieuses de ses amies, madame de Goy on -Beau corps et ses deux filles '. Elles furent acquittées. Néanmoins, Bonaparte les garda toutes, d'abord dans ses prisons, puis sous la surveillance de sa police. Saint-Régennt et Carbon furent condamnés à mort et conduits au supplice revêtus de la chemise rouge. On tuait en même temps (le 20 janvier 1801), prés de Loudéac, le brave Mercier dit la Vendée, un lieutenant de Georges qui pouvait devenir dangereux. On jetait en prison le comte de Bourmont, le comte de Vezins et unecentuine d'émigrés rentrés qui vivaient à Paris sans méfiance. La France souffrait tout de Thomme qui l'avait arrachée aux hontes du Directoire. Ses actes étaient acclamés par l'opinion. (Jd nuage épais cachait aux Français la mer sanglante vers laquelle les poussait leur

' Bonaparte voulail tant iloule préluder, sur cea dernières, à l'eiteriDÎnatioa de la r*mille de Goyon, contre laquelle il va s'acharner pen- <uai loule la durée de son règne.

se LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE

ngouemeot pour le héros miraculeusement protégé, e toutes parts arrivaieDi les adresses qui bénissaient Être suprême d'avoir sauvé les jours de son élu. Les (usions honnêtes tenaient le même langage que la serilité. Chacun parlait comme ce grotesque Brunetière ui, • au nom de l'humanité et du barreau français, ffratt publiquement de sincères actions de grâces à Être suprême, de ce qu'il avait conservé le génie de la raoce, son ange tutélaire ' » .

Tandis que les royalistes, même étrangers au complot e Saint-Régeant, étaient entassés, les hommes daosia rison du Temple, les femmes dans celle des Madelonettes, les corvettes la Chiffonne et la FUche voguaient ers les mers lointaines avec leurs cargaisons de réublicains déportés'. Il y avait eu cent trente arresitions; cinquante-cinq hommes furent destinés ii garnir is prisons d'État ; quatre furent internés dans file de é ' ; soixante et onze furent déportés en deux convois : armi ces derniers on remarquait des personnages peu ignés d'intérêt, le général Rossignol, le mouton Pépin- •esgrouettes, qui déposait sous lu Terreur contre les risonniers compris par les tyrans du jour dans les foui' ées de la guillotine, des jurés du tribunal révolutionaire. « Tous sont connus, disait le rapport de police, our être capables d'aiguiser le poignard et de le

' Éloge du Premier consul, L. 6, V3, IM.

' Fescourt, Histoire de la double conspiration. J.-B Aot. LBFtuC, t Infortunes de pluiieurs victimes.

■ Le* généraux Talal, de HesM, FilJi Lepelletier, le dépuû Deslnai.

SOOS NAPOLEON f. 287

preodre*. ■ C'est le grieF commun qui dispense de rechercher les crimes individuels. Voilà les soixante et onze hommes sur l'Océan. On les débarque aux lies Seychelles. Une vingtaine y meurent. Trente-trois se révoltent, sont mis aux fers, embarqués de nouveau, jetës à terre sur la côte d'Anjouan, une des lies Comores. Ils succombent un à un au milieu des nègres qui, moins cruels que Bonaparte, les nourrissent et les prennent en pitié. Plusieurs moururent en maudissant leur bourreau et en lui souhaitant, avec d'aflrcuses imprécations, des tortures semblables à celles qu'il leur avait infligées. L'Étbe soprëue y jiourvoira; sur l'autre versant de l'Airique, il a son Ile de Sainte-Hélène. Les trente-trois meurent ainsi, sous les étreintes d'un climat meurtrier, sauf deux qui enterrent leurs camarades. L'un d'eux est l'architecte LeFranc qui, s' étant échappé, s'engage comme cuisinier sur la Maria d'Anvers et est ramené k Bordeaux en 1812. Il s'y établit, veut s'y marier, est repris par la police, garrotté, jeté sur une charrette et conduit à une prison d'État; on l'abandonne en route, mourant, à l'hôpital d'Ângoulérae; sa fiancée vient l'y soigner, le sauve et meurt. Il fallut la Restauration monarchique pour rendre ce républicain à la liberté !

■ Séiia(iu.coD9ulte, 5 janvier ISOJ.

D.q,t,:scbyGOC>^IC

t88 LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAIS!

COMPLOTS POSIt^RlEURS A LA V \\\ D AUIF.NS.

La police ne se tassa |toiat de traquer les ancieDs •.heh de l'Ouest qui avaient cru à la bonne foi du gourernement. Ainsi le prince Louis de La Trëmoïlte, qui itait venu à Paris pour se marier, Bit arrêté et enfermé lu Temple. Il fut mis en liberté au moment même où e signait la pais d'Âmieos ' . Celte paix aurait dû prn- :urer le repos b l'Europe et arrêter l'effusiou du sang; :lle n'eut qu'une durée de treize mois.

Treize mois sans jouer au terrible jeu des batailles, :e fut tout ce que put concéder au monde la nouvelle dole des Français. Jusqu'en 1802, on peut dire que lonaparte défendait les frontières naturelles de la ''rance. Les hommes tués jusque-là ne doivent pas être dis à son compte. Mais ceux qui sont morts depuis lu >aix d'Amiens sont bien à lui. C'est uniquement pour atisfaire cette ambition que chaque année, de 1803 à S15, plus de cent mille Français et deux cent mille européens sont tombés épuisés sur les routes, déchirés

■ CharlrierdeThounr-, ManuicriH. Loda-Stimiilat dsLa THmoïlIc, rrélù te 13 mars ISOS, mLa en librrtc le 19 mars, épouia le H iàiiïJi:.Genevlève Andrauli de Idn[;eran, veuve de Samt-Maarii. Veuf n I ti29, il époDia, ta 18^, Au§iilla Marray, qui eit «ncore TÎvanlr.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

SOOS NAPOLEON 1". Î69

sur les champs de bataille, infectes dans les ambulances par le typhus et la pourriture des hôpitaux, moissonnas parle froid, la faim, les maladies, jusque dans leurs villages, quand ils y rentraient amputés ou fiévreux.

Dès les premiers jours de cette paix, qui ne fut qu'une courte trêve. Napoléon montre en toutes circonstances l'aversion contre l'Angleterre, Il veut la faire entrer avec lui dans une sorte de coalition et partager avec elle l'empire du monde; la terre à l'un, la mer a Tautre; c'est là son oITre, il le dit, elle est absurde; il est blesse de la voir rejeter '.

De son càtë, il blesse l'Angleterre en s'agrandissant constamnaeut, en annonçant ses intentions sur l'Egypte par l'insertion au Moniteur du rapport de Sébasttani, ea refusant de céder Malte comme compensation aux agrandissements réalisés contre l'esprit du traité d'Amiens.

Il oe remarque pas que ses plus vives récriminations contre l'Angleterre attestent la bonne foi de ses ennemis : u Ils commencent, dit-il, par nous rendre le Ca^i, la Martinique, l'tle d'Elbe, par évacuer l'Egypte I lU veulent nous foire la guerre et ils usent stx semaines en négociations pendant lesquelles notre commerce averti met a couvert la plus grande partie de ses capitiiux qo'une attaque brusque pouvait mettre en danger ! En

> Otu convenation de N.ipoléon a en lieu le lit février 1803. Ellv ut pabliée au Afominj Chroiiicle Au 19 mai, d'aprèa la dépfche da )»a Withnorlb h lord Hawkesbury. Miot la doDne II, M ï flï, 71,

ïï, lu.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

rite, il y a folie et extravagance ' . <> Un jour, Bonarte affirmait à Murkow qu'il désirait la paix. — \lors, dit Markow, pourquoi ces articles violents conï George 111 et l'Angleterre? — C'est pour animer i Français, qu'on ne conduit que par de gros mots en exaspérant leurs passions. Je connais mieux mon ande que ceux qui me jugent*. ■ Markow aussi dit à Miot : ■ L'intérêt de la Russie t qu'aucune des deux puissances n'ait la prépondénce. D'un côté, le despotisme maritime; de l'autre, despotisme continental*. > Un autre Russe, Woronw, ambassadeur il Londres, remarquaitque la rupture ( faisait rien gagner à la France et l'exposait a tout rdre. Ronaparte n'a pas les moyens de rendre ii Angleterre le mal qu'elle lui Fera eu bouchant les ports, ! enlevant les colonies et détruisant les restes de la arine *. Mais Bonaparte est entraîné par son caractère domptable : tant pis pour la France si elle doit périr ec lui.

A la rigueur, il aurait renoncé à Malte, mais il enteuit bien ne supporter ni contradiction ni critiques la part de la presse. Lui-même, dans le Monùeur, t entré en polémique contre les journaux anglais, puis ntre le gouvernement qui les tolère. On se rappelle

Ces propo) de Napuléun aux coniuilleri it'Euit ont él^ recueillli - Miot en renlraoi de jÉance, 11, 7t.

' MtRHOw, 12 mai 1S03. — Wono:.zow, XX, 155. ' Miot, II, Uk.

heure de WoROMzow, X, p. 201.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

socs NAPOLÉON I*. Î71

les iftcideoU du procès Peltier. L'écrivain, organe des émigrés, s'était livré à des outrages contre le dictateur. Poursuivi peudaat la paix, sur les instances de Napoléon, ît avait été condamné à une amende et à des dommages-intérêts, immédiatement couverts par une souscription nationale '.

Le Premier consul fournit un premier grief à l'Angleterre en se servant de la paix pour étendre sa domination sur l'Europe; il commença par l'anneuon de l'île d'Elbe, il continua par celle du Piémont (12 et 14 fructidor an X), puis enfin il intervint en Suisse '.

Les observations des puissances avaient beau se multiplier, il leur répondait tantôt avec insouciance, tantôt avec une insolence provocatrice. Il ne tiendra pas plus de compte des représentations de la Russie que des observations de l'Angleterre. Les rapports s'ctant peu à peu tendus avec le cabinet de Saint-Pétersbourg, Napoléon fit remettre à Alexandre, par l'ambassadeur Hédouville, une lettre demandant la révocatiou de Markow. Le prÎDce Gzartoryski répondit en rendant la note à Hédouville ; ■ Personne n'ignore que dans les audiences accordées par les souverains on ne leur présente pas des écrits sans en prévenir préalablement; il serait difficile d'expliquer pourquoi le général Hédouville a cru pouvoir manquer vls-û-vis de l'Empereur à ce que les

' • Avec *on ciraclère vjndicalif, écrivaii Markow, ce iriomphe lui ra aussi agréable que celui de MarenQO. • Wononzow (XX, p. ilH), * FinniEL, p. 72.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

»7a LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE

égardset les convenances commandent partoutailleurs. ■ Cette observation fiit consignée sur ce qu'on est convenu d'appeler une note verbale,

Bonaparte eut alors un de ces accès de fureur qui terrifiaient son entourage. Il insulta grossièrement Markow et réclama impérieusement le rappel de l'envoyé russe. Gomme Hédouville n'osait approcher d'Alexandre : « Pourquoi ne vous approchez-vous pas? lui dit doucement l'Empereur. Je ne vous ferai pas de scène comme celle que le Premier consul a faite h mon ministre à Piiris. ■

Quels étaient les griefs contre Markow? — Le pauvre Talleyrand, qui est obligé de les résumer, se trouve dans le plus pénible embarras. — Ce Russe était tout Anglais; il inspirait ou dictait des bulletins u qui répandaient des injures et des calomnies m ; il « promenait ses bavardages dans tous les cercles de Paris ■ . Alexandre céda; toutefois, en présentant son successeur, Markow prononça un discours qui ne pouvait plaire et qui en fuit exaspéra'.

Bonaparte préparait encore la rupture avec l'Angleterre en faisant arrêter à Paris le prince de Bouillon.

De tous les croiseurs anglais qui, pendant ta guerre d'Amérique, inquiétaient les armateurs français, le plus redouté était la frégate l'Aréthuse, l'arrogante Aréthvse, comme la surnommaient les Anglais, glorieux

> Wonossow, X!C, p. 178, 305 ei iiiivanlei.

D.q,t,:scby'GOC>^IC

sous NAPOLÉON I". " Î73

de ses exploits. Notre frégate t Aigrette s'acharna sur ce croiseur, le poussa sur les cistes de France, le contraignit de s'y échouer; l'équipage fut pris. Les ofKciers captife furent présentés à la cour de Louis XVI, ils y devinrent aussitôt à la mode; on remarqua surtout le premier Ueutenant, un beau marin de vingt-cinq aos; il se nommait Philip Dauvergne. — Mais il est mon cousin I s'écria aussitôt le duc de Bouillon. La chimère des La Tour, après le ■ dieu de princerie » , était le titre d'Auvei^ne. Le duc de Bouillon persuade au jeune prisonnier qu'il est un La Tour d'Auvergne, qu'il descend d'une branche hérétique expulsée de France, en 1232, pendant la guerre des Albigeois. Le lieutenant de vaisseau ne témoigna aucune répugnance contre les Albigeois ni contre lu date de 1232. Pbilip Dauvergne se montra tellement séduisant, que le duc de Bouillon fut Fasciné ainsi que son fils cul-dejalte. Après la paix, après quelques années de vie en commun, le duc de Bouillon (les 30 août et 1" septembre 1786) adopta l'officier anglais comme son fils, le culde-jatte l'adopta comme son frère. Le roi George III approuva la double adoption, et Pbilip Dauvergne prit désormais le titre de prince de Bouillon. Devenu contre-amiral anglais, il commandait les forces navales à Jersey et avait, pendant toute la durée de la guerre, ravitaillé les insurgés de l'Ouest *.

' Le dernier prince de Bouillon, par M. FontUROli. [Bévue générdlet SraxellM, ociobro 1885.)

D.q,t,:scbyGOC>^IC

Âussitàt après la paix d'Amiens, le prince de Bouillon se rendit à Paris pour réclamer le cbàteau de Navarre et les terres delà succession de son père adoptif. Il fut immédiatement enfermé au Temple et soumis à un interrogatoirecomme un vulgaire malfoiteur. Traiter avec cette indignité, en pleine paix, un officier général de la marine anglaise qui voyageait en France pour des affiiires connues et dans le but de sauvegarder des intérêts légitimes, c'était trahir le désir d'une rupture avec l'Angleterre, Dans le (ait, cette violation du droit des gens fut une des causes de la guerre ' . Après six jours de cachot et de mise au secret, le prince fut expulsé de France, Desmarest lui avait offert de lui faire restituer ses biens s'il livrait les complices français de son service d'informations de Jersey *.

Après la rupture de la paix d'Amiens, ce service fiil reconstitué par le prince de Bouillon empressé de tirer vengeance de son affront; il a tenu en éveil la police impériale pendant toute la durée de l'Empire, il a conduit Napoléon à une intervention personnelle dans de misérables intrigues et l'a poussé à des actes de perfidie indignes de sa puissance.

Au début, le prince de Bouillon avait en Francedeui groupes d'agents : ceux de l'abbé Batel, à Boulogne, et ceux du chevalier de Péronne, en Normandie.

L'abbé Batel était cousin de Batel, avoué à Paris,

' Hjilmebidiit, IV, p, 156 el 158.

* Ibid., SI ftvrier 1803, IV, p. SOO.

D.q,t,:scbyGOC>^IC

sous NAPOLEON I". Ï75

qui avait commis le crime de h se compromettre dans ladislributionderoraison funèbre du ducd'En(;hien' a . Cet avoué avait été, par décision de la police secrète, dépouillé de sa charge etenvoyé en surveillance à Douai. L'ubbé se tenait à Abbeville et avait pour correspondant, à Paris, l'abbé Leclerc de Boisvalon, qui avait plus de tète et de moralité que lui, et une série cl'afBdés entre Boulogne, Abbeville et Paris, tels que madame de Gaoïbremont, mademoiselle de Gbastelet, la Bile Spère, ■ très déliée et plus habile que Ratel » , le baron d'Ordre, neveu du comte d'Angiviller, les sept frères Poids, fermiers à l'Écuelle trouée, qui sont notés par la police comme « très religieux » ; pour ce grief, la police fait enfermer leur sœur Gélestîne Poids à la prison des MadeloD nettes, puis elle l'envoie en surveillance à quarante lieues de son pays. C'est le traitement commun. Presque toutes les femmes signalées par la police sont enfermées de même aux Madelonnettes, puis exilées à quarante lieues des côtes ; mais on ne réussit à surprendre ni l'adroite Spère, ni mademoiselle de Rousset de Préville qui chiffrait la correspondance, se déguisait en liomme et se cachait tantôt à Abbeville , tantôt à Bellancourt (Somme). De pauvres pécheurs de Boulogue, soupçonnés de porter cette correspondance à Jersey, furent internés à Âuxerre. La police avait des procédés ingénieux pour surprendre ces complots : " L'agent doit

■ MaDiucriu, Arch. oal., F. ; 6S47.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

Tii LES ÉMIGRÉS ET Là SOCIÉTÉ FRANÇAISE tre d'une tenue qui ne puisse Faire naître aucun soupan, lit-on dans les cartons d'un des chefs de la police', devra être porteur d'un passeport dont la forme et la >urnure paraissent avoir quelque chose de suspect. Il rendra la diligence de Calais, mais il s'arrêtera à Bouigne, à l'auberge de madame Dambron, dont la fille it directrice des messageries; il s'adressera à cette derière et lui fera entendre qu'il a des craintes et qu'il ssire séjourner chez elle; il mettra du mystère dans !S actions et dans ses paroles, et surtout il affectera e ne sortir de l'auberge que clandestinement, et de rendre ses repas duns sa chambre, sans vouloir parate à la table d'hôte. Lorsqu'il sera ainsi familiarisé vec la fille Dambron, il pourra lui confier qu'il arrive ans ces cantons pour préparer un passage à un personage important qu'on lui avait indiqué de la part de ertin, qui est au Temple... •>

Napoléon trouvait du charme à ces provocations; il imait le jeu de ces ruses de police et ne dédaignait oint de le manier de ses mains : c'est lui-même qui crit * : « Envoyez un homme adroit à Besançon, pour e lier avec Courvoisier, pour connaître ses liaisons et ioher de découvrir comment on pourra saisir sa correslondance. ■ C'est lui encore qui appelle le général de ilorand', commandant de la place de Paris, pour lui

' Arch. liai. F. 7, 6S59. AfFaire Lefcbirv, épicierii BaulogDe. ' Na|>aléon à Régnier, grand juge, 30 Mplembre I8D3. ' Arch. nat. F. 7, 6250. Arch. aff. étr. vol. 689, ? 171. — C< éiiéral eit Joieph, baron de Morand (1757-I81S), capitaine dn rrgi-

D.q,t,:scbyG0C>^lc

sous NAPOLÉON 1". ÏT7

iirraclier l'adresse du clievalier de Coigny : <■ Le chevalier de Coigny est votre ami, dit Napoléon à Morand, il Tient TOUS Toir; pourquoi ne se montre-t-il Dulle part? II n'a aucune raison de se cacher; je serais fort aise de le voir. — Il demeure, répond Tivement Morand,rue du Faubourg-Saint-Honoré, 70. " Le lendemain, le cheTalier de Coigny est conduit au Temple et, malgré ses cinquantccinq ans et sa mauvaise santé, est mis au secret dans un cachot sans air ni lumière, pendant Tingt-six jours. Le général Morand écrits Fouché : • Veuillez donner les ordres les plus prompts pour suspendre le mandat d'arrêt, comme tous me l'avez promis hier au soir ■ , maisildevintsuspect pourcetteintervention et fut relégué à Ajaccio, où il resta commandant militaire pendant presque tout le règne. Quant au chevalier de Coigny, il obtint, par la protection de madame Bonaparte, d'être conduit par les gendarmes à Anvers, avec sa femme et MM. de Richemontet de Préville.

La branche des conspirateurs normands fut plus vivace que la branche picarde. Elle était davantage sous l'inspiration et sous les signaux du prince de Bouillon. La police attribuait le principal rdie, parmi les royalistes de Normandie, à MM. de Péronne et de Brus-

ment de Picardie; général de diviâioii et cominiiiidanl do Paris an \S brumaire. Il organisa le coup d'Ët.it. Pour avoir voulu proléfier te chevalier de Coigny, il fnt envoyé et oublié en Corse jiiaqu'en 1811. Il fiil Aon nomme gouverneor ie la Pompranie «uédoiae el tue dw.int LDneboDr|< en ISIS. On l'a qucl(|upfi>i9 conFondu avec le général Loui* Moraod (1771-1835), r|ui était a celte é|>oi]iie d.ina l'.-irmée des cOlei de l'Océan. C'est ce dernier qui défendit Mayence en 18H.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

ÎT8 LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE lurd, mais elle ëtait dans l'erreur. Le chevalier de PéronDe était un des anciens officiers de la marine royale, qui assuraient par mer te service de ravitaillement des royalistes de l'Ouest. Il fut arrêté en 1797, acquitté du chefd'émigration, mais poursuivi après cet acquittement. Il s'échappa delà prison de Granville' et se réfugia à Jersey. Il paraît être revenu en France au moment de la conspiration de Georges Cadoudal, et avoir échappé aus gendarmes en se cachant chez les demoiselles du Hérissïer. Il passait pour être le secrétiire du prince de Bouillon et le directeur de ses correspondances, mais il était plutôt un homme d'action. Quant au comte de Brusiard, ancien capitaine au régiment de Lyonnais, il avait été chef d'état-major de Louis de Frotté; il s'occupait peu de politique depuis qu'on avait assassiné son chef, mais la police continuait à le traquer sous l'impulsion qu'elle avait reçue de Itimaparte contre tes amis de Frotté *.

Du reste, toute personne qui avait eu des relations avec le prince de Bouillon ou les émigrés de Jersey restait pour toujours suspecte à la police. Ainsi lecorote du Trésor, un maréchal de camp qui avait organisé quelques-uns des régiments de l'expédition de Quiberon, s'était retiré à Jersey, où Louis XVIII lui avait envoyé son portrait en récompense de ses services * : ■ Il a été

' SaIiot, Lts frifruruux répreitifi de la Manchi', T, 391. ' Savarv à Descorbes, préfet tie la DrAniF. ' Archiver naliona les, F'', AtSH.

sons N&POLEON 1*. sr9

chef de légioD, dit la police ', ses deux fils sont à Feugères, très suspects ; le jeune a &it partie du régiment d'Hector, à Quiberon. ■

Malgré cette vigilaDce assez stérile dans ses résultats, la police ne laissait pas de suivre un troisième groupe de conspirateurs, celui qui tenait le Midi par Bordeaux, Marseille et Lyon, et dont le chef paraît avoir été le marquis de Puivert.

Puivert avait déjè resserré, sous le Directoire, les liens qui unissaient, dans un concert royaliste, Bor* deaus et Toulouse, enrégimentés par l'Institut philanthropique; les Cëvennes, par Froment de Nîmes, l'homme de toi rusé; et enfin la Provence, par le général Willot, la première victime du coup d'État des jacobins au 18 fructidor. Malheureusement, dans tous ces complots royalistes, on voit fourmiller les aventuriers qui se donnent à la cause comme tant d'autres se sont donnés à celle des jacobins.

L'abbé Rougier avait échappé fa la police du Directoire, il n'en avait pas moins été traqué sous le nouveau gouvernement, et avait été arrêté en décembre 1 800; on le dirigeait sur Lyon, lorsque le 19 décembre, à huit heures du matin, la voiture où il se trouvait, avec le commandant de gendarmerie Bertrand, fut cernée par onze hommes armés de fusils* qui enlevèrent l'abbé. Le chef de ce hardi coup ^e main, M. de

■ Archive* futioDalM, F, 6147.

»R*citdeB«rtwiid(F. 7,6M0, Arch. mt.).

D.q,t,:scbyGOC>^IC

SIO LES ÉHIGBÉ8 ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE Rochejean', était, comme l'abbé Bougier, on d« ces politiques dépravés par les exemples des fortunes subites et des crimes impunis : tous deux devinrent des héros et des martyrs pour les royalistes du Midi. Ces héros eurent au même moment et à l'insu l'un de l'autre l'idée commune de se Tendre à la police.

Mais Rochejean, l'homme d'action, se dégoûta promptement de ce rôle. )ls'était présenté » volontairement >, dit une note du grand juge', proposant ses services à la police de la manière la plus positive. Après avoir reçu en plusieurs sommes six cents livres et avoir consumé plusieurs mois en bavardages insignifiants, il annonce décidément qu'il n'est pas fait pour être espion et qu'il se fait un devoir de rendre les vingt-cinq louis qu'il a reçus.

L'abbé, lui, n'a pas de ces scrupules. Six mois après avoir été délivré, il se présente à la police, et obtient d'être simplement interné à Pont-de-VeyIe, où il peut à son aise observer et dénoncer les démarches des royalistes de la vallée du Rhône.

Ceux qu'avait groupés le marquis de Puivert ne songeaient guère qu'à répandre les protestations de

' Rochtjean (1768-1814) était né en 1768 h Salina (Jur^). li avait été capitaine It l.i Irgion de Mirabeau, ilangTartoéei^es prince*. lire^Dl un pa«seport pour la nuuie en 1803, rentra en Prince en 1809, fut nommé, par Napoléon, capitaine au régiment français <l'Y>enboiiri;, puis BU 4* colonial; il rentra à Paria en juin ISll, se lit soigner i la maison de sanlé du docteur Dubois, puis fut an-été de nouveau en décembre 1813.

• 1" frimaire an XII, 23 novembre 1803. F, 6259.

IzscbyGOOt^lC

sous NAPOLEON l". 181

Louis XYIII contre son exclusion du trône, les lettres écrites par les Bourbons, de Varsovie^ de Calmar, de Londres, pour maintenir leurs prétentions et leurs droits. Le point capital pour les royalistes était d'obtenir que les Français n'oubliassent pas les Bourbons, leurs malheurs, leur indissoluble union avec la patrie française. Ce n'était point une conspiration, c'était un appel aux cœurs patriotiques.

Ces démarches inofFensives n'en étaient pas moins odieuses à Bonaparte, U aurait touIu détruire tous les Bourbons, et tout au moins déshonorer ceux qui se dérobaient à ses coups. Napoléon se montra impitoyable pour tous les royalistes que lui dénonça l'abbé Bougier.

Rougier était jeune encore ', il avait été Capucin, et ensuite administrateur des biens des religieuses de Jourcey, puis il avait conquis sur les bandes de ta vallée du Rhône une inSuence assez grande pour les déterminer à cet enlèvement romanesque d'une chaise de poste escortée par la gendarmerie. Le jour où il se fit espion, il se donna tout entier à la police. Il dénonça Puivert, l'abbé Mazel, le négociant Bernard (de Lyon], l'abbé de Fenis de Lacombe, la famille de Lesbrosde Laversanne et plusieurs catégories d'autres suspects; il multiplia les confessions et les déclarations sur lesquelles la police se précipitait avidement. Pourtant, le seul grief qui résulta de cette masse d'interrogatoires (iit la

■ Il itah né en 1738. Arch. na(. F', 6259.

XBS LES ÉMIGRâS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE

distribution de la réponse laite par Louis XVIII an président prussien de Varsovie (Meier), concernaot la demande d'abdication que Bonaparte avait fait envoyer à ce Meier par Duroc '.

Bernard-Jacques de Rousse, marquis de Puiverl*, avait conspiré contre le Directoire. Depuis le Consulat, il était resté en relation avec Varsovie par l'intermédiaire du général Desnoyers, qui lui avait apporté les lettres de Louis XVIII. Puivert se cacbait à Belleville sous le nom de Bonafé; il fiit arrêté avec madame de Montpezat, sur les avis donnés par l'abbé Bougier en mars 1S04. Il n'y avait dans son «ffaireni accusation possible ni tribunal à constituer; Bonaparte fut donc forcé de prononcer lui-même ta condamnation. Il décida que le marquis de Puivert serait détenu en prison pendant toute le reste de sa vie. C'était une proie confiée aux agents de police. Ceux-ci ne se montrèrent pas indignes de cette confiance. Puivert fiit d'abord enfermé au Temple; après plusieurs années de réclusion, il obtint de voir sa femme*, la rendit grosse, fut rerois au secret, transféré à Vincennes. En 1814, Louis XVIII le nomma gouverneur du cbâteau de Vincennes; Puivert s'y enferma au moment du retour de l'ile d'Elbe

'AretivfB nationale, F', 6335.

* Archives natioDiIea, F', 6f58-6i59. Il éuil né i TouIoum «a IT57, il nt mort le S5 janvier 183S.

' La première Femme du mnrquia de Puiiert était Amélie de Laogeron, la leconde était Fortunée de Badeoi, ((ai le TUita dan* »a priaon Kl accoucha le tfi wptemlire tS07.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

sons NAPOLÉON i". «88

et n'y^ laissa entrer le général Merlin que contre une capitulation. NupoléoD la viola et comprit Puivert dans son arrêté du 21 avril 1815 qui exilait à trente lieues de Paris Bertrand de Molleville, le duc de Broglie', HontyoD, âgé de quatre-vingt-deux ans, et plusieurs autres. Mais, en ce moment, Béul était préfet de police, et ne se contenta point de cet exil ; il épia Puivert, qui allait avec sa femme aux eaux de Forges, et ordonna au sous-préfet de Neufcbàtel de le soumettre ■ a une surveillance très exacte ■ . Bien plus, après la mort de Napoléon, après la mort de Puivert, en plein règne de Louis -Philippe, ta police qui a sur^'écu aux changements de régimes avec les traditions de Danton , de Bonaparte et de Béai, répondit, le 6 juillet 1833, à la marquise de Puivert, quand elle réclama les documents du dossier : ■ Il a été inscrit sur la liste générale des émigrés le 25 juin 1793, et il a été amnistié par l'Empereur le 21 avril 1815, sous la condition de se retirer à trente lieues de la capitale. » A ce mensonge, elle ajouta le refus de tout document.

Cette affaire, dite du Midi, en l'an XII, appartient en propre à la police; pas de commission militaire, pas de tribunal criminel, pas de prétexte à donner pour conserver sa proie. L'abbé Mazel avait reçu, dit la police, ■ une commission d'intriguer pour tes élections* V , et détenait deux mille exemplaires de la ré-

' Arctiivei miionalM, F', «S59, 'Ibid., F',6«60.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

284 LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇA1SR ponse de Varsovie ; il est envoyé en exil à Ajacclo, où îl se (ait précepteur des enbnts du général de Moraod. Ce général, qui commande la division, est lui-même en disgrâce depuis l'aflaire de M. de Goigny. L'abbé fiiit des vers en l'honneur de Napoléon, Morand les envoie ' pour réhabiliter son précepteur, mais il feut plus qu'un général disgracié pour fléchir la policej les sœurs mêmes du grand homme n'osent pas le tenter.

Parmi tes prisonniers se trouvait Bernard, de Lyon, le père de madame Bécamier. Au moment où la nouvelle de cetle arrestation parvint à madame Bécamier, elle avait à sa table Élisa, une des sœurs du Premier consul, et devait, le soir même, se rencontrer avec Pauline, une autre des sœurs, à la Comédie française. Madame Bécamier court chez Fouché, n'est pas reçue, revient tout en pleurs à la loge, mais Pauline est à la tnigédie : * Voyez, disait-elle, comme le casque de LaFon est de côtél » Élisa voulait rester jusqu'à la fin, peutêtre h cause de sa sœur Pauline et de ce casque. Beriiadotte était dans 1» loge , ii vit l'air altéré de madame Bécamier, il lui offrit de la conduire auprès du Pre-

> Lettre Ju Qénoral de MonaA du IT août 1B07 au mimurt it !> police :

• Mixiseigncur, j'ai l'iionneur de toui adreuer des ver) h\U f" M. Mtiiel, précepteur de mes enfants, et récité» par" cm au bal «pi* j'ni donne le jour de la Saint- Napoléon. ■

D'une prudente main teaant laujoun let irmet.

Avait lenié parlant la démlaiion :

De l'autre, le lierai clierche i tarir lei Urmet. ]| y n comiUG cela pliiileur* centaines de yen.

D.g,t,:scbyG0C>^lc

SODS NAPOLEON 1". 885

iDier coDsul'. Celui-ci, n'ayant pas contre Bernard de rancDoe personnelle, le laissa mettre en liberté.

Les membres de la Famille, au lieu d'obtenir la liberté de leur parent prisonnier, devenaient eux-mêmes sus* pects pour leurs démarches, étaient souvent arrêtés et provoqués à des dénonciations. Ce fut ce qui arriva à la mère et à la sœur de Laversanne.

Laversanne' fut arrêté en messidor nn XI [juillet 1803} comme rédigeant des bulletins pour la reine de Naples; la police apprit par la saisie de ses lettres qu'il conoaissait les résultats de ta mission Meier à Varsovie et les offres d'argent de Bonaparte à Louis XVfll. Savoir cela, c'était un crime, et, tout recommandé (]u'il fût par << l'épouse du prince Josepii ■ , Laversanne fiit enfermé dans le château de Lourdes. Sa mère et sa sœur n'avaient pas commis d'autre crime que celui d'écrire au prisonnier; elles furent arrêtées à Paris, jetées aux Madelonnettes, interrogées par le préfet (de police) Dubois sur les lettres suspectes. La jeune Glle, qui a vingt et un ans, répond au policier avec une vivacité charmante; elle reproche à Dubois de la persécuter pour les lettres intimes qu'elle écrivait à son frère avant l'amnistie de l'an Xll : a Dès que vous dites qu'il y a eu une amnistie, iiiit Dubois, vous conveaez que ces lettres renferment un sens particulier!

' Siihtb-Brctb, Cauteriti du lundi, 1, 139. — Sainte-Beuve ajuule "ce la malice d'ami de la Emilie : ■ Ce qui est Jil dani le Mémorial <■< Sainte-Hélène h ce lujet eit inexact, ■

' ir«bivei Ditionali;*, F', «335

byGOOQlC

OQlC

le LES ÉMIGtlÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE

- Je oe dis pas cela, mais je dis que quand même '9 lettres renfermeraient un double sens, dès qu'il y a le amnistie, on ne devrait pas nous inquiéter. — oi, ajoute la mère, je prétends que, quand même ces Itres seraient criminelles, ma Bile n'est pas coupable • recevoir des lettres de son Frère. • Dubois reprend s deux femmes séparément, afErme à la jeune Hlle que

mère vient de révéler le complot, à toutes deux que

prisonnier a Fait des aveux, qu'elles seront comproises si elles ne les confirment pas. Il ne peut entraîner s deux femmes dans ses pièges, il se brise contre leur ndresse, les interne à Saint-Germain sous l'œil de ses ;ents, loin de leurs propriétés, loin de leur soleil de ■ovence, dans des angoisses continuelles sur le sort i ce frère, de ce fils bien-aîmé. Enfin, après plusieurs inées d'une captivité rigoureuse, celui-ci obtientd'étre terne à Tarbes, sous la surveillance de la police '.

Dubois n'est cependant pas plus pervers qu'un autre ; ais on ne platt au mattre qu'en mettant du zèle à mplir le râle d'inquisiteur, et il Faut qu'il se plie aux igences du personnel de jacobins qui l'entoure.

Plutôt que de subir ces interrogatoires et ms perséitions, mieux valait sauter par une fenêtre, à demi tu, à l'approche des gendarmes, mener la vie du mni, avec ses privations et ses angoisses, abandonner n vieux père de quatre-vingt-seize ans, comme l'abbé

' ArchÏTei nationalei, F', 6335.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

sons NAPOLEON 1". Ï87

de Pénis de Lacombe, ancien membre de l'Assemblée nationale, qui vivait à Tulle paisibleet retiré; la police même disait * : ■ Depuis la fin de l'an VIII (septembre 1800), on n'a pas connaissance qu'il ait participe a aucun projet contre le gouvernement. ■ Néanmoins, le Premier consul avait décidé, le 15 prairial an XI (5 juin 1803), de le feire enlever; l'abbé disparut donc à l'approche des gendarmes, erra dans ta montagne; délaissé, le pauvre père mourut.

Quand on pénètre dans le secret de ces dossiers mystérieux, on y surprend, chez Bonaparte, durant l'été de 1803, une première atteinte de cette espèce de démence qui, après avoir couvé lentement, éclatera en 1811. Le Premier consul entre enfureurlorsqu'ilentend setilement prononcer le nom des Bourbons; il frappe, dans la France entière, les familles qu'il suppose fidèles à leurs vieux souvenirs, et se met ainsi, sans même te soupçonner, au service des rancunes et des haines privées. Les dénonciations pleuvent et les gendarmes circulent. Dans la Provence seule, vingt-neuf familles sont suspectes*, celles de MM. de Barras, lieutenant de vaisseau; de Coulomb, garde du corps; de Missiessy, chef d'escadre; d'Artigues,d'Oroison, de Villecroze, de Gantez, de Tinseaud'Amondous. Prancoul,deMarseille, est arrêté*, le 20 août 1804, détenu deux ans, puis au'

' ÂrcliiTM DatioDilea, 6S59.

3 Ibid., OMO.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

,ES EMIGRES ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE à se retirer ea Prusse'. Borel, arrêté dans la I, meurt dans l'île d'Elbe, où on l'a déporté. La lu brave Précy est arrêtée aussi, de même que r de Pibrac*, qui * serait très dangereux sans lessure reçue à l'armée de Condé qui le bit er avec peine ». M. de Montaignac, ancien ma-

de camp, âgé de soixante-douze ans, et qui ne e qu'avec deux béquilles, est arraché de Nancy, I au Temple, puis placé en surveillance à quarante de Paris. François de Lafont d'AguîUac, cheva- : Saint-Louis, laissé pour mort sur le lieu du itdans la journée du 13 vendémiaire, est arrêté parce que la police a contre lui ses rancunes 1 cette journée : « Il est, dit la police, difficile de !r un individu plus ardent et plus dangereux. ■ seulement en 1808 qu'il est autorisé ù habiter les.

I mêmes souvenirs font arrêter au même moment imme aussi actif et plus intelligent, très redouté

pohce : Rey.

^*était, sous l'ancien régime, lieutenant de police n. 11 accourut à Paris dés les premiers troubles 89, et tenta même, avec Quidor, celui des hommes lice qui a eu le plus d'esprit et de sagacité, une misation des forces destinées au maintien de

tnire avec s» Femme dam la (lumeslicité de la princesse bm-

chivea oadonalei, t', 6335.

D„l,:.cbïG0C>^lc

socs NAPOLÉON 1". Î89

l'ordre et à la répression des factieux. Hais les complaisances devant le crime et les faiblesses du maire de Paris, des autorités du département et de la garde nationale, forcèrent Quidor à émigrerj il se rendit ti Vienne, où il devint conseiller antique. Rey partit pour Cobleotz avec ses principaux agents, mais il fiit gêné dans son rôle par les maladresses des hommes que lui préférèrent les princes, surtout Du theil et Vaidené. Il se refiigia d'abord à Londres, puis à Naples (1795). Là, il fîit traqué par le Premier consul, qui exigea son arrestation. Le roi de Naples n'osa pas résister, et fit jeter le vieux Bey dans un cachot (10 novembre 1803). Ce cachot est très malsain, écrit Alquier, ministre de France à Naples, maïs il n'y a pas lieu de s'en occuper, car la maladie dont Rey est atteint ■ n'oflre pas un danger évident >■ .

Page 1