‹ Histoire générale des émigrés pendant la révolution françaiseChapitre 13 sur 31 · LE JUGEMENT DE HOREAU · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT DE HOREAU

Pendant que Pichegru expirait sous la main d'assassins inconnus, les Bretons de Georges Cadoudal, les gentilshommes du comte d'Artois qui se cachaient avec }ux, les femmes qui les logeaient, tombaient tous entre es mains de la police. La populace, entraînée par le tuccès, les devinait, les dénonçait ou les vendait *. En

' FiDcuB-BoHEL, 1)1, iik. Anlraiguesa'hésile p»ï croire an meuln lePiclisgru. (Voy. P.ipiers de l'émigraiion. Lettre d'Afitraigual Curory.ki, ToL 635, f* 75.)

* Lei détails de l'arrestation de Cadoudal sont connu*, et noui d'itodi [tai cru devoir les reproduira.

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sons NAPOLEON l". Sk9

même temps, l'înstructioa se poursuivait coutre Horeau.

Uo triple message au Séuat, au Corps législatif, au Tribunal, avait annoncé l'arrestation de Moreau, mais le public avait trouvé que le gouvernement tranchait la question de culpabilité avec trop de complaisance. Il se demandait si la déposition emphatique d'un accusé terrorisé devait suffire pour bire réputer criminel le sauveur de l'armée du Danube et le vainqueur de Hobenlinden. Pourtant, ni le Sénat, ni le Corps législatif, ni même le Tribuuat n'osèreut protester contre les lois proposant des pénalités odieuses et des mesures arbitraires. Sur les bancs de ce Tribunat que Napoléon accusait d'indépendance, une seule voix s'éleva au milieu du silence universel. C'était celle d'un frère de Moreau qui afBrma l'innocence du général et demanda qu'il fût renvoyé non pas devant un tribunal d'exception, mais devant ses juges naturels. Ce cri de protestation fut considéré comme un crime : le frère de Moreau fut arrêté. Son autre frère, un lieutenant de vaisseau, fut interné à Horlaix, uniquement parce qu'il était son frère'. Comme les liens du sanj, les liens de l'amitié devinrent suspects : M. Lemerer, ancien député, vint à Paris pour s'offrir à Moreau comme défenseur ; pourcette démarche, M. Lemerer fut jeté en prison, puis exilé à Bennes. De proche en proche la persécution s'étendit à

> CoirtipomJanet J* NafoUo», IX, 3M.

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350 LES ÉMIGRÉS ET LA SOCJÉTÉ FRANÇAISE tous ceux qui eatouraient Moreau. Fresnière, sonsecrëire, fut arrêté et obtint b graod'peine l'autorisation i suivre Moreau en Amérique'. Le général Bicheinse, un lieutenant de Moreau, fiit privé de commanîment et disgracié. Le général Decaen, un ami de oreau, fut envoyé à Pondichéry. Real ordonna d'ariter Lahorie, ancien chef d'état-raajor de Moreau, fit Iquestrerses biens, espionner tous ceux qui le voyaient; 1 persécuta longtemps Laliorie, car, après l'avoir ilâché, le 14 janvier ISIl, on l'arrêta encore, sans itre motif que ses anciennes relations avec Moreau. ecourbe, le plus glorieux des lieutenants de Moreau, li avait commandé l'aile droite à l'armée du Danube, ni avait gagné la bataille d'HoclistEedt, qui avait coalis les Grisons, chassé les Russes et les Autrichiens î la Suisse, l'illustre Lecourbe fut rayé des cadres de irmée, exilé pendant toute la durée de l'Empire; apoléon l'envoya en Auvergne, sous la surveillance ! sa police, et, comme il venait de vendre une maison 1 général Dutreillis, t'Ëmpereur fit mettre, pourTapluvrir, opposition au payement du prix de vente'acdonald, disgracié comme ami de Moreau, resta rivé de commandement jusqu'en 1809. Le général ouham fiit arrêté, et non seulement le général, mais 1 femme, prévenue comme son mari de conspiration )ec le brigand Georges! On arrêta aussi les généraux

' NouT, acq. fr., 3556,

' Arcbivei de ii préfecture de police. Ltunni *ur Fauriel, p. 18.

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LiébertetRamel; celui-ci, qui revenait malade et blessa de Saint-Domingue, fut labs^ treute-six heures au cachot. Le général Dessoles fiit obligé de s'exiler près d'Auch et ue rentra au service qu'en 1808. Gaspard Normand, cheF d'escadron, fut chassé de l'armée, rayé de la Légion d'honneur et détenu quatre ans '. Lorsqu'on l'avait arrêté, il avait en l'imprudence de déclarer que, pour lui, c'était un honneur de partager la proscription de Moreau. Napoléon le poursuivit de sa haine implacable : « Il ne f^ut point, écrivait-il, relâcher l'adjudant-commandant Normand, mais le mettre dans une citadelle*, n

Monceyfit arrêter, à Besançon, le colonel Deleley, premier aide de camp de Moreau *. D'autres aides de camp, Guitleminot, les frères Marchand, furent persécutés, moins malheureux pourtant que ceux qui ^rent mis au secret. Dans une série de lettres qui ont passé sous mes yeux, Loyer, Rapatel, Badonville se plaignent amèrement des traitements qu'ils subissent. « L'înstruction de la procédure n'a fourni aucune charge contre eux. Cependant, on est informé que, pendant leur détention, ils ont témoigné le plus grand attachement à Moreau, et manifesté des dispositions peu convenables pour le chef de l'Empire *. ■ Loyer ne sort de prison que pour être interné à fieims; les autres sont

'Smiiii, VI, 73.

' Napoléon à Foaché, Correspondante, XI, 93.

> F', 6397, 7 veDdémiaire an XII, Fouché 3t Berthier.

• KouT. «cq. fr., 3556, f M.

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iZ LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE [il^8 à trente lieues de Paris'. C'est, en un mot, le irti de Moreau qui est opprime par le parti de Bona- U'te.

Le récit de ces rigueurs était colporté dans les lions de Paris, dans les cafés, dans les théâtres etdans is lieux publics. Les royalistes qui regrettaient les ourbons et les républicains rebelles a la dictature se roupaient dans un même sentiment d'hostilité; ils [fectaient de blâmer sévèrement la conspiration de 'onaparie contre Moreau,

Le grand juge avait fait subir au prisonnier un long iterrogatoire, mais Moreau s'était renfermé dans ses énégations. Alors, le Premier consulat transmettre au énat un rapport rédigé avec une partialité perfide; loreau avait re&sé de conspirer pour les Bourboas, e s'associer à Georges et même de le voir, et les accuateurs s'efForçaient de compromettre son nom en l'acolant toujours à ceux de Georges et de Pichegru. Pressé 'avilir ce rival, en obtenant de lui des aveux déshonoants, Bonaparte prescrivit au grand juge d'interroger le nouveau le général et de lui insinuer qu'il devait se oncilier par une entière franchise la clémence du 'remier consul. Moreau retiisa de se prêter à ce râle le suppliant, et le légiste Régnier échoua dans sa tenative. Alors, on essaya du directeur de la police. Celui* i, plus liant, plus adroit, voulut à son tour insinuera

1 Nouv. ai..j. r..,i<-38g.

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Moreati de désarmer le Premier codsuI par des décla rations sincères, et lui laissa entendre que sa vie et s gloire étaient intéressées a ce qu'on ne le supposât pa complice d'assassins ; mais il ne put obtenir que Morea sollicitât la clémence de Bonaparte. Tout ce qui résuit de l'entrevue, ce fut une lettre fière écrite par le pri sonnier. ■ L'accusation, disait-il, est absurde. Je sui à concevoir comment une poignée d'hommes épai peut espérer de changer la Fnce de l'État et de remetti sur le trône une Famille que les eFforts de toute l'Europ et la guerre civile n'ont pu réussira y placer... » Il tei minait en disant qu'il ressentait " l'inquiétude de vo triompher les ennemis qu'attire toujours la célébrité »

Ne pouvant séduire Moreau, on revint à l'idée de I compromettre. Real pressa surtout Roland, l'un dt accusés, qui avait dénoncé Pichegru, de dénonce Moreau. ■ Prenez garde, disait Réul, qu'en coutinuar de garder le silence, vous ne priviez la justice d'aocu des faits qu'il lui importe de connaître, et que voti nous forciez a penser qu'au lieu d'être le confideni vous êtes le complice des hommes que la justice pour suit, n Roland répéta bien les propos de Pichegru mais de Moi eau, il ne put citer que cette réponse l'ait à lai-mème : « Je ne puis me mettre à la tète d'aucu mouvement pour les Bourbons, «

Les débats du procès s'ouvrirent après cette instruc tion (28 mai I804) et presque au lendemain de la pro clamulion de l'Empire. Les accusés étaient traduil

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devant le tribunal criminel et spécial du département ie la Seine, présidé par Hémar. Les douze juges siégeaient en simarre; en face des juges, quarante-sept accusés étaient rangés sur quatre rangs. Un pareil nombre d'accusés ne pouvait se juger à huis clos; on ie contenta donc de supprimer le jury. Les débats étant oublies, l'afïluence fut incroyable; pendant quatorze ours, la bonne compagnie s'y porta avec un intérêt lassionné; les femmes a la mode, la belle princesse Dolgorouki, ne quittaient pas la salle des séances '. La nort du duc d'Enghien, celle de Pichegni, la supiression du jury, la partialité du président, redouihiient l'intérêt que l'on portait aux accusés. La foule ;e les montrait et se pressait pour les voir. Tous les 'égards se portaient d'abord sur Moreau, que raninaient les sympathies de Lecourbe, de Macdonaid, le Snint-Cyr et de Dessoles, présents dans l'auditoire; Is se fixaient sur cet homme de guerre inférieur à sa 'enommce dans les incidents de la vie civile, mais rerouvant un front calme à l'approche du danger. Les 'oyalistes et les républicains, qui remplissaient le préoire, saluaientà tout propos de leurs applaudissements e vainqueur de Hohenlinden. Un jour, au début de la iéance, l.ccourbc entra, et soulevant entre ses bras le eiine enfant de Moreau : ■ Soldats, s'écria-t-il, voilà L> fils de votre général! •> Une émotion profonde se

■ Nouv. ncfj. fr., 3556, (• 408. RomiiiBKKK, TI, 113 et taiv.

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répandit dans toule la salle. Les militaires se levaient, les soldats présentaient les armes, les gendarmes qui entouraient l'accusé témoignaient leur respect pour le grand homme persécuté. Quant à Pichegru, sa place restait vide, maïs le nom du conquérant de la Hollande était invoqué ù tqut propos par l'accusation comme par la défense. Les geôliers avaient cru ensevelir sa mémoire dans L'oubli, et son nom retentissait sans cesse dans l'auditoire, et son ombre semblait planer sur les débats.

Après s'être fixés sur Morea^u, les yeux des royalistes se reportaient sur leur champion, sur Georges Gadoudni, qui n'avait l'apparence ni d'un chef de complot ni du dominateur de la lande bretonne. Ils regardaient avec surprise cet homme b figure pleine, a Tceit clair, au teint frais, au regard assuré, à ta voix douce, replet de corps, mais aisé dans ses mouvements, et dont l'attitude commandait le respect. Quelques républicains ne pouvaient se défendre de lui accorder leur estime. Ils savaient que ce chef des chouans n'avait pas combattu pour ressusciter les abus de l'ancien régime, mais pour résister à l'invasion d'une nouvelle tyraimie, et qu'il avait défendu à sa façon l'égalité des droits et les libertés politiques; que seulement, il s'était obstiné ù les servir sous le drapeau blanc, alors qu'elles étaient délaissées sous le drapeau tricolore '.

■ I.rs troupe» de ctiounnl devinrent, tant nulant cjiieles armrcs rcpii' blicames, de vrais foyers de démocralie milïtiiire. Cet eapril iju! nnîmnit

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Les royalistes cherchaient aussi sur les bancs des accusés M. de Rivière et MM. de Polignac, les 6déles amis du prince qui exposait ses serviteurs à des périls qu'il ne venait point partager. Tous les accusés enlrèrent d'un pas ferme; seul, Bouvet de Lhozîer se montrait tout décontenancé. On avait assigné comme témoin madame de Saint-Léger, née Marie de Turgot, qui avait loué à Chaillot une maïsoD pour Bouvet de Lhozier. Cette amie, qui venait d'exposer pour le proscrit sa liberté et peut-être sa vie, comparut devant le tribunal et dit aux juges en regardant l'accusé : ■ Bouvet, je ne U connais plus. ■ Bouvet, honteux, revint sur ses déclarations. U confessa que ses aveux étaient basés sur des suppositions, et que ces suppositions, il les avait ensuite reconnues fausses ' . Dès lors, l'accusation contre Moreau n'avait plus de fondement. Régnier avait mandé les défenseurs du général et les avait invités * à ne se laisser pas aller b de coupables indiscrétions * • ; il ne réussit pas à les intimider et a les empêcher, notamment, d'aborder la question de compétence *.

lea chouans fut révrié pir un pamphlet bien peu digne de fbi, miii croyable en cria, car loa but n'écaiL pai de rendre lea chouam pa[iulaires. Ce libelle, écrit dam le cabinet de Napoléon, est intitulé : Â'a(ic« allégée sur la vie, le caractère et let crimet det principaux disaiiiNi aux gai/es de l'Angleterre, ijui loiit aujourd'liui traduits devant le tribunal de lu £ctiie. L'Empire l'en permit la difFaination officielle cODira Ici hommes igu'll voulait envoyer à l'échafaud. Dani Cet écril, il ni bien dit que Georges adopta le ayatème antinobiliaii'e (c'eil-l-dire libéral).ei cette appréciation est confirmée pari* correipundance de Puiiayc.

' pM:«itL, 179, 341.

•MouT. acq. fr., 35M, f 18.

' Audience du 9 fiiairial an XII.

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Les avocats avaient benu jeu de plaider l'inrompétence; la loi exigeait en elïet ou le jury ou la haute cour; dès lors, le tribunal criminel et spécial n'avait rien à voir dans l'alTaire. Le rapporteur Thufiot répondit plaisamment : « La haute cour ne peut être constituée que si le Corps législatif en nomme trois membres; le Corps législatif n'étant pas assemblé, ïrat-nn suspendre le cours de la justice? N'est-il pas plus naturel et plus juste que la cour criminelle continue le procès qu'elle a déjà commencé? ■ Cet argument suîtît à l'ancien régicide pour faire prévaloir une opinion contraire au texte de la loi.

Cadoudal, intrépide sur le banc des accusés comme au milieu des dangers, montra dans ses réponses une énergie railleuse. Croyant, comme tous les accusés, un meurtre de Pichegrn, il disait à ses juges : ■ Si l'on me trouve étranglé, ce n'est pas moi qui aurai pris cetle peine. ■ Feignant de se méprendre sur le nom de Thuriot, il l'appelait Tue-Roi. A l'entendre, on n'aurait jamais cru qu'il se savait désigné pour l'échafaud. D'ailleurs, il avouait les faits articulés contre lui, mais il taisait avec opiniâtreté ceux qui auraient pu compromettre ses complices ou les royalistes chez lesquels il avait trouvé un abri '.

' M. de M.irtcl, qui s'ingcnie k ravaler Georgea CadouJal au niveau d'un brigand vulgaire, lui donne comme coin|ilii:ea plus ou moins sccreu • le» homm» cmiuenrt du parti républicain, Moreau, Sieyès et presque tou* les mFContenls ciTÎU et militaires, Brmadolte, Augf reau, Macdonald et mime peui-jtie MaMÉna •; il les montre acceptant le bénc-

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358 LES KMIGItES ET LA SOCIETE FRANÇAISE

Moreati avoua ses entrevues avec Ptchegru, mais il déclara que son seul motif, en se rapproctiant de son ancien h-ére d'armes, avait élë de lui ménager le retour dans sa patrie. Il reconnut que dans ses entrevues il avait été initié à de vagues projets contre le gouvernement, mais ces tentatives lui avaient paru si peu réa> lisables, qu'il n'avait pas cru de son devoir de les dénoncer. Bref, il persista dans les explications qu'avait déjà données sa lettre au Premier consul. Le président Hémar, duus l'interrogatoire, se mit à reprocher nti général républicain les récompenses qu'il avait obtenues et le taxa d'ingratitude; alors Moreau mit en regard de ses émoluments les souvenirs de sa glorieuse retraite, des victoires de Bastadt, de Biberach, d'Engen et de Holienlinden, et les acclamations de l'audî* toire apprirent au magistrat que les réponses de Moreau n'étaient pas moins terribles que ses armes. Le récit de ces incidents ét<)it chaque soir colporté dans les

Sce de l'assassinat proJetÉ, U signale comme ploa aclivcmenl miles à la conspiration avec Moreau et Pichegfu les géDeraut Macdonild, I^- GOiirbe, Delinas, Lahorie, Soubim, Liéberl, etc. — Cette accuHtion aurait beioin d'ïlre êtayM par d«i dacunieiiU que M, de Martel ne produit pas. Ces géni'-raul ont été persécutes par Bonaparte, cela suffit à M. de Martel pour les trouver cou|iablesi il ne s'aper<;oit p» <)a'en fiiisBiit entrer dans la cunspirntioii tant de pcrsunnagea, il grandit tiagulicremenl tir ivMe de ce Georges qu'il s'est dunné ta mission de flé-

De son côlé, M. Albert Sobkl, dans l'artida du Tempi, déjà cité, appelle Georges Cadoudal un chouan féroce, qui conspirait sans lrë»e et qui tuait sans merci. Ce sont il des exagérations de plume; Cadoudal s'est toujours roonlré plus généreux et plus humain que ses adm*

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salons, comme dans les cafés de Paris; on ëlait mal Teou à traiter sévèrement Moreau. Montrond se trouvait auprès de madame Hamelin, lorsque le colonel Colbert vint lui dire : « Moreau pleure. — Si vous étiez à sa place, rëpondit-elle, vous infecteriez de votre terreur tous les appartements'. » Moreau demeura ferme, son lungage fut digne : ■ Juges, dit-il en terminant sa défense, depuis La victoire de Hohenlinden jusqu'à mon arrestation, mes ennemis n'ont jamais pu me trouver ni me clierclier d'autres crimes que la liberté de mes discours!... Pouvais-je croire que cette liberté fût un crime?... Ceux qui conspirent blâmentils si hautement ce qu'ils n'approuvent pas ?. .. »

A mesure que les débats se poursuivaient, des scènes émouvantes venaient impressionner l'auditoire. Celaient des accusés qui montraient au public les traces de la torture. Puis un débat touchant s'établit devant le tribunal entre MM. de Polignac. Armand demanda qu'on épargnât son jeune Frère et s'offrit en victime. Jules s'écria de son côté : > Celui qu'il fout épargner, c'est mon frère, l'appui des siens, un père de famille. ■ Le président Hémar, servile, cynique et contrefait, demeurait étranger k ces sentiments généreux; il dit eii6n après douze jours : ■ Les débats sont terminés. <i

Lorsque les juges se retirèrent, lu plus grande incertitude couvrait le sort de Moreau. Lesafhdés de l'Ëm-

I Nouv. acq. fr., 3556, f- 1».

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300 LES KMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE pereur s'agitaient [tour obtenir une sentence de œortj ils voulaient que le rival de leur maître fï)t humilié par une grâce. Napoléon ne craignit pas d'inten'enir luimême; il pressa Gorvisarl, beau-frère de Desmnisoas, de solliciter de ce magistrat, l'un des juges, la coadamnation de Moreau : « Allez trouver Bourrienae, lui dit-il, et entendez-TOtis avec lui pour le ramener à des idées plus raisonnables. ■ Savary était là, comme il avait été a Viiicennes ; il se tenait dans l'aotichambre, à portée de l'oreîtle des juges. Cette nouvelle uiTairc lui vnlut une gratiScation de 80,000 francs '. Pendant la délibération, Hémar et Thuriot ouvraient souvent la porte ; on les voyait tous trois conférer longuemeol. Après un de ces entretiens, le rapporteur Thuriot rentra et insista avec une énergie.croïssante pour que la peine capitale fut appliquée à Moreau : • C'est, dit-il, une affaire politique; il y a des sacrifices nécessaires à la sûreté de l'État, et, d'ailleurs, si Moreau est condamné, l'Empereur fera grâce. — Et à nous, qui nous la fera?» ré|iondit Clavier, l'un des juges. Dès lors, sept voti contre cinq se prononcèrent pour épargner Moreau. Le président Hémar, le rapporteur Thuriot, Bourguignon, Selves et Granger votèrent pour la mort. Martineau, Desmaisons, Rigaut, Lecourbe, Laguillaumye, Dumeuve, Clavier, votèrent contre la mort. Ceux-ci avaient poussé plus loin l'indépendance; ils acquit-

' I «tmiBL, p. SOS, 43:(.

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SODS NAPOLEON I". 301

tèreot Moreau, mais, sur les pressantes instances du président Hémar, ils revinrent sur leur décision et condamnèrent Moreau à deux ans de prison *. L'emprisonnement fiit aussi prononcé contre Jules de Polignac, Léridan, Roland et Hisay; mais la peine de mort fal infligée à lu plupart des accusés.

L'arrêt fut accueilli avec consternation ; on était las des sanglantes hécatombes, et l'Empereur lui-même comprit qu'il lui serait salutaire de se montrer plus clément que les juges. Il fil grâce aux dénonciateurs, et commua la peine de mort prononcée contre Rochelle, Armand de Polignac et M. de Rivière. Mais, au premier moment, lorsqu'il connut les deux années de prison de Moreau, il ne put pas maîtriser sa colère. Â la réception qui suivit le jugement, apercevant Lecourbe, il fondit sur lui avec emportement, l'appela juge prévaricateur, le chassa publiquement et le fit destituer.

Quelques jours après, le i-4 juin, Bourrienne se trouvait à Saint-Cloud auprès de l'Empereur. Celui-ci parlant des propos dont l'écho arrivait jusqu'à lui : ■ Qu'on parle tant qu'on voudra, dit-il, mais que je ne l'entende pas, n II se plaignit aussi de Lacuée : « Il allait clabaudant pour Moreau, lui, mon aide de camp. > Arrivant à Moreau, il s'excusa de son acharnement

a brochure de Lecourbe, l'un dei Juges, duiine luui \el délaiti de la driibéralion ': Opinion lur la coatpiralioii lie Moreau, par Lbcodrib. Paiii, 1814, in-8°.

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3A2 [.ES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE, contre le général sur la pression que Real lui avaitfoit subir; puis, appréciant la conduite de son rival, il dil qu'il étiiît mou, indolent, lui reprocha de Fumer, d'aimer trop la bonne chère, pas assez la lecture, et d'être beaucoup au-dessous de sa réputation... j passant ensuite à ses propres griefe : ■ Il a blâmé tous mes actes, dit-il, tourné en ridicule la Légion d'honneur, déprécié mes campagnes et mon gouvernement; je suis sur le trône, et le voilà en prison. Bien certainement, je lui aurais fait grâce, mais son nom aurait cessé d'être un drapeau pour ces imbéciles de royalistes '. «

L'Empereur avait trouvé ses magistrats tropdoui; sur l'énumération des crimes de Moreau, peut-être pourra-t-on les juger bien sévères.

' ROUBRIBIIM!, VI, I 13 el !Uiv

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