LA CAUPACNE DE 1812. LA CAMPAGNE DE
LA CAMPAGNE DE 1814, UORTAUTÉ f)ANS LES
HÔPITALiK, SUR LES ROUTES ET LES CHAMPS DE BATAILLE.
La France, d'ailleurs, touche à ses grands désastres. L'année 1812 approche de son terme : on revient de Russie; la consternation est générale; toutes les familles sont atteintes. — ■ Léopold (le prince de Tatmont) vient d'arriver, malade, mais heureux d'être dans son lit; il apporte du pillage de Moscou un portemanteau plein de thé de caravane. ■ « Alfred de Noailles a été tué. Tout Paris va s'inscrire chez madame de Poix et madame de Damas. » <> Tout ce qui paraît sûr, après une multitude d'informations et de contrudiclions, c'est (]u'£dmond a été pris étant malade; il l'étuit moins gravement que le petitCbabannes, qu'à lu vérité tout le monde dit mort; le fuit est que la pauvre Caylus est bien tourmentée. On vous aurn mandé l'arrivée de Casimir de Mortemart et les inquiétudes qu'on avait pour lui '... »
■ Papien da duc de La TrémoïUe. — ExtraiU de lettres diTirtsi.
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Les caquetages des salons ne donnent pas l'idée de l'étendne des pertes et de l'intensité des douleurs, mais les cris de souF&ance ont déjà retenti dans t'bistoire : H Mon cheval versa sur moi si rudement que je restai engagé sous lui. Plusieurs centaines d'hommes passèrent sans qu'il me Fût possible d'en décider un seul à me dégager. Les plus compatissants s'écartaient un peu, d'autres enjambaient par-dessus ma tète, la plupart me foulèrent aux pieds. Un gendarme d'élite enSo me releva. Cette journée s'était écoulée pour moi saos nourriture. La nuit suivante, je la passai sans manger encore dans une cabane ouverte à tous les vents, près d'un feu mourant, la flamme ne pouvant mordre sur un gros sapin tout entier qu'on avait traîné dans un abri, et dont les deux bouts sortaient l'un par la porte, l'autre par la fenêtre. Un vieux général dn génie vint partager avec moi ce triste gîte. 11 dévora devant moi un reste de provisions sans me rien of&ir, et sans que je pusse me déterminer à lui demander une faible part du chétïf repas auquel il était réduit. Cette chambre tenait à une énorme grange encore debout. Pendant cette nuit cruelle, quatre à cinq cents hommes s'y réfugièrent... lorsqu'avant le point du jour, je voulus sortir a tâtons de l'obscurité de ce tombeau, j'en heurtai du pied les premiers habitants; surpris de leur impassible laciturnité, je m'arrêtai; mais up autre obstacle m'ayant fait tomber sur les mains, les membres raidis, les figures glacées qu'elles
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rencontrèrent m'expliquèrent le silence qui m'environ-
oait il me fallut surmonter ces diFfërents monceaux
de cadavres '. »
Ce cavalier démonté, c'était le général commandant en chef du grand quartier impérial; par ce qu'il a souffert, on peut juger des souffrances des autres.
Le comte de Gboiseul-Gouffier, ancien ambassadeur de France à Constantinople , avait émigré en Hussie et s'était retiré à Saint-Pétersbourg. Il fut cbassé par Faul I" et exilé dans ses terres en Litbuanie, avec son fils. Celui-ci, devenu veuf, avait épousé la belle Fisenhaus, qui raconte l'étonnement de cette colonie d'émigrés en voyant arriver à Vilna l'armée de Napoléon, On remarquait déjà l'insubordination des troupes, l'imprévoyance des chefs, qui laissaient manquer l'armée de pain pendant trois jours. Ce n'était rien, cela, c'était le début, le départ. Voici comment madame de Clioiseul dépeint le retour : •• Celui-ci avait jeté son casque et, affublé d'un chapeau de femme en velours et d'un manteau en satin noir, traînait par la bride son cheval efflanqué glissant à chaque pas. Celui-là se montrait enveloppé d'ornements d'église. Quelquesuns avaient jeté sur leurs épaules des robes fourrées de femmes dont les manches étaient attachées à leur cou. ■ Parmi eux se trouvait le général marquis de Jumilbac, beau-frère de Richelieu, qui disait après la retraite :
' SÉCDR, Histoire! et Mémoires, VI, ti.
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hk% I.E$ EMIGBES ET I. SOCIÉTÉ FHANÇAISE
» Vous ne sentez pas le bonheur de manger assis ■ table. ■ « On ne pouvait Biire un pas dnos les nies (de Vilna) sans rencontrer les cadavres des Français gelés ou assassines par les Juifs qui les tuaient pour s'emparer de leurs montres. Au moindre dégel, on apercevait des traces de sang sur le pavé; on voyait les Femmes juives achever de leurs mains des soldais expirants ou les faire périr sous les talons de leurs pantoufles ferrées. Autour de Vilna, quarante millecadavres de Français restèrent sans sépulture. ■ Les prisonniers français Snireut par rester libres, mais ils mouraient de faim : « Je les vois avec des figures décharnées, des yeux dont on n'aperçoit que le blanc, chercher des débris dégoûtants pour assouvir leur faim '. > Hors de Vilna les souflrances des prisonniers sont plus terribles encore; ils tombent sur les chemins pour ne plus se relever. De cinq mille qu'on envoie à Babniinsk, vingt à peine arrivent vivants. Près de Wiasma, les paysannes déshabillent et lient à terre sur des pins soixante Français qu'elles fouettent en dansant et en chantant'. Langeron voit un homme mort dans un cheval qu'il avait éventré pour y trouver un abri contre le ^id; il en voit un autre arrachant avec les dents les entrailles d'un autre cheval; il aperçoit des cadavres de soldats à qui des camarades ont coupé des lanières de chair
' JUémtiires hiitoriifuti lur ^empereur AlexaaJre, par madame la comtesse DR CuoisECi.-GourFiF.n, née de Fi»nii>ci. * SÉGDH, Hitloi-t et Mémoire.'.
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pour s'en nourrir. Le thermomètre de Larrey marque 28* à la boutonnière de son habit'. Passons sur ces horreurs, mais nous ne saurions taire la perte i d'hommes qui Fut le résultat de la campagne, chai DoTout commande, le 15 juin 1812, au du passage du Niémen, 179 bataillons ^rançaî tant 66,345 hommes; après six mois de cai le 8 janvier 1813, il reste 2,281 hommes. G< tion de l'armée est la mieux administrée et 1 commandée*.
Les quatre premiers corps d'armée franr comptaient, le 15 juin 1812, au passage du 125,962 hommes, étaient, après la campagne à 6,400 hommes. C'est le prince Eugène qui le 1" février 1813*. Le corps de Ney (le encore de 10,000 hommes en quittant Moscoi léon l'avait passé en revue au Kremlin (18 c quoique décimé, ce corps restait superbe el crânement devant l'Empereur. Quelques passent; on ne trouve plus dans les rangs qi hommes ii Krasnoi, 900 hommes à Orcha, I lement après le passage de la Bérésina^.
La garde n'existe plus. Le 21 décembre 18 tout au plus SOO hommes en état de marcher.
' r,*RBET, Mémoir,, dt chirurgie militaire, IV, ,.. 31 i
' noDsSË-r, La Gronde Armée Je 1813, 1 à 90.
» Id.
* Journal de la campagne de Russie, par le dUL' DU V<i3.».l
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autres présents sont ■ gelés et gangrenés à un tel point, qu'ils périrent tous... On en fait partir aujourd'hui 200 en traîneaux pour Danzig, afin qu'on puisse leur faire l'amputation des doigts des pieds et des mains'. •
La partie est perdue ; mais dominé plus que jamais par la passion qui le dévore, Napoléon ne renonce pas au jeu; il va se contenter de prendre d'autres caries.
Décembre 1812. — L'Empereur avait, avant de marclier sur Moscou, prescrit la levée de la classe de 1813, laquelle, arrivée en octobre dans les dépôts, remplissait les cadres de 140,000 hommes ayant trois mois d'instruction. De plus, il avait formé cent cohortes de gardes nationales, lesquelles présentaient cent bataillons d'hommes robustes; en se disant demander par quelques-uns de ces bataillons l'honneur de rejoindre la grande armée, en consacrant ce vœu par une décision du Sénat, il avait ajouté à cette grande armée cent mille hommes^.
Janvier 1813. — Il résolut de se procurer encore une centaine de mille hommes en revenant sur les classes de 1809, 1810, 1811, 1812. Il avait pris le tiers de chaque classe, puis revenait après coup sur celles qui avaient déjà fourni leur contingent, et il opérait un nouveau triage pour y choisir les hommes qui avaient acquis à vingt-deux, a vingt-trois, à vingtquatreans, tes conditions de taille et de force physique
1 HocMBT, La Glande Armée de 1813, I à 90. •Thibiis, XV, 174.
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qa'ils ne remplissaient pas à vingt et un. Enfin, il résolut d'exiger tout de suite ia conscription de 1814 (160,000 hommes) qui devait venir remplacer dans les dépôts celle de 1813, Il n'est pas besoin d'ajouter que ces mesures furent votées par le Sénat avec sa soumission habituelle ' .
Novembre 1813. — L'armée de 1813 est fondue. On est à la veille de la lutte suprême. Napoléon se préoccupe peu d'entraîner avec lui la France dans l'ublme. Mais le pays est épuisé I — H fouillera le sot à de nouvelles profondeurs. — Ceux-ci ont dix-sept ans ! — Ceux de dix-sept ans partiront. — Ceux-là ont cinquante ans [ — Ceux de cinquante ans partiront. — Ces autres sont infirmes! — Tous ces infirmes partiront. — Ils iront s'aiïaisser sur les routes ou périr dans les hôpitaux; beaucoup n'arriveront pas sur les champs debataitle. Au mois d'octobre précédent, avant de quitter Dresde pour Leipsick, Napoléon avait chargé Marie-Louise de se rendre au Sénat afin d'obtenir la conscription de 1815, qui devait fournir 160,000 conscrits, et, en outre, une levée extraordinaire de 120,000 hommes sur les classes déjà libérées de 1812, 1813 et 1814. (Sénatus-consulte du 9 octobre.) Le Sénat a donné tout ce qu'on lui demandait; il a même livré ces victimes avec une sorte d'allégresse. — Quand il s'agit des soldats rappelés : « Les braves qui vont se
■ Thikiis, S17, lU).
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Ki LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ Fn&NnAISE
rendre h la voix de la patrie ont déjà atteint l*âge où l'on n'a pas besoin d'être pi^paré aux fatigues de la guerre. ■ — Quand il s'agît des plus Jeunes recrues : « Pour eux, ces Fatigues seront un exercice salutaire. • Si le gouvernement remonte jusqu'à l'an XI : • En remontant jusqu'à l'an XI, Sa Majesté cède aux conseils de la justice, de la sagesse, de l'Immanîté. Leshorames qui viendront se ranger sous les aigles françaises réaniront la force au courage ' . »
Parmi les hommes dont l'appel avait été décidé en octobre, il Fallait considérer comme ne pouvant encore rendre aucun service ceux qui faisaient partie de la conscription de 1815. Grâce au système des anticipations, celle-ci devait donner des soldats de dix>huit ans.
Napoléon n'avait pas ta pensée de tes employer immédiatement; il les destinait à former une réserve qui remplirait les dépAts et occuperait les places fortes. Pour se procurer des soldats disponibles, il imagina de recourir à toutes les classes qu'il avait solennellenient libérées et d'y puiser tous les célibataires. Évaluant à 300,000 les sujets qu'il pourrait trouver par ce moyen, il fit rédiger un sénatus-consulte qui l'autorisait à lever ce nombre d'bommes sur les classes antérieures en remontant de 1813 ii 1803*. En6n, il rappela environ 40,000 hommes sur les classes de I814à 1808 sous le
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