‹ Histoire générale des émigrés pendant la révolution françaiseChapitre 22 sur 31 · CHAPITRE vni · texte numérisé non relu

CHAPITRE vni

LA PEIISÉCVTION RELIGIBDSE.

L'ciccution du Concoidat, — Les rapporta de Napoléon artc le cler|;c de l'Empire. — Le catéchisme impérial. — Les démjUi a"e k l'ape. — L'arre*Lition de Pie VU. — Le redouMemcnt de lj prr-

On s'étonnera peut-être de nous voir revenir, aptis M. d'Hausson ville, sur un sujet qu'il a si amplement traité; mais le clergé français, banni du sol de la patrie par les lois révolutionnaires, figurait en partie parmi les émigrés, et doit rentrer à ce titre dans le cadre de notre étude. Les violences exercées par Hapoléon contre les prêtres de son Empire ont eu d'ailleurs Jes résultats dont nous soulTrons encore. La persécution a inulliplié les semences de conflits entre la puissance civile et la puissance religieuse, alors que leConcordat venait dedébarrasser l'idée monarchique d'une compromission dangereuse. Peut-être le lecteur sera-t-il médiocrement ému par le récit des épisodes modernes de la querelle ravivée entre le sacerdoce et l'Empire. Cependant le débat recèle un intérêt plus sérieux que celui qui pourrait s'attacher aux discussions théoiogiqaes. Au fond, ce que Napoléon menace dans les eropoi-

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LES ÉMIGRÉS SOUS NAPOLÉON l". 465

temeots de sa voloatë tyrannique, ce sont les droits de l'àme et de la conscience. Les hommes qui les ont détendus contre un impitoyable oppresseur méritent tous nos sympathies, et quelques-uns notre respect.

t'EXÉCDTlON DU CONCORDAT. LKS RAPPORTS DK NAPOLÉON

AVEC LE CLEROË DE l'eMPIBE.

La persécution contre le clei^é n'a pas commencé, comme on le croit généralement, vers la fin de l'Empire. Chose étrange, la signature du Concordat donna le signal des violences. On compte pardïzaînes les renvois ou incarcérations de prêtres contre lesquels Napoléon n'avance d'autres griets que celui de n'avoir pas adhéré au Concordat. Pour l'Empereur, la religion était sui^ tout un instrument politique, un moyen plus efEcace qu'un autre de dominer les âmes et de s'attacher les esprits. Le conquérant a restauré le culte, un peu par entraînement et par force suhie, beaucoup pour faire del'Église un instrumentde règne. Malfaeuràtous ceux qu'il soupçonne de vouloir se soustraire à cet asservissement.

Dès le mois de janvier 1801, M. Fournier, prêtre de Saint-Sulpice, était arrêté par les agents de Fouché après un sermon prêché à Saint-Roch , enfermé à

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MO LES EMIGRES ET LA SOCIETE FBANÇAISE Bicétre et revêtu du costume des fous. De Bicétre, i) fut transféré a la citadelle de Turin ' .

En 1802, l'abbé GuilloD.futurëvéque du Maroc, iiit enfermé au Temple pour avoir adressé une consultalioD au chapitre de Rouen. Il y fut maintenu parce qu'on avait trouvé dans ses papiers des notes sur Bonaparte; or on savait qu'elles n'étaient pas de lui. Un peu plm tard, un curé de Strasbourg est arrêté parce qu'il a logé la baronne de Reicb. Un prêtre de Marseille devient suspect parce que dans un voyage il a passé par Gibraltar. Quelques ecclésiastiques du Pas-de-Calais correspondent avec ■ l'infâme <• évéque d'Arras. > Je veux savoir , écrit Napoléon , quelles seraient lis formes canoniques à employer pour les dégrader, afia

qu'ils soient livrés k la rigueur de la justice Je ne

suis pas content du vicaire de Saint-Sulpice; c'est ua homme également à dégrader^, y

Le plus souvent c'est Fouché que Napoléon charge de surveiller son clergé. « Il est instant que vous ayez les yeux ouverts sur le diocèse de Poitiers. Il est eo vérité honteux que vous n'ayez pas encore feit arrêter l'abbé Stewens. On dort, car comment un misérable prêtre aurait-il pu échapper*? » << Je voiï dans votre lettre du 12 que vous avez arrêté un curé de la Ven-

' Libéré Is 1« janvier 1803, il devint év«(jne de Moalpcllin en

isoe.

* Leure» de Napoléon. CoirespandanM offcielle, IX, pa(e« ***' 306, 307, 320, 339, W».

' Lettre .'i Fouetté, 30 juin 1S05. Corrtspondaaee Napoléon.

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dée. Vous avez très bien fait, gardez-le en prison ' . » u L'abbé de Coucy me hiït le plus grand mal ; il correspond toujours avec ses diocésains. Je désire qu'on fasse arréler cet homme et qu'on le mette dans un couvent'. -

Cinq, prêtres du diocèse de Blois ont colporté un mandement de leur ex-évéque. Napoléon envoie l'ordre au grand juge de les faire arrêter et transporter à Rimini*. Un mois après, il apprend qu'on n'a rien fait; il se fâche, et c'est sept prêtres qu'il lui faut. « Pourquoi a-t-on relâché les deux prêtres que j'ai fait arrêter à la llocbelle, et n'a-t-on pas emprisonné ceux dont j'avais ordonné l'arrestation h Blois*? k

Nous sommes à peine au début de l'Empire, et les ordres d'arrestation se multiplient. Napoléon prescrit d'emprisonner un curé des environs d'Abbeville'. Il fait arrêter eu même temps dix prêtres à la Rochelle, dix prêtres à Liège, et les envoie à Bimini, en ajoutant : Il faut les dégrader*. Le prêtre Habert, de Blois, est arrêté sur son ordre direct : •> L'officier que vous enverrez ne devra s'adresser, pour l'arrêter, ni an préfet ni BU commissaire de police^. >

■ Letlre h l'ouché, S4 janvier 1807. Correspondance deSapoléon.

* LettrcàM. deL.icép^de,S jain 1805. Correupondance de Napoléon. ' l«tire de Na|ioléon à Régnier, IQ février 180Ï. Correspondance ,

IX, iw.

t Letlre d« Nipoléon à Moncey,S3mnr> lmk.Id.,lK, 306. ' Lettre de Napoléon à Portai», 30 mare 1806. Id., IX, 810.

■ Lettre de Napoléon, 7 avril 1804. Id., IX, 3S0.

' Leure de Napoléon à R^'nier, 26 avril 1806. Id., IX, 339.

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Napoléon a dit, en parlant des prêtres qui n'acceptent pas le Concordat : « Quant aux rëfractaires,... je Ies Ferai enlever '. n Et il tient sa promesse.

L'abbé Beaunier n'accepte pas le Concordat et dit la messe à ceux qui partagent ses scrupules. On l'arréle k Ctoyes en 1810. Il est enfermé à BouilloOp poil à Pierre-Châtel, où il se trouve encore en 1814.

Quant au clergé concordataire, il devait, lui aussii éviter avec soin d'émettre sur aucun sujet des idées de nature à déplaire.

Au mois d'avril 1808, l'Empereur, se rendant à Bayonne, s'était arrêté quelques jours à Bordeuui. Napoléon, si terrible dans s.i colère, savait charmer tous ceux qu'il voulait captiver. A ce premier passage, il avait laissé les ecclésiastiques de Bordeaux sousl'iupression de son amabilité. Reprochant amicalement à Mgr d'Aviuu de ne pas prendre assez de soiu de luimémet il lui avait donné sur sa cassette une somme de 80,000 (rancs pour s'acheter une maison de campagne.

A son retour, recevant de nouveau l'archevêque et le clergé de Bordeaux, l'Empereur se mît à disserter sur la convenance du divorce^ ■ Il n'appartient pas s l'homme de séparer ce que Dieu a uni, lui dit doucement l'abbé Thierry, grand vicaire du diocèse, vieui docteur de Sorbonne. — Oui, cela est bon, reprit

'Lettre de Napulêon au cardinol Feicb, 11 novembre im. Curremontrance, VlU, 119.

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sous NAPOLEON I".

l'Empereur, dans les cas ordinaires de la vie, sans quoi il n'y aurait plus rien de stable dans l'institution du mariage; mais cela ne peut être lorsque te bien de l'Ëtat l'exige. — Son interlocuteur assura que le précepte de l'Évangile ne souffrait pas d'exception. — Vous ne reconnaissez donc pas la tradition? — La tradition est unanime comme l'Écriture sur l'indissolubilitë du lien conjugal. — Non, afBrma l'Empereur, la tradition est pour moi. Ne l'ai-je pas vu dans la Pologne, dans le grand-duché de Posen, dans les États de Hongrie et autres pays du Nord, où j'étais il y a si peu de temps?... ■

L'Empereur interpella aussi, pour avoir son avis, le supérieur du grand séminaire de Bordeaux. Celui-ci vint en aide à l'abbé Thierry et se mit à expliquer que les cas de dissolution de mariage, auxquels l'Empereur faisait allusion, n'étaient que des cas antérieurs de nullité.

Étonné de cette contradiction, NapolÂ>n congédia brusquement l'archevêque et ses grands vicaires. Son visage était rouge, et ses paroles entrecoupées trahissaient la vivacité de son mécontentement. << De quels hommes s'entoure doqc cet archevêque de Bordeaux? Il n'y a pas un seul théologien parmi eux... ■ Peu de jours après son retour à Paris, Napoléon donnait ordre au ministre des cultes de faire savoir à Mgr d'Aviau qu'il ne reconnaissait plus M. Thierry pour grand vicaire, M. Delort pour secrétaire général, M. Lacroix

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pour supérieur du grand séminaire de Bordeaux, et l'archevêque fut obligé de destituer des collaborateurs qu'il estimait, lanis qui avaient eu le tort de parler sui- Vaut leur conscience'.

Le clergé devait aussi se garder de déplaire aui autorités investies du droit de le surveiller.

M. de Chevigné de Bois-ChoUet, évéque de Séez, était un ancien royaliste qui avait travaillé de toutes ses forces à la pacification de la Vendée. Il partageait les seDti' tnenls d'une grande partie du clergé pour le chef de l'Empire, et considérait Napoléon comme ayant reçu la mission providentielle de rétablir en France la p>ii civile et la paix religieuse. De ce côté, l'évèque était irréprochable, mais il avait conservé une franchise d'allures qui l'avait mis très mal avec le préfet de l'Orne et le maire de Séez, et les deux fonctionnaires l'avaient dénoncé au sénateur Rœderer, qui avait ce département dans sa sénatorerie. On faisait valoir deux griefs contre le vieil évéque, — une circulaire que M. de Bois-Cboliet avait eu le dessein d'adresser à ses curés, pourlesengager à chanter les vêpres même aux jours des fêtes religieuses qui depuis le Concordat n'étaient plus/^f»^'»^'*' galion, — puis l'absence trop fréquente du prélat aui mariages des rosières protégées par M. le maire de Séei. La punition de ces méfaits ne se fit pas attendre.

Le l*'juin 181 1, Napoléon, recevantaAleoconM.de

' R-^iiil i^mpninli^ à VHislolre de Mgr J'Aaiau, par l'ahl» Ly""""-

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Boîs-Ghollet et son clergé, lui parla en ces termes : ■ ... Je suis très mécontent de vous. Vous êtes le seul ëvéque sur qui j'at reçu des plaintes. Vous entretenez ici des divisions. Au lieu de fondre les partis, vous distinguez encore entre les constitutionnels et les inconstitutionnels... Vous voulez la guerre civile. Vous l'avez déjà faite; vous avez trempé vos mains danâ le sang français. Je vous ai pardonné, et vous ne pardonnez pas aux autres, misérable 1 . . . Votre diocèse est le seul en désordre. — Sire, tout y est très bien. — Vous avez fait une circulaire très mauvaise. — Je l'ai changée. — Je vous ai fait venir à Paris pour vous montrer mon mécontentement, et rien ne vous corrige. Vous êtes un mauvais sujet; donnez votre démission sur l'heure! — Sire ! . . . B — « Qu'on mette tout de suite la main sur les papiers de ses secrétaires ■ , dit l'Empereur en se tournant vers le préfet. L'évéque sortit alors, et le préfet avec tui '.

Quelques heures après, l'Empereur faisait appeler dans son cabinet les grands vicaires et les chanoines du chapitre de Séez. Ces messieurs saluèrent humblement Napoléon, qui, apostrophant brusquement leschanoines : > Quel est parmi vous celui qui conduit votre évêque, lequel d'ailleurs n'est qu'une bête? * Un de ces messieursdésignaM.Le Gallois, simplecuré de paroisse, nommé grand vicaire honoraire parM. defiois-Chollet,

' Tel e»l le dialogue que rapporte IlcEderer, présent à QEaBres compiles de Robdeubii, III, 56T.

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Ï7S LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE prêtre d'un grand savoir et d'une fp-ande vertu, a Ahl c'est donc vous? Et pourquoi ne lui avez-vous pas conseillé d'assister au mariage des rosières? • — M. Le Gallois, un peu troubla, mais surtout étonné : ■ Sire, j'étaisabsent au mariage de ces rosières. <• — ■Pourquoi avez-vous Fait Faire à votre évéque cette circulaire an sujet des Fêtes supprimées? » — « Sire, j'étais encore absent, et, pour dire la vérité, aussitôt que j'en ai eu connaissance, je me suis rendu à Séez pour conseiller une circulaire tout opposée qui a eFFiectivement paru.

— F ! où étiez-vous donc? — Dans ma fîimille. —

Comment, avec un évéque pareil, quin'estqu'uneF..... béte, étiez-vous si souvent absent? Et pourquoi tods étes-vous rendu auprès d'un évéque comme ça pour être son grand vicaire? — Sire, j'ai obéi à mes supérieurs. •

Tandis que Napoléon faisait subir ces interrogatoires à l'évéque de Séez et à son grand vicaire, les agents du préfet fouillaient tous leurs papiers. Grand désappointement; on ne découvrit rien. N'importe, l'Empereur avait traité l'évéque de misérable, il l'avait menacé de destitution; il Fallait tout au moins que l'évéque se démît. On lui signifia qu'il n'avait d'autre parti u prendre. Le vieil évéque se résigna ; mais la souffrance fut cruelle; il succomba quelques mois plus tard, Fr^pp^ à mort par la scène d'Alençon.

QuantÀM. Le Gallois, quarante-huit heures après son

entrevue avec l'Empereur, il tut arrêté dans le pa'*'*

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épiscopal et amené entre deux gendarmes dans la prison d'Alençon; de là, il fiit conduit de brigade en brigade jusqu'à la prison de la Force. Il y fut retenu onze jours au secret, n'ayant d'autre lit que la paille d'un assassin qui venait d'être mené à l'échafaud. En dépit d'un rapport Favorable du ministre de la police : ■ Ce chanoine a trop d'esprit, s'écria Napoléon, c'est un homme dangereux; qu'on le mette à Vincennes! n M. Le Gallois y passa neuf mois. Atteint d'une attaque de paralysie, il n'obtint de sortir de la prison d'État que pour être détenu dans une maison de santé, où il resta jusqu'à la 6n de l'Empire'.

Vers le même temps, treize cardinaux, par scrupule de conscience, s'abstinrent d'assister au mariage de Napoléon avec Marie-Louise; ils furent dépouillés de leurs insignes, obligés de revêtir le costume des simples prêtres, privés de leurs biens tant ecclésiastiques que patrimoniaux, ainsi réduits à vivre d'aumônes, enfin exilés deux par deux à Reims, Rethel, Mézières, Saint- Quentin, Sedan et Semur (où il y en eut trois), et là, placés sous une surveillance rigoureuse. Pour ajouter au désagrément de l'exil, la police prit soin de mettre ensemble les cardinaux dont l'humeur et le caractère semblaient cadrer le moins*.

' Lcure de l'Empereur au ministre de» culteii, 2 juin ISll, non ingérée dans la Correipondance de Napoléon. M. n'HiDsMHTtLLB, IV, 174.

* M. D'HiDIRoiiTiLLB, III, S55. — Napoléon, squb l'iniprewion de

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k'ik LES EMIGRES BT LA SOCIETE FRANÇAISE

Ces TÎeillarda, dénués de tout, sersieot morts de misère si une association présidée par l'abbé Legris-DuTal ne s'était pas Formée pour leur venir en aide. Le duc de Montmorency, l'ami de madame de Staël, figurait parmi les plus généreux donateurs. Mais l'iKUTre était surtout patronnée par la princesse de Chimay, la duchesse de Duras, la princesse de Poix, la marquise de Cordoue, mesdames de Saint-Fargeau , de Gros-Bois et du Croisic. Ce comité s'était adjoint plusieurs ecclésiastiques, et panni eux t'abbé Perreau, qui lui-même paya de sa liberté le concours qu'il prêtait à cette œuvre ' .

Les Sœurs de charité auraient dû trouver grâce devant l'Empereur : elles soignaient ses soldats avec ua dévouement infatigable : mais ayant froissé sa susceptibilité, elles n'échappèrent point à son courroux. Déjà, au mois de novembre 1809, Napoléon avait défendu à l'abbé Hanon, supérieur des Lazaristes et des Sœurs de charité, d'exercer les fonctions de ces deux chaînes;

la colère, émit mèaifl la prélenlian d'impojsr leur dcmiuloii i ccoi ie en cardinaux qui éuient tilutalres d'év^ehéi.

• Plusieurs cardinaux ne sont pat venus hier, quoique inriiéa, à 11 cérémonie de mon mariags. Il) m'onl, par U, esKDCisllemenl maaiiaé. Je désire savoir quels sont ceux de ces cardinaux qui onl des é<récbé) en France, dan ■ uion royaume d'Italie ou dans le royaume de Naplet. Mon intention est de donner à ces indiTidus leur démisiîoa, et de loipendre le payernsnl de leurs pensions en ne les vonsidéranc plus comioe cardinaux... • (Lettre de Napoléon à M. Bigot de Préamenen, 5 a'ril ISIO, non insérée dans la Correspondance.)

■ M. d'Hidssonvillb, II], 448. — L'abbé Perreau fut eoférmê à Vincsnnei,

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son crime était de D'avoir pas voatu placer madame Lsetitia, mère de l'Empereur, à la tête du conseil de l'Ordre, et de continuer a se mêler de ta direction dont il était investi. Là-dessus le vieux prêtre avait été enlevé nuitamment de son domicile, mis d'abord en surveillance à Saint-Pol, puis enferme dans la prison d'État de Penestrelle, où il resta jusqu'à la fin de l'Empire. En dépit de cet effrayant exemple, les Sœurs de charité n'avaient pas voulu reconnaitre la nouvelle supérieure générale désignée par l'Empereur, obligées qu'elles éiaient d'obéir aux dispositions impératives de leur règle'. Elles le dirent bien humblement, les pauvres filles, et cependant Napoléon entra en fureur*. « Il est temps de finir ce scandale des Sœurs de charité en révolte contre leurs supérieures. Mon intention est de supprimer les maisons qui, vingt-quatre heures après l'avertissement que vous leur donnerez, ne seraient pas rentrées dans la subordination*. »

En même temps que les Sœurs de charité, l'Empereur persécutait les missionnaires qui portaient jusqu'aux extrémités du monde le rayonnement de sa gloire et le récit de ses conquêtes. ■ ... Je n'entends pas que des missionnaires, faisant profession de prédicateurs

' Les cahiers laiiséa par saint Vincent da Paul prescrivent à l'Oi'dre de se laiaser diasoudra plutôt que d'accapter une supérieure nommés par le pouvoir civil.

' La FraTire punlifieaU, par M. Fisouet. — M. Jiuffurt, II, 315. -- Saita Vinetnt de Paul, |>ar l'abbé MatniRd, IV, S95.

' Lettre de Napoléon li Bigot de Préamencn, 3 mars 18IS. — Corrnpondanct, XXIII, Î7fl.

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4T6 LES ÉMIGBâS ET LA SOCIÉTâ FRANÇAISE errants, parcourent l'Empire. Je donne les ordres dans ce sens au ministre de la police... Je ne veux plus de missions quelconques. J'avats permis un établissement de missionnaires à Paris, et je leur avais accorde une maison ; je rapporte tout. Je me contente d'exercer la religion chez moi; je ne me soucie point de la propager à l'étranger. Ces missionnaires, d'ailleurs, sont pourqui les paye, pour les Anglais, s'ils veulent s'en servir. Présentez-moi un projet de décret là-dessus, je veux en finir. Je vous rends responsable si, au 1" octobre, il y a encore en France des missions et des congrégations '. • Quelques jours après, son attention se portait sur les conférences que faisait à Saint-Sulpice l'abbé Frayssinous. Il ne pouvaitreprocher au conférencier une parole malséante; mais celui-ci ne parlait pas du maître, et ne célébrait pas ses grandeurs. On manda donc le prédicateur à la police, et comme il ne semblait pas décidé à transformer sa chaire en tribune et ses sermons en panégyriques. Napoléon supprima les conférences comme non officielles*. Les arrestations des prêtres devinrent plus nombreuses à mesure que les rapports avec le Saint-Siège devinrent plus tendus; peu à peu, en France comme en Italie, les prisons se peuplèrent de prêtres disgraciés. Ces malheureux étant frappés par un acte île bon plaisir, leur emprisonnement n'était précédé

' Lellre de Napoléon i Bigot de Préamcnsu, i% leptembre ISW' — Corrtspondancr, XlX, 439.

' Hippolyte HinaïKn, Biographie rfu c/ergé contemporain.

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d'aucuoe enquête et suivi d'aucun jugement. One fois incarcérés, on les gardait parce qu'il eût été dangereux de les relâcher. On craignait que les prisonniers ne fussent vénérés comme des martyrs.

Tous les actes du clergé étaient alors épiés avec une attention vigilante. Des fonctionnaires étaieot chargés d'écouter les sermons et de noter ce qui pourrait déplaire : a Faites connaître mon méconteatement à M. Robert, prêtre de Bourges, il a iail un très mauvais sermon au 15 août*. >■ Au besoin, l'autorité remplaçait les sermons par les bulletins de l'armée, qu'elle faisait tire par les curés à leur prône.

Le gouvernement se gardaitd'oublier les mandements des évéques. Ceux-ci avaient pour la plupart applaudi le Premier consul réprimant les écarts de la presse; ils ne se doutaient guère que bientôt, eux aussi seraient rangés sous la commune servitude. Le ministre de l'intérieur reçut l'ordre d'avertir les préfets qu'ils eussent à soumettre à la censure tous les écrits qui se publiaient dans leurs départements, y compris les mandements et les lettres pastorales. Nombre d'évéques se récrièrent, et l'on doit confesser qu'on leur faisait une situation difficile. Gomme le nombre des évéchés était inférieur à celui des départements, il y avait des prélats qui relevaient de deux ou trois préfets ; de ces deux ou trois fonctionnaires, l'un était partisan du clergé assermenté,

' Lettr« i H. Porlilia. Corretpondanct Je Napoléon.

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47» LES ÉMIGIIÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE l'autre pendiaît au contraire vers les doctrines ultramontaines; celui-ci était protestant, celui-là catholique, un autre libre penseur ou même atbëe; ce qui convenait à l'un ne convenait pas à l'autre. Naturellement, on ne tint pas compte des réclamations épiscopales. Au contraire, afin que l'autorité connût toutce qu'ils écrivaient, on avertit les évéques qu'ils ne pourraient rien faire imprimer qu'à l'imprimerie de la préfecture; par compensation, celle-ci devait supporter les frais de l'impression.

Quelques préfets prirent fort à coeur la censure des mandements, et la roesure donna lieu aux incidents les plus grotesques. Les évéques des contrées voisines desoD département nynnt, par leurs mandements de carême, permis aux fidèles l'usage des aliments gras à certains jours de la semaine, le préfet de l'Aveyron se plaignit qu'une pareille faveur n'e&t pas été accordée à ses administrés. Il s'en trouvait diminué à leurs yeux, et refusait d'approuver le mandement, si celui-ci ne concédait au moins quelques jours gras par semaine! Il fallut protéger les évéques contre ce zèle déplacé. M. Portalis fut obligé d'intervenir, et la censure des mandements fut transportée des bureaux de chaque préfecture au bureau central de Paris, qui agissait sousl'œil de l'Empereur; cette censure trouva du reste de moins en moins a s'exercer, parce qu'il n'y avait presque plus rien k reprendre dans les mandements devenus insignifiants ou serviles. Les employés de la direction des

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SODS NAPOLÉON 1". MO

cultes ne furent pas néanmoins entièrement inoccupés-, ils envoyèrent aux prélats connus pour leur docilité, avec les bulletins de l'armée qu'ils devaient faire lire à l'église, des canevas de mandements tout préparés ' .

B Le sang coule sur le territoire espagnol, écrivait M. de Grainville, évéque de Cahors, à propos de la guerre d'Espagne, et semble venger les paisibles habitants du Pérou

■ De toutes les conquêtes qui ont immortalisé le règne de Napoléon, celle^i {celle d'Espafjne), H. T. C. F., est la plus satisfaisante pour son cœur. Partageons des sentiments dignes d'un monarque qui se glorifie d'être le fils aine de l'Église*... »

Parmi les évéques les plus zélés, on distingua M. Bourlier, évéque d'Évreux, qui, en raison de ses services, devint baron et sénateur. Le prélat courtisan flattait dans ses mandements les deux manies dominantes, la haine des Bourbons et le culte de la conscription : ■ Ainsi, dans notre histoire. Dieu remplace deux dynasties par une autre ; ainsi, dans les annales saintes, Saûl, choisi pour roi, devenu bientôt infidèle, est rejeté avec toute sa race, et les larmes de Samuel sur le prince repoussé ne peuvent plus faire révoquer l'arrêt : Quousque luges, Saûl, cum ego projecerim eutn, ne regnet*'\

■ M. D'MAnMoi>viii.K, I, p. S7X-S77.

* MaDdcBCDU du tO aepceniLre 1808 et 1" jaDvier 181

* Mandement du SJuillal 1804, qui nuit la proclamation

de l'Empire

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■ Vous direz aux fidèles qu'aujourd'hui les

recrutements sont soumis à des formes plus r^uUères, que le mode de conscription est en proportion avec l'immense population de l'Empire, que la haute sagesse de Sa Majesté ne demande ce qu'exigent les besoins du dehors qu'en ménageant tout ce que réclament les besoins de l'intérieur '. » '

De son c6té, l'abbé de Pradt, archevêque de Malioes, écrit à l'Empereur qu'il a recommandé à ses curés de vanter la conscription devant leurs ouailles*.

Dans le Morbihan, l'attachement à la vieille dynastie et les souvenirs de Georges multipliaient les réfrac* taires. On fusillait comme déserteurs, sur la place du collège, ceux qu'on pouvait saisir; tes enfants, pour aller en classe, ■ traversaient des mares de sang* ■' Dans un pays aussi mal disposé, des devoirs particuliers incombaient à l'évéque. Celui-ci fit traduire en latin, par les élèves du collège, les bulletins de ta grande armée ; ses mandçments continrent toujours quelque allusion au devoir militaire, et, en 1812, après la cann pagne de Russie, quand tout s'abtmait dans le silence de la stupeur, son mandement déclara que, si quelques désastres avaient été essuyés, * on devait s'esliaier heureux d'être appelé à les réparer ■ .

■ Lelire circulaire aui curéa, du 19 xepteaibre 1808. — Aprè*18t5> le langage du baroD Bouclier changea >i bien, que l'eT^que fui ""' rfjeté Saiil fut nommé pair de France par le roi Loiiii XVIII.

* Lettre du Sî juillet 1813. Souvenirs de Statiaert, p. 158.

> Bio, Épilogue à l'art chrétien, I, 100 et 105.

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sous NAPOLÉON I". Ml

■ Il iîiut louer davantage l'Empereur dans vos man* déments ' « , disait un jour Béai à M. de Broglie, t'évéque de Gand, lequel, pourtant, venait, à propos de la naissance du Roi de Rome, de reproduire textuellementles vœux exprimas par Bossuet à l'occasion de ta naissance d'un petit-fils de Louis XIV. ■ Donnez-moi la mesure, demanda le prëlat. — Je ne la sais pas. ^ Devrai-je en dire autant que tel de mes confrères dont les flatteries déplaisent à l'Empereur par leur ënormité? — Ce serait trop, ce serait trop, dit en riant M. Real. — Alors, monsieur, donnez-moi exactement la dose de la louange, afin que je puisse toujours l'atteindre, sans jamais ta dépasser. ■

LE OATÉCHISHB IMPÉRIAL.

Inspirateur des curés pour tes sermons, collaborateur des évèques pour les mandements, le gouvernement impérial voulut que le catéchisme enseigné tous les peuples de l'Empire fût jeté dans son moule el frappé de son empreinte.

Les devoirs des Français à l'égard de l'Empereur voilà ce qui, dans le catéchisme, intéressait Napoléon.

leillerd'ÉlMjlOiep-

IzscbyGOOt^lC

iSi LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE

Aussi ces devoirs devinrent-ils la matière d'un chapitre particulier rédigé avec un soin tout spécial. Portalis, après mûr examen, soumit ledit cliapilre au souverain lui-même, qui, d'accord avec le ministre, pesa, revit et remania chaque expression ' ; le roict :

■ Leçon VU. — • Suùe du quatrième commandemeiU.

u D. Quels sont les devoirs des chrétiens à regard du prince qui les gouverne, et quels sont, en particulier, nos devoirs envers Napoléon I", notre Empereur?

■ B. Les chrétiens doivent aux princes qui les gouvernent, et nous devons en particulier îi Napoléon 1", notre Empereur, l'amour, le respect, l'ohéissance, la 6délité, le service militaire, les tributs ordonnés pour la conservation et la défense de l'Empire et de son trdne; nous lui devons encore des prières ferventes pour son salut et pour la prospérité spirituelle et tem* porelle de l'État.

• D. Pourquoi sommes-nous tenus de tous ces 4^' voirs envers notre Empereur?

, «R, C'est, premièrement, parce queDîeu, qui crée les Empires et les distribue selon sa volonté, en corablaot notre Empereur de dons, soit dans la paix, soit dans la guerre, l'a étnbh notre souverain, l'a rendu te minislre

' Le Pape n'a jamaii donné au Rutccbiime impcrial une approbitw" quelconque, directe on ÎDilirecte.

byGoot^lc

SOOS NAPOLÉON 1". VB3

de sa puissance et son image sur la terre. Honorer et servir notre Empereur est donc lionorer et servir Dieu lui-même.

■ Secondement, parce que N.-S. J.-C, tant par sa doctrine que par ses exemples, nous a enseigné luimême ce que nous devons à notre souverain : il est né en obéissant à l'édit de César- Auguste, il a payé l'impôt prescrit, et de même qu'il a ordonné de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, il a aussi ordonne de rendre à César ce qui appartient à César.

■ D. N'y a-t-il pas des motifs particuliers qui doivent plus fortement nous attacher à Napoléon I", notre Empereur?

■ R. Oui, car il est celui que Dieu a suscité, dans les circonstances difficiles, pour rétablir le culte public et la religion sainte de nos pères, et pour en être le protecteur. 11 a ranimé et conservé l'ordre public par sa sagesse profonde et active; il défend l'État par son bras puissant, il est devenu t'oint du Seigneur par la consécration qu'il a reçuedu Souverain Pontife, cbeFde l'Église universelle.

■< D. Que doit-on penser de ceux qui manqueraient a leur devoir envers notre Empereur?

•I B. Selon l'apôtre saint Paul, ils résisteraient à l'ordre établi de Dieu même, et se rendraient dignes de la damnation éternelle.

■ D. Les devoirs dont nous sommes tenus envers notre Empereur nous lieroot'ils également envers ses

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kH LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ PUANÇAISE

successeurs U(jitimes dans l'ordre établi par les Constitutiong de l'Empire*

■ R. Oui, sans doute, car nous lisons dans la sainte Écriture que Dieu, Seigneur du ciel et de la terre, pur une disposition de sa volonté suprême et pur sa providence, donne les empires non seulement à une personne en particulier, mais aussi à sa Famille.

« D. Quelles sont nos obligations envers nos magistrats?

u R. Nous devons les honorer, les respecter et leur obéir, parce qu'ils sont les dépositaires del'autoriléde notre Empereur... »

Il semble que Napoléon a fini par prendre au sérieux son commentaire aventureux de l'épftre de saint Paul (épitre aux Romains, xin, 1-7). « Le Sainl-Espril, écrit-il à son oncle, cesserait d'être avec mon cierge, le jour où il (sic) tenterait de s'écarter de l'obéissance qu'il me doit '. »

Peu à peu le gouvernement s'habitue à considérer tes évéques comme des fonctionnaires, comme dei commissaires de police d'un ordre particulier. Aussi ceux-ci doivent-ils mettre leurs monitoires au servir* de la police. On signale des actes de brigandage commis en Normandie : des voyageuis ont été détroussés, des diligences arrêtées et pillées. Napoléon, qui est en Prusse, écrit à Cambacérès : « C'est à l'archevêque de

' L«UrL' de NapoléoD au cardioal Feicfa, 8 octulire 1809.

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sons NAPOLÉON 1". 485

Rouen à lancer des monitoires contre ce brigandage puMic '. ■

Ceux des évéques qui rendent ces sortes de services en sont payés par des gratiBcatîons comme les autres agents politiques. * Faites donner 20,000 Francs à l'évèque de Vannes,... dites-lui que ]e vous ai donné l'ordre de tenir à sa disposition jusqu'à concurrence de 50,000 francs, qu'il pourra successivement demander... Faites-lui sentirqu'ilestinutile de donner aucune publicité à cette mesure*. ■

Tout doit fléchir, tout doit servir, Moïse comme saint Paul. Les juil^, comme les chrétiens, iront s'encadrer dans la hiérarchie administrative : << Il faut ôter aux lois de Moïse tout ce qui est intolérant*. ■ Le sanhédrin est convoqué, et il s'empresse, en réformant les lois de Moïse, de déférer aux désirs du souverain.

LES OÉHÈLÉS AVEC LE PAPP..

Les démêlés de l'Empereur avec le Pape vinrent bientôt imprimer un caractère plus aigu à la persécution religieuse.

I LettTR de Napoléon à (jmbac<'rè9, trire de i'arctierèque, tO novembre 1S06. — Correspondance, ^tlll, 5t3.

' l.eltre de B(ma|..irte i Portalii, 17 novembre i80î. — W. , VI I [, 99. > Lettre de Napoléon à ChampagnV, 29 novembre MW. — Id., Xlli,

D.q,t,:scbyG0C>^lc à

Ï80 LES ÉMIOltËS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE

Quelle que fût l'inspiration qui le guidait, BoDaparte, en signant le Concord:it, avait reudu à la religion un inappréciable service.

Quelques jours avant Marengo, il disait aux curés de Milan : ■ Je vous certifie qu'on a rouvert les églises en France, que la religion catholique y reprend son ancien éclat, et que le peuple voit avec respect ses sacrés pasteurs, qui reviennent pleins de zèle'. ■ Il embellissait notablement les choses, car, eu réalité, depuis le 1 8 fructidor', la situation des catholiques français était redevenue précaire. Si les prêtres n'étaient plus poussés vers la guillotine, ils étaient déportés à Cayenne. Quant aux laïques, une lettre de Fouché donnera l'idée de la liberté que leur laissait le Directoire. • Plusieurs journalistes aunoucent dans leurs feuilles, avec une aflèctatiou aussi dangereuse que coupable, la célébratioo de services religieux, et des particuliers, aussi malintentionnés, appellent le public à ces cérémonies..-* Et Fouché charge le préfet de police de faire cesser ce scandale*. La persécution, plus hypocrite que sous la Convention, n'était guère moins rigoureuse. Elle cessa dès le 18 brumaire, et bientôt le Concordat rendit à l'Église, sinon ses privilèges, au moins la possibilité de

■ ADocuiion aux curé» de Milan, 5 juin 1800. — ContipooJanet, VJ, a3«-3H.

* C'élnit nTant le 18 fracliilur que le culte ■*■!( reprii dant quannte

■ Lettre de Fouché au jiréfct de police, 9 fructidor an IX. 1" «"" Laierdtt, mars 1848, n» tVI.

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sous NAPOLEON 1". 487

reprendre sa mission. Le Pape cherchait toujours à témoigner par ses procédés sa reconnaissance au Premier consul, et parfois sa condescendance fut telle, qu'elle motiva le blâme et les outrages des catholiques étrangers : ■ On se moque ici assez joliment du bonhomme, écrivait Joseph de Maistre à propos du sacre. Les forfaitsd'ua Alexandre Borgia sont moins révoltants que cette hideuse apostasie de son faible successeur. Je n'ai point de termes pour vous peindre le chagrin que me cause la démarche que va faire le Pape. Quand un homme de son rang et de son caractère oublie à ce point l'un et l'autre, ce qu'on doit souhaiter ensuite, c'est qu'il achevée de se dégrader jusqu'à n'être plus qu'un polichinelle sans conséquence*. »

L'Empereur, eu contraire, dans ses relations avec le Pape, dès le début, employa la Fraude, pour arriver bien vite à la violence. Ainsi, quand il s'agit du Concordat, tout est réglé, il n'y u plus qu'à signer; alors, Bernier arrive avec un texte altéré. Consalvî prenait la plume, quand il remarque qu'on a tout modifié, et qu'on lui présente une copie infidèle. Le propre frère de Bonaparte, Joseph, qui doit signer au nom du gouvernement français, semble, lui aussi, pris pour dupe; il se montre indigné de cette supercherie *. Gonsaivi refuse de signer, et l'on est bien Forcé de revenir au texte primiliF. Mais dans cette négociation, il n'était

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4S8 LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE pas le seul représentant du Suint-Siège, et Caprara, légat du Pape, facile et un peu niais, d'ailleurs livré par ses besoins à Bonaparte, devint la vicUme <le fraudes continuelles. C'est ainsi que Bernier put faire signer à Caprara, qui acceptait tout sans rien lire, une pièce favorable aux évéques constitutionnels. Le ^uvernement avait laissé entendre qu'il n'en désignerait pas pour les sièges vacants ',.el au dernier moment, Bonaparte dit au légat, comme si c'était une aRsire convenue : Il y aura dix constitutionnels parmi les nouveaux évéques I — Il y en eut douze.

Le Moniteur (,20 germinal an X) portail que le légat du Saint-Sièg«, le cardinal Caprara, avait prêté le serment de respecter les libertés de l'Église gallicane. C'était faux ! Il proteste. Buh 1 lui dit-on, c'est l'erreur d'un commis, cela ne tire pas à conséquence'.

Dans le cours de la négociation, le légat, lié par ses instructions, refuse d'accepter certains articles du Concordat. En apparence, le gouvernement cède; mais quelque temps après, à l'insu deBome, il rassemble ces articles que le Pape repousse; il les codifie, les tracsforme en une loi de l'Empire et les nomme pompeusement articles organiques*, comme s'ils élaieot l'essence même de la convention conclue avec le Saint- Siège.

> D'HlUSSOHTILLB, 1, 19S.

' Corretpondiince de Caprara, Utlfe du 18 atnl 180!, ■D'Ilii»»onviLLB, 1,148.

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sons NAPOLEON 1". 4(i

Ce De sont pas là des procédés loyaux, mnis que son ils auprès de ceux qui vont suivre?

Le Pape avait re&sé d'annuler le mariage religieu de Jérôme Bonaparte avec mademoiselle Patterson(jui 1805). Ce mariage ayant été régulièrement contracté, ne se crut pas le droit de rompre le lien qui unissait U époux. Napoléon répondit par la prise d'Anc6ne : " J'i occupé Ancône parce que, malgré vos représentation: on n'avait rien feit pour la défendre, et que d'ailleui on est si mal organisé que, quoi qu'on eût Fuit, o aurait été hors d'état de la défendre... Faites bie entendre que je ne veux point a Rome de représentai de Russie ni de Sardaigne... Mon intention estde voi rappeler et de vous remplacer par un séculier. Puisqi ces imbéciles ne trouvent pas d'inconvénients à < qu'un protestant puisse occuper le trône de France, leur enverrai un ambassadeur protestant... On i pourra donc rien faire avec ces hommes-là? Ils d< viennent la risée des cours et des peuples ' . »

Pour que ces grossièretés aient leur prix, Nap< léon enjoint au cardinal Pesch de les communiquer Pie VII. Ce n'est là qu'un début. Dès ce moment, l'En pereur entreprend de transformer en vicaire de Nap< léon le vicaire de Jésus-Christ. Le Pape, désonnai □e pourra vivre en paix qu'en s'inclinant docilemei devant l'Empereur. Celui-ci l'indique sans ambag

■ Leurs de Napoléon an cnrdinal Fescb, 7 janvier 1806. Corretpo

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«90 LES EMIGRES ET hk SOCIETE FRANÇAISE

dans une lettre qui suit de près la précédente. Â l'Empereur appartiendrait exclusivement le droit de régler les affaires de ce monde ; â Pie VII reviendrait le droit non moins absolu de décider souverainement les questions concernant la Foi des catholiques. Le conquéraDt prêterait au chef de l'Bglise, dans la question dudt^nie, l'appui de sa puissance et de la Force matérielle. A son tour, le Pape mettrait son omnipotence religieuse au service des intérêts du souverain temporel *.

El ce marclié déshonorant qu'aucun Pape n'eût pu souscrire, l'Empereur Fait entendre qu'il saura l'imposer; car, le même jour, il écrit au cardinal Fesch : ■ Vous voudrez hien requérir l'expulsion des États du Pape de tous les Anglais, Russes et Suédois, et de toutes les personnes attachées à la cour de Sardaigne. H est fort ridicule qu'on ait voulu maintenir M. Jackson a nome : s'il y est encore, requérez-en l'arrestation, c'est un agent des Anglais. Aucun bâtiment suédois, angluis ni russe, ne doit entrer dans les États du Pape, sans quoi je les ferai confisquer. Je n'entends plus que la cour de Rome se mêle de politique '. "

Le Pape avait fait peut-être trop bon marché de 'a dignité. Lorsqu'il s'agit de ses droits, il les maintint doucement, muis sans fléchir. Il protesta contre l'occupation d'Ancône et refusa de fermer ses ports aux An-

I au Pape, il février 1806 — Carnsi"»'tu cardiDal Peich, Si février 18i». - W'

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.ellrc Je ?

t, XII, 38.

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Lettre de N M.

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sous NAPOLÉON l". ftUl

glais. En mai 1806, lorsque la dynastie de Naples, avant toute conquête, Fut supprimiie par décret, le Pape s'abstint de reconnaître le roi Joseph. Malgré de nouvelles injonctions, en juillet 1806, il ne voulut pas rompre avec l'Angleterre. Irrité de cette résistance, opiniâtre dans sa douceur. Napoléon enjoignit à ses lieutenants d'occuper Gîvita-Veccliiu, puis Oslie. Il disposa des terres du Saint-Siège. Bénévent fut attribué àTalleyrand, Ponte-Corvo àBernadotle. u La conduite de Rome, écrit-il à ce sujet, est marquée au coin de la folie. J'ai voulu lu! thire sentir par un premier coup ce qu'elle avait à craindre de moi'. ■ Les généraux Lemarrois et Duhesme saisirent les revenus de rËglisc dans les provinces occupées; ce dernier alla plus loin : il enleva le gouverneur pontifical et le .fît jeter sur la route de Borne.

Cependant, la 6n de l'année 1806 n'est point marquée par de nouvelles violences ; Nupoléon est absorbé par la campagne de Prusse et de Pologne. Eylau ii'ii rien fini; il Faudra un hiver et encore un été pour atteindre Friediand et Tiisitt. Alors a lieu l'entrevue de Napoléon avec Mgr Arezzo, agent du Pape à Dresde; le conquérant signifie ses volontés, « ... Je vous ai mandé afin de vous dire de quitter Dresde dans trois jours et de partir immédiatement pour Rome, ut de signifier péremptoirement au Pape qu'il ait à entier

' Lellre de Napoléon au rui <Ie N.iples, 5 juin ItiOG. — Correipiiii- Jdiice, X1I,43S.

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Ï92 LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE dans la confédération... Comment peuvent-ils se figurer que je consente à laisser entre mou royaume d'Italie et celui de Naples des porta et des forteresses qui, en temps de guerre, peuvent être occupés par les Anglais?. . . Je veux être en sûreté dans ma maison ; l'Italie tout entière m'appartient par droit de conquête. Le Pape m'a couronné non pas R6i, mais Empereur de France, et je succède non pas aux droits des rois, mais à ceux de Charlemagne, Si je laisse des souverains en Italie, ce n'est pas pour qu'ils favorisent mes eDoemis... Je vous avertis que tout doit être fini pour le l"janvier. Ou bien le Pape consentira, alors il ne perdra rien; ou bien il refusera, et alors je lui dterai ses États ' . . . X

Et, en effet, dès que Napoléon est débarrassé de la guerre de Russie, Lemarrois saisit par son ordre, avec la province d'Ancône, celle de Macerata, de Permo et Spolète : ■ Mon intention, dit l'Empereur, est que les troupes françaises qui se trouvent dans les Ëtats du Pape doivent être habillées, nourries et soldées par le Pape... ■> Le cardinal Rivarola, gouverneur de Macerata, proteste vainement, il e^tjeté en prison, ainsi que le sous-gouverneur.

Napoléon ne se contentait pas de dépouiller le Pape, il cherchait en même temps à égarer l'opinion sur la

1 Convenalion de Napoléon avec Hgr Areilu, évè<|Ue de Séliucie, à Berlin, le IS novenibre 1806, à midi. Docuineni trouvé daiu l" papien du Pape >u Quirinsl.

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sous NAPOLÉON I*. W3

nature de ses différends avec Pie Vil. Les pièces qu'il publie, remplies de faussetés, ne tendent qu'à induire le public en erreur. Parmi ces documents, il y en a deux, l'un adressé au Sénat en 1810, l'autre au concile national en 181 1, qui contiennent le résumé des grie^ impériaux ; voici comment le dernier relate l'incident relatif h M. Jackson : « ...Soit aveuglement, soit obstination... la cour de Rome alla plus loin encore. Un ministre anglais, la honte de son pays, avait trouvé un asile à Rome. Là, il ourdissait des complots, salariait des brigands, tramait des perfidies, payait des assassins, et Rome protégeait le truftie et ses agents, et Rome laissait empoisonner son cabinet de leur soutiHe corrupteur, et Home trabissait, en les altérant, les secrets de la correspondance de son auguste aUié, et Rome était devenue un théâtre de diffamation, un atelier de libelles et un u&ile de brigandage '... »

M. Jackson était innocent de ces crimes. M. d'Haussonville a rétabli la vérité en produisant les pièces authentiques. Dans tout le cours de ces négociations, le langage de Napoléon, toujours violent, devient parfois injurieux : ■ Je vous ai rappelé de Rome, écrit-il â son oncle, parce qu'il n'est plus de ma dignité que vous restiez dans une cour aussi mal conduite et qui prend tellement à tache de me contrarier, que je serai tôt ou

' Ei|)<isc des luulif'i du aénatiis-roi romains i l'Emiiirc, 17 Févrirr 1810. ■ XXVI, *I2.

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k9k LES EMIGRES ET LA SOCIKTE FRANÇAISE tard oblige de la punir'. > En même temps, il ordonne à M. de Talleyrand de faire entendre pur M. Alquier, au cardinal Consaivi, • qu'aucune de ses démarches n'échappe à l'Empereur, et qu'il les suit de l'œil. A In première chose qu'il fera, il en répondra sur sa léte, et je le ferai arrêter au milieu de Rome *. »

Au surplus, l'attitude de l'antagoniste du Pape est appréciée pur un juge que Napoléon ne saurait récuser, par tui-méme, dans une lettre à son oncle, lorsqu'il le remplace par M. Alquier. ■ Si vous demeurez à Rome, laissez faire à Alquier tout ce qui sera odieux, et restez neutre*. •

Matériellement, le Pape était encore libre. Le lojanvier 1808, Napoléon donne l'ordre d'entrer à Itoiiie,où le général Miollis pénètre avec ses troupes le 2 février suivant.

A ce moment, les notes de Na{)oléontrahissentsestntentions secrètes : " Faire des recherchespoursavoirs'il y a des exemples d'empereurs qui aient suspendu ou déposé des papes*. » Cesarottl a laissé une histoire des Papes : « Faites-vous rendrecompte de cet ouvrage, ets'il tend à faire connaitre le mal que les papes ont fait à la religion et à lachrétienté,failes-le imprimer sansdélai'.'

< Lctire <le Napoléon an c;irdinal Frsch, du 10 m.ii 1806. XII, 3TS. 1 Lellre de NajHiléon i M. de Talleyrand, 16 mai 1806, XII, Ml. ' Ldtre de Napoléon au cardin.il FeKb, 16 mai 1806, \ll, Va- ' Piole pour Barbier, 5 janvier ISlt, — Correipondance tU A'a/w- //n.r, XXI. 351.

' r*.ipo|pon nu prince Eugine, 8 mart 1809. — /</., XVIIl, 303.

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SOOS NAPOLEON I". 4»5

Dès qu'il est maître de Rome, l'Empereur expulse les cardinaux napolituins; ils devront aller se mettre sous la main de son roi de Naples. On les enlève de force, on les enferme en des voitures, et des gendarmes, sabre en main , les escortent jusqu'à la frontière de Naples. Ces cardinaux étaient employés à l'expédition des affaires; le Pupe réclame, on ne tient pas compte de ses plaintes (18 février 1 808). Puis on arrête les courriers, on met la main sur les dépêches, on incorpore les troupes. Les officiers protestent; on les jette en prison; tel est le sort du colonel Bracci. Aussitôt qu'on les a frappés, on les insulte. Miollis leur dit: ■■ Vous ne recevrez plus d'ordres ni des prêtres ni des femmes. Des soldats doivent être commandés par des soldats '. ■

Ed dehors des cardinaux napolitains, des cardinaux italiens restent encore à Home. Napoléon écrit au prince Eugène de » renvoyer ces cardinaux, chacun dans leur pays ' ■ . Cette mesure doit être exécutée de gré ou de force, de manière à rendre impossible l'administration de l'Église. Toutes les congrégations de cardinaux seront dissoutes; l'Ëglise seni décapitée, et cela s'exécute au moment où Napoléon se glorifie le plus d'avoir relevé les autels.

L'Empereur avait hâte d'achever de détruire ce qui

' U'HitiMO^ivuiE, III, S7. — Ordre du jnnr de Mîollis.

■ Lellre de Napoléon au prince Eiigpnc, 10 m.irj IROB. — Coirespondanc/:, XVI, 498. . Que I.lLU revienne à Mil.-in, que l<-i Génois renlrenl à Gènes, les llaliens dnns le rnynuine d'Italie, l>;i Piémoniais dant le Piémoni... Cetie mf-suredoit £cre exérulce de gré ou deToicp. ■

restait du gouvernement pontifical. Un oPBcîer français (on les emploie à ces tristes besognes) demande poliment au suisse de garde a entrer dans le palais du Pape; par la porte entr'ouverte, il se précipite dans la cour, suivi de ses soI<lals cachés près de la porte, et, par ce brigandage, s'empare d'abord des armes, puis des oFBciers et gardes-nobles, puis de Mgr Cavalchini, le gouverneur de Rome, qu'on enferme au château Suint- Ange : car en même temps qu'il envahit les États pontificaux. Napoléon met lu main sur les serviteurs du Pape. Il a chassé Consalvi, le secrétaire d'État. Le I2juin I80K, il a fait saisir son successeur, le cardinal Gabrielli, dans le palais même de Pie VII. Toutes ces violences sont approuvées quand elles ne sont pas commandées : • S'il (Gabrielli) ne veut pas prêter le sei^ ment prescrit par le Concordat, vous l'enverrez dans un couvent. Vous séquestrerez son temporel, on ne lui laissera qu'une pension ahmentatre de mille écus. Tout cela doit se Faire sans bruit'. »

Jusque-là Pie VII a cédé. Jusque-là les mesures arbitraires visaient surtout le souverain. On lui a enlevé Consalvi, il a nommé Gabrielli. On lui a âté Gabrielli, il a choisi le cardinal Paccu. Celui-ci n'est pas plus agréé que ses prédécesseurs, et Miollis se présente au palais pour l'arrêter (6 septembre 1 808) . Pie VII, alors, prend par la main son secrétaire d'Etat, l'entruine dans

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sous NAPOLÉON l- 49Ï

sa chambre el se place devant lui. Miollls, hésitant, demanda des instructions. Il n'en reçut pas tout d'abord. Napoléon venait d'apprendre la catastrophe de Baylen, et son attention avait été reportée sur l'Espace ; mais bientôt, il ramena sa pensée rers l'ilalie, et publia le célèbre décret (17 mai 1809) : > Les États du Pape sont réunis à l'Empire français'. i Pour que la mesure fitt exécutée plus rudement, il adjoignit à Miollis le jacobin Sulicellt. Tous deux se réunirent afin de concerter l'enlèvement du Hape.

Napoléon a dit à tous ses confidents, il a écrit dans ses Mémoires qu'il n'a jamais prescrit l'arrestation du Pape. Il ne se doutait pas que Napoléon III jugeriiitopportuQ de publier la correspondance deson oncle, correspondance remaniée et surtout allégée d'un grand nombre de noies et de lettres compromettantes, et que les ordres laisseraient des traces, même dans les lettres conservées :

• SchoenbrDDO, 19 juin 1809, à Murât.

■ ... Aucun asile ne doit être respecté. Si le Pape^ contre l'esprit de son étet et de l'Évangile, prêche ta révolte et veut se servir de l'immunité de sa maison pouf faire imprimer des circulaires, ondoit tarrôier. Le temps

le poblk à Rom?,

on à Parii. On ne doit rien «avoir en France.

oi< ■»« pfine que

»oua vouliez faire dei articles lur Rome. C'itt

. Je Tl

une mauvaise roule. Il ne fnut en parler ni en bonne ni en mauvaige pari, e( il ne ilo'it pas tn êirt ijuestion dans lis journaux. Lta hommes initrnila laTcnl bien rgue je n'ai pat allaqué Rome. Les faut dévou, vooi ne lei changerez pas. ■ (Lettre de Napoléon h Foucbé, 27 juin 180S. — Corretpondance offcit/lr, XIX, 183.)

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de ces scènes est passé. Philippe le Bel fit arrêter Booiface, et Charles-Quint tint longtemps en prison Cienaent VII, et ceux-là avaient fait encore moins. ■

Napoléon savait bien que le Pape était obligé de fairt imprimer des circulaires (encycliques, brers, bulles, etc.), s'il ne voulait renoncer au gouvernement de l'Église. Murât, Miollis, les autres aifidés ne demandent pas d'explications : pour eux, ces instructions se résument ainsi : arrêter le Pape; et Miollis exécute la consigne donnée. Seulement, une Fois l'attentat consommé, le langage change :

■i Scbtrabrunn, IS jnilleC 1809, i Poaclic. ■ Je suis fôché qu'on nit arrêté le Pape, c'est une grande folie. Mais enfin, il n'y a pas de remède, et ce qui est fait est fait. . . Je ne m'oppose point, si sa démence finit, à ce qu'il soit renvoyé à Rome. S'il était entré en France, faites-le rétrograder surSavone. ■

. Schombriinn, 10 «oAi 180», i BCioltU.

«... Une opération de cette importance n'aurait p>s dû se faire sans que j'en aie été prévenu, et que j'aie désigné te lieu où il serait conduit. ■

L'Empereur croyait n'avoir rien tait, quand, après avoir interdit la propagation des idées qui lui déplaisaîcnt, il n'avait pas dirigé l'opinion dans le sens désiré. De Schœnbrunn, il écrivit à M. Bigot ^oar lui recommander de faire préparer ■ deux ouvrages

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sous NAPOLEON I". M9

soignés qui passeraient sous ses yeux, l'un ayant pour titre : Le Concordat de Léon X; l'autre : Histoire des guerres que Us Papes ont faites à la puissance qui avait de la prépondérance en Italie et spécialement à la France » . L'idée primordiale de ce dernier ouvrage devait être « que les Papes ont fait constamment la guerre à toute puissance qui acquérait la prépondéranceeo Italie; qu'alors, ils employaient les armes spirituelles pour soutenir le temporel : de là, des désordres incalculables dans l'Église; que les Papes n'ont jamais été engagés dans des guerres que dans des vues mondaines et pour donner des souverainetés à leurs neveux' >> .

Cependant, le Pape ne peut pas disparaître sans que les évéques finissent par s'en apercevoir. Gomment dès lors expliquer son absence? Napoléon y a pourvu : ■ Le Pape avait tout fait pour que sa présence à Rome devint inutile, et quelques-uns de ses partisans pouvaient malgré lui la rendre dangereuse. // en sortit le 6 juillet, à r insu de l'Empereur, et vint à Snvone, où Sa Majesté le 6t recevoir, traiter, établir avec tous les égards dus au malheur*. ■

De son côté, le Pape ne peut se taire ; pour lui, parler, ce n'est pas se venger, c'est remplir un devoir. 11 lance une bulle d'excommuniciition contre les auteurs des violences exercées sur sa personne. Cette bulle,

' Lettre de Nnpoléon ï, Bigot de Préameoeu. SchœnbruDD, 3 octobre 1809. — Correspondanci officielle, XIX, 54S.

< Note de Daunou, archiviste de l'Empire, rédigée lur l'ordre de l'Empereur, puar le( évéques du concile.

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300 LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE déposée en lieu sûr, est publiée aussitôt après l'atteatat. Lorsqu'il apprend cette publication. Napoléon écrit à son ministre : • Faites partir dans les vingt-quatre heures tous les cardinaux qui sont encore à Rome... Envoyez à Paris Mgr Gregori et tous ceux qui moatreront des pouvoirs pour les affaires spirituelles qui ne doivent plus être gérées à Borne ' . •

Napoléon éprouve au contraire un sentiment de joie en apprenant que le clergé romain, restant fidèle au doux pontife, refiise le serment. M supprime les sièges épiscopaux, saisit les biens, emprisonne les gens. Depuis longtemps, il poursuit en Italie le clergé régulier comme le clergé séculier, les supposant avec raison dévoués l'un et l'autre au Saint-Siège. ■ Ma sœur, n'exigez aucun serment des prêtres. Gela n'aboutit à rien qu'à faire naître des difficultés. Allez votre train et supprimez les couvents. ■ Et quelques jours après, il reprenait : ■ ... Ne perdez pas un moment, une heure, pour réunir tous les biens des couvents au domaine... emparez-vous des biens des moines, c'est là le principal, et laissez courir le reste '...» C'est bien ainsi qu'il agit dans les États romains. ■ Les biens des couvents, chapitres et abbayes sont réunis aux domaines*. ■

■ Leltre de Napoléon à Bigot de PréamenEu, 13 janvier 1810. — Carreapondance, XX, 1S8.

* Latlrei de Napoléon à la princeue Élîsa, 17 et U mii 1806. ~ lil., XII, 3Ï8, 395.

• LetUe de Napoléon, mai 1810. — CorrrspondaïKe de SafoUm, XX, 4U.

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SOrJS NAPOLEON 1*. SOI

Et il ajoute : ■ Les masulmaos, les Anglais, les États protestaDts n'ont pas de moines et n'en sentent pas le besoin '. ■

Les Ordres religieux, il les poursuitdans toute l'Italie: ■Con6squeztouslesbiensdesconfrënesdeGénes,etc. *. ■ ■ Je désire fort supprimer tous les Ordres religieux dans les départements de..., afin que je n'en entende plus parler et qu'on soit tout à feit défait de cette vermine de moines*. •

Plus tard, l'Empereur essayera de jeter le voile sur ses violences. Dans ses Mémoires, on lira cette aFBrmation : ■ ...Le fait est qu'il n'y a jamais eu plus de cinquante-trois prêtres retenus par suite des discussions avec Rome; ils l'ont été légitimement *. ■ Sur ce point, comme sur tant d'autres, Napoléon est réfoté par sa propre correspondance '.

■ Les évéques de Nepi, de Terracine, d'Aquapendente, d'Amelia, d'Orvieto, de Terni, de Lodi, de Foligno, d'Assisi et de Nocera ont été dirigés sur Turin sous escorte de gendarmes, s'étant refusés à prêter le serment... Votre Majesté m'avait donné des ordres

' Noto JiciM par Najinléon à Marel, 19 octobre J810. — Corrrspondaitet, XXI, SS9.

• Uurede Napoléon i Gandin, 31 janvier Ifill. — Id., XXI, 377.

■ Lettre de Napoléon à Bigot de Prénmeiieu, 11 mars 1810. — Id., XX, S«3.

' Mémoires de Napoléon, IV, Ï42.

' CorrNjiOodnnce publiée, on correB|iondance dod publiée, maia éga- Icroeiil audientiquE. Naturel lemenl, la commiuiDn nommée par Napoléon II] a'n paa voulu loui publier, mxii lea Archive! oDt Bnï par livrer les documeaU qu'on avait cliarché ù soustraire k la publicité.

IzscbyGOOt^lC

SOS LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE pour qu'ils ne séjournassent pasà Alexan()ne ni à Turin, et qu'ils fussent conduits à Bourg et dans de petites villes du département de l'Ain, sans passer par Lyon... J'ai en même temps prévenu qu'il pouvait chaque jour en arriver d'autres '. ■

Il en arriva beaucoup d'autres; dans les États romains seulement, le nombre des évéques qui refusèrent le serment s'éleva bientôt à dix-neuf.

Les évêques étaient d'ailleurs exposés à recevoir leur démission, uniquement parce qu'ils étaient suspects. ■ Qu'est-ce que l'évéché de Fîesole, dont l'évéque est un prêtre dangereux? Ne serait-il pas possible de supprimer cet évéché *î ■

Ces vieillards, dont on avait supprimé les traitements, et dont on confisquait les biens patrimoniaux, erraient par les chemins avec leurescorte de gendarmes, sans vêtements pour se couvrir et sans argent pour continuer leur route *.

Beaucoup de chanoines et de curés avaient, comme les êvéques, refusé le serment. Que faire de tous ces prêtres? L'Empereur écrit ■ qu'il laut prévenir te prince Borglièse, pour qu'il prescrive les mesures de surveillance nécessaires à l'égard de ces individus > -

> Lt^ttr« de M. Bigot de Préameneu à l'Eiappreur, juin ISIO.

* Lettre de Kaiioléon à M. Bigot de PréaioeDeu, 18 juin 181". '*'"' «éréa dans la correipondance tle Napoléon.

* Rapport de M. Rigol de Préamenen k l'Empereur, juin 1810.

* Lettre de Napoléon à M, Bigot de Préameiieu, SS juio 1810, ni^ aérée dant la correspondance officielle.

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S0XT8 NAPOLEON I-. 503

Les rigueurs exercées contre leurs supérieurs, loin de calmer les simples desservants, les avaient plutôt portés à la résistance. Le courroux de l'Empereur n'épargne pas les plus humbles j il les bannit parbandes. u Donnez ordre au préfet du Taro de choisir cinquante prêtres des plus mauvais qui sont à Parme, et cinquante des plus mauvais de Plaisance... Ces prêtres doivent être embarqués pour la Corse'. ■ Quant aux prêtres Boni, Âscensi... qui n'ont pas prêté serment, dirigezles sur Toulon, et là seulement, vous leur ferez signiBer qu'ils vont en Corse. Vous donnerez des ordres pour leur embarquement*. »

Il ne s'en tient pas là, « Je désire que cent autres prêtres des plus mauvais soient dirigés de Parme et de Plaisance sur la Spezzia, et de là embarqués pour la Corse. Faîtes part de ces mesures au ministre de la police, et envoyez en Corse les fonds nécessaires. Écrivez au consul Morand pour que tous ces prêtres soient débarqués à Bastia et réunis tous sur un même point *. • Les mesures de persécution contre le clergé de Rome sont résumées dans une lettre du 7 mai 1810, adressée par Napoléon au ministre des cultes : b Ke plus ordonner de prêtres dans les deux départements de Rome et de Trasimène. Prescrire à tous les prêtres séculiers, religieux ou religieuses, étrangers à la ville de Rome,

■ Leltra de Napoléon h M. Bigol, 3 février 1811, non insérée ilaQi la correspondance officielle.

• Lettre de Napoléon à M. Bigot de Prûineneu, 17 février 1811, id. ■/</.,! mars 1811, id.

D.q,t,:scbyG0C>^lc

de retourner dans la commune où ils sont nés. Faire prêter serment à tous les évéques, envoyer en France tous ceux qui s'y refuseraient, et faire mettre le séquestre sur leurs biens. Supprimer toutes les corporations religieuses. Supprimer également les sièges épiscopaux occupas par les treize cardinaux (doIfs)... ■

Le 9 mai, l'Empereur répète : ■ Tous les prêtres auront, h l'heure qu'il est, prêté serment, ou auront été dirigés sur la route de France. . . Les biens des chanoines, chajtitres, évêques qui n'ont pas prêté serment

ont été saisis On saisira non seulement les biens

ecclésiastiques, mais en même temps les biens putrimo- DÎaux. ■

Pour s'en tenir uniquement à l'Italie, il y avait donc treize cardinaux internés dans nos villes de province, dix-neuf évêques expédiés de Rome en France pour y vivre comme eux. De semblables mesures avaient atteint les grands vicaires et les chanoines, et plus de deux cents prêtres avaient été déportés en Corse. Tel est, an bout d'une seule année, et fourni par sa propre correspondance, le bilan des arrestations opérées par ordre de Napoléon dans le seul clergé ùaliea.

Sur d'autres points de la péninsule italienne, des incidents particuliers provoquèrent des arrestations qui vinrent augmenter le nombre des prisonniers.

Le chapitre de Florence avait nommé vicaire général capitulaire, pour gérer le diocèse pendant la vacance du siège, l'archidiacre AverardoGorboli. C'était un prêtre

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sous NAPOLEON 1". 505

înofFensiFet doux. Charge par le chapitre de s'adresser an Saint-Père, a6n de savoir quelle marche il follait suivre à l'égard du nouvel archevêque nommé de Florence, Mgrd'Osniond, évoque de Nancy, l'abbé Cor* bolî avait confié la rédaction de cette supplique nu théologal de la métropole, le chanoine Muzzi. La réponse du Saint-Père ne se fit pas attendre; elle était officiellement adressée h l'archidiacre Corboli, qui n'en donna connaissance qu'aux membres du chapitre, mais une copie en était parvenue au chanoine Muzzi, qui parcourut Florence en publiant le bref de Pie VI). La grande-duchesse Ehsa fit aussitôt mander le chanoine auprès d'elle et, après l'avoir interrogé, l'envoya à la forteresse de Porto-Ferrajo. Pour le même grief, les chanoines Mancini et Kaoeia et l'avocat Pietro Valentini furent oussi arrêtés et conduits à la forteresse de Fenestrelle'.

Le clergé italien ne fut pas soumis seul à cette dure épreuve. Dès que Napoléon eut mis la main aux afRiires de l'ttglise de France, la persécution s'étendit au clergé français.

Le chapitre de Notre-Dame avait pour vicairecapilulaire l'abbé d'Àstros, propre neveu de Portalis, l'ancien ministre des cultes. Ce n'était pas un homme de lutte, mats un prêtre consciencieux appliqué à discerner et à rechercher son devoir. L'abbé d'Astros avait, comme

' Vie épitcopale de Mjr d'Oifond, par l'abbé Gviluumb, p. 568

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son collègue de Florence, écrit au Saint-Père pour lui demander des directions personnelles, et il reçut copie dubrefdatëdu 5 novembre, adresse par le Papenucardinal Maury. Le premier mouvement de l'abbé d'Astros fut d'en parler à son cousin Portalis, conseiller d'Etat et directeur général de la librairie, et il parait qu'il en j>ar1a aussi à M. de La Galprade, cbanoine, et à l'abbé Guairard, chef de division de la librairie *. Le bref en question avait été également expédié à d'autres personnes, et le bruit se répandit au sein du clergé de Paris que le Pape avait, de Savone, envoyé l'ordre de ne pas reconnatlre la juridiction spirituelle du nouvel archevêque, le cardinal Maury.

Un certain trouble régnait donc au sein du chapitre de Notre-Dame qui, officiellement, ne savait pourtant rien. Grande était l'émotion du cardinal Maury, plus grande encore la colère du mattre, lorsqu'un bref, en date du 18 décembre 1810, directement adressé au vicaire capitulaire de Paris et enlevant à l'archevêque nommé tout pouvoir et toute juridiction, tomba entre les mains de la police impériale. Le bref, répondant à des questions posées, livrait la preuve des relations de l'abbé d'Astros avec te Pape. Pie VII se refusait à donner l'institution canonique aux évéques nommés*. Malgré la surveillance de M. de Chabrol, le Pape avait écrîl

'Mtmoiresde M. PiSoulSB. — Vie de .Vyrd'Aitrot, par ie ?.Cici-

8KTTE, 183-198.

* Le {{iiuvernemeDl venait de nommer les litulaîret de TiDgl-Kp'

sous NAPOLEON 1". 507

à son cher fils, Paul d'Astros, « chanoine et vicaire capitulaire, le siège vacant, de l'église métropolitaine de Paris ■ , et lui avait intimé l'ordre de s'opposer à toute intrusion du cardinal Maury dans l'administration du diocèse. << Nous lui ôtons, disait-il, tout pouvoir, toute

faculté ou juridiction ■ 11 prescrivait en outre à

l'abbé d'Astros de rendre la lettre publique, de peur que des pièges ne lussent tendus à la bonne foi des fidèles.

Napoléon, renseigné par sa police, tança vertement le grand vicaire en le recevant aux Tuileries ' , et aussitôt après la réception, le cardinal Maury, non moins irrité que l'Empereur, alla livrer le grand vicaire au ministre de la police. L'abbé d'Astros eut à subir un premier interrogatoire du duc de Rovigo. A la nuit, Real intervint à son tour : déjà, il avait fait une perquisition chez le prévenu et découvert la bulle pontificale dans la coitfe d'un chapeau'. « L'Empereur, ditil au prisonnier, veut absolument savoir qui vous a remis le bref du Pape, à qui vous l'avez communiqué, et si vous ne le dîtes, vous ne reverrez plus votre famille ni peut-être la lumière^. » L'abbé d'Astros refusa de citer aucun nom. Alors, usant d'un procédé lùmtlier aux agents de police, le duc de Roviggo, reprenant la parole : » Nous n'avons plus besoin que

> A l'occ^isioii du nouvel an.

* Souvenirs de M. P»SQrlEii,

* Mémoire de l'abbé d'Astros «ur le» événemenU qui précédèreni s» captivité.

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TOUS nous disies à qui tous avez montré le bref. Voua l'avez montré à votre cousin ; il me l'a dit. • Le prisonnier, pensant que son cousin avait tout racoaté, convint qu'il l'avait consulté ' . Ayant tiré ce qu'ils voulaient de leur victime, $a\-ary et Real se readirent auprès de l'Empereur.

Trois jours après (4 janvier 181 1), le Conseil d'État se réunit sous la présidence de l'Empereur. Napoléon, étant iissis, laissa expédier rapidement quelques affaires, puis demanda si M. Portuirs était présent. Sur la réponse affirmative du secrétaire, il l'interpella en lui demandant pourquoi il lui avait dérobé l'existence de ce bref séditieux. «Comment, ajouta-t-îl,avez-voas osé paraître dans celte enceinte après la trahison dont vous vous êtes rendu coupable? C'est une ingratitude et une perfidie Quel a pu être votre motift Seraient-ce vos

principes religieux? Mais alors pourquoi vous trouvezvous ici? Je ne violente la conscience de personne. Vous ai-je pris au collet pour vous faire mon conseiller d'État? C'est une faveur insigne que vous avez sollicitée. Vous êtes ici le plus jeune et peut-être le seul qui y soit sans des titres personnels. Je n'ai vu en vous que les services de votre père. Vous m'avez fait serment. Comment vos sentimeuls religieux peuvent-ils s'arranger avec la violation manifeste que vous en avei fiiite?... Votre faute est grande... Peut-être quà

' Mémoire de l'abbé d'Aïlroi «ur les éTénvmenU qui précéJèfenl B

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SODS KAPOLEON 1". 509

l'heure qu'il est des villes entières s'égorgent par votre faute... ■

Profitant d'un sileuce, M. Portalîs répondit en halbutiant qu'il n'avait pu dénoncer l'abbé d'Astros, son parent... L'Empereur, hors de lui, répliqua : « Votre faute n'en est que plus grande. Votre parent n'a pu être placé qu'à votre sollicitation. Dès lors, vous en uvez pris toute In responsabilité. Quand je regarde quelqu'un comme tout à fuit à moi, ainsi que vous ici, ceux qui lui appartiennent, dont il répond, sont dès cet instant hors de toute police.

u Voilà mes maximes! Les devoirs d'un conseiller d'État envers moi sont immenses, vous les avez violés ; vous ne l'êtes plus, sortez, ne reparaissez plus ici !.. . " M. Portails, à bout de forces, sortit de la siille des séances, oubliant, dans son trouble, son portefeuille et son chapeau. Ses collègues, tremblants, baissaient la tête sans mot dire. Alors, s'adréssant au Conseil :

■ J'espère, messieurs, ajouta l'Empereur, qu'une pareille scène ne se renouvellera jamais. Elle m'a fait trop de mal. Je ne suis pas défiant. Je pourrais le devenir. Je me suis entouré de tous les partis. J'ai mis auprès de ma personne jusqu'à des émigrés,... bien qu'on voulût qu'ils m'eussent assassiné. Jedoisétre juste. Ils m'ont été fidèles.

■ Depuis que je suis au gouvernement, voilà le premier individu auprès de moi qui m'ait trahi. > Et se tournant vers Locré, secrétaire du conseil :«Vousécrirez

byGoot^lc

no LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE

TRAHI, entendez-Tous? ■ Puis, d'un geste bref, il leva la séance. Les conseillers se retirèrent confus'.

L'abbé d'Astros attendait que le maître se fût prononcé sur son sort. Napoléon, d'abord, avait pense à te foire fusiller. On lui représenta qu'il flétrirait sa gloire pour une querelle bien mesquine. ■ Eh bien ! dit l'Em. pereur, qu'on te jette en prison pour toute sa vie'l •

L'abbé d'Astros fut enfermé à Vincennes jusqu'à la an de l'Empire', et Portalis, exilé en Provence*.

Les portes de Vincennes s'ouvraient presque en même temps pour recevoir les cardinaux di Pietro, Oppizoni et Gabrielli. Les notes envoyées sur ce dernier par l'agent de Napoléon* ne lui avaient pourtant pas été défevorables. On le dépeignait ■ éminemment boonète, doux, conciliant, fort timide n . Ce témoignage peu

' L'abbé d'Àttroi et Aapoléoii, par M. H. Welscbikob*. Cuntipe»danl, V> tepltmhre 1889.

• Vie de M.jr d'Astros, par le R. P. (UiiRit:TTE.

' Mgr d'Astroa est mort k Toulouse, k l'âge de loiianle-dil-neuf int, «t n'oblinl le chapeau qu'à la lin de aa TÎe.

* Souvenirs de M. Phiodilr. ■ J'ai chuasé M. Porulia de man Conlàl, je lui ai Até loules tes places et je l'ai eiilê... Je voui Diin''< ceci afin qu'on soit bien convaincu de mon intention de Faire ctoa celLe lutte scandaleuse de la pr^trailla contre mon aulonlé. • LeUn de Napoléon au prince Rorghèse el à la grande-duchesK tli*»- — Corre'ponJance, XXI, 33S. Portali^i Fut nommé, à \» fin de 1813, f"^

' Les agents de Napoléon étaient chargés de recueitlir des renseignemenuiur les cardinaux. Voici par exemple ceux qu'envoie LeFebTre: • Mittc'i, pi'odature,esprit scrupuleux, par-dessus tout, honnête komiiit' — Albani, seirétairc des requtlei, aaseï agréablrment corrompo. I' ' cil, pendant sa nonciature i Vienne, plus d'aTcnturei galantes qu'il ne convenait à la décence de son babit. - (Dépèche de Lcfebvrr, da 15 avril 1808.)

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sous NAPOLEON I". 511

suspect n'empèclia point l'ancien pro-secrëtaire d'État d'être cooduità la prison de la Force, d'y être renfermé arec deux assassins et d'y passer quinze jours avant d'être admis h Vincennes'.

A6n de produire une impression d'effroi plus efficace encore sur ce qu'il appelait la prétraille, Napoléon fit en même temps mettre la main sur le prélat Gregori et le Père Fontuna, général des Barnabites. M. de La Calprade et l'abbé Guairard, qui avaient reçu tes confidences de l'abbé d'Âstros, partagèrent sa capti- -vité. Un grand vicaire de Metz et plusieurs ecclésiastiques de Marseille furent arrêtés par la seule raison qu'ils portaient un trop vif intérêt aux cardinaux romains enfermés à Vincennes.

Au grand émoi de la société parisienne, mesdames de Quînsonnas et de Soyecourt, uniquement connues pour leur mérite et leur piété, furent, à la même époque , menacées d'être jetées dans des prisons d'État. M. Pasquier réussit à les sauver de ce danger, maïs ne put leur épargner l'ennui d'être détenues a la Préfecture de police '. On les accusait d'être affiliées à une association dont le but était de se mettre en rapport avec le Saint-Père à Savone, et de se laire, quand il en serait besoin, les intermédiaires secrets de ses commu- DÏcations.

' Notice historique sur le chevalier de Thuisy. — Biographie

rielle, tome XXXIV.

■ Souuenirt du M. PuOtlBIi.

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Dans les villes alors très catholiques de Toulouse et de Lyon, l'organisation de ce genre d'association avait été portée à un rare degré de perfection. A Lyonsurtout, on était parvenu à se tenir en relations presque réglées, d'un côté avec le Pape, de l'autre avec le cardinal di Pietro qui, de Semur, où il avait été transporté, continuait à exercer les pouvoirs de délégué apostolique que le Pape lui avait confiés en quittant Borne '.

Pendant que la persécution sévissait en France et en Italie, l'Empereur, deplusen plusirritécontrelePape, resserrait sa captivité h Savone. Pie VU y était arrivé te 21 août 1809, après un pénible voyage. On l'avait aussitôt enfermé à l'évéché, sous la surveillance de M. de Chabrol, préfet de Montenotte. Le pauvre Pape devait renfermer ses promenades dans un jardin de cinquante pas de long; il ne jouissait d'aucune autre liberté que celle d'écouter les discours tour a tour flatteurs ou menaçants du préfet, ou des évéques envoyés par Napoléon pour séduire ou intimider le Pontife.

Le cardinal de Belloy, archevêque de Paris, était mort te 10 juin 1808. Le cardinal Fescb, oncle de l'Empereur, avait été chargé de l'intérim; l'abbé d'Astros, neveu de Portalis, administrait sous lui. Bien de plus gouvernemental que cette administration diocésaine. Mais elle ne se prétait pas assez docilement aux desseins de l'Empereur. Alors, Napoléon désigna

■ D'Hjiu«*o;iTiLt,R, m, U8.

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sous NAPOLEON I". 513

Mnury pour l'archevcché, le transférant de Mootefiascone à Paris ; de même, il transféra Osmond de Nancy a Florence, et pourvut à toutes les vacances sans consulter le Pape, qui s'abstint de ratifier ces choix et de donner aux évéques nommés les pouvoirs nécessaires. La colère de l'Empereur ne connut plus de bornes : « II est inutile que le Pape écrive ' . . . >

■ ... Mon intention est que l'intérieur du Pape se ressente du mécontentement que j'ai de sa conduite, et que l'état de sa maison soit téglé de façon à ne pas dépense^ plus de douze à quinze cents francs par mois*. ■

■ Le préfet doit l^ire connaître au Pape que tous les chanoines et théologiens de France et d'Italie sont indignés des lettres qu'il a écrites aux chapitres; que, par cette conduite, il a été cause de l'arrestation de trois chanoines à Florence et de la conBscation de leurs prébendes, de la même sévérité exercée envers le chapitre d'Asti et de l'arrestation du cardinal di Pietro, du chanoine d'Àstros, de l'abbé Fontana, de l'ubbé Gregori...; que ces pratiques ténébreuses sont indignes d'un Pape ; qu'il sera cause des malheurs de tous ceux avec lesquels il correspondra...; qu'il est fâcheux pour

la chrétienté et pour l'Église d'avoir un tel Pape

Vous écrirez en outre au préfet de Montenotle qu'il ait

' Lcure Je Na|nlêon à M. Bigal de Préameai;u, 31 décembre 1810. Nun inaérée dan» la correspondaoce officielle.

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Slk I.ES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE à prendre toutes les mesures nécessaires pour que le Pape ne puisse coranauniquer avec personne'... »

Le préfet exécuta les consignes données. Dans la nuit du 8 janvier 1811, M. de Gbabrot pénétra dans l'évéché où le Pape était tenu captif; on saisit tout; on enleva encrier, plumes, papier; on prit la bourse et le bréviaire du Souverain Pontife. On écarta les serviteurs fidèles; on les achemina sur Pénestrelle, oii l'on enferma également le vieux valet de chambre du Pape. On épargna seulement tes serviteurs complices. On fouilla les vêtements, ceux du Pape lui-même. Ces rudesses ne sont-elles pas plus choquantes que les rigueurs tant reprochées par Bonaparte a Hudson Lowe?

Les sévices ne produisirent pas tout l'effet atteodu. Qu'importaient quelques privations à un vieillard qui vivait comme un anachorète? Napoléon dut sooger à employer d'autres moyens de contrainte. Il venait d'éprouver la faiblesse de son clergé. Béunissaat la commission ecclésiastique :

u Le Pape, lui disult-il, a entrepris non seulement contre mon autorité ; il a aussi entrepris contre l'autorité et le bien des églises de l'Empire, soit en laissant perdre l'Église d'Allemagne, soit en refusant d'instituer mes évêques Des bulles, des correspondances

ont été imprimées par ordre du Pape et répandues dam toute la chrétienté. Il n'a pas dépendu de lui que les

' Lettre de Napoléon h M. Bujftl de Préameneu, 17 janvier ISII. Non inaéréa dan» la coireipondance officielle.

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SODS NAPOLÉON l". 515

scènes des Clément, des Ravailhac, des Damiens, ne se renouvelassent. Il n'a pas dépendu de lui que je sois abandonne de mes peuples, de mes armées, comme

Philippe le Long

■ Je ne saurais plus regarder le Concordat comme existant, et je ne puis accepter la modification que tous me présentez. Un contrat synallagmatique est nul quand une des parties l'a violé... Le Pape a violé le Concordat depuis quatre ans *. »

Ni un cardinal ni un évéque de la commission ecclésiastique n'avait eu le courage de protester contre ces calomnies, et de défendre la vérité en présence de la Force. Un simple prêtre, l'abbé Émery, avait seul tenu tête à l'homme que personne n'osait plus contredire.

Encouragé parla servilité générale, Napoléon voulut effrayer le Pape par la crainte d'un schisme, et lui forcer la main par un concile. Il s'agissait dé persuader à Pie VU que l'unanimité des évéques se prononçait contre lui, et que l'intérêt de l'Église exigeait sa soumission complète. Pour cette intrigue, Napoléon sut recruter des instruments. Il envoya secrètement l' évéque de Nantes, DuToïsin, et l'archevêque de Tours, de Barrai, l'esprit faussé, le cœur éteint, porter leurs arguties à Pie VII. Il leur adjoignit l'évêque de Trêves et le patriarche de Venise.

' Lettre de N.ipoléon k M. Bigot de Préameoeu, 10 oarg ISll. — CorrtiponJaaee o/ficûlU, XXI, 450.

as.

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Tout est mystère dans la mission de ces prélats; ils discutent avec le Pape qui est seul, saus conseiller, au secret; ils le harcèlent, l'importunent et finissent par lui faire entendre que les évéques se tournent contre lui. Pie VII s'émeut, lorsqu'il se croit abandonné et seul contre l'épiscopat. Il perd l'appétit et le sommeil; un trouble profond s'empare de son esprit. Comment! son obstination à lui, Pape, va déchirer l'Église et amener un schisme! Au secret depuis quatre mois, il ne sait rien des incidents qui ont marqué la réunion du concile. Peut-être va-t-on le déposerl Cependant, le vieillard résiste aux émotions, à la contrainte morale exercée par les prélats. On a recours à d'autres procédés.

« Donnez 6,000 livres de gratiScation à l'évéque de Savone. ■ « Ce jour a été employé n bien établir nos relations dans l'intérieur du palais '. ■

Pie VII a auprès de lui, suivant l'habitude italienne, un médecin attitré qui ne le quitte pas et s'occupe de son hygiène. Le médecin Porta est secrètement gagné. Tandis qu'on réalise de mesquines économies sur la pension du Pape, on comble le médecin de cadeaux, de gratifications. ■ Il lui est alloué un traitement de douze mille francs payable depuis le jour où il a quille Rome'. • Porta devient ainsi un précieux auxiliaire.

■ Le médecin du Pape, le sieur Porta, nous sert a

< Chabrol à BigQl de Préam«llcu, 10 miii ISU. ' LcUK de Napiolêon à M. B)|fO( de Préameneu, l" noiemlMT 18t' — Currespondaiice, XXII, 548.

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tnerreille'. n « J'ai longtemps causé avec le docteur Porta et je lui ai bien fuit comprendre la situation dans laquelle son maître se plaçait, il parait dispose à servir indirectement de tout son pouvoir'. » Les agents de Napoléon travaillent de leur calé. ■ On Fait en sorte de l'émouvotr (te Pape), soit par les ([ens qui l'approchent, soit par tous les moyens qui sont en notre pouvoir '. » Il parait même que le médecin ne s'est pas contenté de parler. Pie VU était nerveux, agité par l'inquiétude et les soucis ; quoi de plus naturel que d'ordonner une potion calmante?,

■ Le docteur Porta nous a bien servis*. ■ L'effet de la potion est surprenant. Non seulement le Saint-Père est calmé; il est anéanti, il tombe en déliquescence; sous l'impression physique, sa volonté fléchit, il cède, il accepte le projet qu'il avait repoussé. Mais, après ces moments de torpeur, une réaction se produit, accompagnée d'une sorte de démence. Le Pape renie ce qu'on lui a fait approuver; heureusement, le consentement surpris n'a pas été constaté par écrit; malgré toutes les instances, le Pape n'a rien signé. La crise a « altéré sa santé et sa raison ; dans ce moment» l'aliénation mentale est passée ° » .

Pendant ce temps, que disait l'Empereur du pontife

■ Ch.->l>rol ï Rigot de Pré.imei>eii, 12 mai 1811. < U., ibid., ISmailSIl.

»/rf., .6iJ., 15 mai 1811.

*W., ibid., 16 mai 1811.

* td.,ibii., 30 mai 1811.

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S18 LES ÉMIGBÊS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE qu'il soumettait à ces épreuves? h Sa Majesté plnînt l'ignorance du Pape, elle a pitié de voir un pontife qui pouvait remplir un aussi grand et un aussi beau rôle, devenu la calamité de l' Église'. «

Ayant renoncé à triompher directement de celte résistance, Napoléon a donc résolu de dompter le Pape par un concile, mais le concile ■ fournit l'occasion de reconnaître combien de sièges épiscopaux étaient occupés par des hommes médiocres* ■ .

L'Empereur s'était flatté de triompher sans trop àe peine, et grâce aux précautions qu'il avait prises, des opposants du concile, faibles, timides, profondémenl découragés. Pour en avoir raison, il se trouva réduit à ressaisir ses armes naturelles, c'est-à-dire la menace, l'exil ou la prison.

Cette fois, la nécessité l'y poussait presque autant que le goût. Par une anomalie qui fait plus houneor à l'humanité qu'aux individus qui la composent, même à ces heures mauvaises, où ils sont privés de liberté et de publicité, tes membres d'une assemblée délibérante ne mettent souvent en commun que leurs plus bt>Qnétes sentiments. Abordé isolément, chacun d'eui vous octroiera, en fait de concessions, au delà peut-être de ce que vous aurez souhaité; pris ensemble, ils oe céderont rien. Ne leur demandez pas de se désbono-

' Lrttre aidée par Napoléim pour servir bu» Uélrguéi <|u'il eni»"* Pie VU, 9 février ISll. Non insérée dam la coimpondance oftôell'- * Mémoiret (le SiVimT, V, 151.

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sous NAPOLEON 1". 510

rer. Il faut l'obscurité du téte-à-téte pour accepter les honteux marches et consentir aux dégradants sacrifices ' .

N'ayantpu venir à bout du concile qui, avec bien des timidités, bien des hésitations, cherchait à aider le Pape, Napoléon recourt à la violence ; il appelle Savary, et, le 12 juillet (1811), vers trois heures du matin, M. de Broglie, évéque de Gand, M. de Boulogne, évéque de Troyes, et M. Hirn, évéque de Tournai, étaient saisis dans leur lit et conduits par la police au donjon de Vincennes'. Savary les prévient que ■ depuis leur départ de leurs diocèses, les prélats n'avaient pas écrit une seule ligne à leurs grands vicaires qui n'eût été lue, quoique plusieurs eussent pris de fausses adresses* » . On fouille leurs papiers; on y découvre qu'ils ont connu la bulle ■ cause de l'arrestation de M. d'Astros et des cardinaux » . Mais les trois prélats sont châtiés Surtout pour les opinions énoncées dans le concile. Ils refusaient d'admettre qu'en cas de vacance d'un siège, le métropolitain pût, à défaut du Pape, donner l'investiture à l'évéque désigné par l'Empereur.

Après l'arrestation des membres du concile, l'épouvante saisit les évéques dispersés. Les opposants se voyaient tous dans les casemates de Vincennes. On se garde de les assembler de nouveau, et la plupart deoeux

> M. d'Hadmomtillg, IV, 1.33.

* M. JjtDtEKT, Mémoires rccléiiastiifiies. II, 454.

* Mrmoirti de Sitmt, V, 138.

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qui, en niasse, avaieot résisté, acceptent iodividuellement de signer les rcsolulioas que Napoléon leur dicte.

Mais rien n'est fait tant que le Pape n'a pas confirmé la décision arrachée par la crainte aux évéques.

Une nouvelle mission est expédiée à Savone. Celle-ci est ouvertement, olBciellement chargée de tromperie Saint-Père. Les évéques qu'on députe prennent d'avance et par écrit l'engagement d'induire le Pape en erreur : ils doivent lui faire croire que le bien de l'Église eiige que les arrangements convenus avec eux soient acceptés. Quelques-uns paraissent trop scrupuleux ou dévoués au Pape ; pour atténuer leur zèle, on a recours à des moyens \iolents. C'est ainsi que l'aumônier le plus aimé de Pie VII, Bertalozzi, archevêque d'Édesse, est appelé à Paris. On feint de se tromper, on le livre aux gendarmes, il est conduit de brigade en brigade coiome les plus dangereux malfaiteurs, puis, après l'avoir détenu assez longtemps pour lui inspirer des craintessalutaires, on le remet en liberté en disant qu'il y a eu erreur, on l'expédie tout tremblant à Savone'. Od conçoit que de tels envoyés n'étaient pas disposés à inspirer la fermeté, à conseiller la résistance.

Le Pape, circonvenu, grossièrement trompépar tous ceux qui t'entourent, cède cette fois sur tous les pointa. Après l'avoir vivement désiré. Napoléon fut peu salisbit de ce triomphe. Il voulait plus et mieux, c'est-à-^'f*

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SOOS NAPOLEON I". 5îi

profiter du bref arraché au Pape sans l'accepter; ■ cette marche aurait l'aTantage de déhurrasser du concile et de laisser l'Empereur maitre d'agir suivant les circonstances '. •■

Du reste, après l'exil de Portalis, l'eiuprisonnement de l'abbé d'Astros, des cardinaux, des évéques du concile, la terreur est universelle. Maury, par violence et par fraude, reprend possession de ses chanoines et de son clergé. Les adhésions et tes adresses emplissent le Moniteur. Napoléon est enivré de cette servilité, mais, même triomphant, il demeure menteur; comment pourrait-il exposer les Faits sous leur vrai jour? u II faut dire ^qu'aussitôt qu'un courrier m'eut instruit qu'on avait été obligé d'éloigner le Pape de Rome, parce qu'il voulait exciter un soulèvement dans le peuple, j'ai ordonné qu'il fût conduit à Savone. On peut ne pas parler de Grenoble*. »

A ce moment, dans le clergé français, la faiblesse est universelle. On ne trouve plus de caractère que dans le petit nombre, dans l'abbé Émery, par exemple, qui se fit respecter même de l'Empereur :

B Comment, écrivait l'humble prêtre, nos évéques ne voient-ils pas que ces moyens de concihation que l'Empereur leur demande ne sont qu'un jeu de sa part pour en imposer aux simples et un masque pour couvrir

■ Lettre de NipoléoD i M. Blgol de PrramcnGU, S8 septembre 18lt. tiaa insérée dans la corregpoadance oF6cielle.

3 Lettre de Napoléon à M. Bigot de Préaiaenen, 29 janvier 1811. — Corretpomianee ofjicieltt, XXII, 49*.

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sa tyrannie? Et ces prélats qui regardent comme

des bienfaits pour l'Église les décorations ou tes titres qu'ils ont obtenus ' ! ■ Ces derniers mots feisaient allusion à un passage de l'adresse des évèques, qui metlaieol au nombre des faveurs accordées par l'Empereur à la religion « la décoration de la Légion d'honneur donoée à un grand nombre de prélats, les titres de comte et de baron affectés aux archevêques et évèques de l'Empire, et l'admission de plusieurs d'entre eux dans le Corps législatif et dans le Sénat ■ .

L'abbé Ëmery avait raison. Quelque bassesse se cache trop souvent dans les flatteries décernées par les ministres de la religion aux hommes puissante dont ils dépendent, surtout lorsque ceux-ci, comme Napol^oo, n'admettent aucune de leurs croyances.

Ll! REDOUBLËUENT DE LA PEnSÉCUTlO»-

Après la clôture du concile, l'Empereur s'occupa de

' L'abbc Émer}' à Cntie Coiufou, d'Hjivssosïiu-b, IV, 69. -Siime- B«uve, qui n'cRl pas luijiect de bienveillance exagérée pour les membrci du clergé calboMque, a nîni! apprécié le rôle do l'abbé Èmery; ■ L'tiAt Émcr^r, celui qu'on a pu appeler ■ le suppléant dea évèqucf •) lorarle du clergé et sa boussole dans l'orajje, le modérateur pendant Im •""" pèles, le centre caché où venaient aboutir les consultations, li l">P< dans l'ombre, où Tenaient s'éclairer toutes lesconsciencei cbtétkaDM." ■ — Siihte-Bkdvb, Nouveaux Lundif, IV, kit.

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SODS NAPOLEON I". 5S8

préparer son expédition de Russie. Tandis qu'il l'orga- DÎsiiit avec un soin minutieux, une pensée soudaine traversa son esprit. Dans l'énumératioD des forces dont il dispose, il remarque une lacune : il lui man(jue des coDScrits. C'étaient les jeunes gens se destinant à l'état ecclésiastique. Ils ne sont que quelques centaines. Le déficit est bien léger; mais il découvre le moyen de l'atténuer ; ■ J'ai vu dans votre dernier travail des demandes pour exempter du service militaire deux cent trente- neuf étudiants qui se destinaient à l'état ecclésiastique, et pour la nomination de cent quarante-huit bourses dans les séminaires. J'ai rayé, parmi ces demandes, toutes celles qui étaient relatives aux évéchés de Saint-Brieuc, de Bordeaux, Gand, Tournai,. Troyes et des Alpes-Maritimes, parce queje ne suis pas satisfait des principes que manifesteut les évéques de ces diocèses. Mon intention est que vous ne me proposiez pour ces diocèses aucune exemption de service pour les conscrits, aucune nomination k des bourses, à des cures, à des canonicats. Vous me ferez un rapport sur les diocèses qu'il conviendrait de frapper de cette interdiction. Cette manière d'opérer doit être tenue très secrète ' . »

Il n'en reste pas là. Non seulement Napoléon revendique le droit d'emprisonner les évéques : il veut aussi les déposer. C'est ce que fit l'Empereur pour les évéques de Troyes, de Gand et de Tournai. Suivant

■ Lettre de Napoléon îi M. Bigot de Préameoeu, SX octobre ISll. Non iaiérée daiu la correapooilance officielle.

514 LES EMIGRES ET LA SOCIETE FBASÇAISE son expression, il leur donna leur démission. Il prétendait rompre, selon son caprice, le lien qui unissait r^véque à son église. Il voulait administrer les diocèses par des agents, et régenter les âmes comme les corps de ses sujets. Ayant désigné des évé()ues pour tes sièges de Troyes, de Gand et de Tournai, qui n'ëluient pas vacants, il légua en partant pour la Bussie, à son ministre des cultes, l'obligation de foire à tout prix reconnaître et instituer les prélats qu'il venait de nommer. L'Empereur, qui fîiisait profession d'aimer l'ordre, mettait de gaieté de coeur le feu a trois diocèses.

Il va sans dire que pour l'Église un siège épiscopal ne saurait être vacant tant que le titulaire n'a pas donné librement sa démission, et tant que cette démission n'a pus été agréée par le Pape. Cependant, aucun désordre n'avait encore éclaté dans les anciens diocèses de MM. Hirn, de Broglie et de Boulogne, parce que les chapitres avaient élu pour administrateurs provisoires des vicaires déjà munis de pouvoirs par les évéques détenus. La nomination des nouveaux titulaires Puisait renaitre une querelle mal assoupie. Averti par le ministre des cultes d'avoir à donner sur-le-cliamp des pouvoirs à M. de Cussy, nommé à l'évéché de Trojes, le chapitre s'y reFiisa. On s'en prit à l'évéque de ce mauvais vouloir. Un officier de gendarmerie fiit eavoyé à Falaise pour y saisir les papiers de M. de Boulogne, qui s'y trouvait inierné. Quarante-huit heures après,

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SODS SAPOLEOS 1". 5ÏS

on l'enFermait de nouveau dans le donjon de Vincennes. Le chupitre de Tournni rvsista plus ouvertement encore que celui deTroyes aux ordres du ministre. Quelques chanoines donnèrent leur démission plutôt que de reconnaître le nouveau titulaire, un certain abbé de Saint-Médard. Les supérieurs du séminaire licencièrent leurs élèves. Le châtiment ne se fit pas attendre, u Je donne ordre au ministre de la police d'arrêter tous les chanoines de Tournai et de tes Faire mettre dans un séminaire, d'envoyer les séminaristes qui ont moins de dix-huit ans dans les séminaires de l'ancienne France, et ceux qui ont plus de dix-huit ans, à Magdebourg (dans un régiment), de faire prêter aux professeurs des séminaires le serment d'enseigner les quatre propositions de l'Église gallicane, ou, sur leur refus, de les faire arrêter. Vous ferez suspendre sur-le-cliump les bourses du séminaire. Vous ferez connaître par le canal du préfet aux principaux prêtres du diocèse que si j'apprends encore de leur part la moindre rébellion, je supprimerai l'évêcbé'... ■

On frappait des jeunes- séminaristes parce qu'ils avaient été licenciés, on les envoyait au régiment, sous le prétexte qu'étant passibles de la loi de la conscription, ils en avaient été dispensés à titre exceptionnel pour devenir ministres des autels, et qu'une semblable faveur pouvait cesser au gré du souverain; pour ce cas-là,

> LeUie de ?{ajioléoii à M. Bigot de Préamenea, Dresde, li août 1813. Non inuréo dans la con'eipoadance officielle.

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516 LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FnÂ\ÇAISE

on allait jusqu'à défendre le remplacement. Mais qu'étaient ces mesures, ces actes arbitraires auprès des Tioleoces de Gandt

M. de Broglie, transporté de Vlacennes aux fies Sainte-Marguerite, avait été reconduit à Beauoe. Le préfet de la Cote-d'Or eut ordre de le faire venir a Dijon, et de lui faire signer une déclaration rédigée ea termes obscurs, et par laquelle ilconfirmaitsa démission antérieure. Mais cette démission, arrachée par ta force, n'ayant pas été agréée par le Pape, le nouveau titulaire de Gand, M. de La Brue, ne put grouper autour de lui qu'une trentaine de prêtres sur les douze cents que comptait le diocèse'.

Suivaut l'usage, k la cathédrale de Gand, le supérieur du séminaire devait assister à l'office et y conduire les élèves. Les partisans de M. de La Brue avaient convoqué le séminaire pour le dimancbe 25 juillet 1813. Ce jour-là, le choeur se trouva vide. Ni professeurs ni élèves ne voulurent s'y présenter.

Le préfet ordonna aussitôt l'arrestation du supérieur et plaça les professeurs sous la surveillance de la police. Une trentaine d'élèves furent désignés pour la garde de Paris, les autres incorporés dans la garde départementale de Bruges. Mais Mapoléon, prévenu de cette échauffourée, ordonna que ces jeunes gens fussent tous enrégimentés dans une brigade d'artillerie et dirigea

■ Nmice hislorit/ut lur M. de Broglie. Gand, 1843, p. S6.

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sur Wesel, où mouraient par milliers les recrues l'armée. Presque dès l'arrivée, une cinquantaine séminaristes périrent victimes des maladies qui cimaient les soldats. Les jeunes gens que des infirm corporelles rendaient impropres au service des arn n'échappèrent point pour cela aux vengeances Napoléon : ils furent conduits à Paris par des g dermes et enfermés à Sainte-Pélagie. On avait entrer dans les gardes d'honneur deux jeunes sém: ristes qui appartenaient à de riches familles; n bientôt, l'autorité se ravisant, on les mit tous les d au secret à Sainte-Pélagie, pour les envoyer cou simples soldats, l'un à Bayonne et l'autre à Pei gnan'.

Nombre de prêtres âgés, quelques-uns très infirn étaient en même temps acheminés vers les prisoni France pour avoir, par leurs mauvais exemples, en< ragé la rébellion^. Le préfet avait signalé parmi autres coupables une association de femmes qui, : le nom de Béguines, vivaient à Gand dans une es] de communauté, sans être astreintes à la rigueui cloître; il accusait ces femmes d'avoir cherché à inf sur la détermination prise par tant de membre! clergé. Napoléon ordonna de les disperser.

Cette persécution achevait d'aliéner à l'Empei

■ Récit de ta persécution endurée par les séminaristes de Gnna P. ViK DGH HuEne. Gand, 1863.

■ D'Hi,iissonTiLLB, V, 987.

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5S8 LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE les proTÎncês catholiques de la Belgique, déjà indisposées contre lui par le blocus continental et la conscription . Déjà, faisan t en 1810 avec Marie-Louise un voyage sur les bords du Rbin, Napoléon avait trouvé mauvais que les chanoines des chapitres et les prêtres des paroisses ne se fussent pas présentés en grande tentie devant lui. Il les avait fort mal reçus, et les ayant réprimandés de ce qu'il appelait leur inconvenaoce, il avait ajouté ;

■ Le premier acte d'autorité que j'ai dû exécuter a été de faire arrêter à Bois-le-Duc deux de vos curés réfractaires, même votre vicaire apostolique. One poignée de Brabançons fanatiques voudrait s'opposer à mei doctrines? Imbéciles que vous êtes! Si je n'avais pns trouvé dans la doctrine de Bossuet et dans les maximes de l'Église gallicane des principes qui sont analogues aux miens, si le Concordat n'était pas adopté, je me serais fait prolestant, et trente millions de Fraoçais auraient suivi le lendemain mon exemple; mais vous autres, ignorants que vous êtes, quelle religion enseignez-vous? Connaissez-vous bien les principes de l'Ëvungile, qui dît : « Rendez à César ce qui est à César »? Si vous persistez dans vos maximes, vous

serez malheureux ici>bas et damnés dans l'autie monde'. «

> Détail de ce qui s'est passé i l'audience que Napoléon do<«» ' BrcJa, l« 6 mars 1810, inséré dans le recueil des pièces olGcieNu de M. ScHOBii. (Journal des Débats, M août 1814.)

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sons NAPOLEON I". 5M

Quelques jours plus tard, recevaot le clergé du département de la Dyle :

■ Je veux, avait-il dit, la religion de saint Bernard, de Bossuet, de l'Église gallicane, je la protégerai de toutes mes forces, mais je ne veux pas la religion ni les opinions des Grégoire VII, des Boniface, des Jules, qui ont voulu assujettir les royaumes et les rois à leur domination, qui ont excommunié les empereurs pour bouleverser la tranquillité des peuples. Quoi qu'on dise, je crois qu'ils brûlent aux enfers pour toutes les discordes qu'ils ont excitées par leurs prétentions extravagantes. Les Papes ont fait trop de sottises pour les croire infaillibles. Qu'est-ce qui a fait le schisme de l'Angleterre, de la moitié de l'Allemagne? N'est-ce pas les prétentions des Papes, les opinions de Rome?... Je ne suis pas de cette religion de Grégoire VU qui n'est pas celle de Jésus-Christ. Je serais plutôt protestant... Monsieur l'archevêque, messieurs les vicaires généraux, surveillez bien vos ecclésiastiques, inculquez bien ces principes à vos élèves dans les séminaires, et vous, messieurs, écrivez-les profondément dans votre mémoire, et faites-en part à vos correspondants. Ils ne pourront se plaindre de la persécution que s'ils s'obstinent... »

Il est souvent question de Grégoire VII dans les allocutions, dans la correspondance de l'Empereur, et chaque fais qu'il en parlait, il commettait un véritable anachronisme. Ce n'était plus contre la tyrannie pontificale que les peuples avaient à se prémunir. Quoi qu'il

byGOOQlC .

530 LES ÉMIGBÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE en soit, le saint n'élant plus eu faveur avait été châtia dans sa mémoire. Napoléon avait fait envoyer une drculaire aux évéqaes pour leur prescrire de supprimer ta prière de Grégoire VII, et de substùuer une autre féu à celle de ce saint ijue C Église galWeane ne pouvait recoanaître ' .

A Savone, le doux Pontife, qui n'avait rien de Gr^ goîre VU, résistait toutefois aux obsessions aussi bien qu'aux menaces; Napoléon résolut de l'avoir sous la main. Ordre fut donc donné de le conduire en France. Voici, au sujet de ce voyage, la version que nous a laissée Savary :

■ L'Empereur ne voulait en aucune façon violenter le chef de l'Ëglise, il ne cherchait qu'à l'isoler d'une influence pernicieuse. . . Le Pape ne fit aucune difficulté de se rendre à Fontainebleau, il monta en voiture sans bruit.... ■

Voici maintenant le récit appuyé de témoignage! authentiques.

Le commandant de gendarmerie placé auprès de Pie VII afin d'épier ses moindres mouvements, réveilla le Pape qui faisait la sieste, lui annonça qu'il fallait partir, lui fît noircir ses mules avec de l'encre, coupa le cordon qui retenait sa croix d'or et enleva la croix. On est au mois de juin; la chaleur est extrême, le Pape, atteint d'une cruelle infirmité, voit sou mal

' Nute dictée par Napoléon au conseil àtt mÎDialre», le 18 jw"" 1810, at non îtuérée dans la coiretpandaiice officielle.

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sous NAPOLEON 1". 531

empirer en peu d'heures; it arrive mourant au mont Cenis. Point de répit, point de repos. En passant, l'escorte enlève à Lanslebourg le chirurgien de la localité. Le docteur Glnraz est introduit auprès du Pape, on se borne a lui dire : ■ Vous allez voir un malade qu'il faut guérir; si tous le reconnaissez, il y va de votre liberté, peut-être de votre vie. » Ainsi préparé à l'entrevue, le chirurgien est poussé vers le Saint-Père ; heureusement, il est habile, sa main ne tremble pas, il soulage le pauvre Pape. Après l'opération, il prend place dans la voiture, on repart à toute bride, et bientôt les cahots, Ja fatigue du voyage replongent le vieillard dans d'atroces souffrances. L'escorte n'en tient compte, il fiiut marcher, il faut être inconnu, il faut être privé d'air daus la voiture cadenassée et enfermée à chaque relais dans la remise avec son captif. Sous aucun prétexte le Pupe ne doit sortir de su prison. Enfin, après avoir été sur le point d'expirer, Pie Vil parvint, épuisé, le 19 juin, à Fontainebleau '.

C'est là qu'eurent lieu des entrevues secrètes entre Pie VU et Napoléon. Le Pape, encore souffrant, sous le poids de nouvelles obsessions, finit par souscrire aux volontés de son puissant contradicteur. Mais bientôt, revenu à lui-même, il s'empressa de désavouer les concessions qu'on lui avait arrachées; tes tortures morales et la persécution un instant ralentie reprirent avec

■ D'HiDM0Etïiu.B, T, 158.

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5SS LES ÉMIOBÉa ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE plus de fureur. Le Saint-Père fitt remis au secret, son fidèle conseiller, le cardinal di Pietro, fut jeté dans uoe forteresse... Cependant, la fortune avait changé, et le dénouement approchait; Napoléon oFh-it de rendre au Pape Rome, que Murât venait d'envahir. Puis, malgré les désastres de son armée, malgré les progrès des alliés, il persista encore k garder son captif. Il le fit enlever de Fontainebleau pur le commandant Lagorse, et conduire secrètement d'abord à Brive, puis à Hontpetlier. Pendant que le Pape s'acheminait lentement vers le Midi, les événements marchaient, et Pie Tll fiait par recouvrer sa liberté. Le Pape arrivait à Suvone vers la fin de février et se retrouva libre là où il avait été « longtemps prisonnier, n'ayant, en somme, malgré ses courts moments de défaillance, rien cédé au despote qui faisait tout trembler devant lui.

En terminant l'intéressant récit des démêlés de l'Empereur etdu Pape, M. d'Haussonvilles'est demandéquels sentiments avaient gardés l'un de l'autre, leur querelle vidée, le conquérant et le Pontife. Parlant de lui-même, à la troisième personne, Napoléon s'exprime ainsi :

« Les discussions qu'il a eues depuis avec la Cour de Rome proviennent de l'abus que faisait cette Cour du mélange du spirituel et du temporel. Cela peut lui avoir causé quelques moments d'impatience, c'était le lion qui se sentait piqué par des mouches' bes

' Mémoirti dt Napoléon, IT, note ], p. IM,

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SODS NAPOLEON 1". 533 lettres du Pape étaient écrites avec la plume de Grégoire VII ; elles cootrastnient avec la douceur et l'aménité de son caractère, il n'en était que le signataire' La Cour de Rome était en délire; ainsi

bravé et poussé à bout, il décréta en 1 808 la réunion des Marches au royaume d'Italie * Le Saint- Père, enfermé au fond de son palais, avait fait élever

des barricades* les troupes françaises se crurent

bravées*

Yoicî ce qu'écrivait, de son côté, l'ancien captif de Savone au sujet du prisonnier de Sainte-Hélène :

« La famille de Napoléon nous a fait connaître par le cardinal Fesch que le rocher de Sainte-Hélène est mortel, et que le pauvre exilé se voit dépérir à chaque minute. Nous avons appris cette nouvelle avec une peine infinie, et vous la partagerez sans aucun doute, car nous devons nous souvenir tous les deux qu'après Dieu, c'est à lui principalement qu'est dû le rétablissement de la religion dans ce grand royaume de France. La pieuse et courageuse initiative de 1801 nous a fait oublier et pardonner depuis longtemps les torts subséquents. Savone et Fontainebleau ne sont que des torts de l'esprit ou des égarements de l'ambition humaine... Nous sommes certain d'entrer dans vos intentions en vous chargeant d'écrire de notre part aux souverains alliés

■ Mémoires de Napoléon, IV, note 3, p. S03.

* U., ibid.

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53» LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE, et notamment au prince régent. C'est votre cher et bon ami, et nous entendons que vous lui demandiez d'adoucir les souffrances d'un pareil exil. Ce serait poar notre cœur une joie sans pareille que d'avoir contribué à diminuer les tortures de Napoléon. Il ne peut plus être un danger pour qui que ce soit, nous dfeirerions qu'il ne fût un remords pour personne'. >

C'est bien ainsi que, jusqu'au terme de leur vie, devaient penser et parler l'un de l'autre le conquëranl vaincu, le Pape triomphant.

' Lettre de Pie VII au c-irdjnit ConiaUi, 6 i>ctobre ISI7.

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