LES DERNIERS EXPLOITS DE LA POUCE IMPÉRIALE
a ramille de Coinbrav. — M. de Goyon. — La cheTilier de QiteaubrisDt, — Le comte d'Aché. — La tyrannie de l'Empin.
Au-dessus des victimes planait ce monde d'espiom et de gens de police que déjà nous avons essayé de dépeindre. On a vu Real 6 l'œuvre dans l'interrogatoire de Pichegru. Son caractère sera mis encore mieuiea relief par la conspiration dite de Varsovie.
Au moment où Napoléon était le plus exaspéré par les refus d'abdication de Louis XVIII, Béai avait jugé opportun de supposer une conspiration royaliste et fit arrêter à Paris (ventôse an XII) le comte de La Rochefoucauld, le comte Daraynes de Vaudricourt, Dubreiiil et te sous-chcF Briquet, du ministère de l'intérieur, chei lequel demeurait M. de Vaudricourt. En même temps, on arrêtait par ses ordresau château de BlettangeetToa transférait à Paris M. Turlure de Vellecour. En dépit de perquisitions rigoureuses, on ne saisit aucun papier qui put amener tes prisonniers devant les tribunaux; dès lorsjRéal était réduit aux ressources des interrogatoires '.
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M. de LaRocfaefoucauld, jeune encore malgré sescbeveux gris, grand, bien fqJt et de tournure aristocratique, se présenta devant Réat avec assurance, prouva qu'il était arrivé d'Anvers en se conformant aux dispositions du sénatus-conaulte (relatif aux émigrés], reconnut qu'il avait adressé des lettres au prétendant, à Varsovie, mais uniquement pour obtenir le payement de dettes contractées durant l'émigration, n Cette explication, réplique Real, présente quelque chose de ridicule, ■> Irrité parle sang-froid du prévenu, Real reprend : k A c6té de la fable que vous faites depuis que je vous interroge, je vais vous prouver que vous étiez le chef d'un complot dont le but était le rétablissement, du trône des Rourbous, et dont un des moyens était l'assassinat provoqué par vous, organiséparvous, du Premier consul. » La Rochefoucauld n'est pas ému. — « Vous avez eu , continue Real, une conférence chez Vaudricourt? — Je n'ai jamais eu de confiîrence chez Monsieck de Vaudricourt. — Vous en imposez. Avez-vous vu Carnot? — Non. — Monsieur de Vaudricourt vous en a-t-il parlé? — Non. — Vous ne dites pas la vérité. * Mêmes procédés avec les autres prisonniers. L'un d'eux, M. de Vaudricourt, était un émigré âgé de cinquante ans qui avait servi dans l'armée de Condé; il avoua ses campagnes, mais ne voulut pas suivre dans ses interrogatoires les indications de Real , qui le poussait à incriminer M. de La Rochefoucauld et madame de Barbazan. a Vous dites des mensonges ! « cria Real ; le gentîU
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S98 LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FBANÇAISE homme se révolta contre ces grossièretés. Malgré son habileté, Real fut impuissant à tirer des prévenus l'aveu de ce complot imaginaire; les prisonniers se ressentirent de sa mauvaise humeur. La Rochefoucauld fiit puni par des mois de secret' de n'avoir point confessé la prétendue conspiration. Vellecour, relâché seulement après une longue captivité, fut exilé et mis en surveillance k Thionville ; l'humble Briquet, protégé par le prince Louis, connétable de l'Empire, ne pouvait être suspecté d'aucun acte coupable ; ce Fut en vain qu'flavas, un des cheb de division de la police, fit ressortir sa complète innocence. Briquet n'en resta pas moios détenu, depuis le 1 1 venl6se an IX jusqu'au 30 Irimaire an XIII. Mais la vengeance de Real s'exerça surtout sur Vaudricourt. Sans autre grief contre lui que son air dédaigneux et ses réponses un peu lières, il l'enfouil dans une prison d'État en le faisant si complètement disparaître que, pendantdix années, nulneconnotsan sort, et qu'une longue enquête lut nécessaire quand on voulut retrouver le proscrit. Le 4 mai 1814, le comte de Nesselrode écrivait, au nom de l'empereur de Russie, à M. Angles, chargé de la police du royaume : ■ M. de Vaudricourt a été renfermé au château de Yi»' cenues, d'après les renseignements que sa femille a pu recueillir, mais elle ignore absolument s'il vit. ■ Ân{;'^ le retrouva dans le château d'Angers.
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sons NAPOLEON I". 5»«
Rëatau moins étaitincorruptible; l'affidë de Danton ne Toyait que son maître et ne servait que lui. Il ne recevait argent ou dotations, actions de canaux ou parts dans les journaux que de la main du maître. Ni l'argent niramitiën'ontde prise sur lui. Lorsque son camarade, Duguë d'Assé ' , mis en prison quoique membre du Corps lëgtsIaUF, invoque son intervention, il laisse traîner dans les dossiers la lettre de son ami : < La singularité qui m'a Fait arrêter, dit celui-ci, et conduire ici où, sans doute, on veut que je crève, puisque depuis plus de quarante jours je n'entends parler de rien... » Dugutf avait été enfermé par ordre de Dubois, ■ comme ayant escroqué... la veuve Guérineau, et violé l'une de ses filles, âgée de treize ans* » . Aussi Real ne se souciaitil pas de mettre son crédit au service du député.
Par exemple, on ne saurait vanter le désintéressement de Desmarest, le second de Real et le vrai chef de la police politique. Nombre de mémoires s'accordent à répéter que, sous l'Empire comme sous la République, il accordait, moyennant finances, des adoucissements aux royalistes poursuivis. Seulement, l'amitié n'avait pas plus d'empire sur lui que sur Real ; on le voit dans l'affaire du capitaine Mingaud. L'ami de Desmarest était détenu à Bicétre depuis 1804; c'était un aventurier, une manière de bretteur et de professeur de billard.
■ Archive* natioDalei, F, 6437.
■ 9 vendémitira an XII. — Si Dugué éiaii coupable, pourquoi ne pa» te (aire jnprt
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600 LES EHIGBES ET LA SOCIETE FRANÇAISE Au moment de son arrestation, dont le dossier omet de révéler les motifs, il plaisante avec Desmarest et lui conte son aventure dans la langue imagée des joueurs debillard : «J'ai été fait de bricole... etpar raccroc.,., je suis colté sous bande. ■ Puis, il se foit recommander par leurs frères communs de la franc-maçonnerie. Les loges écrivent à Desmarest qui est ma.-. : ■ Un maçon dans ta détresse nous a fait entendre le cri d'alarme : A moi les enfants de la V.'. Nous sommes, par les N.'. M.'. Q.\ V.'. S.'. C.'., et avec la considération la plus parfaite, vos dévoués serviteurs. ■ Desmarest est invité à protéger le maçon, et doit envoyer sa réponse à M. Verdier-Geurtin, vénérable et docteur en médecine, 65, rue Montorgueil. Puis vient la L.*. des Cœurs Unis O.-. de Paris, l'an de la V.*. L.-. 5807, puis celle de Gentilly, le 25 J.'. du 10 M. '. de l'année de la veuve 5808. Desmarest laisse traîner dédaigneusement ces lettres dans les bureaux, et son collègue Havas écrit en souriant : « M. Havas, qui n'a pas l'honneur d'être R.'. F.'., présume que l'Orient de Gentilly est la maison de détention de Bicétre. » Ce pauvre Mingaud était soupçonné d'avoir voulu, a main armée, délivrer les frères Potignac de la prison du Temple I Sur ce soupçon extravagant, l'aventurier fut jeté à Bicétre et y resta jusqu'à la fin de l'Empire. Mingaud était devenu si ridicule avec son mélange de billard et de franc-maçonnerie, que la police ne daigna pas l'écouter quand il lui dénonça, le 13 avril 1810, les signes avant^oureurs et
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tes premiers préparatifs de la conspiration de Malet'. Ce souvenir ne contribua pas b lui rendre favorable la police, qui avait été surprise par Malet. Mingaud demeura donc enfermé à Bicétre, malgré l'intervention des F. ■, marquis d'Aigrefeuille et prince Gambacérès.