‹ Histoire générale des émigrés pendant la révolution françaiseChapitre 28 sur 31 · LE GOUTE D ACRE · texte numérisé non relu

LE GOUTE D ACRE

L'affaire du comte d'Àché fut i pour la police impériale.

D'Aché, nous l'avonsdit, affable eu Normandie, cherché de tous c hôtes, et s'il se déplaçait, glissant qu'on pût le saisir. La police avait tenuau secret, dans ses prisonsd'

deux filles, puis les avait internées à Gournay, leur refusant la permission de quitter leur résidence même pour

' Ageoce de Paris au duc de La Chaitre, 38 mari 1800. AfCairet étrangères, 015, f° 173.

■ Leurede Buué-Lucai lili, 18 octobre 1810.

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aller consulter un médecin. Pins tard, si elle parut se relâcher de sa rigueur, c'était pour tendre un piètre. Elle suivait les pas de ses victimes, épiait leurs démarches, comptant bien que d'Aché se rendrait auprès d'elles. Mais lui, se défiant, après avoir quitté madame de Gombray, s'était caché à Mandevtlle, chez mademoiselle de Montfiquet, puis à Bayeux et dans les environs; ce Bit à Bayeux qu'il connut la marquise de Vaubadon .

Madame de Vaubadon était l'arrière-petite nièce de Tourville. Elle avait épousé Le Tellier de Vaubadon, fils d'un conseiller au Parlement de Normandie, un bomme aimable et doux qui avait émigré. La femme profita de son absence pour divorcer. Malgré ce fâcheux éclat, après la réaction thermidorienne, elle était devenue, à Bayeux, le centre des réunions et des intrigues royaUstes. Longtemps soumise pour ce fait à la surveillance de la police, elle venait de rentrer en grâce auprès du gouvernement en lui livrant son 61s de seize ans, qu'elle St enrôler. Elle n'était pas jolie; mais sous ses beaux cheveux, elle avait de la grâce et de la distinction. Ses mœurs étaient légères, on prétend même qu'elle était en liaison intime avec d'Aché. Elle offrit au proscrit, contraint de s'exiler et privé de son embarcation habituelle, de lui trouver barque et matelots. Deux marins devaient l'attendre près de Luc, dans la nuit du 7 au 8 novembre 1809. D'Aché quitta Bayeux le soir pour gagner Luc à pied sous la coo-

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SODS NAPOLEOS 1". B*T

duite d'un guide encore fourni par la marquise et qui était, assure-t-on, ua agent déguisé.

Le lendemain matin, le cadavre de l'agent royaliste était découvert à l'entrée du village de Luc. Au lieu du rendez-vous, d'Aché avait trouvé non les marins promis, mais des gendarmes npostés qui l'avaient accueilli par une décharge à bout portant; le proscrit avait reçu cinq chevrotines dans la tète, une balle dans la poitrine, une autre balle dans la cuisse; son corps, en outre, avait été percé de coups de sabre, on aurait dit que les assassins avaient voulu retourner [es entrailles; ils avaient également tailladé le visage et défiguré leur victime qui, d'abord, ne fut pus reconnue.

Le dossier des Archives ne laisse plus de doute : l'instigateur du crime était Real, assisté de Pontécoulant, qui avait acheté le concours de madame de Vaubadon ; les assassins étaient quatre gendarmes commandés par Foison. Ceux-ci tentèrent d'expliquer le meurtre par une attaque de d'Aché, mais l'état du cadavre, ses mains trouvées liées, l'enlèvement des papiers, tout démontrait le crime, tout dénonçait le guet-apens. Foison, interrogé par le préi«t CafFarelli, déclara qu'il ne pouvait répondre, <■ n'ayant plus la tête à lui ■ . Real s'efforça vainement d'ëtoulfer cette affaire '. Ses arguties n'ébranlèrent pas la conviction de

' • ...Je voui assure, écrivait Real k Caffarelll, qu'i votrs place,

l'idée qui m'occuperait principalement ne irrait pas celle cjui parait

vous tourmenter. Heureux de voir Sa Majeité délivrée d'un ennemi

arli^rné, féroce, plein d'audace et de rétolutioD, je ne p«n«er*i* qu'i la

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CaFfarelli, du secrétaire général (Lance) et du procureur impérial (des Costils), trois lioonétes geos auxquels l'enquête avait révélé tous les mystères du meurtre et de la Iraliisoii. Cufforelii fut puni du dégoût qu'il avait laissé voir. On l'envoya en disgrâce à Troyes. Lance fut révoqué. Des Costils, comme GafFarelli, fiit envoyé dans un poste inFérieur.

Foison, le chef des meurtriers, fut décoré par l'Empereur, nommé sous-lieutenanl, et glorifié de son fait d'armes '. Ni la décoration, ni le grade, ni les ordres du jour n'effdcèrent de son front le signe de Gain. Ses camarades s'écartaient de lui avec horreur. Sous le poids de leur mépris, Foison s'expatria et courut se Ure tuer en Espagne.

Pontécoulant, l'ancien membre de la Convention nationale, devenu sénateur de l'Empire, s'était rendu à Gaen, chargé d'une mission secrète. Avant le crime, il avait vu madame de Vaubadon ; après le crime, on lui

Teconnaisuiice que m'inipirerail l'individu qui aurait, en Facilitant sa recherche, aiilé«on arreiUtion... ■ (Lettre da33>eptembre 1809, citée par Lb Sbiécil, liant ion ouvrage : Le meurtre de d'Aché, vériiéi hiltoriqui's opjioicc* aiii fictjoni Av» romana. — Bayeai, in-8% 1869. Travail compoié Bur pièuet originales.)

L'auleuraraitbeaucuapconouM.elmadame de VaubaiIoD. Il euaye de la diaoulper, non d'avoir livré à la police le «ecret du dépan, ni d'avoir rrçu de l'argeni |iour livrer ce aecret, iDtii d'avoir tu lyiaa envo^rail d'Aché ^ la boucherie,

■ «J'ai fip|irii la conduite di^tingukk dea gendumeidansTaFfilireda ljri,;and d'Aché. Je; désire que voua fatsiei connaîli-e a toute ma gei>darmerie les preuve! éclat.inics que ju viens de Irur donner de ma satisfaclrôn. " — Napiili'on à Moncey, Schœnbruun, 8 octobre 18W. — Correspo,i.la„ce o/fiiH-flc, XIX, 558.

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SOOS NAPOLEON I". 62»

avait apporté les papiers de d'Actié, et it avait été chargé de payer la trahison.

Cailarelii avait livré le nom de la coupable. Quelques jours après l'assassinat, madame de Vaubadon osa se moDtrer au spectacle, drapée daos un cachemire rouge. La salle entière s'écria : • A bas le cachemire rouge ! li est teint du sang de d'Aché. » Poursuivie par la foule, la malheureuse eut peine à s'échapper. Elle avait trahi son amant pour remettre à flot sa fortune, mais son calcul fiit déjoué. Les royalistes achetèrent les litres de ses créanciers et la poursuivirent sans merci. Le gouvernement impérial fit acquitter les dettes les plus criardes. Cela ne suffit pas, et Suvary demanda pour madame de Vaubadon un supplément de salaire : « Votre Majesté, écrit-il, daignera se rappeler que madame de..., sur les instances de M. le sénateur..., consentit à faire les démarches nécessaires pour mettre d'Aché entre les mains de la police. L'entreprise de madame de..,, FUT soiviE DU PLUS HEUREUX succ^.s; Cette dame devint dès ce moment l'objet de la haine des sociétés où elle était admise; il fut constant qu'elle avait abusé de la confiance de d'Aché... v

Napoléon payait très largement ce genre de services. Il venait de confisquer lu propriété des journaux et de la répartir entre ses créatures, et nous lisons dans une lettre de Savary : ■ Sa Majesté a daigné accorder à madame de. .., pour en jouira partir du {"juillet 181 2, une des vingt-quatre actions du journal des Petites-Affiches. >

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Sous la Itestauration, la fumille de la victime voulut poursuivre les meurtriers, mais Louis XVIll avait conservé le personnel de la police impériale. Un des complices dissimula le dossier de d'Aclié en le cachant au milieu de papiers sans valeur, dans un carton de l'affaire Cadoudal'. 11 ne fallut rien moins que celte soustraction des pièces originales pour sauver de la cour d'assises Real et Savary, la marquise et le sénateur '.

L'assassinat du comte d'Aché laissa tout le pays sous une impression de pîlié. Longtemps le drame de Luc défraya les propos des veillées populaires. Dans toutes les maisons de la côte normande, dans les hameaux situés entre Falaise et Caen, si l'aTeul, sollicité par ses petits-enfants, entamait te récit de la mort de d'Acbé, le na'ff auditoire était bientôt ému par les malheurs du proscrit royaliste, les bouches rieuses se taisaient, les jeunes fronts se faisaient attentil^, et les mères pleuraient en les entendant raconter.

■ C'cat M. Cornrron qui a reti'ouTé le douter de d'Aché dani un carton Annexe de l'arFaire Cadoudal.

* Il eità remarquer que le»én.itear(DouLCETDE Portkcoitliiiit), dana •ea Mémoires, ne dil rien de l'afTaire d'Aché, dana laquelle il a joné le rtle le plus actif.

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sous NAPOLÉON I"

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