HUMILIATION DES ÉMIGRÉS
Le sénstus-con suite du 26 avril 1802 fit grâce aux émigrés. Pointd'amnisUe poureux : la grâce des criminels, accordée seulement parce qu'ils sont nombreux. Le sénatus-consulte exige le serment et d'autres conditions; il maintient la confiscation et place les émigrés, comme de vrais forçats, sous une surveillance humiliante s
Cette liste des émigrés, que ses conseillers présentent à Bonaparte comme une liste de traîtres, pendant huit ans elle est restée béante. Diverses couches sont venues s'y étendre. D'abord, la noblesse et le clergé, puis La Fayette et son état-major, puis Narbonne, puis les girondins, puis les républicains qui se vantaient d'être purs. Ceux qui ont le plus bal l'émigration première; ceux qui ont voté la mort pour les premiers proscrits, sont proscrits à leur tour et obligés de fuir le pays qui n'a plus de loi.
On ne doit pas, dit-on, compter à la décharge de l'émigration les crimes de la Révolution, tous les événements postérieurs au mois de mars 1 792. Comme si, à cette date, la liste était complète !
Les émigrés de Paris et de province ont fui, surtout a; ri's le 10 acCit, ap;(S les massacres de septembre.
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Vers ce même temps, la loi d'émigration avait frappé les bannis comme les fugitifs : trente-six mille prêtres étaient contraints Je s'éloigner ou étaient conduits aux frontières; la loi les frappe tous commeémigrés. Néanmoins, le 6 janvier 1793, le ministre Roland, dans son rapport sur l'administration de l'intérieur, constate seulement l'absence de soixanie-dix mille émigrés, en évaluant leurs biens à cinq milliards. Comme ce dernier chifire est exagéré de moitié, on peut supposer que le premier l'est aussi. Et eu effet, c'est la Terreur qui va grossir le nombre des émigrés. Lorsqu'on imprime la liste (en vertu de la loi du 25 juillet 1793), cette liste comprend k peine les 70,000 noms indiqués par Roland ; mais dés qu'elle est créée, les volumes s'entassent, on y empile les noms à tort et à travers, et les listes supplémentaires se continuent, même sous le Directoire. • Le nombre des inscrits sur la liste générale des émigrés s'élève à plus de i 20,000 i encore est-il quelques déparlements dont les listes ne nous sont point parvenues ' , ■ Le 19 octobre 1800, la liste en neuf volumes contenait encore 145,000 individus, malgré les 13,000 radiations du Directoire et 1,200 radiations du gouvernement consulaire^. Le 9 mai 1805, le chef du bureau des émiffrés au ministère de la police compte 200,000 individus atteints par les lois sur l'émigration.
' Hetsage dn Directoite aux Cioij-Cenis, 3 venlfite an V. * Itnppoit du midUtre de la police. — Li Fitbttb, Mémoires, il,
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SODS HAPOLéON I". 67
Haas doute tous ces noms ne sont pas ceux d'individus vraiment sortis de France. Les jacobins ont porté sur la liste des milliers de personnes parce qu'elles avaient changé de résidence, et d'autres qui, n'ayant pas quitté leur domicile, s'étaient tu refuser les certificats exigés. Émigré, le soldat prisonnier, s'il a des biens à prendre. Émigrés, les colporteurs et les commerçants ambulants. Émigré, le tanneur Paillot, de Gondé, dont le juge de paix s'est approprié la maison et les meubles. Émigré, Fabre, receveur de district, parce qu'il est en fonction hors de chez lui, à Ghâtillon-sur-Seine. Émigré, un paralytique qui n'est pas sorti de son lit depuis dix ans. Émigré, du Marché, capitaine du génie en activité à l'armée, parce qu'en suivant l'armée il a franchi la frontière, comme si la France n'était point partout où flotte son drapeau.
Les jacobins inscriventsur la liste, non pas seulement les prêtres qui s'enfuient, maisceux qu'on emprisonne, les riches, aussitôt que leur succession va s'ouvrir, ceux même qui sont morts lorsqu'ils ont laissé une succession opulente. Le comte de Lauraguais est inscrit sur la liste huit moisaprès sa mort. L'hbpitaldeNantesa des propriétés à Àncenis, que convoite un jacobin du district ; on inscrit l'hdpital sur la liste des émigrés. Il y figure encore lorsque Portalis l'y découvre en 1 825 ' . Le nommé I^avabre, à Marseille, a fui la nuit ceux
' Rapporl de PorulU i la Chambre jles pain lur le projet de loi de ISS.
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<]ui venaient l'arrêter, il a glissé sur les rochers, est tomb^ à la mer, s'est ooyé : émigré. Afallet, à Aix, etfrayé par un mandat d'arrêt, s'est tué d'un coup de pistolet : émigré. Il n'a pas le droit de soustraire ses biens aux jacobins, sa tête à l'échafaud. • Y a-t-il beaucoup d'émigrés? demande Treilhard en arrivant
i Chartres Pas trop. — Tant pis, il en faudrait
beaucoup. >
Dans les campagnes, autour de.Haguenau, les habitants avaient été contraints d'obéir aux réquisitions de l'enneini. Dépouillés par l'armée de la coalition, mourant de faim, ils eureot à subir d'autres misères. Saïnt- Just y installa le tribunal révolutionnaire. Épouvantés par les exécutions, les paysans se portèrent en foule sur le territoire allemand. Quarante ou cinquante mille habitants des campagnes se traînèrent vers le Palatinat ou passèrent sur la rive droite du Rhin. Tous les fugitifs : émigrés. Les jacobins de Wissembourg se rendent acquéreursdeleurschauniières désertes, de leurs champs délaissés, les payent en assignats le centième de leur valeur. Plus tard, quand la patrie se rouvre à ces infortunés, ils réclament leurs biens, mais ils sont repousses par les usurpateurs dont les titres, consacrés par la République, sont maintenus par l'Empire.
1 Citoyens ministres, écrit Monge, j'ai été compris sur la liste des émigrés publiée par le département des Ârdennes... et l'on est sur le point de vendre un petit bien qui appartient à ma femme... Comme il est de
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sons NAPOLEON I". fl»
notoriété publique que , quand la liste a été formée, j'étais ministre de la marine,... je vous prie de pro- DODcer que le bien que je possède ne doit pas être considéré comme propriété nationale. •
Beaumarchais s'était entremis, dès 1792, pour un achat de fusils. £n 1793, le comité de salut public lui signifia d'aller chercher ces armes. Au milieu du conflit anarchique des pouvoirs, le comité de sûreté générale, bien que connaissant la mission dont Beaumarchais venait d'être investi, déclara émigré cet agent en misson, mit la main sur ses biens et, pour éviter des réclamations inopportunes, fit enfermer sa fille, sa soeur et sa femme. Toutes trois , détenues dans la prison de Port- Royal, semblaient désignées pour l'une des prochaines hécatombes, lorsque le 9 thermidor vint les sauver de l'échafand.
Si l'on parcourt ces énormes volumes, on est surpris de voir qu'à côté des noms de l'aristocratie figurent ceux des plus humbles habitants des campagnes'. Marseille a douze mille émigrés, — non pas des nobles, — des gens du peuple, de simples portefaix inscrits comme au hasard sur la dénonciation de leur ennemi. Beaucoup de ces émigrés n'ont en réalité pas Franchi la frontière.
Tristan Legros, ancien garde (lu corps, avait exercé
' Voici une des liste» de l'Aime : Marguerite Gollar (Crépy); J.-Fr. Blllird (Laou); fille Colin (Boioy); fille Dorigny (Laon); 0§er, Temme Prndliomme (Roioy); Fr. Picard (Chiuny); J.~Ch. Dea»!n> (Royoncoart); Jo<.LefeTre(AuvroD))Legi-o9(Rozoy)iBouy(Harc)iais),eic.,etc
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temps les fonctions d'administrateur du dis- LiaoD); il se dëmit le 4 octobre 1791 pour se ins sa maison de Hontbavin, où il vivait heulépit de la tourmente, entouré de sa femme et m enfants. Sa maison, siluëe près d'un riant a terre productive, avaient tenté l'avidité de jacobin. Tristan Legros fiit décrété d'arrestous ses biens saisis, sans autre prétexte que jns présumées et le soupçon d'avoir combattu ioi dans la journée du 10 août. Legros s'était aux premières perquisitions; il n'était pas à époque du 10 août, ses amis en fournirent la nais il savait que la persécution visait surtout « C'est ma maisbn d'Albe qui me tue > , disait leproscrîtromain. Legros se cacbait donc lorsrère, juge de paix d'Anizy,(utàson tour accusé ne et décrété d'arrestation. Les gendarmes, rné la maison pendant la nuit, y trouvèrent jegros réfugié chez le juge de paix et l'arrê- Qs le connaître. Les deux frères furent conduits son de Laon, d'où Tristan Legros s'évada, Montbavin , et disparut. Irrité, l'accusateur t arrêter et conduire & Laon la femme de t envoyer ses jeunes enfants à l'hôpital. Q Legros errait de foret en forêt; il se gardait ligrer, pour ne pas compromettre sa femme et its, que les jacobins détenaient comme otages ; isenter à l'autorité, par l'intermédiaire de ses
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amis, des certificats de résidence untërieurs à l'époque de sa fuite, mais ces pièces iùreot rejetées.
Vint le 9 thermidor : Pottofeux, l'accusateur public, fîit jet^ eo prisoD, et Legros fit soumettre son dossier au directoire du département, qui le renvoya au comité de législatioD, en l'invitant à se prononcer sans retard sur le sort de cette victime des persécutions les plus affreuses.
Mais la Terreur eut des reprises qui ne furent pas sans éclat. Legros fut maintenu sur la liste des émigrés ; on lui retira même, en 1797, l'autorisation de résider à Honthavin sous la surveillance de l'administration locale, et il reçut l'ordre, après le coup d'État du 18 fructidor, de sortir du territoire de la République comme émigré non rayé. Tristan Legros ne fiit gracié que le SOaoùtlSOâ'.
Les acquéreurs de biens nationaux s'unirent aux jacobins de la police pour s'opposer, dans les conseils de Bonaparte, aux idées de justice et de modération. Les ventes d'immeubles, telle avait été l'origine des fortunes jacobines. Rovère, pour 80,000 francs payés en assignats, s'était fait adjuger une terre valant 500,000 francs en numéraire; pour une autre poigeée d'assignats, Fouché, des biens immenses; André Dumont, l'hàtel de Plouy, des meubles superbes et une terre de 400,000 livres; Merlin de Thionville, le
' MuLETiLVt, Hittoire de la ville de Laon, II, 3!IS.
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74 LES ÉMIGRÉS ET I,A SOCIÉTÉ FRANÇAISE domaine du Mont-Valérien, des maisons de campagne et quantité de terres. Barras a conquis pnr ce moyen et dissipé p.nr la débauche une énorme fortime, et il lui est resté la terre de Grosbois. Laporte, Salicetli, Hewbell, Rousselin, tant d'autres jacobins, pauvres avant la Convention, se trouvent enrichis au milieu de la ruine universelle. A Toulouse, les commissaires qui dressaient le tableau des ventes nationales procédaient au partage des biens entre eux, et les bons patriotes se disputaient sur la convenance et le choix, discutaient le prix de l'adjudication et se ménageaient les moyens de ru(biblir, puis de payer le prix de vente en assignats et papiers dépréciés.
En Provence, les jacobins sont, en i'an IX comme en l'an II, les détenteurs gratuits ou les acquéreurs à vil prix de ces biens confisqués. Du temps de Robespierre, les administrateurs eux-mêmes les vendaient, et ils étaient ainsi les maîtres sans conteste. En ce bon temps, dans les départements du Var, des Bouclies-du- Rhone et de Vaucluse, une société de patriotes préparait de longue main ses acquisitions. Elle avait des « estimateurs à gages « pour déprécier les biens à vendre et des prête-noms pour dissimuler les véritables acheteurs; on étaitexclu des enchères quand on n'était pas de leur bande. Par suite de ces manœuvres, dans les trois départements, tous les biens nationaux ontété donnés h vil prix.
A Nantes, le jacobin Chaux, complice de Carrier,
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écartait par la terreur ses concurrents aux adjudications, se faisait ainsi adjuger toutes les métairies du domaine de la Baraissiére, et disait, au sujet d'un terrain qui lui plaisait : «Je ferai arrêter le propriétaire, et pour sortir de prison il sera trop heureux de me l'abandonner '. *
De cette fiiçon, l'Église est spoliée, les émigrés sont dépouillés sans que l'État s'enrichisse. De connivence avec les jacobins, les acquéreurs le volent à leur tour. Souvent la coupe d'une année solde le prix d'une forêt. Un acquéreur paye une ferme de 5,000 francs avec le produit de la vente d'un cheval '. Le prix d'un château est acquitté par la revente des grilles et du plomb des toitures. Si, contre le proscrit, toute subtilité est permise pour le dépouiller de son bien, toute fM>mplaisance est licite envers l'acquéreur patriote. Il paye en assignats, en mandats, en obligations, en papier, et par ce fait voie l'État des quatre .cinquièmes de sa créance.
J'ai eu entre les mains des milliers de quittances. En voici une délivrée en 1813 par l'administration des domaines. La propriété qu'elle concerne représente aujourd'hui, en capital, plus de 300,000 francs; elle fut évaluée pour la vente (24 prairial au IV], en revenu, 4,051 livres 12 sous, et 88,335 livres 15 sous en capital. La vente eut lieu moyennant ce prix d'estimation.
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quéreur s'est iicquitté eu payant 23,390 fr. 01 '. n acceptant, pour les biens du clei^gé et de la coiie dont la Révolution s'empara tout d'abord, le re des baux en cours et le prix des ventes, on arà peu prés au chiffre de trois milliards*, exposé des motifs de la toi d'indemnité (séance janvier 1825) fournit des éléments qui permettent iluer à deux milliards et demi les biens des émigrés int été vendus*.
ir la quittance 6nale sont oienlionnéii toas leB payements : 1)00 rranc) aisignata valant, le 16 Boréal an IV, jour
femenl 52 50
KH) rrancR mandats valant, le S meiaiiior an IV, jour
fement 4,000 •
i8 francs mandata valant, le 2 messidor an IV, jour
fement 139 80
)35 fr. 75, mandats valant, le S messidor an IV,
u payement 1,626 86
SOO Francs mandais valant, ie S messidor an IV, jour
fement 4,317 50
JOO francs mandats Talant, le 2 messidor an IV, jour
yement 1,485 >
90 reacriptioni en numéraire, le S gi'rminnl an V,
u payement 2,600 •
S! naméraire 89 62
1)96,78 obligations 8,793 68
le en numéraiie 2»5 35
Total 23,390 01
>mpte rendu de tonles les aliénations, depuis le 17 mai 1790 jiis- 30 floréal an Vil, présenté par Kamel au Directoire, lur une partie des biens vendus (81,455 articles), le revenu de constaté par des baux Gfjurait dans le dossier des ventes. Ce I s'élève, pour ces 81 ,455 vei>tes, ^ 34,630,385 livres. En le cap- )tè3pourl00,onobtlantuncyfrrede. . fr. 1,154,000,000 ■
ventes de l'autre catégorie s'élevaient à. 17. D'après l'ciposé des motifs, le capital , en multipliant par SD le revenu de 17M
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SOOS NAPOLÉON I". 75
Celu fait un total de cinq milliards et demi. Mais sur
les ciuq milliards et demi, quatre milliards au moins
n'ont pas élé verses dans les caisses publiques'. Qui
donc a profita de cette immense aubaine?
lUpori ],I5»,000,000 .
(33 iniMiops) tel qu'il aTait pu £tre approxïmaltrcmcnt déterminé, le lerait élevé i 660 milliona environ. Mab pour obtenir li valeur vraie de 1790 il aurait falla capitaliser à 3 pour 100 et non à 5 pour 100. On aurait eu ainii 1,100,000,000 >
Si l'on veut oblenir IVniemble dei conSinatîons, il faut d'ailleurs tenir compte des biens no» aliénés qui furent reitltups nui nntiens propriétaire* en vertu du sénaïua-consulle du 6 floréal an X on de la loi du 5 décembre 181%. L'eipoié des motifi les évalue ï M3,000,000 •
Il Tant enfln comprendre dans le total l'argenttnie, les bijoui et autres matières précieuses, les marcbandiiet, les meubles et objets mobillert con>
Ibqnéa sur les émieréa 300,000,000 •
Total S, 866,000, 000 *
D'oii il convient de déduire le pagsiF acquitté par l'Étal, que l'eipnié des motifs porte &, . . . 300,040,645 ■ Reste S,556,0!>D,;{55 •
Le »énatn»-congnlte du 6 floréal an X autorisa seulement quelques restilutionsi ce fut la Restauration qui autorisa les anciens propri^ taÎTCS à rentrer en posseuion de leurs biens non aliénés. La loi du 5 décembre 1814 ue Faisait d'exception que pour les biens afiectés h nn service public. L'œurre de réparation Fut continuée en 1835, et le gonvernrment Gt voter par les Chambres la loi qui accordait l'indemnité de* émigrés. Dans l'exposé des motifs, M. de Martignac » le tort de présenter cette indcuinité comme équivalente à la valeur des biens qne la Révolution avait confisqués. Les confiscations dépassèrent 1,556,000,000, et si l'on retranche de ce chilTre les restitutions antérieure* à 1825 (soit 412 millions), l'indemnité équivalente au montant de la perte aurait du s'élever à 2,144,000,000 de francs. Les émigrés reçurent nne rente 3 pour 100 de 30 millions, dont le capital notarntL représentait an milliard, mais dont la valeur réelle, calculée au cours de la bourse (6i fr. 45). donnait seulement 614,500,000 Francs.
I On ne peut obtenir le ckiFTre des sotomes versées réellement dans
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Quand on examine avec soin les dossiers de ces ventes, on Toit que les acquéreurs peuvent se distribuer en quatre catégories : dans la première, peu nombreuse, les parents des proscrits, qui cherchent à sauver une partie de leur fortune j dans la seconde, les gros spéculateurs, les iïociétés qui achètent pour revendre et qui acquièrent un grand nombre d'articles ; dans Ja troisième, très nombreuse, les bourgeois de \n localité, les marchands du gros bourg ou de la ville voisine, les notaires ou médecins, les fonctionnaires répubhcains, très âpres à la curée, les députés, les administrateurs, les militaires, depuis le général jusqu'au simple gendarme, et dans la quatrième, la moins nombreuse, ceux qui se disent cultivateurs, mais qui
lei cais^ei de l'Elat par les actjuéreiirs de bien* nntionnui r|o'iio moven d'evaluatioDg plus ou moini approximativcn. Je cile un nc(|U{ri:ur qui a payé aon prix de 88,000 Francs avec 33,000 Trnnc». La plii|iari de* acquéreurs ont Fait de même. Dans le dë|i.-irleinent de la Manche, le monlanl dei vencmcnis effcrclirs ne représente \at le cinquième de la somme qui aurait dû ttre versée. Les arqupieura, de connivence avec les aiitoritéa locales, se ioni libérêi en assignat», en mandais déprécies. En m.ii 1705, Bourdon (de TOiae) proposa d'adjuger tous les biens nalionaal sans encbères et par simple procès-Terbal, à celui qui en oririrait tioit/uis en alignais l'estimation de 1700. EniT-e deux ionciiirents, l.i préférence devait cire accordée k celai qui s'était présenlë le premier. Le décret fat voté. Ainsi, un bien évalué 100,000 francs en 1T90 devait «Ire payé 300,000 francs en «asienats. Les assignat*, en mai 1703, élan! tombés aa quinzième de leur valeur nominale, 300,000rrancs en aslienatsnerepréjienlaienlréellemenl que 20,000 francs effectifs. On payait dune avec 30,000 francs le bien qui en valait 100, OW francs. Malheureusement pour les sprculaleurs, le décret de la Convention fut bientôt rapporlc, et l'on décida que les biens conlinuemient ï 6lre vendus aux enchères. Les acquéreurs, pour les Liens d'Eglise, ont versé moins du liera de leur valeur ; pour le* biens d'émigrés, moins du cinquième da leur valeur.
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sons KAPOLÉON 1". T7
De sont pas des paysans, puisqu'ils achètent plusieurs ]ots, des lots de 10,000 francs et parfois d'ivantage. Le paysan n'apparait pas dans les ventes nationales, a moins qu'une circonstance locale, accidentelle, ait provoque son intervention. Ainsi, dans le Santerre (Picardie) , l'État n'a pu trouver, pour les petites parcelles, d'autre acquéreur que le paysan, parce que celui-ci est non seulement fermier et locataire du sol, mais se trouve associé au droit du propriétaire en vertu d'un ancien et curieux usage. De même, dans la commune de Grux-la-Ville (canton de Saint-Saulge, Nièvre), les paysans ont absorbé une partie des articles mis en vente, tandis que dans le reste du département ils ont B peine figuré aux enchères. Bref, les dossiers démontrent qu'au nord et au midi , à l'est comme à l'ouest, le paysan n'a pas acheté directement trente mille articles sur un million, et, au point de vue de l'importance, la deux centième partie des propriétés mises en vente '. La confiscation n'a nullement profité
' Le paysan, aisure M. Taiae (La Révofulion, I, 463), possède entin en pleine et franche propriété le loj)in àe terre convoilé par lui depuis Unt d'années, quelquefois un gros lot inespéré, un bois, un moulin, UDC praine... En 1791 , Ion de la mise en vente deï biens du clergé, laut les écut, tous les magots sont surfis dei bai de l.iine, el en sept moi), le paysan a acheté 1,346 millions de biens d'Église...
Mail d'abord, ees Liens d'Eglise se coinj)OsenD en gr.inile partie de kilimenls et d'édifices dont le paysan n'n que faire. Ce n'est pas lui qui a couvert les enchères pour les maisons dépendantes du ci-devant chapitre de fari), l'une adjugée pour 90,360 livres, une autre pour 50,100 livres, une autre pour 44,000 livres. Ce n'est pas lui non plus ifù acheta les bâtimenls de Salut-Pierre-le-Vif, une grosse abbaye ntnée tout près de Sens; nun, puisque cette abbaye fut acquise à vît
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7S LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FFANÇAISE au paysan ; tout le profit est resté entre les mains de la bourgeoisie jacobine.
prix par Etienne- Cil arUt da Loménio de Briïone, ei-canlmal, exarclisvèque de Sens, un évèque upotlat qui, portant lur l'autel udc mail) lacrilège, démuMt la cbapclU et te logea dans l'ibbaliale. Il y fol arrêté (le 18 Tévrier lT9t) et mourut «ubitemeut ({ueli)nea inguntt api'èi, couronnant par le suicide ta *ie aoailtée de criuicg. Ce a'eit pai te paysan qui l'eM rendu adjudicataire du domaine de la Janchère, situé dans la commune du Crest (Puy-de-Dftme), qui fut vendu en 1793 au gieur Cellier, apothicaire de Clennonl, moyennant le prix de 131,500 franci. Il e«t vrai que ce lont de gras Iota, et que U plupart des article* aliénés (tl y en a en tout 1,017,395) «ont de moindre importance. Mais les dossiers nous niontrent que lea lots même les plus infimes sont rnrement acquis par les paysans. Dans cette commune du Crest (Puy-de-D6me), l'Éul, tant en 1791 qu'en 1793, a mit en vente beaucoup de petits loti provenant de biens d'Eglise ; une parcelle est adjugée S81 fr. 0», une autre 574 fr. 96, une autre l,%5A fr. 8S; ce sont trois petites vignes vendues à Pierre Bevie, géomètre à Ctermmit. Une autre vigne, qui monte à 619 Fr. 80, est adjugée! Viallcvieilhe, notaire au Cresl,avei: un champ qu'il pave 4,172 fr. 55. Une terre sise près de l'église est vendue 7,739 h. 35 à Mareillat, confiseur i Clermonl. Une autre, estimée S,0S3 Fr.incs, est adjugée i Alexis Veyssel, propriétaire à Sain t-Amnnd-Ta lien de, et il en est ainsi de toutes les parcelles. Toutes sont achetéci par les petits bourgeois de la localité du bourg voisin et de lu ville voisine. Et il en es) ainsi pour les ventes eflecluéea dans cous les autres départements. Sauf dans des cai spéciaux et assez rares, te paysan s'est abstenu. Dans la Manche, ou ne trouve que 115 articles accjuia par des paysans, sur un total île 9,430 articles vendus. Sans itoutc, le paysan s'est remis à travailler après la suppression du maximum. Soulagé de la dime et diS droits féodaux, se dispensant lui-même du payement de l'impùl, il laboure, sème du blé, il vend et il encaisse, mais il est résolu à refuser tes assignats et à ne plut livrer ses grains que contre espèces. Échanger de bon blé contre un chifibn de papier lui semblerait duperie ; chez les marchands de la ville voisine, de mois en mois, il sait qu'il reqoh moins de marchaniliset pour te même chiffre d'assignats. Méfiant, il lui hul des écus au bon coin, i l'ancienne effigie, pour les fouir au fond d'un pot on les entasser dans un bas de laine. Il épargne sous le Directoire, sous le Consulat, sous l'Empire. Ce[)endaut il constate que les autorités protègent les spoliateurs, et que la dépossession des anciens propriétaires temble définitive. Alors il te préiente et il réclame bourse
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SOOS NAPOLÉON 1". 78
Le Consulat ne semble pas avoir eu la pensëe de répudier cet héritage de spoliations. Sans doute, Napoléon s'est efforcé d'abord de rallier les émigrés ; pour quelques-uns d'entre eux il n'a pas ménagé les égards et les bonnes paroles, mais d'en bas, les voleurs le poussaient aux vengeances. Comme tout homme, il subissait les séductions de la flattei-ie. Les jacobins, qui avaient rampé devant Robespierre et devant Barras, devinrent les plus souples adulateurs de la dictature triomphante. Napoléon fut circonvenu par les roués qu'avait enrichis la dépouille des opprimés. Si ces hommes ne purent l'empêcher d'indemniser l'Église en concluant le Concordat, ils surent le détourner des émigrés avec un art savant ; et le meurtre du duc d'Enghien vint bientôt creuser un abime entre les débris de l'ancien inonde et celui qui s'offrait comme l'incarnation du inonde nouveau.
Néanmoins les émigrés rentrèrent peu à peu : ■ Cette
en main la pOiMMion du lopin souliailé. Seulement, entrainé |iar l'amoar de la terre, il en acbèle pour deux fois plus qu'il n'a d'argent. L'acquéreur qui «'est asaocié à l'Etat pour dépouiJIer les proscrits, i{ul l'est arrangé vit^à-vii de rËlatpour se libérer k vil prix, se montre vij-à-vU du paysan vendeur impitoyable, créancier eii)>eant. Il l'acaile de frais, de commiaaioni, de renouvellements, d'intérêts usu* rairea, et d le pauvre tomme se tire des griffes de l'usurier, il finît par payer chèrement cette [erre qu'il a convoitée. Ce petit drame a dû u répéter fréquemment, palsqu'il n'y avait guère que quatre millions (le prupriélaires avant la Révolution, et qu'en 1X25 on en comptait eniiroo sU millions et demi. (Voir Le morcrllement, par M. DE Fo. TILLE, p. 66 et suiv.) En définitive, le légullat est bien celui qu'a signalé M, T.nine : la terre passe au p.nyaan, — mais après des jjériprtici et des détais qu'il m'a | ' '
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80 LES ÉMIGRÉS ET Là SOCIÉTÉ PHANÇAISE démarche me coûte horriblfimeot, écrivait le duc de La Rocheroucauld-Liancourt, mais je suis rongé de chagrins, accablé de malheurs. » Malheur pour ceux qui rentrent, malheur aussi pour ceiu qui sont restés. Ni les uns ni les autres n'échappent aux exactions qui aident la richesse à changer de mains. Oo voit renaître les procédés chers à Pouquier-Tinville : u Ma mère, accompagnée de mon frère aîné, compta au président 18,000 francs en or; celui-ci, en échange, lui donna l'ordre signé par tous ses collègues de mise en liberté de neuf condamnés à mort'. »
Même procédé pour recouvrer ses terres.
•I — Votre affaire ne vaut rien, dit à H. de Puymaigre un chef de division de préfecture, miiis vous avez un joli diamant au doigt.
■ — Prenez-le, monsieur, je n'ai plus besoin de ces colifichets, et nous réglerons le prix plus lard.
■ — Monsieur, vos acquéreurs sont des gueux, et vous gagnerez votre affaire', n
Grâce au diamant, l'émigré la gagna. Mais la protection était rarement suffisante pour làire récupérer les biens illégalement usurpés. « Faites-moi, écrit Napoléon à Boulay de la Meurtlie, un rapport sur un
> G. DE KÈiiKiLVD,Lei Cliouans, Dlnan, 18RÎ,p. S9. Lejugs P. du Morbihan, qae l'on oirrompl, est Pcrrel de la LaDda, prétidenl du tribunnl rriminel, élu en l'an IV aux Cinq-Cents; il flatte les vainqueui^ de Tiuctidor et redevlenl président du irihutial. En 1811, ou le trouve grand prévAt dei douanei i Rennes, (Aeuiie Je la fie'uolatioii, juillet 1882, p. «.)
' SoUBettin du çamir Je Ptiymaii/rt.
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sous NAPOLÉON I*. 81
arrêté du préfet du Finistère qui dépossède un sieur Boulet, distillateur, d'une propriété nationale dont il jouit depuis douze ans. Cet arrêté est motivé sur ce que le sieur Parsevaux, premier propriétaire, n*a jamais émigré. Mon intention est que tous portiez au Conseil d'État l'arrêté du préfet, et que s'il en est ainsi, il soit cassé ostensiblement'. »
Mais si les biens sont confisqués ou détruits, les dettes demeurent : dès son retour d'émifpration, le comte du Roure est enfermé a ta requête de ses anciens créanciers'. Madame de Belzunce n'est protégée contre ceux de son mari que par sa pauvreté; elle écrit à son fi-ère : ■ C'est une précieuse école que celle de la misère; c'est là oii j'ai connu le vide du monde; depuis 1 793, je suis sans aucun domestique '. *
Madame de Gourgue est moins malheureuse : elle peut rentrer dans son château de Lanquais, mais il est tellement délabré depuis les pillages de 1789, qu'elle est réduite à simuler des tentures en peignant de ses mains, à la détrempe, les murailles de ses chambres*. La
' BoDUT DK u Mburths, Souvettiri. fiibi, oat., L. 27, d" 23949. Ullrt du 17 février 1803, p. 168.
' Comtesse de Suht-Aduinb, Souutnin. Périgueax, 1857.
* Madame de Beliunce, fille de madame d'Épinay, veure du major de Bebnnce, décbiré par le peuple en 1789, Émigré en Eipagoe ea 170S, 1 rote dant la détreue jusfjo'eD 1800. Son Gis Jeao (1766-1809) eu mort k Saint-Domingue. Iléuit époni de Jeanne du Roui du Beuil, M cousine. lia ont deni en&nls. Madame de Belzunce, pauvre! et converlie, rentra en France, i Gemoiac, près de Sainlea. Elle écrit de là i «m trèrr, le 16 mars 1807. (Coll. Gaston Mau|;ra>.)
* Société hût. et arch. du Pirigord^ 1885, f 118,
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)S LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE luchesse de Lorge, qui a passé sa jeunesse à ourler les chemises et k border des souliers, près de sa mère, a marquise de Jaucourt, rentre avec son mari en 1802; elle vit dans la pauvreté et nourrit elle-même les sept enfants '. Mais les privations n'Otent rien à la lignite ni au prestige. L'émigré rentré conserve l'élératioo du caractère et impose par son tact le respect le son malheur. 11 s'établit avec sa supériorité de tenue 'X de goût dans cette société nouvelle, comme dans es années d'exil au milieu des sociétés étrangères. Il e plie è la transformation des mœurs comme à la perte les biens. Il supporte avec constance les tracasseries le la police consulaire et se contente d'avertir les amis ion rentrés en France « de ne pas écrire, sous quelque ifétexte que ce soit 'n .Cette police est composée d'aniens jacobins, et ces persécutions ne déplaisent pas aux 'rançaisqui viennent, pour tout un siècle, de s'impréner des idées jacobines sur l'omnipotence de l'État*.
■ Henri db Riiticet, Ami de k religion, iS^, t. XVI, op. 7k. Annr< iléonore de Jaurourt, née en 1775, émigra m 1T91 avec sa mère. Udame et mademoiselle de Jaucourt ae mirent r^Bolumentà i'ieuTre, l, dussent-elleB voir plus d'une fois leur travail re.faai, ellea oFTraienL iiK marchands drs objele de lingerie, des clieinisPii qu'elles ourlaieni, i-i souliers qu'elles Lordaienl... Obligées de fuii' Conatanie en 17U9, Iles vont il Erkeim. Mademoiselle de Jaucourt épouse, k Klagrnfurt évrier 1801), le comte, plus lard duc de Lorge. [Is rentrent ver» la Il de 1802. Sa vie est paisible, sévère et retirée. Elle a sept enfants,
* Marquis d'Aulichamp à son frère, 6 février 1801, Fonds Bourbon, [>l. 601,P>4B.
' • L'arbitraire de Bonaparte plaît à beaucoup; cet arbitraire n'est u'un jacdbinismo concentré. •• (De Sbrre. Correspondance, II, 3S8.)
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SODS NAPOLÉON 1". 83
Il y a des joies aussi dans les premières joumées du retour : oa voit revivre les souvenirs de l'entance, on renoue les liens d'amitié, on se réunit après la dispersion de l'exil. Le comte de Narbonne retrouve, en 1800, une de ses filles qui a été élevée en France par des paysans, et en 1806, sa femme avec son autre fille ' : les deux sœurs ne se connaissaient pas; l'aînée avait oublié son père, la seconde n'avait jamais vu sa mère.
Ce qui engageait surtout à rentrer, c'était le découragement inspiré par l'incapacité des meneurs du parti royaliste. Ceux-ci s'exaspéraient de se voir enlever des dupes jusque-là si dociles. L'un de ces meneurs, le président de Vezet, écrivait avec dé|»it : « La rentrée des émigrés se précipite sans mesure, sans dignité, au préjudice de la cause et de leurs propres intérêts. Cette mode flétrissante et mal calculée ne sera même pas profitable k Bonaparte. J'en suis afïligé et quelquefois indigné. >• Aussi, que n'avaient pas fdit les courtisans des princes pour pousser au désespoir les émigrés les plus fidèles! <• Il est un terme où le zèle n'est plus que duperie, et l'on m'y a conduit, à ce terme « , s'écriait le président Courvoîsier, l'un des plus modérés parmi les agents royalistes', tandis que le plus considérable
' ViLLBH^klH, Souaenirif I, III. — L'ajnée deadeui loiUTS Portngiisi U aeconde, M. de Ramhuleau.
' Pisc»cD, Sociêti (Témulalion da Doubi, 10 juin 1883. ' Btvae hiitorique, XX, p. 8X0-3SS.
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Si LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FKAMÇAISE par sa naissance et ses talents, le prince Louis de La Trémoille, se plaignait hautement dans ses lettres de l'ingérence des brouillons et de l'incapacité des meneurs ' .
Cette correspondance du prince Louis de La Tréuioille mérite d'élre étudiée, car elle fait bien comprendre, et le découragement des émigrés, et la résignation avec laquelle ils accourureot. Il écrivait (février 1 797) à ion ami, le comte Loub de Frotté, eu revenant de la :M)nr de Mitau : « Je vis donc le Roi le soir, je parlai rendant deux heures et demie sur le tort que lui avaient 'ait l'intrigue et les intrigants..., sur la terreur qu'inipirait le nom d'agent du Roi, pris dans un certain sens, lur ce qu'avaient eu à souffrir de cette canaille ses serviteurs les plus fidèles... Je revins le lendemain à huit leures et recommençai à parler sur l'histoire secrète et ur la position des royalistes en France et hors de ■"rance, avec tant de feu, que j'en pleurais... Il m'avait icouté, mais beaucoup moins bien que la veille, et me lit, a dix heures, que je lui avais dit beaucoup de choses ort intéressantes..., mais que, jusqu'à présent, il ne oyait encore rien qui lui parût dans le cas de faire hanger la marche qu'il avait prise; il m'ajoute qu'il aut que je cause de cela avec MM. de Saint-Priest et l'Avaray. Je rentre donc chez moi, commence à broher un petit brouillon de notes où je comptais m'ap-
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SOtJS NAPOLÉON 1". 85
pliquer à rassembler tous les traits épars qui pouvaient
attaquer l'intérêt Une beure après, je pars pour
aller chez M. de Saint-Priest. Ici je voudrais pouvoir le peindre la scène entre moi, fort animé, rempli de ce que j'avais à dire. . . et cette grande figure d'em- )iereur romain, plus (roide qu'un marbre, et une fois qu'après m'avoir fait une couple de révérences les plus ministérielles et les plus compassées que j'aie jamais vues, il se fiit rassis sur son canapé, ne répondant plus aux choses les plus fortes que je pouvais dire que par un sourire de suffisance... Enfin il m'arracha que le gouvernement n'avait point de confiance à lu discrétion des alentours de Monsieur. Ayant ramené la conversation sur les ressources qui restaient aux royalistes en France et sur l'importance des pays organisés ou organisables :
• — Pour moi, dit-il, je vous avoue que j'ai toujours regardé ces organisations comme des enfantillages.
■ — Si ce sont des enfontillages, monsieur le comte, il faut avouer qu'ils sont bien cruels pour ceux qui sont les dopes et les victimes de la part de ceux qui les ordonnent.
■ — lUais, dit-il, qui est-ce qui les ordonne? Le Roi ne les a jamais ordonnés.
■ Je l'an'étai court en lui disant qu'il ne fallait pas me dire cela k moi, qui avais vu les ordres de Monsieur et la lettre de M. d'Avaray au nom du Boi.
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i LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISR
<< — Mais, mon prince, est-ce que tous croyez de )Dne foi que tout cela existe?
» — Ma foi, monsieur le comte, il est dur que des ns qui tombent journellement et en grand nombre ins les prisons, qui se font fusiller pour vous prouver or existence, ne puissent pas tous en persuader... •
C'est pire encore en Angleterre, dans la petite tiour t comte d'Artois. Le prince Louis de La Trémoille écrit 1 comte de Saint-Priest (28 mai 1 799) : ■ Si la crainte affliger sans nécessite le cœur du Roi impose souvent lence et fait d^rorer bien des chagrins, je croîs néanoios que cette délicatesse deviendrait bien coupable,
elle allait jusqu'à lui dérober la connaissance de ce li peut nuire essentiellement à ses intérêts. M, l'évéle d'Arras ' dit que je suis un polisson, que M. de rotté est un imposteur et un gredin; il donnedes épiètes du même genre à M. de Suzannet et dit cela ivant M. Georges*; il a tenu des propos semblables écédemment devant M. de Chalup... Je ne connais is M. Georges, je ne l'ai jamais vu, mais je n'eu ai mais entendu parler que comme de la loyauté même
ne lui ai jamais entendu taire d'autre reproche que être antinoble. Mais, comme apparemment il est entre plus antiintrigant, il n'a pu contenir l'indignation le ces propos lui avaient inspirée. ■
A Londres, en effet, les favoris du comte d'Artois,
' C'ral M. deConiié.
* Geoi^es Cadouda).
sous NAPOLÉON 1". 8T
le cabinet anglais elles émigrés étaient si divisés que les combattants bretons et normands avaient en déf;oCit cette ville où ils venaient chercher des ordres et où ils ne trouvaient h qu'ennuTs, que délais, que remises ' • . En face de ces rivalités et de cette lassitude, Bonaparte avait beau jeu à diviser les royalistes ; il attirait sans peine ceux quï étaient mécontents de leurs chefs*, ou ceux qui étaient trop jeunes pour être entrés au service des Bourbons. Il recueillait dans ses hussards volontaires un Lameth, un Ségur, un Noailles*, séduits par l'instinct militaire, l'ennui de l'oisiveté, le prestige de l'uniforme. Volontaires ou émigrés, les nobles incorporés dans l'armée étaient traités avec feveur. La fraternité d'armes avait uni depuis longtemps les soldats de l'anoëe de Gondé et ceux des années républicaines : aussi, lorsque le comte de Puymaigre fut menacé par la police comme ancien ofBcier de Condé, les ofGciers de l'école d'artillerie de Metz lui oFFrirent un asile dans leur quartier*. Peu à peu les jeunes nobles qui arrivaient à l'âge de porter les armes se laissaient de plus en plus gagner par les charmes de la guerre; ils briguaient des épaulettes de sous-lieutenant et consentaient, pour les obtenir, à servir Napoléon comme pages. La comtesse de Grasse, en
' Journal de Collin de La CoDirie, publié par la comte Ae Conladet. {BtBue d* ta AcDoWion, loât 1884.)
' BoDBlirBRHB, V, 137.
^ Philippe Dl SicD", Hittoire et Mtmoîr^i, II, 15. * Smà^nirs du comte Je Puytnayre, p. 91.
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88 LES ÉMIGllÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE revenant d'émigration, demanda une place de page pour son fils, et madame d'Houdetot une pour son petitfils'. Fernand de Cbabot partit comme sous-lieuteDaot — *■ cuirassiers*. Louis de Vergennes = brûlait de * H . Louis de Lasteyrie liit sous-lieutenant en et devint colonel au bout de dix ans*. Le comte tult rentra avec son ancien grade de colonel et ut, en 1810, général et gouverneur de Pampelune, avoir fait entrer dans l'armée, comme sousinant, Théophile d'Eyragues, son neveu. Au bout lelques années, la jeune noblesse se donna nu T des armes avec une telle unanimité, que l'on put les états-majors tout entiers composés uniquement ciers appartenant aux familles de l'ancien régime, était celui du général Sébastian! dans l'année dalousie, où se trouvaient MM. de Coigny, de lié, de Lawœstine et plusieurs autres**, lis il fallait qu'on se livrât tout entier; Napoléon nettait pas que ses officiers de l'ancienne noblesse ;nt garder des idées libérales : de l'honnête et 3endant comte de Glermont- Tonnerre, Berthier oucement : « Il peut servir tant qu'il voudra, si l'amuse, mais il n'entre pas dans les intentions de
adame db RÉycUT, Correspondance, I, 7.
ichease ae. GoiiT*iiD, Mémoires,
adame de ItÉHCsir, Correspondance, H, SI.
i en 1781, mort en 1828, épooi de Virginie Ae La Fayïll
12, morte eo 1849.
•nêral Blitnet, Relation d'un coyage force', I, 5*.
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SOOS NAPOLÉON I". 89
l'Empereur d'avancer les gens de la catégorie de M. de Clermont-Toanerre '. >
Outre l'attrait de la jeune noblesse pour le service militaire, bien des causes attiraient vers Napoléon les hommes de l'ancien régime; ib arrivaient peu à peu,, poussés par les anciennes amitiés, par les liens de société, enfin par la misère.
Les nobles qui s'étaient trouvés engagés dans la Révolution, comme Talleyrand, Beurnonville*, Ponlécoulant', ou ceux qui avaient eu la culture de la boone compagnie, comme Lebrun, ou ceux qui lu regrettaient, comme Fouché, attiraient vers leur maître les émigrés dont ils venaient obtenir la radiation. Joséphine <■ avait gardé des vertus de son sexe la facilité à compatir au malheur * », et elle était inFatigable dans les soins qu'elle prenait pour reconstituer une sorte de cour avec les débris de la bonne compagnie ; elle n'était inSdèle a aucun des souvenirs de sa jeunesse : elle inter* vint en faveur de Scipion deBrison, l'un de ses premiers
■ Camille Roomet.
* Beurnonville (Pierre de Itietlc, marquis de), né en 1753, à Cbampignol (Aobe), gendarme à la compagnie de la (leloe (1766), lieutenant da Suiises do comte d'Arloii (178B), colonel la m^me anoée, général en 1T91, ambaoadeur k Berlin (29 novembre 1799), mon duc et marérhal de France en 18SI. (Voir plut loin la note relative i Beuroon- •ille ; Ha noblense e«t plaa que douteuse.)
' Pontécoulant (Le Doulcet, comte de), (ils d'un brigadier des armées da Bni, né à Caen en 176*, garde du corps en 1778, sous- lieutenant dîna h compagnie écossaise avec grade de lieutenant' colonel en 1783, dépnié i la Conveiitiua.
* Fâdbibl.
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LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE is, et te fit nommer receveur particulier de Mon- 'i', mais elle ne put fixer près d'elle Charles de itaud, qui par o une innocente coquetterie » avec rtense de Beauharnais donna de l'inquiétude à sa lille et fut rappelé à Londres '. Si ce mariage fut nqué, les galanteries retinrent à la cour bien d'autres sonnes de l'ancien régime. Les sœurs de Bonaparte curèrent à leur frère M. de Porbin et M. de Fones, qui faisait revivre Washington pour lui dire de laparte : ■ Celui qui jeune encore te surpassa dans batailles fermera comme loi, de ses mains triommtes, les blessures de la patrie. t> Le comte Walsb Serrant fut entratoé également en épousant à retour d'émigration la veuve du conventionnel ady.
jBS recrues étaient surtout faites par la misère. Les icitations venaient de toutes parts, depuis Sopbie lould, qui demandait des secours à Lucien Bonate*, jusqu'à Nicole Piccini, qui sollicitait une place ir avoir du pain *. Le général Blayney remarqua, !Z une lingère de Bordeaux, une jolie fille qui por- : l'ouvragechez les hommes; elleavait dix-neuf ans; es parents, qui appartenaient à la petite noblesse, ient été guillotinés l'un et l'autre pendant la Bévolu-
Comteiae m StiHT-AnLtinE, Souvfitiri^ p. SS. Périgueai, 1875.
Duchesie DE Gontadii, lUénibires.
GoHcociiT, Lettres et Mémoiret, p. IS9.
Lettre du 17 ventbie an VII (7 janvier 1800). VeDie Etienne Cfaa-
7 du ISjuin 1884, n* 110.
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sons NAPOLÉON 1". 91
tion ' ■ . La voilà demi-servaDte et demi-courtisaDe. Sans tomber aussi bas, les jeunesfilsd'ëmigrës n'avaient plus ni carrière, ni moyens d'existence. Quelques-uns conservèrent les fonctions qu'ils avaient obtenues durant l'émigration, comme le marquis de Saporta, qui resta employé dans les bureaux de l'armée; d'autres se firent placer par l'aimable Français* (de Nantes) dans les droits réunis, non sans certaine répugoance à se voir maltdtiers*. Après les plus hardis, te plus grand nombre ne tarda pas à venir s'encadrer dans la société nouvelle : a Les Bourbons m'étaient restés absolument étrangers, disait le comte de Saint-Aulaire au baron <le Titrolles ; élevé à l'École polytechnique, entré dans l'administration de l'Empire, j'ai été assez longtemps ébloui. ■
Ceux qui avaient quelques louis, comme M. de Wendel, qui acheta les forges d'Hayange et créa l'une des plus grandes industries de la France*, luttaient contre cet engouement universel, ainsi que ceux qui préféraient à la vie dans ce monde nouveau les privations, la solitude et l'indépendance.
' Grnérat BLiTKET, Rtlatioa d'un voyage fircé, I, p. 369.
' Comte Fran^i, direcleur général de» droits réunit (1756-1836).
* Souvenirt du comte de Puymaigre, p. 113.
' ftiJ,, p. 92. — CliariM de Wendel (177»- 1825), officier de marine, »uigr«, ofBcier dan* l'armée de Condé de 1T9S ù 1801, officier an mr- Tice de r Autriche jiuqu'en IMt.
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LES ÉMrGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE
PARIS NODTEAD.
Entre les jacobins encore grossiers et les émigrés jours aimables, entre les parvenus et les victimes, les Jiateurs et les spoliés, s'établit rapidement une sorte ntente ; de cette fiision sortît la société moderne avec contrastes et ses rivalités. Les révolutionnaires s'efcèrent d'imiter le ton, les manières dont tes émigrés r rapportaient la tradition et les modèles. Le bon s'attacha ainsi aux relations avec l'ancienne société, ce changement dans les mœurs valut presque aux igrés les honneurs de la mode ' . Dans les salons nouux, on coudoyait les prêtres mariés, les protégés de wspierre, les acquéreurs de biens nationaux qui liaient feire souche d'honnêtes gens. On tolérait les iressions vulgaires et le mauvais ton S Comment -? On n'avait pas, comme aujourd'hui, les mille sources de la vie industrielle pour s'affranchir des ces du gouvernement; on ne pouvait, comme aurd'bui, regarder comme une humiliation l'otFre des ctions publiques, mépriser ceux qui les acceptaient.
Mémoire! de Louit-Atnour de Bouille. (/tevu« de la Re'vobuion,
Souaeniri du comte de Puymalgre, p. 94. — Mior DE MÉlIto, tO. — Madame de GeaLia, Méinoiret, — Vkdheilb-Pctrxseid,
«.qitlzscbyGOOt^lC
SOTTS NAPOLÉON 1". 93
Di rire à l'aise des miDistres grotesques et de leurs favoris î il Fallait accepter avec bonne humeur les promiscuités auxquelles on se trouvait condamné.
Les réunions offraient le plus curieux assemblage de femmes qui avaient conservé les traditions de l'ancien régime, de femmes de chambre qui avaient épousé de hauts dignitaires, de Teritables caricatures ayant passé subitement des derniers rangs du peuple ii l'état de millionnaires : leurs maris, enrichis par l'agiotage, les fournitures, l'achat des biens nationaux, avaient beau les couvrir de diamants, ils ne pouvaient leur enlever la marque d'origine. La plus remarquable de ces caricatures était la maréchale Le Febvre. ■ Je lui ai vu une robe autour de laquelle se trouvait, dans le bas, un large ruban sur lequel elle avait lait broder ces mots : Unité, indivisibilité de la Républitfue française ; liberté, égalité, fraternité ou la mon'. ■ Ses visites faisaient le bonheur des jeunes femmes qui entouraient l'Impératrice, et qui se plaisaient à provoquer ses récits, Dotammentcerlain vol d'une bague. La pauvre maréchale ne manquait pas de tomber dans le panneau et racontait que, soupçonnant un de ses domestiques, lequel naturellement niait la soustraction, elle l'avait enfermé, déshubillé, mis dans l'état de nature à la seule fin de retrouver son bijou.
' Souvenirs du Directoire et de l'Kmpire, par mailame la baronoe DK V..., p. IV. Pari*, 18M.
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La bonne compagnie se partageait entre l'hôtel de
lynes et la petite cour de Joséphine : les deux so-
îlés, celle qui boudait et celle qui servait, avaient les
Émes sourires pour les gauches dignitaires et com-
isaient un même monde où l'on se pardonnait lesdé-
illances, où l'on se Fréquentait avec des mots aimables,
1 l'on éprouvait ■ un je ne sais quoi d'indéfinissable
li rendait a ces camps opposés les rapprochements
en plus aisés qu'on ne serait tenté de le croire au-
ard'hui ' ■ . Les Mémoires de madame de Rémusat
ndent très exactement l'impression qu'éprouvaient
s émigrés ralliés autour de Joséphine, avec leur dé-
lin tempéré par l'admiration, leur répugnance secrète
se laisser entraîner dans le tourbillon qu'illuminait
gloire, mais dont ils entrevoyaient la Bn. Les deux
ciétés colportaient ou inventaient les mots de Napo-
nn. » Petite créole, venez vous mettre dans le lit de
is maîtres ■ , aurait-il dît à Joséphine quand elle se
'stiabilla pour la première fois dans les Tuileries'.
Aimez* vous toujours les hommes? dit-il à la duchesse
iFleury qu'un lui présente à son retour d'exil. — Oui,
re, répond-elle, quand ils sont polis*. ■ On racon-
it les incorrections de son costume quand il se pré-
ntait en habit de velours et souliers à boucle avec
le cravate noire', et l'on riait de ses dignitaires qui
' CuiDle d'Hiuesomtille, Souveniri,y . Journal dei i>t%afi,7 juin 1885
' Madame db Réhdut, 1.
' Madame Lkidun, Mémoires, I.
' MiOT, II, M.
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SODS NAPOLEON 1". 95
portaient, avec des bas de soie, des habits k revers boutonDés. Les honnêtes gens étaient consternes de la joie bruyante et de la cupidité effrontée qui avaient gagné tous les rangs. « Le caractère national est entiéreinent dénaturé : le peuple a pris des manières rudes et grossières, la classe supérieure ne songe qu'à se pousser, s'enrichir, se placer '. " Tel était le témoignage du duc de Richelieu ; celui d'un petit étudiant allemand, l'helléniste Hase, vient compléter le précédent : ■ Le paysan est content. . . Une femme ne peut comprendre qu'un pays ne soit pas en république '. ■ En république, on croyait y être; on y est toujours avec un César. On avait un maître qui procurait l'ordre et la prospérité matérielle. « Que d' est-il venu plus tôt( s'écriait la cabaretière de Chantilly ; on n'aurait pas démoli lechàteuu'l ■ Pour arriver à ce maître, oD avait tout détruit, société, institutions, objets d'art, versé te sang à flots, ébranlé le droit, la propriété, la famille. Sous ce maître, qui promettait toujours la paix et qui donnait toujours la guerre, on pouvait aller tranquillement s'asseoir, rue Hichelieu, au Panorama moral, sur des banquettes en amphithéâtre, et voir pour deux francs un spectacle d'obscénités'. On perdait la grâce et le goût du siècle qui venait de
' PiKoïDD, Le duc dt Bichetitu en Huiile.
' Eine Waaderung nach Paru, 1801, publié par Heirii, Archiva' litche ZeiUchrifi, octobre et Dovcnibre 1880, p. 153. * Anoa pLCMPTaÉ, Rtiidence in France.
'QcMtré, CoHfemoiii, 11,130.
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■ on reléguait dans les greniers les meubles ipisserie d'Aubussoo, un sofa et des chaises qui ^sentaient les fables d'Ésupe, on préférait i'acalassiF, avec des oroements en broaze sur des moégyptiens, avec le siège en maroquin noir iré d'une grecque; te lit était à ta grecque, un de bronze en soutenait les rideaux, cela se vendait les Frères Jacob ' » . Même discernement pour la ature : le critique Geoffroy regardait Ctarùse Harcomme l'œuvre la plus parfaite de la littérature lise et se moquait des vulgarités de Shakespeare que du plan de ses drames, si contraire aux règles istote*. Le jardin des Tuileries n'avait ptus, comme t ta Révolution, les contre-allées plantées d'arbres livisaient en trois voûles l'allée du milieu; cette ï TOÛte formait alors un salon garni de six rangs laises , • où les suisses ne laissaient entrer, à partir lidi, qu'en habit habillé i , où l'on rencontrait ses , où s'étalaient de fraîches toilettes ; ce salon verut était transformé en solitude poudreuse. On n'aplus comme jadis les i(s bien taillés qui terminaient rrasse du bord de l'eau; ils étaient remplacés par osquet n devant lequel il était impossible de ne e livrer à la plus douce rêverie en contemplant ge de Jean-Jacques >; on n'avait plus le pont inique de frère Nicolas Bourgeois qui menait aux
nna PluhptIiÉ, Rendtnct in Franct, 1, 193.
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socs NAPOLEON 1". HT
Champs-Ëlysëes, mais le jardin ëtait toujours un lieu de promenade où ■ l'ceil se partageait entre les 6lles ào Flore et les rivales des Grâces » .
Saint'Gloud avait été pillé. On restaura le diàteau pour le Premier consul. La manufocture de Sèvres était tombée dans une irrémédiable décadence, mais Bonaparle se fit remettre pour ses collections privées et celles de sa famille les objets d'art qu'on lui signala comme intéressants, les statues dérobées au duc de Bichelieu, lesmëdaillonsd'or et les camées des anciennes collections royales '.
■ La sutue de Llrie, ain«i dérobée, est re«i«e dan« la succeasion de Jnsépliiae; elle a paiséeD diveriei main» et a paru en dernier lien d.ins la collection Fonrtalèa, oik ftie a ilê achetée pai' le Musée de Berlin.
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