‹ Histoire générale des émigrés pendant la révolution françaiseChapitre 4 sur 31 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

LA COUR DES PROSCItlTS.

des cmi{>réfl.

LES DOrilLES ILLUSIONS.

tendant Louis XVIII, relégué à Mitau, dans alais des ducs de Courlande, pouvait malainnprendre la révolution qui s'était faite dans à la suite du 1 8 brumaire. Il refusait d'écouter es pratiques, comme le comte de Précy ', qui : de lui expliquer l'indiFFérence de* l'opinion « envers les Bourbons, et de lui montrer tes bourgeois, qui auraient été, peu de temps it, les mieux disposés pour la monarchie, it aujourd'hui « que, pour opérer le rétablis- Il trône, il ne faillit Taire de très grands sacriui attachait au Premier consul tous les égoïstes trembleurs » . La petite cour de Mitau repous- 1 Roi, lettre da 15 novembre 1800. Fadcue-Hohel, 11.

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LES EMIGRES ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE. 9» sait alors ces avis, elle ne doutait point d'une prompte rentrée en France. Bonaparte devait rappeler les Bourbons; la seule crainte à concevoir était de le voir se décider en faveur des Bourbons d'Espagne. Là était le vrai danger, et le premier ministre de Louis XVIII, le comte de Saint- Priest, prévoyait même que le roi d'Espagne allait renverser le Premier consul pour le rem- |>lacer : ■ Je désire, écrivait-il, que Bonaparte se soutienne assez pour ne pas nous donner par sa chute un nouvel adversaire à combattre', b

Aussi les démarches des royalistes se dirigeaient vers les hommes qui entouraient Bonaparte. Le consul Le Brun était l'un des sollicités; Louis XVIII eut recours à madame de Pracomtal, pour qu'elle lui fit accepter la mission de te représenter auprès de Bonaparte : o Remercier madame de Pracomtal, écrit Saint-l'riejt*,dela part de Sa Majesté et lui dire de ménager Le Brun en tâchant de le ramener par son propre intérêt aux vrais principes de la monarchie. ■ — a Avant-hier, écrivait un agent secret*, Le Brun s'est rendu chez madame de Pracomtal; après quelque temps d'entretien sur des choses indiffe'rentcs, lui-même est entré en matière en demandant si elle n'avait rien de nouveau à lui dire. Cette daine ayant répondu que non : — Cependant, répliqua Le

I Salni-PKest an >luc <1e Coigiiy, 8 mai 1800, vol. COO, c^ihl.r 11).

' iDstrucliona h l'abbé André, <lll l'abbé Di^hmarre, agent secrel à P>ri<, Tol. 607, cahJer 3, 1" décembre 1799.

' Jardin, agent du baron d'André, chcF d'une rolaiion royaliste il Paru, vol. 597, f» 65, 14 décembre 1799.

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100 l,ES ÉMIGHÉS RT I.A SOCIKTÉ l'RANÇAISE Brun, je croyais que tous aviez à me parler relativement à noire premier entretien ; il doit y avoir quelque chose de nouveau, car il est certain qu'on agit pour tes intérêts du Roi et qu'il a élé fait des propositions à Bonaparte. "

Talleyrand était l'objet des mêmes obsessions, mais par une Toie plus détournëe. Dumouriez, qui était à Hambourg, < dîne avec Bourgoing, le ministre de France, et veut renouveler par lui les anciens liens avec Talleyrand ' « . Mais Dumouriez lui-même ctait-il sûr? On pouvait le croire, car il se laissait conduire par madame de Barruel-Buuvert, qui ■ a un mauvais ton et a bien l'air de son premier métier, mais qui a I ame éle< vée,quî désire vivement la gloire de Dumouriez, qui ne connaît plus qu'une seule route à cette gloire, en6n qui y tient d'autant plus que la femme du général Dumouriez vient de mourir en France* ■ .

Des personnages moins importants sont ménagés également pour mieux entretenir la bienveillance supposée de Bonaparte. > Nos agents nous, assurent, dit une note de Paris ', que Barthélémy et Portalis ne sont rentrés que pour servir le Roi, qu'ils n'acceptent des places que par sa permission. Ce sont deu\ hommes fiiibles qui ne seront jamais d'une grande utilité. La poltronnerie de Portalis n'a pas peu contribué à empé-

< Thauveo.iy i d'AvAriy, vol. 998, f° 95, du 10 mai ISOO. 1 Ibid., f 91, du g mai 1800.

■»\ol. 597, P 3«

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cher ce qu'on aurait pu faire avant le 18 fructidor. » Ce qui peut excuser de telles erreurs, c'est la complaisance de ceux qui se laissaient sonder. Ils se prêtaient ainsi iiax vues du Premier consul, qui avait de soD c&té l'illusion de faire sanctionner son pouvoir par uoe renonciatioD signée de tous les princes du sang royal. Louis XVIII fut ameuë à écrira directement à Bonaparte, dont les affidës s'écartèrent définitivement du Roi après cette démarche. Portalis trouva bon de ■ détruire jusque dans leurs germes les espérances chimériques d'une ancienne famille, qui se montre moins jalouse de recouvrer ses titres que de faire revivre les abus qui les lui ont fait perdre, qui s'est lignée avec les éternels ennemis de la France, et dont le retour, marqué par des secousses et des vengeances de toute espèce, deviendrait une source intarissable de calamités publiques et privées ' ■ . Et Le Brun répondit à Louis XVIII lui-même : ■ C'est pour aider à sauver ma patrie que j'ai accepté la place que j'occupe, mais il fautvousiedireetje vous crois le courage de l'entendre, ce n'est pas en lui donnant un roi qu'on peut la sauver aujourd'hui. Soyez bien sûr que le Premier consul a les Tfrtus aussi bien que te courage d'un héros, et que sa jouissance la plus douce sera de donner des consolations à vos malheurs^. ■

< LivOLLÉe, p. 309.

» Colleciion di. baron de T... Vente EiiGéne Char.i.ay, Î3 mai 1885, n" lia. Lebrun, troisième conatil, à Louis XVIII, SOfriiclidoraii VUI, 7 w|>iembre 1800.

! I,ES EMIGRES F.T LA SOCIETE FRANÇAISE Cette lettre, éTidemmeot diclée par Bonaparte, res< nblait singulièrement à celle que te Premier consul ligea le métne jour, 7 septembre I8OO : 1 J'ai reçu, Monsieur, votre lettre. Je tous remercie • choses honnêtes que vous m'y dîtes.

■ Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France. 'ous faudrait marcher sur cent mille cudavres.

■ Sacrifiez votre intérêt au repos et au bonheur de la ince. L'histoire vous en tiendra compte.

■ Je ne suis pas insensible aux malheurs de votre lille; j'af)prendrai avec plaisir et contribuerai volon- ■s à assurer la tranquillité de votre retraite '. <>

Stins s'arrêter au mot ■ monsieur », si brutalement éré dans la première phrase, on a peine h s'expliquer, présfnce du mimque de goût, de dignité et de bon t qui se remarquent dans chaque ligne, que Bonnrte ait eu sincèrement la pensée d'acheter une abdi- ■on des Bourbons. Passe encore pour les cent mille lavres; cette expression méridionale venait nutuiellentà la bouche de Napoléon; plus lard il dira aussi i Bourbons de Naples qu'ils ne pourraient rentrer is leurs États sans ■ naviguer sur une mer de sang * » . lasl nous pouvons faire le compte des cadavres. Qui aurait coûté le plus, de Bonaparte ou des Bourbons?

Cbiib première réiWtion, avec ta signainre, ae trouve Tul. 599, 35 i elle a cti contervpe par Bounicnne, qui l'a vendue en 1)130 libraire Ladroc.it; l'Êul l'a pavée 2,000 francs, e.> 18.36, à ce

CorrespundaDce, XII, SM. N(i>oléon à Marat, 16 juillet 1806.

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sous NAPOLÉON I". 103

Delà rupture de la paix d'Amiens àla bataille de Waterloo, 1,700,000 Français ont péri dans les marches ou sur les champs de bataille, dans les hôpitaux ou même dans les prisons, sans compter plus de deux millions d'hommes nës hors des limites de l'ancienne France et tués pour Napoléon à titre d'alliés, ou tués par lui b titre d'ennemis ' . Pour ce qui concerne la France, non seulement le héros l'a épuisée par le sang versé, non seulement il l'a laissée affaiblie par la perte de ses provinces, mais il l'a surtout diminuée par les forces qu'il a données aux puissances rivales. « £n simplifiant la carte d'Allemagne, la France supprima les obstacles matériels qui s'opposaient à la réunion des peuples allemands * v ; Napoléon dépouilla les évéques et les princes souverains, de manière à tondre les sujets en une seule nation, il leur inspira l'esprit national ; bref, il prépara l'empire d'Allemagne. A quelles destinées eùl pu prétendre la France, si Bonaparte, après la paix d'Amiens, eût restauré la monarchie des Bourbons I C'était à lui de ■ sacrifier son intérêt au repos et au bonheur de la France • ; mais il n'y songea pas, et l'histoire, comme il le dit, doit en tenir compte. Elle doit noter aussi son mépris de l'humanité, car ces Bourbons qu'il outrageait, il voulait les acheter, et il voulait les acheter pour les

■ Le chiffre de 1,700,000 Friini;ai« est cité pur M. Léonce de Lâver- BB, Économie rurale de la France, p. 40, d'après le témDÏjjniige de 'mciea directeur de U conscription sous l'Empire. Nous établisiont \a> loin ta T<-Mii de ce chiffre de 1,700,000. < Sorkl. I, 436.

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ieux mépriser. « Comment, disait Markow, Tamissadeur de Russie qu'il voulait charger de la négoation, comment poiivez-vous espérer que Louis XVIII ;cepte une offre de cette nature? Ce serait s'avilir ' I •

Napoléon, en effet, ne ménageait guère dans ses ■opos les insultes envers les Bourbons : — «Si j'apilais ces gens-là, ce serait vous livrer tous h leur ven- >ance ■ , disait-il à La Fayette *, qui lui prit la main 1 lui témoignant le plaisir qu'il lui faisait. — ■ Vous esjeuue,disaitNapoléooaucomtede Bourmont, mais >us avez de l'espritet derexpérience... vousobéissez Monsieur, qui joue un r6le indigne de son sang, il est

chef des espions de l'Angleterre^. » Et à d'autres lefs de chouans il disait encore : " Si je me Fusse trouvé 10 août aux Tuileries, j'aurais conservé au Roi sn ,e et sa couronne^ mais aujourd'hui, c'est tout autre lose; il faut partir du point où l'on est*. » B II n'y a pas d'autre Henri IV que moi » , répétait-il

' CanifTiii et princesse Touhkestanow, publ. Arch. nissps, I, S26. iriaûn était le secréuiru et U favori ilu comte Marko», — Erncsi (i-DET, Kevue dei Peu.x Monde; 15 oclolire 1 883. — Lo 4 jiiitlel 1 80Î,

arkow écrit oriiciellement qu'il a objecté que le* renonciations des ourboni ne seraient jamais valables, et Talle^Tanil lu! répoiiilil :

J.ei actes de renonrlatîoD ne sont point valables suivant les lois de locienoe monarchie, mais ce qui les rendra tels, c'est l'avilistemenl :a individus, qui sera complet deceCte manière. • (M. Ernest Daudet retrouvé la lettre oRicielle de .Markow.)

■ Voy. p. 178, Anatole de GtLUSn, Let hommet de la Constituante,

général La Fayetf, p. 35.

^Cb.irtrier de Tbouars, notes du prince Louis de La Trénioille,écrilei après le récit fait par Bourmont,

• Voy. 597, F° 3W, Thauveuay à d'Avaray, 18 mars 180g.

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volontiers; et s'il fit relever ta pyramide de la batailli; d'Ivry ', il écrivit avec colère à Fouché * : « Il est assez ridjcale que \e Journal de l'Empire nous paT\e sans cesse de Henri IV et des Bourbons. Défendez <|iie, ni dans les annonces de livres, ni dans aucun article de journal, OD cherche à occuper le public de choses auxquelles il ne pense plus, v

Celte idée puérile l'obsédera pendant toute la durée de son règne : » Je ne veux pas qu'on laisse un journal parler des Bourbons*. ■• Le rédacteur du Puhliciste a parlé de Louis XVIII sans le nommer : * La première fois qu'il parlera de cet individu, je lui ôterai la direction du journal*. > Et de fuit il le destitua (24 mars ISOH), en motivant cette rigueur sur la faiblesse de Fouché. Pais il voulut faire effacer les Bourbons de la liste des races royales et les rayer de l'Almanach de Gotha .■ « Il ne doit plus y être question du comte de Lille' ■ , écrivit-ilàChampagny. Il voulut aussi faire disparaître tout ce qui pouvait en rappeler le souvenir et jusqu'à leurs images : " On vend des gravures du Roi, de la Reine, de lii princesse Elisabeth, au coin des rues; tout le monde s'étonne que la police ne l'empêche pas". <> Dans cette fureur qui dégénère-en manie, tous les rois sont Bour-

' Rotembre 1801, FiÉvÊE, I, 35.

' Corrcipondance, XII), 116, 30noiltl806.

» W., XV, 1», Napoléon à FoHché, h .itHI t80ï.

* H-, XVl, 94, Napoléon « Fouché, 16 ocioW 1807.

'^ Id., KVI, 106, Niipoléon \ C.liam|>;>{;iiy, SO octobre ISOï.

B Id., XX, S63, Napoléon h l'oucbé, I L man 1810.

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100 LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE [tons pour lui, même François I" 1 Et il écrit à Murât, qui vient de s'emparer à Madrid ' de i'épée du Roi chevalier : 1 L'ëpée de François 1" ne valait pas la peine qu'on en ht de l'éclat dans cette circonstance. François 1" était roi de France, mais ilétaitBouBBON*!» Toute allusion aux Bourbons, même la plus lointaine, était guettée par la censure : elle était Iraïquée jusque dans un recueil de gravures. La crainte, puérile chez le maître, engenclrait chez les subordonnés un zèle dont le^ résultais devenaient burlesques : les censeurs firent enlèvera une tapisserie les armes du cardinal de Bourbon; ils firent détruire la reproduction de vieilles estampes représentant l'entrée de Henri IV à Piiris, et cela eu 1811, à l'apogée de l'Empire', On ne devait jamais parler de Louis XVI, ni de la Reine; on devait se taire aussi sur la princesse de Lamballe *. Ces interdictions avaient toujours des sanctions; on arrêtait les imprimeurs et les libraires, on confisquait les livres, on les mettait au pilon.

Les Stuarls n'étaient guère plus en faveur que les Bourbons. On supprimait l'histoire de Monk : la

' Correspond-tnct;, XVI, /»7|j. Napoléon à Murât, 6 avril 1808. Celte obsession cbcz ?la|iDln)n date du Cûnsuhi. Boui-cey, voloiilaire dans la girde consulaire, est di'noncé à )ei clieFs ((" 7, 6''»09) parce que son père a fait Fali-e un mrdaiilon avec les clieveux du Louis XVII et la devise : lUusIrissimit ia/elicltsiinisi/ue manibus.

* Le secrétaire de Napoléon aurait dit lui faire remari|uer que François I" était un Valois, et que la race des Bourbons était moulée sur le IrSne seulement avec Henri IV.

' Welschibckii, p. 196.

* Ibid., p. 200. — Voy. aussi BmÉ, li-i Girondine.

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socs NAPOLÉON I". 107

France devait ignorer que, plus d'un siècle auparavant, la restauratioa des Stuarts s'était efTectuée en Ân^jleterre par les mains d'un soldat. Au théâtre, on interdisait Edouard en Ecosse, d'Alexandre Duval, qui fuyait jusqu'en Russie les ageots de police, cnr il savait que Dujiaty, pour un vaudeville mal interprét<-, avait tiltenvoyé à Brest sur un ponton, et si.uvé a grnnd'peine par Joséphine d'un destin pire encore. On coupait, dans les tragédies, tout ce qui pouvait sembler un éloge des monarques légitimes. On interdisait Richard Cœur de lion, la Partie de chasse de Henri IV, et la |>rohibition s'appliquait à la province comme à Paris. > Je lis dans un journal qu'on veut jouer une tragédie

d'Henri IV je pense que vous devez empêcher

cela '. ■ — Il laissa jouer pourtant la Mort de Henri IV, parce que l'auteur Legouvé lui persuada que Henri IV personnifiait Napoléon. Du reste, la haine s'étendait aux partisans du souverain légitime. Napoléon commandait au peintre Hennequin, pour le Salon de 1804, un tableau qui représentait le massacre de Quiberon. * Outre qu'il est mal exécuté, je ne sais quel heureux effet il peut produire'. ■>

En même temps qu'il voulait Faire oublier les Bourbons en France, il l'extérieur Napoléon prenait soin

' I^Kre de Nipolron i Fouché, 1" juin 1S05. CotTes|iondancc deile.Tol. X.

' Madame DB Rihomt, Correapondince, I, 5T.

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08 LES EMIGTtES ET LA SOCIETE FIIANCAISE !e se rappeler à eux par la plus persévérante des perecutions. Il chargen BeuruonTille, son ambassadeur en lussie, de dechainer contre eux l'empereur Paul I" '. Beurnonville réussit à sTnsinuer dans les bonnes ;ràces de Paul !". Celui-ci avait commencé par offrir e château de Mitau au chef de la maison de Bour- >on; il mettait de l'affectation à recueillir les émigrés rançais, a leur donner des grades, à leur servir des lensions; tout à coup, après la bataille de Marengo, I se prit d'un culte maniaque pour le Premier consul.

' La drstinée de cet ambatsadeur fut singulière. Beurnonville était le ixième enfant d'un charron de Chaiapi[;nal (Aube), nommé Riel. louiment en tils de charron, ce petil-fils de laboureur, fut-Il admis, ',\ |uatorzi! ans. dans les geodarmei de Marie- Antoinette avec le rnng de ous-Iieulenantî comment prit-il le nom dtt Beurnonville? comment fe rouva-t-il colonel à lienle-scpt ansî... En tout en, il devint maréchal !e camp en 1793, afHcha les principes les plus ré vol u l ion n a ires, et, ce |ui n<- Inîhsa pas <le contribuer îk »a fortune, ce Champenois se montr.i .-inlard comme dix. Gascon». C'est lui i|ui écrivait : > La perte drs nnemis est de plus de mille deux c«nls hommes, la nûtre le réduit au ■dit doigt d'un de nos chasseurs. • (1^ décembre 1793.) Sous la Rc|)iiitique, il fut nommé ministre de la (;aerre, pi-ésenté pliiii tard comme andidatau Directoire, et devint haut dignitaire de la franc-maçonnerie. ious Napolt^on, il fut ambas.tadeur, sénateur, comte; il prit les armes le Champagne : d'aïur au Mon couronné d'or, armé et tampassé de ueules; il épousa l.i fille du comte de Durrort, émigré à Veniie, qui lait mort en 1801. A l'occasion de ce mariage, 11 se 6t rendre une b-irtie des biens confisqués i la famille de Lorges. Le premier, il alianionnera Napoléon, sera membre du gouvernement provisoire en I81Ï; luis Louis XVIII le fera marijuis, pair de France, et le bâton deniaréhal viendra couronner celte étonnante carrière , car le roi de France lubliera, pour lui comme pour tant d'autres, les firiefs du souverain iroscrii. Le premier qui ait signalé les étrangetés de l'état civil de teuruonville est M. Chuqnct. M. Francisque André, archiviile de Aube, a relevr, à h mairie de Champignol, Ici aetes de l'état cîiil Je a Famille Kiel, eu remonUnt i l'année 1703.

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sous NAPOLEON 1". 100

Ses dispositions pour les émigrés se modifièrent en sens inverse ; il commença par expuUer de Saint-Ptitershourj; le duc de Caramaa, qui représentait Louis XVIll ' ; bientôt il persécuta ceu» des éraifp-és français qui ne savaient pas flatter ses favoris*. Ainsi fut disgracié le bailli de Flachslnnden; ainsi fut assassiné le chevalier de Saxe'. Ensuite furent expulsés tous les gardes dti corps auxquels la grande Catherine avait oH^ert un asile. EnBn cette série de vexations fut couronnée par l'ordre adressé à Louis XVIII de sortir immédiatement du château de Mitau et du territoire russe.

C'était en janvier 1801, par un froid qui gelait le mercure dans les thermomètres. Il fallut se mettre en route immédiatement avec ta duchesse d'Angouléme, avec le petit nombre de fidèles, sans savoir ou le Roi reposerait sa tête. A tout hasard, on se dirige^ vers la Prusse*. Le Roi partit de Mitau le jeudi 2-2 janvier 1801 et s'en alla coucher au château du baron de Koyt. Le lendemain, on se remit en route a huit heures du

' Prasse,X28. Lellre du 30 nivôse an )X.

'AbbéGEOncEL, Vl,3ai,358. .

* Voy . sur cet évéDcraent ilramalique le récit qu'adresse le {jrnpral Hédouville à Talle^rand. Ms., Athina ctrnnecreB, Russie, 141, !• IGO, tl memdor an X.

Tellement aequU(Mouvellei ■cquisition* fraii^ai^et, 1029, f° 41), sniis ce lilre : Journal du uicomie d' Hardoiiineau, C'est une cO|iie do journal faite par Alphonse de Beancbamp; on pourrait la In» u ver suspecte, mail elle est sincère, car les faits, les phrases même, son t identiques a»ci' teiiï des letlrca autographes du vicomte d'Hardouineau à sa sneur, lettrea rentes dans le voyage et dont les originaux «ont dans le mïme dosiier.

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"MIGRES ET I.A SOCFETE FIIANTAISE lier incident : le chariot de cuisine versa; lisinier en chef, fut rapporté à Mitau avec cassée; le soir, il fallut coucber à l'hàtel ■ un gîte épouvantable ■ . C'est là qu'on ar un courrier du vice-gouverneur russe, let Arseniew disait savoir que, au mépris donnée, il n'enverrait pas, sans nouvelles de son maître, les 100,000 roubles qu'il la pensioD promise à Louis XVIU. Or le s telle confiance dans la parole de cet ingésan, qu'il venait de faire emprunter par r, aux banquiers de Riga, 3,604 ducats lenses de voyage, et ce même jour 24 janit rembourser les ducats. Ils n'étaient pas rement dépensés ; aussi M. de Giberviile et proposaient de les rendre : ■ M. le comte pondit a M. Henrion que le Roi n'avait eu * que de se conformer à celui de l'Empelerdant pas un instant à sortir de ses États, absolument de ressources, il lui avait fnlln Dpération de finances, que Sa Majesté ne pendant déterminée i^ue sur l'assurance lui avait donnée le vice-gouvernetir. .. que des 1 00 ,000 roubles n'éprouverait aucune I Majesté, par honneur, ne voulait pas ne r sa route, et elle n'aurait pu le faire sans icats qui étaient déjà entamés. ■ Oubliant nquiers de Riga, le prince poursuivit son

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sous NAPOLKOH I". Hl

chemin ; en approchant de Schrueden, il trouva la route obstruée par les neiges, descendit de voiture et dut, à pied, se frayer un passage; la duchesse d'Angouléme le iiuivait, soutenue par le bras de l'abbé Edgeworth, et frémissaitenserappelantquece bras avait été le dernier iippoi de son père. Le vent u coupait le visage ». Les voyageurs atteignirent Ilmagen et s'y arrêtèrent; mais l'auberge n'avaitque deux chambres: Louis XVIII coucha dans Tune avec le comte d'Avaray et l'abbé Edgeworth; la duchesse d'Angouléme dans l'autre avec la duchesse de Sérent, madame Hûe et la femmedecbambre Pauline; cette seconde pièce n'avait que huit pieds de large sur douze de long, et comme elle n'avait jamais été habitée, on crut bien (aire en y installant un poêle, qui faillit étouffer les quatre voyageuses ; le reste de la suite s'entassa dans le fournil. Au moment de franchir la frontière russe, le Roi redemanda au vicomte d'Hardouineau les deux portefeuilles où étaient les archives errantes u et tes donna à madame la duchesse d'Angouléme qui les tint cachés sous ses jupons » ; il détacha tous ses ordres et continua la route en prenant te titre de comte de Lille; )a duchesse d'Angouléme se lit appeler comtesse de la Meilleraye. A Memet', on retrouva les vieux gardes du corps, expulsés de Russie depuis trois semaines, qui succombaient sous le froid et la faim. Le Boi leur distribua ce qui lui restait des

' Voy.' atisg! une lellre Ju comle d'Avnray qui décrit ce vovape. Elle a éli publiée par A utOIIIR, Hhtolre de, émigrés, [], 309.

ÉMIGRÉS ET I.A SOCIIiTK KHAiSi;AISË

Higu. La duchesse d'Angoulème déposa deux lijoux qu'elle avait encore, chez Loreck, conanemark à Memel, et obtînt, sur ce gage, icats. Maison ne pouvait séjourner à Memel. ' Il y avait un mois qn'on était en marche il es neiges, et on l'ignorait encore; le 21 Fë- )l, le Roi envoya une circulaire à tous ses idants ])our les prévenir que toutes les lettres

être adressées provisoirement au sieur de iy, son agent à Hambourg, attendu qu'il ne avoir où il trouverait « un abri ' » . Enfin, le usse fit connaître à la fin de février qu'il tolé-

séjour du prétendant ii Varsovie. La cour e remit en marctie : le 2 mars, Ik voiture du 1 dans un fossé gelé; le 6 mars, elle pénétra rsovie. Le général Keller installa la cour de lans la maison Wassiliewich, du làubourg de ; en mai, il la laissa s'établir hors de la TÎlle, ski, résidence d'été des rois de Pologne. Le usse affectait une grande générosité en oflrant d'été au Roi proscrit; en réalité, il conservait ux otage sous la main de Beuroonvtlle et sous ites de Bonaparte. Désormais c'est vers la Prusse que la haine de Napoléon va se tourner itinuer sa persécution.

n, 609, cahier S.

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SODS NAPOLÉON l".

l'hospitalité prussienne.

La Prusse ^tait entrée Puoe des premières dans l'alliance de la République française. Elle avait senti de bonne heure que notre Révolution détruisait les obstacles à l'unité allemande et servirait son rêve d'hégémonie sur l'Allemagne. Aussi elle avait accueilli le régicide Siejès comme ambassadeur de la Convention, et fêté l'avènement du Premier consul. Le personnel du cabinet prussien était ainsi décrit à cette époque par le plus sagace des émigrés, le comte d'Antraigues ' : ■ Le Roi étant dans la paresse et la médiocrité la plus décidée, il est devenu nécessaire que les secrétaires de cabinet, de simples scribes sous Pré-^ déric, devinssent les maîtres de l'Ëtat sous ses Fainéants et incapables successeurs.

• — Le chef du cabinet, M. Beyme, jurisconsulte de métier, homme très borné, rampant près du Roi, ayant UD style pédant et prolixe, insolent, têtu, demi-philosophe, protégeant tous les gratte-papier s'ils ont un peu le style révolutionnaire, marié à une poissarde qui n'aime que les plaisirs les plus populaires... a tout crédit

< à. CzartOTfiki, Tol. iSi, (* tST, 3 noTembre 1803.

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le Roi, parce que le Boi, hors d'état de juger aucun rail, n'estime du travail que l'assiduité. A Paris, les laniers très sûrement refuseraient de l'employer. K — Le second après Beyme est Lombard, fils de réfii- , adorateur de Bonaparte, a de l'esprit, est sous tous

rapports fort au<dessu9 de Beyme. Il conçoit avec lidité, parle et écrit fort bien, mais il aime les plaisirs,

bons mots, en ce genre il descend au genre de Trej il s'est vanté à moi de feire ses rapports au Boi calembours.

<c — M. de Loknrt est le troisième du cabinet : une e brute. Il a l'art de faire des revues et de monter ; bonnets de grenadier.

■ — Haugwîtz et Schulenburg voient le Roi quelque- ); ils sont nuls. M. Goldbick, chancelier, est vënal me manière affreuse.

« — Le crédit de la Beine est nul, elle n'aime pas le linet, et le cabinet l'ëloigne des afiaires. Le Boi étant loureux, on craint son influence; elle n'a que des folles as ses entours. ■

Les émigrés avaient aussi leurs partisans à la cour de rlin. Le plus puissant était le duc de Brunswick, qui lit ouvert son château deWolfenbiittel au vieux maréiil de Gastries, son ancien vainqueur à Glostercamp. uis XVIII s'était fait représenter auprès du roi de usse par le maréchal de Gasiries, le marquis de Mousret le conseiller d'État Herman; puis il voulut encore ir adjoindre Bivarol, mais Frédéric-Guillaume, qui

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SODS NAPOLEON 1". 115

redoutait l'esprit, De voulut pas recevoir ce dernier ' . Le Premier consul luttait contre leur influence par son ambassadeur, le général Beumonvîlle, demeuré fanfiiron et bruyant, mais non dépourvu de finesse; par son frère Louis Bonaparte, qu'il envoyait à Berlin avec le Jeune Flahaut, et surtout par des complaisances inépuisables pour les demandes de la cour de Prusse. 11 l'autorisa même à se procurer en France des pierres à fusil *, et il en vint a désavouer officiellement, pour lai plaire, la politique de la Révolution *.

Entre l'bomme puissant qui procurait des avantages et le proscrit qui créait des embarras, le Prussien ne pouvait hésiter. L'aflaire de Bayreuth montra de quel càté tournaient ses sympatbies. Un groupe d'timigrës qui avaient lutté contre la République vivait paisiblement à Bayreutb. Problablement ces émigrés avaient conservé des relations avec les anciens affidés de leurs tentatives antérieures. Au moins ils étaient en correspondance avec M. de Goutailler, qui, après avoir combattu à Lyon sous les ordres du comte de Frécy, vivait dans la retraite à Strasbourg. La poste signala * Goutailler comme recevant des lettres de Bayreuth, la police l'arrêta. Les lettres ne contenaient rien de suspect, car Napoléon n'a jamais pu articuler de griel'S contre

' DuêHàMnn, Mémoitei, [t. 411.

' Talleyrand k Sandow -Rollin, AFftires étrangères, Prusie, SIS, 7 reDdéinUirc ao IX,

' Talleynnd h Bea mon ville, Ptuase, SIS, 11 vendémiaire an IX.

' FlDCBE-BODEL, II, 37».

IzscbyGOOt^lC

DÏgrés qu'elles concernaient, mais la police trouva le simuler un complot et lui fit adresser par Fouie rapport' :

Les gouvernements des pays amis ou alliés, ci' is consuls, se doivent uneprotecUon réciproque. S'il était officiellement dénoncé que des conspirateurs ent contre S. M, le roi de Prusse, vous ne balan^ E pas à les Faire arrêter et traduire dans ses États. . . .'honneur de tous remettre une liste des individus je pense que le ministre des relations extérieures demander au ministre prussien l'extradition en ce :

Delachapelle fils, sous le nom de Greenbaum; De Précy, sous le nom de Perrein ; Imbert-Coloraès, ex-maire de Lyon; Le (général Pichegru; De Précy fils; D'André, ex-constituant;

Une femme se {aisant appeler madame Nesbit et se nt Anglaise; Thurot, ancien avocat;

Un individu caché sous le nom de Perret. Sa femme ille du célèbre Steiger, de Berne; Lavarenne, ancien commandant de Metz; Saint-Félix, ex-chef des rebelles de la Ven- , etc.. »

ilapport de Foutté aur Bnyreuth, S8 mai ISOl, nu. Wl, f> 6i.

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sons NAPOLÉON I". 117

Sur des griefs aussi vagues, le roi de Prusse u'iiésita point à ordooner l'arrestation des ëmigrës dénoncés. Peu lui importaient les souFFrances des proscrits, s'il pouvait s'assurer la bieaveîllance de Bonaparte. Pichegru fut averti par le baron de Schiickmann et put s'évader : le baron d'André, en mission à Paris, échappa aux a[;ents de la Prusse. Mais l'héroïque comte de Précy fut enfermé avec Irabert-Colomès et les autres dans la citadelle de Bayreuth '.

Les papiers des émigrés incarcérés à Bayreuth furent livrés par la Prusse à la police du Premier consul, mais le roi de Prusse ne tarda point à être embarrassé de ces prisonniers contre lesquels la France ne formulait aucun grief; il fit écrire au bout d'une année au ministre français* :

' Le L-omte de Pricy avait été h quinie ani enseigna au régiment colonel- gé nénl ; il devint, boui la Conatitution Je 1791, lieutenantcolonel de la garde consLitulionoelle de Louis XVI. Licencié plus tnrd arec la garde elle-iaêrne, il Fut l'un des briives qui, le 10 août 1792, eunrlèrent la famille royale jusqu'à l'enlrée de l'Assemblée léfpslaiive et r empêchèrent d'être massacrée par le peuple dans le jatdin des Tuileriei. Ensuite il cummanda les gardes nallcmaui de Lyon, qui s'étaient armes pour défendre la Cunstitiition. Lorsque ta résistance (m devenue impossible, il fit une sortie i la tète des survivante, réussit i irarerser l'armée jacobine e( à se réfugier dans les montagnes de la Suisse.

Imbert-Colomès, maire de Lyon depuis 17S7, avait embrassé les principes de la monarchie consfilulionnelle. Élu .\ Lyon commandant de ta (jarde nationale, il avait été, lui aussi, forcé d'émigrer avec les modérés. Rentré en 1797 et élu au conseil des Cinq-Cents, il fut proscrit par le coup d'Etat du 18 fructidor.

• Prusse, S30, f^SSl. Le marquis de Lucchesini à Talleyr.tnd, 24 thermidor .in X, 11 aoâtlSOS.

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fjTés arrêtés à Bayreutli à la réquisition français s'y trouvent encore depuis soit d'arrestation, soit au moins de [>iirticulière. Dans la recherche préa- >nce a été chargée contre eux, on n'a ;s rende coupables depuis leur entrée la seule exception du sieur Trottuîn Gomme véritablement les règles de a justice ne permettent pas de laisser sort de ces infortunés dans uneincer- :, le Premier consul, je l'espère, ne loindre inconvénient à l'élargissement

remier consul laissa tomber l'aRaire.

1 aperçu qu'il servait à son insu les lolice du Directoire. Et en elfet, les 1 s'étaient servis de lui pour traquer s; d'ailleurs, il réclamait de nouvelles a Prusse. 11 entreprenait de lui faire lonciation par les Bourbons de tous ne. Confiant dans la bassesse humaine, à son premier projet. Cette fois, les mt favorables. Le prétendant, expulsé 3, pressé aujourd'hui par la Prusse de iciation, allait comprendre sans doute rsovie lui serait retiré en cas de refus;

sous HAPOLEON I". 119

il verrait dans ses rêves une fuite nouvelle à travers les dangers qu'il avait dû braver, au milieu des souffrances qui ne lui étaient plus inconnues.

Haugwitz lui-même, le ministre prussien dévoué à Bonaparte, prit en main la négociation '. Il chargea Meier, président de la régence de Varsovie, d'amener doncement le prétendant, par des conversations mielleuses, à réfléchir sur son dénuement et à calculer les bienfaits qu'il pourrait répandre, s'il acceptait de Bonaparte une rîcbe dotation.

Louis XVIII, tout d'abord, ne parut pas comprendre ces insinuations. Enfin, au bout d'une année {^% février 1803), à une offre formelle faite par le Prussien Meier, au nom du Premier consul, il fit cette réponse célèbre :

•> Je ne confonds pas M. Bonaparte avec ceux qui l'ont précédé. Le bien qu'on fera à mon peuple me sera toujours cher. J'ignore quels sont les desseins de Dieu sur ma race et sur moi, mais je connais les obligations qu'il m'a imposées. >

■ Que Votre Altesse y songe, fit Meier, le Boi mon

' AirroiHE, Hittoire des émigréi, II, 358, — Yuho (Mémoiret Je iMtien, II, 423) donne lei instructions de Meier datées du 10 tÉTner Itttt. La Dé([Dciatiaii eal attestée aussi |iar une lettre de Royer-ColUrd (10 mti 1820). • Le Premier conaul avait Fait proposer aii Roi, par rJDtermédiaire de la Prusse, d'abdiquer le tr&ne ponr rendre te repot '■> la France. La magnanime réponse du Roi est connue. Elle fut envoyée^ par tes ordres, i son conseil, composé alors, h Paris, de fil. le marquis <lc Cl irmoni-Gall Grande, M. l'abbé de Montesquiou, M, Itoyer-CoU lard et H. B««quay.., •

litre peut loi refuser le séjour daos ses Ëtats. — Je le lÏDdrai et je partirai ■ , reprit Louis XVIII, et il fit resser immédiatement, par le comte de Saint- Priest, le lettre à tous ses agents pour foire connaître l'oRre une dotation fiiite par Bonaparte, les termes exacts de

réponse, puis il ajoutait ' : ■ Une des couséquences li se présentent le plus naturellement est mon ezpulin d'ici. Je vous charge de sonder le terrain pour voir si, le cas arrivant, le roi de Suède m'accorderait

1 asile. »

Meier fit son rapport, et Bonaparte connut son échec. B vengeance se fît attendre, mais elle fiit terrible, e 15 mars 1804, Bonaparte faisait enlever et, le I mars, fiisiller le duc d'Enghien '. Il voulut égaleent mettre la maia sur Louis XVIII, le chef de la mille. Le 2S avril (1804), il fit remettre par le faanlier Perregaux 4,000 ducats au banquier Schrâder, î Hambourg, pour une entreprise mystérieuse ', et ss gendarmes déguisés en bourgeois durent être dirigés icrètement sur Varsovie.

Que serait devenu Louis XVIII, si Haugwitz ne s'était as opposé à cet enlèvement? Il est permis de croire ae Bonaparte n'e&t pas reculé devant un autre meure: nAlexandrine, il a goûté du sang, sauvons-nous 1 >

' Le Koi à Sainl-PriR»i, m:irB 1803. BourboD, 607, cahier 14, Var-

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sous H4P0I.É0N I". 141

disait à ce moment même Lucien Bonaparte à sa f^mme.

« Si Joséphine mem*t, disait ud peu plus tard à Bonaparte son autre frère Joseph', tu seras pour la France, pour l'Europe, pour moi qui te connais bien, tu seras sou empoisonneur. ■

En tout cas, on a la certitude qu'un second crime n'eHrayait pas Napoléon, et qu'à défeut d'une commission militaire, présidée par Hulin et intimidée par Savary, il ne dédaignait pas l'emploi d'autres moyens. Le fait est peu connu ', mais les détails ont été recudilis avec soin par tous les personnages qui entooraient Louis XVin.

Le 22 juillet 1 804 ' , le baron de Melleville, écuyer de la Beine, se présenta chez M, le <toc de Pienne et lui fit le récit suivant : ■ Deux iadividus étaient venus trouver le nommé Coulon, Français, né à Lyon, qui avait été au service de M, de Melleville, et antérieurement dans la compagnie de M. le duc de Pienne, pendant la campagne de 1795 en Espagne. Ledit Coulon tenait un billard à Varsovie. Après deux jours de visites et diverses insinuations faites le verre b la main dans son billard et ensuite dans une maison éloignée où il avait été con-

I U)OT DB Mélito, Mémoires.

'Uamtétimeuiioaaépit A. nBBKHJcaiMn,Biaoirede Louis XVII f I), p. 310, et par FiDCHE-BoMei, IV, 183.

* Rapport da coiole d'Avoray, vol. 633, (■ 135, L.'i sont aussi loui Iti document» de l'enquêle que le public peut contuller. — Cei documents an ibentiqiKi ne laiiient ancun douta sur la tentative. Georges III nconiaii volontiers rempoisonnement et l'atlnbuail bien i Napoléon,

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t, les deux ïiidiTidus lui avaient offert 400 louis pour T dans la marmite de la cuisine du Roi un paquet ils lui feraient remettre. M. le président (Prussien) Hoym, prévenu par d'Avaray, l'avait autorisé à taire éter ces gens. Le 23 juillet, à onze heures du soir, nommé Goulon, cédant en tremblant à cet ordre, ::heaiina vers un lieu désigné sous le nom de Villageiif; à peine était-il hors de la seconde barrière des ^es de Lazienski, qu'un homme qui l'avait suivi de 1, s' étant réuni a un autre caché dans un blé, l'abor- 'ent et bientôt le paquet annoncé lui (ut rerois et en me temps une bouteille recouverte d'osier qui devait iTermer une liqueur spirîtueuse. ■> Le paquet fut remis ■ d'Avaray et Melleville au magistrat prussien de ym, en présence de l'archevêque de Reims; il contet trois carottes que l'on avait creusées et remplies avec l'arsenic. K cette vue, le Prussien fut inquiet, réclama ; instructions à ses supérieurs, écarta les dépositions, is étouffa l'alFaire. On sait aujourd'hui le nom de bservateur secret envoyé à Varsovie par la police de naparte. C'était Gallon-Boyer ', qui ■ devait raprter les petites intrigues, les projets... », mais ce !st pas lut qui a révélé les détails de cette criminelle [reprise. La tentative n'a été connue que de ceux qui lient complices ou de ceux qui devaient être victimes, s victimes, nepouvantobtenir justice, ont eu la dignité

Ce Dom a été mentionné dans les tiavaui Tét-enu de M. Eroeil aàet aur l 'émigration.

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sous NAPOLEON 1". tJ3

liucacber leurs plaintes; dés qu'elles se taisaient, le fait ne pouvait être révélé que par an complice. Cinq ans plus tard, en effet, l'An^rlais Lewis Gotdsmith, devenu agent royaliste après avoir servi dans la police de Bonaparte, dévoila le fait demeuré jusque-là complètement ignoré ', et reconnut avoir été l'un des intermédiaires employés pour cette tentative d'empoisonnement.

On sent qu'ici une objection se présente. Comment se fier au récit d'un misérable espion dont le témoignage aurait été récusé devant toutes les cours de justice? — Encore une fois, jusque-là, les victimes n'ayant dit mot, si Goldsmith dévoilait le fait, c'est qu'il était complice. Quoique le personnage fût méprisable, son témoignage avait tout le poids nécessaire.

Sans doute il était pénible de voir te roi de France en relations, même épistolaires, avec un homme tel que Lewis Goldsmith; mais Napoléon descendait plus bas, il s'abaissait jusqu'à Bertrand Barère, Barère devenu espion de police, agent provocateur, fabricant (le libelles, qui s'était feit, dit Macaulay, une vie en comparaison de laquelle ta vie d'un filou est bonorable*. Barère reçut l'ordre de composer un pampblet contre les Bourbons; son manuscrit parut encore bénin au conseiller d'État Béai, qui l'enrichit de notes méchantes; puis Napoléon réSéchit qu'il valait mieux ne pas parler de ses ennemis, et il interdit la publication

' l'ACCUE-BollfL, IV,tS3.

' Ei-ai liittorique lur Barère, par Mmudlat.

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% r.ES EMIGRES ET I,A SOniKTE FBASf.AISE 1 pamphlet qu'il avait commandé '. Mais, en même mps, il obtint de la Prusse l'expulsion de la famille yale. Personnellement, Louis XVIIl ne pouvait re- «tter la villa Lazienski, séjour humide qui usa pour Ujours sa santé délabrée; mais sa nièce y avait été torabW, elle avait su charmer les longues journées i son exil; d'ailleurs il ne partait pas sans quelque ipréhension pour un séjour inconnu. A Varsovie pas us qu'à Mîtau il ne lui échappa du moins aucune irole, aucune demande indigne de son sang, et il avait us tard le droit de lire à la Chambre des députés tes ires paroles que son ministre avait placées sur ses vres : « Dans l'exil et la perséaition, j'aisoutenu mes 'oits, l'honneur de ma race et celui dunomfrançais**.

MISERE ET QDEnELLES DES ÉUIURI^S.

Les émigrés n'avaient pus tous le stoïcisme de leur luverain. Plus s'appesantissait l'adversité, plus se

■ Ce travail fut imprimé par Barère, en 1S36, août ce titre : Cou- \iU det princes de la maison de Bourbon, ouvrage commandé à fauir par Napoléon et enrichi des nolei de M. le comte Réai, ainsi qut

lettre du général Dnroc gui faisait la commande. Voyeï BibliO' èque nationale, l,<i, 3Ï, SI.

' Louis XVIII le dit lui-même en assez méchants ven fait* pour la linte-TliérèM, jour de la file de la duchesse d'Angouléme.

* Discoun du irOne, décembre 18tl. Voyez comte db Sb*rb, Coripondance, préface, p. 79.

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SODS NAPOLÉON I". H5

moltipUaieDt les dissensions parmi les proscrits. Dans l'entourage naéme de Louis XVlll, le premier ministre, le comte de Saint-Priest, était sans cesse abreuvé de d^ùts et plongé dans le découragement. Avant même l'avènement de Bonaparte, Saint-Priest songeait à'se retirer ; il écrivait à son neven, le comte d'Antraigues : ■ Je n'ai pas encore d'infirmités, mais elles sont à la porte. J'aimerais à passer doucement la fin de ma vie'. ■ Il voulut devancer la disgrâce et sembla choisir le marquis de Moustier comme son successeur '. Il était las des discussions avec le comte d'Avaray; il insista, même après que Louis XVllI * lui avait témoigné avec une certaine hauteur l'intention de le conserver ; il se montra tout attendri, il flatta le prince lettré par une citation latine, solve senescentem*, et Louis XVIII lui répondit dans le même style** : ■ Je regrette et je regretterai toujours vos services. . .

Si Pergama deilra

Delcndi posMDl, etiaiD hac deTeoia ruisscnt. •

Le comte d'Avaray était gravement malade à ce moment; il avait été pris ■ d'un très fort crachement de sang auquel la 6èvre s'est jointe ' ■ . Saint-Priest se

■ Mai 1790, *oi. &W, f 183.

• M naarg 1800, Lettre au Roi, d* 61, Recueil BaraniG. 'RépoDMdu 31 mari 1800.

*30j(iinl800, p. 158, Recueil Harante.

' XI aoât 1800, vol. 607, caUer U.

■ 0 juillet 1800, vol. 607, cahier 14.

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1Î6 r.ES EMIGRKS ET LA SOCIETE FRANÇAISE

tenait à Vienne, sous prétexte du mariage de son fils Armand, mariage dont il voulait faire une u occasion de filer tout doucement et sans scandale ' n . Il parlait, en ePFet, sans enthousiasme de ce mariage qui, vu les circonstances, était inespéré. Cette princesse Galit7.in, écrit-il, « s'est amourachée d'Armand et lui a ofEert sa main et sa Fortune; la future est un peu âgée, mais la dot la rajeunit « .

Plus près de sa personne encore, Louis XVUI avait des ennuis. C'était d'abord la Reine, su femme, qui ne pouvait rester à Pyrmont, où il l'avait installée, et qui refusait de se séparer de madame de Gourbillon, qu'il voulait éloigner d'elle. » M. le duc d'Havre m'a confié hier qu'unede ses connaissances venait de rencontrer, par hasard, madame de Gourhillon. Elle vient de passer plusieurs mois dans la retraite dans un bourg nommé Pinneberg, à quatre lieues d'Hambourg. A la question si elle allait a l'yrmont, elle a répondu simplementque, dans tous les instants de sa vie, elle sérail auxordresdeS. M. la Reine et très empresséed'obéir'.» C'est bien aux environs de Hambourg qu'elle cherchait ë retenir sa souveraine, on ne tarda pas à l'apprendre : ■ M. Cléry estnrrivé hier de Pyrmont et reparti aujourd'hui pour Kiel, afin d'y former un établissement où S. M. la Reine puisse venir passer son hiver. Dans le cas où il ne réussirait pas à Kiel, il cherchera dans tes petites

' 10 août 1800, Sainl-Priesl n ' TbauTcnay à d'Avaray, vol, I

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sous NAPOLEON ]". HT

villesdes environs. ' « Et à ce moment, la Reine arrivait k HamboDi^, avec l'intention de s'établir au château de Schivenzéej c'est le 15 décembre 1800, à une époque où beaucoup d'émi{;rés ne sont pas encore rentrés en France et se servent encore de Hambourg comme station intermédiaire (ils disaient de purgatoire) entre Londres et Paris. Quelques-uns de ceux qui avaient trouvé des moyens d'existence à Hambourg ne s'étaient pas encore décidés à y renoncer pour retrouver la pauvreté en France ; aussi « tout ce qu'il y a de gens purs » accourait auprès de la Reine, qui accordait audience chaque jour, de onze heures à une heure, dans son » aubei^e de SlavenhofF, teime par des émigrés honnêtes, le comte et la comtesse de Milon, qui n'avaient jamais perdu de vue la bonne compagnie * » . Elle obliat enfin la permission de revenir près de son mari, grâce aux conseils du duc d'Havre, qui s'empressa d'annoncer cette réconciliation : « Vous serez bien aise d'apprendre la réunion de l'auguste ménage; elle est dans l'ordre; elle fera bon effet à l'extérieur et dans l'intérieur. Vous savez que j'y travaille depuis longtemps'. ■

Avec son frère le comte d'Artois, Louis XVlll était plus malheureux encore. La cause principale des différends qui séparaient les deux princes était l'obstinatioa

■ Thauveoay i d'A*aray, 11 novcmlirc 1800, vol. 600. > I6id., P» 134.

' Duc d'Havre à d'AotraÎQues, Tcplitz, l" octobre 1803, vol. 638, ftk9.

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que mettait le comte d'Artois à multiplier les coospirations eu France, à s'eutourer d'hommes ou remuants ou fonatiques qui estaient constamment de nouveaux projets, à susciter des enthousiastes auxquels il promettait sa présence. Louis XVIII avait bien organisé un comité royaliste à Paris, maïs c'était un comité d'informations, de conseils et de démarches pacifiques auprès des personnages qui entouraient Bonaparte. Jamais il n'a créé, encouragé, ni pent-étre connu une seule des conspirations que nous aurons à rappeler. Il tenait à ce que le baron d'André, un de ses correspondants de Paris, n'entrât même pas en relation avec les agents du comte d'Artois '. 11 savait que ceuxci se lamentaient* sur les « fîiusses démarches ■ de son frère, ■ sur la multiplicité des pouvoirs donnés par Monsieur; on vient d'en saisir à Paris treize différents, tous signés de Monsieur >> . Il savait aussi que François d'Escars, la seule tète de valeur parmi celles qui entouraient.ce frère, déplorait l'inSuence que gardaient* les flatteurs Dutheil, Itoll, Conzié, Nantiat, et pensait que <■ le Roi devait faire .connaître directement à Monsieur ses volontés avec beaucoup de fermeté ■ .

Tout glissait peu à peu de la main de Louis XVIII. Chacun songeait à l'abandonner dans son isolement,

> Vol. 590, f 85, 13 août 1800.

> Tbanvenay U d'Avaray, 14 Boât 1800, *ol. 599, f° 51. Déclaration j slenr ie Laprade.

' Thauveaay ï d'Avaray, 26 décembre IBOO, vol. SOO, f^ 179.

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à tronver le repos, à organiser sa vie, sans tenir compte des intentions ni de l'agrément d'un roi privé d'usile et de couronne. La propre suivante de la duchesse d'ÀDgoulêrae, mademoiselle de Choisy, essayait de se pourroir à Vienne et de se tirer d'aBaire comme- les autres. Mais quand l'agent royaliste a Vienne, de La Fane, évéque de Nancy, annonça ce projet de la jeune fille, le Roi fit répondre sévèrement par Saint-Priest :

■ J'ai regretté que vous ayez joint à votre rapport intéressant du voyage du duc de Berrt à Vienne un paragraphe aussi hétérogène que celui qui regarde le prétendu mariage entre M. le duc d'Aumont et mademoiselle de Choisy. Le Boi, qui ne peut gêner la liberté des personnes, en a le droit sur celles qui le servent et, trouvant des inconvénients de plus d'un genre dans cette union, est résolu, si le projet venait à lui être soumis, à ne pas le permettre tant que durera l'émigration. Au reste, Sa Majesté a trouvé que votre assertion de n'y avoir eu aucune part était superflue '. v

Déjà aussi fondaient sur Louis XVIIl les Faux Louis XVII et les fausses bâtardes, en sorte qu'il bU tait mettre les gouverneurs' prussiens en garde contre ces impostures et faire écrire, par exemple, au gouverneur de Varsovie : » C'est faussement que lady Deare prétend être la fille de M. le comte de Lille; il suffit de la voir pour juger que son âge est incompatible avec

' SaiDl-Prieit i La Fare, 4 mai 1800, vol. 609, cihlir 11.

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prëtendue paternité. ■ Avec ces aventuriers arrit les Juifs qui avaient acheté les créances des fuurirs de la première armée des princes en 1792'. ;ndant ce temps, tes florins s'épuisaient, les irces tarissaient, la détresse obligeait à tendre la

Le fidèle d'Avaray écrivait à lord Withwortli* : petit-fils de Henri IV et la petite-fille de Mariese sont menacés de la misère. Ce mot est linr-

mais il n'est que trop vrai. J'ai reçu hier de ourg la notification de la suspension par l'Es-

du payement qui, chaque mois, était effectué sur uittnnces d'une somme pour le Roi de 1 ,500 li' suFDois par mois et de 10,000 livres par mois, Liit le seul revenu de la Beine. » Pour procurer les ressources à la duchesse d'Angouléme, la du-

de Sérent cherche à vendre les dentelles qu'elle ervées à travers les privations de sa vie d emigrée : duchesse de Sérent a des dentelles superbes de d'Argentan qui n'ont jamais servi et sont en pièces, z-vous qu'on voudrait les prendre à la cour (de ■) pour les trousseaux des grandes-duchesses? » < Russes et les Anglais se sont seuls montrés îux envers les émigrés. A l'étersbourg, l'împéralarie continuait le service, organisé par la grande rine, de la caisse de secours aux émigrés. Grimm

. 601, f" 360 et suiv., hivet de I80S. Ttiaurimay fait l'intÛrim .-ir.iy, qui pasie l'Iiiver en lln'.ie.

tolircl801,vol.601,f"88.

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SODS NAPOLEON 1". 131

et le président de Nicolay distribuaient les sommes à Francfortetrendtueotlescomptesàrimpëratrîceseule'.

' Grimm à timpératrice Marie, 7 décembre 1798.

• Madame, au boul de dU-hait moii, je me tiiiuve «qIiq en ctat de rendre à Voire Majesté Impériale mon cDDi|ile de sa caUsc de hieiiFai- >ance conBêe ù mes soins. • L'agiolage .i llambour{> l'exposait à de* perles i(ur )e change. Il s'est décidé à • rétablir cette caisse il Francfort oii était celle de feu Sa Majesté )' Impératrice et d'où je pouvais <lin'|!er, comme par le passé, tous les payements... Le comble de moa boiibeur serait d'apprendre que Vulre Majesté a jugé »e% fonds dépense* conFonnément il ses généreuses et bienfaisantes inlentions... M. de Ni. colay m'a déjà Fait tenir la dernière remise à FrancFiirt, mais je vais le prier de me faire désormais toucher ces fonds à Lcipiig, la caisse da Voire Majesté Impériale se trouvera de cette manière à l'abri de toute proiimilé avec le théâtre de la |iuerre, et préservée de tous riscjuas. • (Celle Iciire, datée de BruDswîck, est dictée à Caiinka de Uosil, ijjée de douze ans.)

1797. — Sœur Adélaïde Claro 11 tiv.

M. l'abbé Oiane S louis.

Mademoiselle Christine de Caraman. . 4 —

Madame la comtesse de Lambertye 6 —

M. l'abbé Oiane 1 ~

Madame de La Kochejauquelcin de Beauregard. . 50 —

Madame Rousseau IS liv.

Madame la vicomtesse de fieizunce. ....... 50 louis.

H. l'abbé de Tourve 12 liv.

Madame de Fienne S loiûs.

Madame de Hédouville i —

M. Steaperl . 13 tiv.

M. l'abbé Bertbier de Chemijly 1 louis.

Mesdames di Belot, quatre sœurs 7.'ï —

Madame la duchesse de Gesvres 25 —

Madame la princesse de Berghes 25 ~~

Madame la marquise de Loslanges 25 —

Madame la marquise de Nesmond S —

Madame la comtesse de La Rochelamben 50 —

Madame la marquiiie de Saiiite-Herinioe 10 —

Madame de Hédouville S —

Madame la comtesse de Quenvy l —

Madame la vicomtesse de Bclzunce 50 -

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ailieu de l'année 1805 Grimm mourant prend

'e ]a peine de dicter des lettres pour annoncer des rs de la part de l'impératrice Marie '. Cet épisode vieillesse de Grimm, qui est resté complètement DU, jette un reflet touchant sur les derniers jours écrivain. Pillé par les révolutionnaires français é son caractère diplomatique, traqué par eux toute l'Europe, frappé de cécité, il employait son té à répartir les dons des impératrices russes sur stes épars de cette bonne compagnie qui l'avait illi et qui l'avait fêté aux jours de la jeunesse et vie heureuse, ce temps d'exil et de persécution, la vie n'était

V mai 1805, Grimm à la comtetse de Molaat, Gotha. tre lettre. Madame, du 5 avril, m'a trouvé asiailli d'une langue uie maladie, et ce n'est que depuU vingl-tjuatre heures que j'ai irandre connaitiance et voui dire ma réponie. Je vous jirie de yer uoe ijuittance de SO lonii de France, et dèi que je l'anrai ie vout en ferai tenir te montant. ■ (Htnie lettre à madame de

ie 1804. — Troiiiirae tercet :

. Boofils 6 liv. (septembre).

.deMouchy 3 — Id.

adame de Sombreuil do Villelume. .6 — Id.

. de Villiers 10 louis (octobre).

ademoîielle Julie Ofarède de Lislée. 10 — (noTembre). adame la coroteue de Molaud. ... IS — Id.

adame de La Vique de Mostauge. . . 6 — Id.

adame la comtesse de Brye 10 — Id.

, le chevalier d'Ouei. . 3 — (décembre).

adame Pralay de La BocheUrabert .50 — Id.

. le chevalier d'Orvilly î — Id.

le Nicolay, émigré i Saint- PélerabouT^, est l'intermédiaire pour smistion tles fonds.

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sous HAPOLEOS I". 133

plus heureuse même pour les jeunes. Les eufents étaient recueillis à Londres au collège de Penn, sur la demande des parents, certiâëe par trois gentilshommes français dont ia qualité était légalisée par les membres du comité Français de Londres. Ce comité comprenait Vévé' que de Montpellier, le comte de Bîzien, M. Le Douarain de Tréreneuc, le comte de Botherel, le cberalier de Myon, le baron de Blaîsel '. Il est tellement débordé par la misère des émigrés, qu'il s% voit forcé de refuser* une aumône à la fille du général de Otto. Marie de Otto avait épousé Louis de Banval ; le ménage, avec un enfent de deux ans, était dans ■ une affi'euse misère ■ , mais le mari était né à Tournay, la femme à Erfart, on rejeta leur demande parce qu'ils n'étaient point Français. Les membres du comité avaient du reste à solliciter pour eux-mêmes auprès de leurs collègues; ainsi le baron de Blaisel* fait valoir qu'il a quatre enfants, sa femme est malade, « sa fille aînée s'est rainé la santé par un excès de travail pour venir au secours de sa femille. Elle a ét^ obligée de suspendre les leçons de dessin qu'elle donnait, mais le médecin laisse peu d'espoir. » Quelques-uns s'adressent k Louis XVIII et reçoivent pour réponse, par exemple * :

' Les membrea du comité cbangealenl lODvent; on y voU ]i1tll urd le président de GrandTclle, le baron de Nantial, M. de La FtPa-

' Vol. 636, r> 195.

■ Ihid., P 200.

* VoL 601, nombreux cai. Intérim de Thauvunay.

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itre cher maître est profondément affecté de Toir Presse d'un serviteur aussi distingue que vous, et ; trouver dans l'impuissance de la soulager en ce lenl. ■ Quelquefois les ménages se troublent, un des X cherche à se tirer d'affaire aux dépens de l'autre. i marquis de Colbert du Cannet avait levé à ses une légion pour combattre la Révolution, el s'était ite retiré ii Naples. Comme il était ancien officier larine, il y fut employé par Murât comme ingér et constructeur de navires. Malgré les services us h Murât, le marquis de Colbert fut maintenu nément sur la liste des émigrés pendant toute la e de l'Empire. Il ne rentra qu'en ISIi et ne put remis en possession que d'une très faible partie de liens, dont le gouvernement impérial avait disposé iveur de sa propre femme. Celle-ci étant rentrée 'rance se fit rendre, par l'intermédiaire de Josée, tous les bois dépendant de la terre du Gannet, étaient et sout encore considérables, et après en r pris possession, elle usa de son influence pour [>oser au retour de son mari et le faire maintenir a liste de ceux qui ne devaient jamais être compris I l'amnistie. Telle est du moins la tradition qui transmise dans la famille. Quant au maintien sur ite, il n'est que trop certain, et le (ils aîné du mar- , ayant voulu rejoindre son père, dut s'échapper collège de Lyon où il était renfermé et foire, sans 3urce, le voyage ii pied jusqu'à Naples, à l'âge de

sons NAPOLEON 1". l35

quatorze ans. Le marquis de Colbert, rentré enfin en 18U, ne trouva d'autre dédninraat;ement des sacritîces qu'il avait Faits pour la cause royale, que sa nomination au grade honorifique de commandant des gardes Dalionales du Var. Il est mort en 1853, âgé de blea près de cent ans ' .

Le filsdemadame d'Épinay, qui a épousé une Suissesse austère, se voit reprocher par elle sa générosité pour les émigrés qui viennent le voir : « Je me suis, dit-ïP, trouvé insensiblement avoir des dettes ; c'est le moment qui a paru favorable h madame d'Épinay et qu'elle guettait et mitonnait depuis longtemps. Elle avait, dès les premiers temps de notre mariage, le projet de s'approprier toute ma fortune... elle m'a tenu constamment le pied sur la gorge. ■

On est sans pitié pour celui qui laisse voir des torts. Le fidèle Valdené, qui est, depuis plusieurs années, agent royaliste a Leipzig ', est dénoncé en octobre 1803, comme conservant auprès de lui une ancienne maitresse ; on l'oblige à la chasser. Il écrit avec désespoir : « Il en coûte à ma sensibilité d'éloigner de moi une personne qui m'a été très utile. J'avais pro> mis qu'elle ne me quitterait jamais. Ma position ne

' Cut détails oui été fournU par un membre trùi dillingné de la laniilte, M. U niafv|uia de Sapnna, petit-iievcu du marqois de Colbert.

* Letlre de févrirr 1800, Colleclion Gaiton Mnugras.

■ Vol. 601, r> 448. C'était l'aocien clief du Mrvîce des voitures de U couronne; il était devenu secrétaire de l'abbé André, dit Delà-* marre; son nom de guTre est Duval on 1704.

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rmet pas de remplir cet engagement. ■ Chacun [>lérant et devient aigre. Chacun voitvenir l'heure )mphe, on y touche, et l'on repousse, on écrase vaux qui pourraient partager les récompenses, se montrent les émigrés de toutes les époques : ançais depuis Coblentz jusqu'à la RestaurutîoD, iglais partisans des Stuarts pendant tout le dixne siècle. ■ Chacun, disait de ces derniers Booke, l'homme d'Étal qui avait entrepris de * les jacohites, chacun agit selon ses propres les trouve excellentes, et n'entend ni subordinaai ordre, ni concert. Ceux qui savent écrire ont très à montrer, les autres des secrets a communiles femmes dirigent la politique entre deux tasses . Une inébranlable confiance dans l'avenir sup-

toutes les qualités qui leur manquent '. ■ ■Iques émigrés ont improvisé des moyens d'exis-

et savent échapper à la misère. Le comte de luUMeuse' travaille, ainsi que su belle>fîlle, pour

le de Bolinebroke, 1715, ù sir Wlllùm Wyndham. — ■ I

multitude of people al work aud every une dciingl what aeemed

liii Qvrn eyes, no lubordinalion, no urder, no concert. ïhose

ild Write had lettera to ahow, aod those »ho Iiad nol yrl arri-

hU pitch oF eruilition had tbeir secreu to wlil*per. Ko scx «ras

1 From tbis miniilry >

; du S3 Juillet (715 au piéleodanl :

le il not a apy, he is a beat one oF those littte fellow* nko

[leniselvfs into business and irho whithoiid having iiierit ta be

d, or capacily (n inform, thlnk In siipply bolh by beiriQ For-

5-1815. Gouverneur de l.-i Marliniijue, paii capitaine des gardes

SOUa NAPOLEON I". 137

les libraires de Hambourg; il leur donne des traductions de l'italien, tandis que la jeune femme produit soixante-cinq volumes de romans. Le comte de More ' était parti pour l'émigration, sans bagage, avec sa Femme, ses deux fils, une servante et un musicien. Les deux Femmes travaillent sur le même métier àdes broderies que le mari a dessinées; tous trois nourrissent le musicien qui donne des concerts et paye la pension du plus jeune fils; le fils aine s'enrôle dans l'armée de Condë. Le commerce de broderies reçoit de l'extension, OD prend pour ouvriers d'anciens officiers, tous émigrés, on vend les modèles un écu pièce à un anci"» valet de chambre. Le père porte les broderies aux foii de Leipzig, de Francfort, de Trieste, il spécule sur diamants, il finit par s'établir banquier à Trieste se le nom de Joseph Labrosse. Il y reste pendant toute durée de l'Empire, acquiert une fortune considérab avance des fonds aux armées françaises, entre dans l'intimité du maréchal Sérurier, puis du duc d'Abrantès, qui commandèrent successivement les provinces iilyriennes '.

Ainsi continuait, comme durant la République, avec des alternatives de misère et de chances bizarres, la

' Mémoires àe rimpHmerie d'Honoré de Baliac, du comte de M-..

' Il fut tcmoiii des excenlricité* de Junot, depuis lon<|teinps atletnt de dcmence, larsqn'il s'avisn de cingler h coupa de <^iiet le vijage des loldau d'un poste qui lui préseutaienl les armes. Dn accès de folle furieuse se déclara, on dm liil jeter un sac: sur la iSle, le Rnirotter, le lianiporler 1 Paris, où le silence se tit sur lui, au grniid désespoir de *, qui depuis longtemps eicompt.-iient ses traitements futurs.

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de ces Français qui avaient fui leur patrie. Ces reux avaient été privés dans leur piiys de cette i (]ue la civilisation garantit aux plus misérables [umes, ils étaient venus la chercher sur ta terre ire en abandonnant leurs biens à leurs persécuet ils étaient ballottés comme des épaves sur I, tandis que les jacobins spoliateurs voyaient der entre leurs mains les fruits de leurs rapines ientsouche d'honnêtes gens. Le Roi, livré comme

humble des émigrés à tous les caprices de la :, put enfin goûter quelques années de repos,

l'amitié de l'empereur Alexandre, andre, doué d'une imagination impressionnable,

pas le jugement très solide, et, malgré la sincéson estime pour Louis XVIII, il se laissa parfois r par Napoléon. La catastrophe qui lui procura onne est aujourd'hui connue dans ses moindres ; l'enquête a été faite avec bonhomie par le sde Langeron, dévoré d'une curiosité insatiable chant toutes les occasions de la satisfaire, jeron, émigré français, devenu général d'ar- I Russie, avait l'art de saisir la pensée, d'attirer fidences et d'exprimer ce qu'il entendait avec éhté prodigieuse. On croit lire un fragment des res du prince de Ligne, quand il reproduit une sation de ce Français de Belgique. On croit en-

Pahlen et Benningsen, quand il répète leurs lu meurtre de Puul I".

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SOOS NAPOLEON 1". 139

Un des premiers actes d'Alexandre fut de taire payer à Louis XVIII les sommes que Paul I" lui avait promises. Puis il annonça aux exilés que le château de Mitau leur était ouvert de nouveau. Il entretint, à partir de cette époque, une correspondance régulière avec Louis XVIil. Aussi, quand le roi de France se vit persécuté pnr les Prussiens, il n'hésita pas à quitter Varsovie; il traversa la Suède, écrivit à Calmar, le jour même du sacre de Napoléon (2 décembre 1804), une protestation attestant qu'il ne pliait pas devant la fortune, et il revint à Mitau, toujours entouré de ses fidèles serviteurs.

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