‹ Histoire générale des émigrés pendant la révolution françaiseChapitre 5 sur 31 · PACIFICATION DE L'OUEST · texte numérisé non relu

PACIFICATION DE L'OUEST

les (-uerrea de la chouannerie. — Premières pacilî<:.iti(His. «menl ie l'Ouest. — Les abus de lu victaire. — Le généluville. — I.e comte Loula de Frotté.

TÈRK DKS GVKHRKS DK LA CHOUANNERIE.

1 veut comprendre l'importance que les dcparde l'Ouest ont eue dans les préoccupations de te, il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur ière pacification et sur les guerres qui l'ont suivie 1 18 brumaire. Peut-être ce re{[ard jeté sur le pitquera-t-il la dureté avec laquelle les déparde l'ouest de la France ont été pendant TÎngts affamés, dépeuplés et tenus hors la loi. pour conquérir la liberté de conscience et le > prier Dieu à leur guise, non pour obéir h des 1 politiques qui, parmi eux, ne sont nées que d, que les Vendéens prirent les armes au prine 1 793. Leurs chefs, bien loin de vouloir main- ) abus de l'ancien régime, avaient accueilli avec

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LES ÈHIGBÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE. 141 faveur les réformes de Louis XVI et même celles que semblait à ses débuts promettre la Révoliition. Les dames vendéennes avaient brode un drapeau tricolore pour la fête de la Fédération ' du 14 juillet 1790, et ces dames étaient les femmes et les mères des gentilshommes qui vont devenir les chefs de l'insurrection : mesdames de Bourmont, de Caqueray, d'Autichamp, d'Andigoé, de Quatrebarbes. Bien plus, Bonchamps, le héros le plus pur et l'un des premiers tués parmi les généraux vendéens, Bonchamps achetait, le 1 2 novembre 1790, un bien national confisqué sur le clergé*. Mais le schisme provoqué par la constitution civile du clergé, la rupture avec Rome, les scandales provoqués par les prêtres apostats, la persécution religieuse, disposèrent à l'insurrection ces populations catholiques. Les Bretons avaient traversé le paganisme ii peu prés sans se douter de son existence; ils en étaient enèore au druidisme an milieu du septième siècle ' . Ils s'attachèrent il la foi chrétienne avec bien plus de ténacité, et ne craignirent pas de braver en tace cette Commune de Paris, qui glaçait de terreur la majorité conventionnelle et tenait sous le joug les autres provinces de la France. La guerre civile a sur la guerre étrangère cet avantage que chacun des soldats sait pourquoi il se bat; mais nécessairement elle dégénère en guerre de partisans ;

' Stopflet, p. 14 et 16.

' Cs bien fut plna tarA resLiLué par la famille.

' Concile âe Kantei, en 658 : Veneratoret lapidam, excolenles fonlium ajmonemus.

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•t LES EMIGRES ET LA SOCIETE KHANÇAISE

I arrête les diligences pour y surprendre les envois de nds publics, on pille les caisses de FËtat, on arrive en vite au brigandage. Dans ces guerres, le paysan

lance avec ses passions rudes, son àpreté, sa bruslerie. En vain les chefs veulent l'encadrer dans >s compagnies régulières ^ l'homme des champs est nporté suivant le mobile du moment, tantôt contre ennemi, tantôt vers son petit domaine. Lorsqu'une mée est rassemblée plus d'une douzaine de jours, s chefs sont étonnés'; ils ne peuvent, après la vicire de Chantonnay, retenir leurs hommes assez de mps pour emmener et mettre en sCtretë les canons ris sur les républicains * ; ils votent les novices démoiliser les plus braves : « J'ai pns la fuite, raconte na'i ïment un de ces paysans^, mais le marquis de La ochejacquelein nous guettait au bout du pont avec îHX pièces de canon en travers. Il voulait forcer les >mmes à se retrancher. Pour moi, j'ai taché de m'aprocher du garde-fou et j'ai regardé en bas pourvoir si ïauétaitprofonde. Jeme suis aperçu que je n'étais pas in du bord, j'ai laissé mon fusil sur le pont et j'ai sauté 1 bas. u Le Vendéen rentra chez lui, se remit bientôt 1 campagne, se cacha de nouveau, puis repartit encore ; fit cela quarante-cinq fois. Défiant pour tousses chefs,

paysan n'aimait pas les émigrés, qui cherchaient

' D'.\iTTicuiMP, Mémoires, [). 49.

3 Mémoires de l'ierre Deoaad, publiés par l'abbé AiCtmetD, Revue ■ Bnlagne et Vendée, 1880, 11, 219.

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sons NAPOLEON l*. IM

à l'enrégimeDter'. ■ Point de freluquets ni de faiseurs, il fbul n'avoir qu'un paquet dans un chausson a ■ c'est le mot d'ordre donné à tous les émigrés qui viennent prendre part à cette guerre *. Mais les émigrés n'ont connu que tard ces guerres de l'Ouest. On parlait vaguement autour des princes de « l'urmée de M. de Gaston '• , bien qu'il n'y eût pas, en réalité, de M. de Gaston *, Les Trais chefs ëlnient les gentilshommes du pays, dont madume de Sapinaud décrit les rassemblements Q son château de Mortagne. Elle peint aussi la désolation de la contrée après les premiers mois de la guerre, les moutons qui bêlent abandoiioés dans les champs, les Taches qui errent dans les landes ou dans les forêts, et qui reviennent pousser leurs mugissements devant la porte des métairies incendiées. Elle raconte comment elle se cache dans un bois avec Perrine, sa femme de chambre, ses courses à la recherche d'asites, ses nuits sous des haies, les nouvelles désastreuses qui se multiplient, ses amies accablées d'avanies, menées à la guillotine, comme les trois charmantes demoiselles de la Soriniére, ou tuées sur le chemin,

' Oq I aliuri que les chouans cUaniaicnt eni'ore le vieui chani il'Anuit : - Coeur pour œil, rète |iuur br.i« ; |icre puur iniWe, iiièic pr.nr lille. Ëlalon pour cavale, mute pour àne. Sang pour Inrincs, (lanimc |>aiir Bn^ur. > (La VlI.LKlliliQDÉ, Barzai~Brei:, l" parlk', p. 48.)

•- Le prince do la Trcinoillc au eomie du Tié^oi-, lellres inanu^rrilig cilêe» par BuaooDHioi'X, Laiare Hacke, p. S3Î.

'Lettre inédile du 15 3UÙ( 1793 <lu marquis d'Eyragues au marloii de Snporta. Voy. aussi Febsencou, p. 72 à 76, et Micoulet, /.Vvihaio», IV, 48Ï.

* Il j aTait Gaston d« Leicure et le perruquier Gaston Bourdic.

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ie mesdemoiselles de La Besse et de La Pioière, ou imées sur un esciilier, comme madame de Concise, ât le viol et l'incendie n'épargnent aucun village : e les femmes, trois cents à la fois dans le village eaurepaire; une force secrète pousse à immoler int, quand on vient de tuer la mère. Le général >au, qui, sous Napoléon, deviendra le baron de re, dirige douze colonnes qui doivent détruire par a les districts de Purthenay, Bressuire, Cholet; liages républicains ne sont même pas épargnés ' : m'arrangerai de manière à ne pus avoir froid ■ , à Turreau un des cliefs de colonne. Tout brûle, le est dépeuplé. Madame de La Vicendière, qui s'est servante de ferme, se trouve sans place parce que mitres sont égorgés. ■ J'étais en guenilles, écrit ime de Sapinaud, j'avais une vieille coiffe qui était jaune, un vieux morceau de linge attaché sous le ;on, les jambes déchirées par les ronces. ■ Tout le Je fuyait. Des chiens étaient dressés par les sAldats blicains à la chasse des fugitifs. On sq Ittssa enfin !s luttes sauvages.

inOoi-nioDX, Lii:<>Te Jl«cl,f, p. 8f,

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PREUIÈHES PACIFICATIO^S.

Les membres de la Convention qui, après la chute de Robespierre, avaient été envoyés en mission dans les départements de l'Ouest, étaient consternés de ce qu'ils voyaient à chaque pas. >< Ce ne sont que monceaux de cendres et de décombres, l'humanité aura longtemps à gémir de l'état de destruction '. » Ces conventionnels étaient presque tous vulgaires, quelques-uns vicieux*, mais tous sont également saisis par l'horreur du désastre. On peut croire que les premières ouvertures de paci&cation ont été fiiites par Boursault au baron de Cormatin, chef d'ètat-major du général royaliste Puisaye; du moins, la haine que les jacobins out vouée à ces hommes autorise à penser qu'ils les ont crus coupables de la paix.

Hoche commandait alors les armées de l'Ouest; s'il

' Armée de l'Ouesi 519. Rapport des convcotioiinelt, daté de Cliot.t, 26 E^rmLnnl .111 III (15 avril 1795). O. G.

' La première série île ces ilrlégiirs ronipreiiit Bollel, Boursault, de FermoD, Dornier, GfludÎD, Lanjuinaii, Kriio, Itiiu'Ic. Ln seconde, sans compter Tallico el HUd, qui -unt spéclam poiii' tes mutsuKm de Qui' lieron, csl cumpo^ée du mtliii.' de Fcruion et de llriit', Grenul, Gueroeur, Guczn, Palasne-Chainpeaiii, Tojiseiit. Rrral 5/25.

LRS KMIGRES FT LA SOCIETE FRANÇAISE

roulait point de paciGcatîoD, ce n'était pas unjque-

it par fanatisme i le jacobin Dubois-Grancé a bien

pris pourquoi l'horrible guerre était devenue popu-

! dans l'armée' : n La Vendée, dit-il, est pavée d'ob-

de cupidité pour les soldats ; on y est plus occupé ii

attre pour le pillage que pour la République...

nd on a fait son sac, on se rend à un dépôt pour y

* de l'aisance. <• Les généraux n'aimaient pas seu-

;nt l'aisance. Il faudra, écrit Hocbe au général Cni-

■*, ■ oublier Rosette et Marton. — Surtout point de

nés. »

uand il connaît les pourparlers de paix, Hoche s'en

id tout d'abord à Boursault, député de la Seine,

en comédien, camarade de lit de Collot d'Herbois,

;hi comme beaucoup de ses pareils dans diverses

ions ' : «Ce satrape insolent n'a cessé de marquer

ours par une arlequinade. Il ne demande pas un

e d'eau sans déclamer. Il est toujours en scène. ■

. l'Empire, ce comédien sera entrepreneur des

Dges de l'aris, fermier des jeux, riche, presque

>ré.

ans les deux camps, il y a lutte entre ceux qui pro-

t de la guerre et ceux qui voient combien la paix

]Hc, H, 104.

inGOunioci, p. SS.

EnGOUNioi:!. p. Iftl. — Les précieux campla de Hoche (ont na III de Carmiifjt^, et ont été communiqués ^ Bcrj'.auniom en IStô. nlc'.-iii de C.irrougc rofuie depuis cette époque l'accès et h vue nrrtiivi'- p:ir iinr |iiclé mnladruite puni' la mémuire du lirave el i.i'rjl I..; V,.,nciir,

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sons NAPOLEON I". IW

estn^ssaire. Charette, conseille par Cormatio, se prononce pour la paix ; tes conventioaaels Ruelle et Bollet forcent la main à Hoche et commencent les pourparlers. ■ Hommes petits et bas, écrit Hocbe sur son carnet ', que cherchez-vous ici? Ivrognes, débauchés, ignorants et vains, tel est, à l'exception de de Fermon et de Lanjuinais, le caractère des membres de notre congrès. L'un crie, son voisin dort. Indigne Ruelle, reçois ici le tribut de mon indignation... »

Malgré l'opposition des militaires, la paix avec les chefs bretons est signée le IS février 1795, au château delaMabilais, prèsde Rennes. Charette signe, quelques jours plus tard, au château de la Jaunaye, un traité de paix aux mêmes conditions. À cette nouvelle, la ville de Rennes est dans la joie, elle ménage à Cormatin une entrée triomphale (10 avril 1795), elle lui ofh'e un banquet où sont également convoqués les généraux républicains et les conventionnels. Hoche dit ; « Il y eut afHuence de peuple dans la salle du banquet; je trouvai celte scène un peu gauche, pour ne pas dire indécente. Je n'oublierai jamais le mot d'un repré.ientant qui, se voyant enlever, par un jeune officier, une bonteille de viu d'Espagne, s'écria qu'on avilissait la représentation nationale. » L'abbé Bernier comprend, comme Hoche, qu'il feut subir l'emportement vers la paix*. Il prononce, d'après la correspondance répu-

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ilîcaine, ■ nn disconrs aoalogue à son ministère ■ , jes chefs de tous les partis u se donnèrent mutuelle- □ent l'accolade ■ . Les habitants de l'Ouest gardaient sur culte et des armes pour le défendre; les répu- Jicains, leurs corps d'armée.

Deux hommes du côté des royalistes avaient donc épondu aux avances des conventionnels, deux hommes |ui offrent une telle divergence dans leur caractère et ians leur destinée, qu'il est intéressant de résumer •ur vie k travers les péripéties qu'ils ont traversées.

Bernier est le cauteleux et deviendra le triomphant. I était, avant la Hévolution, curé de Saint-Laud, à Aners. Plus souple et plus instruit que les simples curés e village, il entreprit de devenir le chef suprême es royalistes et il s'attacha, comme instrument de omination, un soldat à l'esprit étroit, aux passions mportées, le hrave Stofflet. Tous deux comprirent la uerre civile plutôt comme leurs féroces adversaires que omme les gentilshommes royalistes qui combattaient ans la Vendée. De là une haine implacable de Bernier t de Stofflet contre Charette et Marigny. ■ En demanant du secours aux paroisses, écrivait Marigny, c'est lus noble que d'agir par le droit de la force. Restons ans nos principes. Messieurs, gardons-nous de suivre exemple des patriotes dévastateurs ' . ■ StofQet, dans un ccès de fureur, fit enlever Marigny. ■ Il faut le tuer » ,

>nseil profigoire dci

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SOOS NAPOLÉON I".' IM

ditaussîtdt Bernier', et comme Stofflet restait sombre et muet, Bernier s'attacha pendant deux jours et deux Duits à l'homme qu'il régentait, le lassa par un flux de paroles jusqu'à ce que Stofflet, entraîné, s'écriât : u Ëh bien, qu'on le fusille I ■> M. de Harigoy fut aussitôt livré, non à des Vendéens, qui l'auraientépargné, mais à des déserteurs allemands qui l'assassinèrent *. Rendu sauvage par cet acte de barbarie, StofiQet voulut assassiner de même deux autres chels vendéens, Sapinaud et la Fleuriaye*; il ne put prendre que leurs chevaux, leurs caisses militaires et quelques-uns de leurs capitaines, entre autres le brave Julien Prudhomme, chef de la division du Loroux. Prudhomme avoua qu'il était en correspondance avec Charette; aussitôt il fut tué a coups de sabre (l 2 mars 1 795). Puis Stofflet, mis en défiance, s'efforça de secouer le joug du conseiller qui l'avait poussé à ces actes sanguinaires; il lui cacha le trésor de l'armée *. On est alors dans la période suivante , après la rupture de la paix, après les combats de Quiberon. Aussitôt Bernier entre lui-même en relations secrètes avec l'ennemi. C'est, écrit Hoche', « un prêtre comme il nous en faudrait vingt ici. Dans une

' EdmuQil Stofflet, Siufjlrt tt la Vendée, p. S51 et »ulv. Cei épisode tal étadié avec grand soin à l'aide de] tradilîontdc famille el dei papier* de la Emilie Cciibert.

' à Combraud, 10 juillet 1795.

' Édiliun rofalinede Buauchaiop, [I, 331.

' H^ouWlle au Directoire, S5 février 1796. (D. G. cfileti de l'Océan.)

' Ven décembre IT95. Lettre citée par le comte d'Hadmohvillb, VEjtite romaine et le premier Smpire, I, 81.

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instance difficile, je pense que le gonvemement

rrait compter sur son ambition... ■

ce moment, en effet, Bernier donne rendez-vous

.offlet dans la ferme de la Saugreniére '. « C'est

gé X, dit Bernier. Stofflet arrive au rendez-vous le

érrier 1796. La ferme est cachée dans les genêts;

a échappé aux espions républicains; aujourd'hui

>re, elle semble enfermée dans un labyrinthe inac-

ible.

ernier se montre à la ferme vers midi. Dès qu'il a

innu StofHet, il envoie un homme ■ attaché à son

ice lui acheter du tabac à Gholet » . L'homme ne

eut plus. Bernier insiste pour que Stofflet couche à

augrenière. ■ Moi, dit-il, je vais à la Petite-Bamée, ■

lent, car c'est au Chéne-Percé qu'il vient attendre

mme au tabac et les soldats républicains*. Le

)nel Mesnage*, celui qui par surprise a enlevé le

. Penthièvre, envoie, sur les indications qu'il a re-

s, deux cents hommes et vingt-cinq cavaliers, sous

ordres du commandant Liégeard. Quand la colonae

ve au Chéne-Percé, un des hommes sort des rangs,

)pe un coup au volet de la chambre où se cache

nier; la fenêtre s'ouvre, des paroles s'échangent.

uré ainsi de trouver Stofflet à la Saugreniére,

geard continue sa route et va surprendre Stofflet

Edmond Stofflet, Slofpl cl la Ve<idfe, p. 408 et jiiiv. D. G. 5^1 Ouesl. Rapiwrt de Mesnage du 24 février 179S. R>|>du général Baillot à Hoche. — Lettre de Hurhc au Directoire. Edmond Stofflet, ibid., p. 411 et suiv.

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sons NAPOLEON i". 151

avec les cinq Vendéens qui l'accompagnaient. On les fusille le lendemain '. ■ Ce ne sera pas tout " , écrit Hoche. Le comte de Martel déclare, en effet, qu'il a TU des indices permettant de croire que Bernier a livré, pour des motifs odieux, un troisième chef vendéen ".

A partir de ce jour, on voit Bernier continuer son rôle d'espion* contre les Vendéens sous la République,

' Ce «ont ChariM Liachtenlieiin, Tin[|t-qu3tre ans, ne à Prad en Franronie; Joseph DeSTaranne, ancien Commis au district d'AncenU; Joiepti Moreau, vingt an», lîsseranil el brigand ; Pitrre Pinol, vin,!-! et un ans, liiser.ind et brigand; Micbel Grottol, quatorze ans, brigand. Ce dernier Tui rràervê jiaiir une drteniion perpétuelle.

* M. d' Hiiauonville ignorail que Bernier avait livré StofH.et cl d'autres VenJéens, mais il reconnaît que Bernier était un fouibel • MalhenrtasemeDl pour la mémoire de Bernier, il est aujourd'hui avéïé qu'au moment mcme où il lémoi;;nail, «en la lîn de IT9.'>, au ((«"éral Hoi:bo l'envie d'abandonner le parti royaliste, tes solMcilalians étaient plus ardentes que jamais pour obtenir des princes émlgi-és une nouvelle marque de leur confiance. Peu de temps après (M février 1796), il rerevaii d'eui le litre d'anenl général près des puissances bclligéranlef .

• Même tactique en 1799. Bernier, déjà décidé à traiter avec la Pre-

Jé|iëché un dr ses affiliés à Londres pour se faire envoyer des pouvoirs encore pitu am|iles que ceux naguère accordés à l'ancien agent général, et c'est muni d'une commission signée par le comte d'Artois qui la conférence de Monifaucon il avait, le 18 janvier 180:>, fait mettre bas les armes à tous les intui^és de la rÎTe gauche de la Loire. En conteiltant à ses amis de se soumettre au nouveau gouvernement, l'abbé Bernier ne se fit pas faute de leur affirmer que le général Bonaparte ne travaillait que pour les Bourbons. Au fond, il n'en croyait rien. . — D'H*UBloavil.LB,/,'^y/r«ron.oi"«ee(/e;.remicr Empire, I,8S. ' Lettre h Maitin Daboy, 3 décembre 1799, citée par M. d'IJaassonville, I, «9. — Autre lettre du 3'J décembre 1802, CorretponJance Jt napoléon, VIII, 158 : • Je ne doute pas, parce que je connais votre attachement pour moi, que vous ne conlinuyei à prendre tous l't renseignements qui tendent à faire connaître lej deux principaux coupables. •

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LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE le poursuivre, sous le Consulat, contre le Pape, tre l'Église, gagner par ce service la faveur de Bona- « : « Ce pays est à vous, lui ëcrit-il ', je suis cerqu'il va voter pour votre consulat à vie. ■ £n ur de ce dëvouement, Bonaparte lui donne son ne, beaucoup d'argent', et le désigne pourr^véché rlëans. L'abbé Bernier, pacificateur de la Vendée, Lcipal négociateur du Concordat, évéque d'Orléans, même destiné à une dignité plus haute et nommé linal in petto*. Bonaparte a toujours eu des comsances singulières pour ceux qui trompaient à son Bt leur parti, leurs amis, leur conscience et l'Eglise ; :rit à Portalis* : ■ Il y a des mouvements dans la idée. Je suis étonné de n'avoir pas de nouvelles de éque d'Orléans. Il parait cependant qu'à la télé de nouvement sont plusieurs individus (jui avaient conce en lui. « Si ses nouvelles fonctions lui rendent s difficile l'entrée dans les conciliabules, il peut du Ids procurer des subalternes ; Napoléon lui demande'

l« mni ISOl. Cullecibn B. Fillon, 11° 2554.

Eniie auliT» iloQi, on voit allouer i Beniler . 24,000 franci sur oada secreis de» aFfaïres étrangères ■ . Correspondance de Sapo- , VII, 30 K|)teinbrc ISOl.

Cependanl BonaparLe ne paraît pai s'être mépris sur la valenr mode Bernier. Volney, qui a connu Bonaparte en Corse et l'a préé à Barras, esl reslê longtempt avec lui dans des rapports inlirocl. jonr, il reprochait au Premier ronsul ses relations avec l'abbé lier. Bonaparte lui répondit : • Je aaii que o'esc un scélérat, mais al besoin. • (Beskurd, ami de Volney, Souvenirs d'un nonagé' ■e, II, 197.)

8 décembre 18l)3. Correspondance, IX, 137. 20 janvier 1S04. Correspondance, IX, 225. Autre lettre. Bonaparte

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sous NAPOLEON l'. 153

de lui donoer ud ancien chouan ■ qui iouîrait très secrètement, à Paris, d'un traitement et serait à même d'y découvrir les hommes suspects de l'Ouest n .

Le Judas vendéen mourut chargé d'argent, comblé d'honneurs, tandis que Gormatin, resté fidèle au Roi, était traité par les amis du Roi de fourbe et de parjure.

Il faut connaitre cette vie et la rapprocher des récits de tous les historiens, depuis Thiers et Michelet jusqu'aux annalistes locaux, pour hieu apprécier ceque peut la haine du jacobin. Du côté même des royalistes, Gormatin a rencontré des jugements implacables et l'hostilité de Bernier, un ennemi dangereux.

Fils d'un commissaire des guerres', sous-lieutenant au r^iment de Royal-Navarre en 1772, Dezoteux de Gormatin avait eu un avancement régulier, l'estime de ses camarades, ainsi que l'attestent les lettres du maréchal Berthier et du général Mathieu Dumas, qui ne l'avaient pas oublié après quinze ans de malheurs; il avait obtenu la considération de ses chefs, puisque le

k Mural : • L'évfque d'Orléans vous adressera un nommé Pïquantin, de la Vendée. Viius l'emploierei |irèi de vous cumiiie agenl secret... • (IX, .^2.) Bernirr s'était f.iil te recruteur de» espions de Bonaparte. ' DoBsier personnel. Ministère de la guerre: Deioteux (Pierrc-Marie- Pêlix), Kli de Claude-A rinanil, ancien commissaire des gnerrea et secrétaire de M. d'Esirées, rpoux de Jeaiine-Ctarlotle de La Fellonirre, né à Paris, SS noverabre 1751, aspirant au corps de génie 1709, ran([ de sous-lieutenant sans appointements it Royal-Navarre en 1773, capilaine altacbé au corps des dragons en 1779, aide de camp du liaron de Viomeinil en 1780,allai;bé au corps de l'état-majorgénéral de l'armée en ]7Sb, rang de major en I78S, lien tenant-colonel en 1791, chevalier de Saint-Lonis, SI décembre 1788,

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^ral de Viomesnit l'avait choisi pour être son aide amp quand il commanda un corps d'armée dans la Te d'Amérique. Après tapiiix de 1783, cet officier* it sa vie régulière de garnison, reçut la croix de it-Louis et le grade de lieutenant-culanel; il avait isë mademoiselle Verne de Cormatin, qui lui avait arté le titre de baron et le château de Cormatin*. titre se trouvait-il régulièrement conféré"?... Tous est-ii que les camarades du régiment, des juges ciies, paraissent l'avoir accepté. La situation du tenant-colonel, ancien aide de camp de Viomesnil, ait pas amoindrie en 1791, puisque Bouille le choi- ;Qmme adjudant général de son armée de Metz. matin est dès lors signalé comme • ennemi de la ;e populaire ■ .

émigré avec Bouille. Après les premières camries de l'émigration, il se jette en Bretagne. Le voici

d'état-major de Puisaye. Celui-ci en voulut k Corin d'avoir signé en son absence la pais de la Mabi-

mais il lui rendit celte justice « qu'on pouvait sans ter lui donner un certificat de fidélité, de bonne luite et même de zèle* ■ . Si Puisaye est indisposé l'initiative de son lieutenant, Hoche est irrité contre :eur de la paix. Contre les conventionnels parti-

loïsicr F. 7, 6.320,

,c cbâicau, qui venait du maréchal J'Huxelles, i à la famille do Lacretelle.

fimoiret de PuUnjt, IV, IM.

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sons NAPOLEON 1". 155

sans de la paix, il o'exbalera son dépit qu'en paroles, mais il se venge sur Gormatin, le fait arrêter contre la foi jurée, dès le mois de mai 1795 '. En outre, il dëcbaine contre lui la fureur des jacobins, et l'ofGcier royaliste est mis au secret, mai nourri, privé d'air, bien qu'on n'ait en réalité aucun grief contre lut. Nous le savons aujourd'hui, si, plus tard, la paix a été rom* pue, c'est par les ordres du comte d'Artois et par le iDunqne defbi des soldats républicainsj elle ne pouvait piis ne pas l'être. Mais elle n'était pas encore rompue lorsque Gormatin fut traduit devant les jnges de Goutances. C'est ce quecomprit Merlin (de Douai), qui avait toujours un oeil sur les magistrats, afin de leur dicter des condamnations à mort*. Aussi Merlin (de Douai) prescrivait- il de condamner le prévenu non pour violation de la paix, mats pour émigration, sans remarquer que les traités signés avec Gormatin amnistiaient du feit d'émigration tous les combattants de l'Ouest. Le tribunal de Goutances acquitta Gormatin des deux charges d'émigralioo et de conspiration'. Ce jugement mit en fureur Merlin et les soldats, dont la paix entravait les pillages : h Nous te croyons composé de républicains, écrit la garnison de Josselîn au Directoire*, et nous pensons que déjà Gormatin et ses jugés sont

' Armée <lc Rr<-Bl 5'i.'>.

' Voy. les 3t(ai,ei «les émigiés de &ilal«, du comte de Geslin, «le.

' se thermidor an IV. Voy. QeéusOLV, ftecherehes iw ta basie Nor-

' CAtes de l'Océan S/.IO.

LES ÉMIGBÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE îs par tes ordres. Si tu ne l'as pas feit encore, toi ■ Cette recommandation était bien super- Merlin avait pris l'habitude de ne tenir aucun te des acquittements. Il fit amener à Paris Cor— I charge de chaînes et, le 20 frimaire an IV, le au quatrième conseil de guerre'. Là, Cormatinest imnë à la déportation. Pour Merlin, qui veut la , c'est presque un acquittement. La décision est ée au Directoire, qui décide, par arrêté du 27 aide <i surseoir à l'embarquement » et de renvoyer latin devant un troisième tribunal. Génissieu, tre de la justice, feit reprendre le procès par le nal de Saint-Lô*. Ramené vers la Normandie, latiii est enfermé, durant le trajet, deux nuits la prison de Caen, et ce simple séjour autorise e lui l'imputation redoutable d'avoir fomenté une liration dans sa prison*. Mais le tribunal criminel Manche, lassé de tant d'iniquité, acquitte Gor- I sur tous les chef^ d'accusation. A partir de ce ent, la (ureurredouble contre le chef royaliste. On le à Cherbourg, dans le fort National, on l'y garde, acobins se plaignent que te commandant du fort Isse prendre l'air * ; l'autorité militaire soutient son

7, 6327. Voy. les minutes autogr.iphij de Meilia

G. cotes de ro<:éiin, 36 Fêvrîci' 179S.

■OT, Les Tiibunaux répreaifs de ta Manche, \, 382. Encore d'hui MM. Sarot et QuénaulL tegardcat Cormalin comme un

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sous NAPOLEON 1". 15T

commaDdaDt jusqu'an jonr où le pouvoir échoit à un iiiDatique. Lorsque Dubois^Crancé entre au minislère, sa première idëe, son premier ordre, sa première lettre de service est la révocation « du citoyea Pernette, commandant du fort National à Cherbourg, accusé de connivence avec le détenu Gormatin ■ .

Cet acharnement incroyable ne cesse nullement à l'avèDemeotde Bonaparte. Napoléon écoutait les jacobins de sa police quand ils lui demandaient de persécuter un royaliste, il savnit au besoin le rappelerà leur barbarie quand ils l'oubliaient'. La police de Bonaparte se plaint que, dans les cachots de Cherbourg, Corroatin soit autorisé à prendre l'air, à entretenir une correspondance avec sa femme par l'intermédiaire de la servante Agathe. Le malheureux a cinq enfants ; il est malade ; on confisque les lettres qu'il a reçues, on les garde ■ comme faisant charge» contre les personnes qui t'ont tenu en relation avec sa femme; on arrête pour ce grief mesdames de Feuardent, d'Éculville, de La Chapelle-Dubuisson, de Gigauit-Capelle avec ses deux filles, coupables d'avoir eu leurs deux frères fusillés à Quiberon. Quant à Gormatin, malade, on lut reluse un médecin, le séjour à l'hôpital, les soins que réclame la plus vulgaire humanité. On décide qu'il restera au secret à perpétuité, sans air, sans plumes, sans papier etsaDS livres. On est encore trop bon : il aurait dû être

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t, il ne TÏt que par la clémence du peuple ' . longs mois de torture, on lui permet enfin de lir, de voir des officiers de santé. Puis on le lans la prison de Ham et on l'y tient au secret lisser savoir ce qae deviennent ses enfants, plus tard, le général Mathieu Dumas démise en liberté'; Quinette, ie préfet de la ntervient aussi en sa faveur; Mathieu Dumas nouveau. Ce supplice de l'ancienne victime e a livrée à Merlin (de Douai), et Merlin à nontre qu'autour de Bonaparte les haines vivaces, tes jacobins puissants. Avec souithieu Dumas cherche à soustraire Cormatin ups : << Quelle qu'ait été pendant la guerre le la conduite de cet officier, la manière l'ai vu servir autrefois, l'opinion que ses amarades avaient de ses sentiments d'hon> e rendent digne d'intérêt, et l'on peut croire nalheureux u assez expié, par sept années de et de séparation de sa famille, ses torts envers iuvernement » . Cependant le supplice se prost seulement après l'intervention de Berlhier mire an XI) que Cormatin est exité à Bar-lede temps après, on lui permet de venir en Loire, maïs on lui défend d'écrire ses Méon le maintient en surveillance jusqu'en 1811,

Î6 et 6 «7.

l»3SgerminaU.iX.

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sons NAPOLEOM 1". 159

aTec des recrudescences de sëvérité, Cormatîn mourut en 1812, pauvre, diffamé, sans être parvenu a désarmer par ses malheurs l'inimitié d'une portion des royalistes, ni à lasser par ses souffrances la cruauté de ses persécuteurs '.

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