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LES EMrOBHS ET LA SOCIETE FRANÇAISE irtent les méfiances; chaque clieF croit que les 9 font leur soumission ' ; les Bretons se plaignent ormands; les délégués normands, MM. Henri de i et de la Roque, reltisent d'assister aux réunions.
fut-ce seulement en juin 1798 que les forces stes furent réorganisées *,
s le 1" juillet, un des plus intelligents parmi les paysans, le brave Jean-Jean, est tué '. Mais, pencette troisième prise d'armes, la sympathie pour voltés est universelle dans la population et même in des administrations républicaines; on préfère I la tyrannie terroriste. Les chouans Augeard, dit damour, et David, dit Cœur de roy, s'éclmjtpeut actiots du mont Saint-Michel et s'emparent de irson. Les évasions se multiplient et sont fovorisëes :s dévouements héroïques. Ainsi madame de Kéri-
fait sortir sa sœur, madame Le Gris du Val, de la
nte GérarU de Conta des. Journal de Collîn de La Contrie {Ittvue êBohlioii, août t8SÏ).
■» com|irenaienl alors a«iif divisioni, savoù' : tfannel, bas l'oitou et Bell (da Niort i Loucîun). — 2. Sapi- Vendéc centrale (de Parthcnay à la Luîre). — 3. D'Auiiliaul Poitou l'I haut Anjou (de Montmorillon k la Loire). "Andigné, bas Anjou et liaute Bretagne (de Rennes i, la Loire}. oisjjuy et La PrévaUve, Henneb et Pou|>Ère3 (rie Rennes U la - 6. Giiorges Cadoudal et Deiol de Griiolieg, Bretagne (la pres- |.ailir de Hennés). — 7. Irollé et Hrusl,ird, L.issc Normandie Iretagneà Argentan et Caen}. — S.Mallet, haute Noi-mindic (de ne à la Seine). — 9. Bourmont, M.iine, un peu plus q ue lu Sarthe. livei de Thouara, le plus riche dc|)ôt (jui existe sur les gui-rrei lée.)
lislôre de la guerre 's Directoire. D. G., 3 juillet 179S. PE KÉHiG4i>r, /.'I Chouani, 1882.
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sons NAPOLEON I". 177
prison de Rennes sotis un costume de servante; les deux femmes courent vers la Vilaine, où les attend avec une barque le chouan Jean le Coq, mais elles entendent qu'on bat le tambour et qu'on les poursuit. Elles se jettent alors dans une boutique. On ferme les portes, on visite les maisons. Les fugitives restent cachées trois jours; elles sortent enfin, elles arrivent à la Vilaine,' mais les gendarmes les suivent déjà. On est en dé' cembre, la matinée est ti-oide, le brouillard épais, la Vilaine charrie. En courant, les deux femmes rencontrent enfin Jean le Coq, sont portées par lui dans la barque; on démarre, mais près de l'autre rive un banc de vase les arrête, le bateau s'y embourbe, il est encore caché par le brouillard, mais on entend le bruit de la chaîne d'une autre barque que les gendarmes détachent de la rive qu'on a quittée. Alors Jean le Coq descend sur le banc de vase, il arrache d'un effort désespéré l'embarcation de son lit, la pousse de l'épaule vers le rivage libre, et se laisse engloutir sans pousser un seul cri. Les Femmes sont recueillies par les chouans de M. de La Prévalaye.
A ce moment, ce ne sont plus les royalistes qui se lamentent. <• Tout est perdu si vous ne venez promptement à notre secours • , écrit de Bretagne en septembre 1799 le général Micbaud au ministre de la guerre (21 septembre). « Le danger est tel, annonce le commissaire central de Loir-et-Cher, que l'on redoute d'armer les conscrits. Une colonne de cinq cent
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cinquante soldats vient d'être attaquée daos la forêt d'Ambre, battue et dispersée ' ■> ; bien plus, ■ cinq mille brigands sont entrés dans la commune du Mans, se sont emparés de six pièces de canon, de mille deus cents fusils * ». A cette nouvelle, le soulèvement est général, les gardes nationaux des villes le favorisent. «A Blois, en présence d'un corps de garde composé de douze citoyens, l'écorce d<: l'arbre de la Liberté a été enlevée '. ■> Les commissaires du Directoire poussent des cris de terreur ; <• Si nous ne sommes sur-le-champ secourus, le pays est totalement perdu *. « La position devient de plus en plus inquiétante, dit Fouché ^. Un corps de dix mille royalistes occupe Martigné; un autre est à Pontchâteau; un autre rentre dans le Mans le 14 octobre, s'empare de tous les soldais républicains et se contente de « retourner leurs babtts • . Bernard de La Frégeollière s'empare du Lude et devient le lien des deux armées de Bourmont et d'Autichamp '. Quelques jours après, Chàtillon se rend maître de Nantes'', et met en liberté tous les prisonniers. Mercier, dit la Vendée, pénètre au même moment dans Saint-Brieuc*,
' Armel de l'Oueet, 7 septembre 1799.
' Fouché, ministre He la police, à Guerre, 27 lepLembre 1799. ' Cummissalre du Direcloire eiécutif (préfet), 9 octobre 1790. ' Mayenne, I Ile-et-Vilaine, 30 septembre, ' Lettre du 16 octobre 1799, carton 5/96. « Émisyallon el Chouannerie.
"^ M>cha<id à miniitre de la ^aem, 35 octobre 1799. * Général Casablanca à {•eDéral Micbaud, 27 octobre, et rapport di :8 octobre 1799.
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et ne se retire qu'après avoir ouvert les prisons et délivré « plusieurs chefe de chouans, dont huit condamnés à mort, ainsi qu'une femme embaucheuse nommée Frotter... »
La tentative de Branche d'Or n'eut pas le même succès. Louis Foulon, dit Branche d'Or, avait été acquitté par le tribunal criminel de la Manche * du crime d'insurrection, mais il avait vu enfermer sa fiancée dans la prison de Bourgueil. Les autorités civiles déclaraient* que ■ cette fille était sa concubine et qu'elle entretenait avec lui une correspondance contre-révolutionnaire ■ . Au lieu de se porter sur la prison. Branche d'Or eut le tort d'écrire (au commissaire du Directoire) : • Si la République ne me remet pas dans les trente-six heures ma fiancée, je ferai fusiller les otages que je tiens, je ferai brûler plusieurs bourgs... ■ La République profita du délai et fit évacuer la jeune fille sur tes prisons de Tours. Quand, le lendemain. Branche d'Or pénétra dans Bourgueil et força la prison, elle était vide; il ne put que se venger. On retrouvera la jeune fille dans les prisons d'État de l'Empire.
Les historiens ont fait le silence autour de ce mouvement uationaL Le pays opprimé, privé de toutes lois, de toute légalité par deux coups d'État successifs, retenu dans l'oppression par une oligarchie régicide, se soulevait enfin contre les oppresseurs. Ce soulèvement
' SjiiioT, ie.t (ri'6uiMiu; répressifs de ta Manche, III, Ï17, * D. G., II et 18 octobre 17M). Happrrrl .'i niiboU-Crancr.
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riotique n'était pas limité à l'Ouest; la Franche- Dté s'armait DU même moment, elle atleodaitlecomte rtois, dont le général Pichegru lui faisait espérer la >ence ; la Provence, organisée par le général Willot, landait que le duc d'Angouléme se montrât; Borux était prêt pour la lutte, les commerçants ruinés enaient belliqueux sous les inspirations du Vendéen estier, de M. Dupont-Gonstant et de madame de cure. Toulouse, à la fois plus aveugle et plus arte, se laissait diriger par des gens qui se montraient itiques en paroles, sans songer que les prétendus itiques sont souvent des espions payés par la police, bbé de Montgaillard fit disgracier par le peuple les Fs modérés ' et livra les autres à lu police du îctoire. Malgré cette trahison, M. de Rougé avait ours huit mille paysans munis d'armes et prêts à surger. Peut-être le pays pouvait-il se sauver des oristes et de l'Europe, en appelant les Bourbons. LU lieu des Bourbons, c'est Bonaparte qui arrive, [ais pourquoi, disait Bonaparte*, pourquoi le comte rtois n'était-il pas en Vendée? » — o Monsieur, frère Roi, faisait Boiirmont a ses compagnons d'armes, tnd pour arriver qu'un point de débarquement lui . offert^. » Bonaparte, lui, ne l'a pas attendu.
Baron bK WovoÉ, Mémoires de tous, VI, 153
Le ton, p. 2S5.
D. G., 53 octobre 1799.
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SODS NAPOLEON 1".
GÉNÉRAL HÉDODVILLE.
Au moment du troisième coup d'État, celui qui livra la France à NapoltJoo, l'administration ëtaît encore plus délabrée chez les républicains que chez les royalistes. Hédouville, désigné comme général en chef dès le lendemain du 18 brumaire, écrit dès son arrivée : ■ Le tableau de la situation de l'armée est affligeant : chaque administration a voulu avoir des militaires à sa dévotion et a feit destituer ou remplacer ceux qui ne sont |)as entrés dans ses vues ; il en est résulté une résistance constante à tous les ordres'. ■ Barbé- Marbois signale à son tour* les cbi(fres énormes des dépenses secrètes et des frais de bureau : ■ L'économie est devenue ridicule, et celui qui en fait profession est un personnage à vues étroites et bornées... Il fout faire cesser l'indiscipline des officiers à l'égard des finances... Les subalternes, instruits que leurs supcrieurs puisent dans le Trésor public, leur font la loi pour avoir part au butin. Habitués il foire contribuer les ennemis du dehors, ils ne seraient pas éloignés de
■ Hpdou*ille » Berthier, D. G., 14 novembre 1790.
* Félix Rocgutm, Élat de la France au IS brumaire, p. 77 et aui*. Âprèi le 18 brumaire, les conieillers d'État Barbê-Mirboig, Fourcroy, Lacaée et auirea oot été chargé» (le mlsiions dans les divertei partie* de la France.
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liter pareillemeot en pays conquis les départements 'ilssontcliargésdedéfendre. » Aussi redoutent-ils une zification. Les agents civils ne sont pas plus délicats, us le Directoire, tout te monde vole : u Les receveurs léraux négligent de tenir ou suppriment à dessein registres propres à établir leur situation... plusieurs la connaissent pas eux-mêmes... les autorités civiles t violé les caisses comme les militaires... Si un agent
Trésor veut résister, il est menacé de prison et posé à toute sorte de violences. <• Hédouville connait le pays; il en a été arraché du nps de Roche, à cause de ses inclinations humaines pacifiques; on l'a puni, en l'envoyant à Saint-Dongue, de ses répugnances pour l'office de bourreau, lis il sait si bien à qui s'adresser pour obtenir une conciliation, que lejour même de son arrivée (7 nombre 1799), il écrit au château d'Angrie ' pour inviter idame Turpinde Crissé a se rendre auprès de lui. Madame Turpin de Crissé, petite-Hlle de Bongars,
des plus habiles diplomates de Henri IV, avait déjà
deux fils tués dans les rangs vendéens, l'aîné, Lanlot, au combat de Chantonnay (6 septembre 1793);
second, Guy, à la bataille de Dol (21 novembre 93) *. Mère, elle était vieillie par la douleur; Fran-
17 novembre 1799. D. G., carton 5'57, ' Armée de l'Ouesl. D. G., pièces hi» date daasées an 1" janvier ta. — M. de La Sicolièie conlesie dam une noie (vol. Il, p. 3G3) : madame Turpin de Crittc ait eu deux fiU tues ilani te9 guiTrei de nest. Bien que ce Fnil n'ail aucun InLéiêt lilttorique, on ne peut que
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çaise, elle était contristée par le spectacle des ruines ; avant de mourir, elle souhaitait ardemment de délivrer son pays et de sauver ses derniers enfants. Au premier signal d'Hédouville, madame Turpin de Crissé accourut à Angers; elle promit au général républicain de parler n MM. d'Autichamp, de Bourmont et de Châtitlon, et, dès le 12 novembre, elle put faire espérer à Hédouville <• que la guerre de l'Ouest pouvait être promptement terminée par une pacificittion ' <• . Le surlendemain elle écrivait qu'elle avait distribué aux chefs des insurgés les documents relatif au nouveau gouvernement des consuls. Par ses soins, dès le 19 novembre, d'Autichamp, Châtillon et Bourmont font déjà savoir qu'ils sont prêts à écouter des propositions de paix.
Us sont découragés par l'indiscipline du parti, par les excès auxquels se livrent les subalternes. Le jour même du coup d'État de brumaire la ville de Redon a été saccagéepar les chouans; des chefs tels que Tranquile ne songent qu'à ■ faire une ou deux fois par mois un rassemblement, pour enlever sur la grande route la malle-poste ou la diligence, après quoi chacun rentre dans sa tanière, emportant sa part de profit ^ ■ . iiln peu
coniMler de iiouvrau ijuc les piècr» originales c!tée« par M. Fnrncron menlionnent en elTet la mort des deux fils de madame Turpin de Crisir.
' Elle ajoute : • Je continuerai de faire passer tous les nrrèlél et la suite de la révolution qui s'opèie à Paris pour le bonheur de la Francp. La paii se prépare d'elte-m^ine, et nous en goûterons bientôt les doiii fruits. Si ]>.■ n'avais pas rû aussi malade hier, mes enfants auraient eu l'honneur d aller voir madame Hédouville. •
* Rapport de M. de Ghapedeleine, cbarlrier de Thonar^.
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ES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE ips les négociations ont fait de tels progrès, que istre de la guerre, Berthîer, écrit à Hédouville ' : jouvernement ei>t bien satisfit de vos commenta. Il est prêt à tout accorder. ■ s ^i Bonaparte est flatté de la confiance que lui ;nent tous les chefs vendéens, si Berthîer et Hèle s'empressent à lui obtenir la soumission des ■tes, les vieux jacobins ne veulent pas se laisser er leurs victimes; les généraux Vimeux etTravot, listre de la police Fouché, se montrent infatigables nr la défiance '. Le général Vimeux se plaint que utorités constituées cessent de stimuler le zèle des ns » . Le général Travot Fait tuer, à Cliambreteau ée), M. de Grignon, ■ fils du ci-devant seigneur izauges, parce qu'on trouve dans ses vêtements ttre du comte d'Autichamp qui lui disait : « Tiens rs ton monde rassemblé, je te dirai ce que ra'cédouvilte. » Cette précaution, logique chez un ateur, est considérée comme une trahison par t, et comme ce général se défie également de son lédouville et du ministre Berthier, il va déposer ellement cette pièce chez un notaire de Nantes, iclamations des jacobins du lieu qui crient : • Traite sauveur de la République. ■ A cette nouvelle, e Saint-Lô écrivent que les chouans vont prendre tages les femmes et les enfants des patriotes. Les
re autographe, 30 novembre 1709. D. G.
loverabrc 1799 el sulv. D. G., carlon 5)58.
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cris redoublent dès qu'Hëdouville a signé avec MM. de Ch&Ullon, d'Andigoé et de Fougeron, une suspension d'armes • pour toutes les armées royalistes ■ . A ce moment, tous les chefs royalistes sont d'accord, ils se justifient des désordres commis par leurs subalternes et dénoncent à Hédouville la mauvaise volonté des officiers jacobins. <> J'ai trouvé, dit madame Turpin de Crissé, les dispositions les plus sages dans l'esprit de tout le monde. » Le comte de Bourmont explique clairement la situation ii l'un de ses lieutenants, le baron de Menard : ■ Vous tiendrez votre légion rassemblée autant que possible dans un gros bourg, afin qu'ayant toutes vos compagnies sous les yeux, il vous soit plus facile de contenirvusbommes. Voussurveillerezlesembaucbeurs, Annoncez h vos troupes et aux habitants des campagnes que le parti qui vient de renverser les hommes qui avaient <x>mmis tant de crimes vient de proposer aux cliefe de l'Ouest la suspension des hostilités, qu'en conséquence MM. d'Autichamp, de Chàtillon, de Frotté, le général Georges, de LaPrévalâye, Mercier et moi, nous serons réunis le 6 décembre pourentendre leurs propositions. > M. de Kainlis réprime sévèrement les désordres commis par « les hommes des paroisses voisines d'Angers et des mines de la Chapelle ■. De son cAté, le général Hédouville accueille mademoiselle Louise d'Andigné, sœur du général royaliste, qui vient lui demander la grâce d'un autre de ses frères, Guillaume- Jean d'Andigné, que le général Vimeux a trouvé oublié
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LES ÉMIGRÉS ET I,A SOCIÉTÉ FIlASr.AISE les prisons de Laval, et qu'il veut taire fusiller le émigré.
jeune homme était au collège en 1 791 , il avait ses jtarents en émigration, était rentré durant Imie momentanée de 1797. Le coup d'État du ictidor t'avait saisi; on l'avait dirigé sur Rocheour le déporter a la Guyane ; il s'était enfui, caché, avait été repris et enfermé à Luval. Hédouvîlle I l'ordre de suspendre son jugement : « Des lérations politiques dont je rendrai compte au rnement me déterminent à donner cet ordre. ■ léFaut de Vimeux, d'aulres suhalternes se jettent ivers des efforts d'Hédouville; c'est par exemple nmaiidant c|ui écrit : » J'ui manqué le fameux ec, ex-vicaire général de Quimp-fr. Je n'ai eu que nements, livres, cierges, étoles, en un mot tous cliet:i du fanatisme nécessaires pour célébrer la , à l'exception du cab'sse (sic) et de la paiaine (sic) I eu soin d'emporter. ■ Et tout le temps, c'est lé, le ministre de la police, qui, de Paris, suscite stades, centralise et répète les plaintes, multiplie maces. Il donnedesnouvellesdel'arméeauminis-
la guerre, il lui peint son esprit : « Les soldats nniFestéun vif ressentiment, tous aimeraient mieux que de voir compromettre la dignité nationale.. lée des rebelles s'accroit considérablement, les profitent de l'armistice pour l'organiser, elle préun aspect plus formidable que jamais, il y existe
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des compagnies <1* Imssards fort bien montées et équ pées... le dénouement sera terrible. « Fouché, qi deviendra plus ttird le défenseur des royalistes persf cutës et même lenr associé, vers la fin de l'Empin semble vouloir en ce moment pousser le Premier consi dans les bras des jacobins. Il s'oppose aux radiatior d'émigrés, il fait afBcber une circulaire pour dire ■ Que les émigrés trouvent, s'ils le peuvent, le repos i la paix loin de la patrie qu'ils voulaient détruire, ma cette patrie les rejette éternellement de son sein ; l'espi rance d'y rentrer ne sera pour eux qu'une trompeuî illusion! » Il importune Bertbier de ses réclamatioi contre les projets d'Hédauville, non seulement tous b jours, mais presque à toutes les heures; il lui adres; six lettres du 1" au 5 décembre, il lui en écrit qualor: dans la seule journée du 7. Cambacérès, en bon régi cide, joint ses instances à celles de Fouché; Berthiej qu'elles ne touchent guère, leur répond à tous den qu'il ne partage pas leurs inquiétudes. Fouché alors s tourne vers Hédouville et s'efforce de l'intimider e envoyant près de lui un agent chargé d'une enquél secrète, il le prévient de cette mission confiée «au citoyen à qui les opérations de haute police sont fami Hères » .
Ces sourdes résistances inquiètent les royalistes < prolongent les pourparders. Pendant ce temps, l< hommes armés qui restent en présence continuent néce sairement à commettre quelques excès, les récrimina
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EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE issent dans les deux camps, le pays continue lé; M. de Kaîniis communique au général ! une réquisitioD du chef de bataillon Michel, taire de la Pisatière, d'avoir à fourniryrai'nf, a faute de quoi j'enverrai une forte colonne pour se saisir de votre personne, de vos bâtie vos meubles, ce qui pourra être inSniment vos inléréts • , Voilà, remarque Kainlts, « le sseur qui a porté les campagnes au désesitÎD les chefs royalistes sont réunis à Pouance mbre, ils envoient le 17 d'Andigné à Hédoului demander une prolongation de l'armistice aettre les conditions réclamées par eux ' . oment même, les clameurs de Fouché et de 9S avaient porté leurs fruits. Bonaparte n'était le dans les négociations entreprises par luin France, il ne trouvait d'opposition à son Je chez ces paysans. Il se laissa gagner par la s emportements contre la longanimité de Héjrent si terribles, que les amis du général, îres plus calmes qui s'appelaient Berthier, llarke, Lacuée, en furent consternés. Dupont leur part : « Je quitte, mon cher général, le naparte. Il est impatient de savoir à quoi s'en minez donc la négociation, > Mais Bonaparte
ibre 1799, auiographe original. D. G. Lb pièce ett lignée l, Chniillun, Frotté, SiiZ2iinet,il'Aiitichamp, l.a Prpralnye, i Geoi^ea ni Mercier. Geoi'fjea était cependant à PaDancé.
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sous NAPOLEON 1". :
apprend qu'au contraire l'armistice est prolongé ji qu'au 10 janvier. Sa colère monte; il veut frapper. I jacobins l'excitent, en Face par Fouché, secrètement ] Bourrienne '.
Comment Hëdouville résiste-t-il à cette coaliti malfaisante? Va-t-il être la dupe de ceux avec lesqu il traite, ou désavoué par ceux pourlesquels il stipu Madame Turpin de Crissé voit avec lui, chez les ré| blicains comme chez les chouans, les fusils pai seuls, les coups de mnin recommencer. En préseï de ces incertitudes sans cesse renaissantes, le p décidé à la paix se retire et se lasse, le plus bienvi lant devient hargneux : Georges Cadoudal signale, 21 décembre, des infractions à la trêve* : u Ce si en remplissant avec loyauté les premières conditii que vous forcerez les royalistes a avoir confiance di celles que vous pourrez conclure avec eux dans la sui Je désire, pour. le bonheur de l'humanité, que les t roristes, dont plusieurs villes de ces contrées s< broies, ne portent pas vos soldats à enfreindre l'arn tîce. n Louis de Frotté, qui s'est rapproché d'Ang
' Le fjéni-ml Dugua, qui vient d'ùire noanné jiréfet du Calva écrit au lecrétaire Boarrienne cette lettre Bin|;ulière : «'On eti est i joaqu'à oser lonner les cloche*; on a cbaué de toutes les place) hommes qtii se loot prononcés constamment pour la Uévolulion général Lannesa vn cela comme moi. Aux patriotes ont succédé I plus cruels ennemis, ils ont enlevé le pain des hommes qui aiaîenl la Révolution. Pendant mon séjour à Paris, je dis nu Premier co qu'avec de modiqaea emplois on tranquilliserait en tes dépaysan pins zélés jacobins. ■
■ Autographe origioal, ¥, 7, 6391.
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CMCGRES ET I.A SOCIETK FRANÇAISE
plus rapidement avec Hédouville, lui écrit ' nbre ; « On à violé lu fréve à Caen et à )us conviendrez que cela n'est pas fait pour ifianoej envoyez des ordres pour prévenir
où nous serions de repousser la force. " i'ient dire à son tour* : ■ Je viens d'être } quatre hommes de ma huitième ligne, pris spension d'armes à Dompierre des Landes
à Laval, étaient encore retenus dans les :ette ville. > Puis, symptôme plus alarmant, :scommencentà reparaître. Voici l'alibé Berissit, te 2 janvier 1800, à se faire accueillir iférenrci des royalistes. C'est lui qui prend iFFaire de la paix et qui se met en relation iville.
acun veut la paix, les chefs royalistes sont >i, Hédouvitle fait face à tout, sa patience ble, mais les jours s'écoulent, les délais t les complicatioas redoublent.
redoutable venait de Londres. Le comte ivait pas su prévenir le 18 brumaire, mais
en mesure de le combattre. Il ne compre- ;ore les suites qu'avait eues son retard à se campagne. Il supposait possible de mainirre civile. Le 11 décembre 1799, un mois
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sors NAPOLICOS 1". 191
après que le sort des Bourbons était décidé ', le comte d'Artois annonce «ux royalistes français qu'il letir en- Toie le comte de La Chaussée pour les empêcher d'ac- ' cepter la paix : le gouvernement anglais va les soûle- DÏr, lui-même est • toujours animé du même esprit de sollicitude pour ses braves royalistes », et il s'est déterminé à ne leur <• laisser aucune incertitude ■ . La défense de traiter est formelle*. Par un billet autographe, le comte d'Artois blâme les comtes de Ghàtillon, d'Âutichamp et de Bourmont d'avoir n consenti un arrangement momentané avec les tyrans de notre patrie... Non seulement les fidèles royahstes recevront des secours considérables en argent, armes et munitions, mais j'espère, avec l'aide de Dieu, leur en porter moi-même de plus efficaces. >>
Bonaparte n'a pas des idées plus élevées. Il charge Clarke de prévenir son ami Hédouville qu'il est las des prolongations d'armistice ' : "Le Premier consul pense qu'en ce moment toute nouvelle démarche pacifique est inutile. Il faut tomber le plus promptement possible sur les rassemblements armés. C'est par ceux de Frolté et de Georges qu'il faut commencer. Agissez aussi librement que si vous étiez au miUeu de l'Allemagne. Le Premier consul croit que ce serait donner un exemple
' BiblioLhècjue uaiionale de Fraoce. NouTelles acquisùions, vol. 7039, M36.
' Bibliothèque Dalionalede France. Nouvelles acqui si lions, vol. 7029, f>lU>.
'D. G., SjaiiTiarlSM.
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ue de brûler deux ou trois grosses commuoes armi celles qui se comportent le plus mal. se seule est inbumanité. Aux armes donc! s! Ils se rassemblent dans certaines comùlez-les! « Ce n'est pas Glarke qui doit être poDsable de ces paroles; elles sont dictées éon, dont l'idée dominante est qu'on doit i Français comme des Allemands. Quatre s que Bonaparte a prescrit les incendies et ments, Dalton est envoyé pour presser les ; Dalton porte encore une lettre de l'ami ' On a toujours pensé, dit Clarke, que le ; pacifications ne pouvait terminer la guerre, liait nécessairement en Tenir aux mains. On ce que le 10 janvier les communes les plus seront ou désarmées ou même brûlées, afin îs exemples. On attend avec une vive împnnouvelies; les départements seront mis bors ition. On ne veut pas tenir compte des jouri va se prononcer sur la valeur de Hédouait que c'est un homme du métier qui te loit donc être vigoureux. » Glarke embrasse après lui avoir Fait comprendre l'appétit de le maître est dévoré, lement pour les provinces de l'Ouest, Ué-
janvLcr 1800. On Terra cependant qui la fin de l'Emlevint iiiisii cruel tjue Napoléon, el qu'il réduisit lea proleat au déteipoir par tel meiure« cootra la réfracUiivi.
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douTÏIIe n'était pas de ces hommes pour lesquels le maître est l'idée absorbante. Lecœurest haut, le devoir précis, le succèsestproche. Sans écouter les suggestions de Clarke, Uédouville, éclairé par madame Turpin de Crissé, prolonge hardiment l'armistice de dix jours encore et l'étend jusqu'au 20 janvier.
C'en est trop, Bonaparte éclate.
On peut juger de sa fureur par la consternation qui glace tous les amis du général Uédouville. Plus de paix, l'extermination. Le plus jacobin des généraux de brumaire monte en chaise de poste pour prendre le commandement de l'armée de l'Ouest; ce général, ex-ami de Danton, est Brune. • Je ne puis vous cacher que le Premier consul a été extrêmement mécontent du nouveau délai que vous avez accordé aux chefs des révoltés, écrit Clarke à Hédouville '. Tout vous interdisait d'accorder ce délui. J'ai aujourd'hui à TOUS annoncer que le général en chef Brune est nommé pour vous remplacer. Vos amis ont obtenu que Brune vous gardât comme chef d'état-major; c'est un amoindrissement humiliant, mais vous êtes perdu pour toujours si TOUS ne le subissez pas, je ne vois plus pour TOUS qu'une perspective de désagréments I Je remplis uD bien pénible devoir en vous écrivant la présente. « Que d'hommes sont capables de toutes les complaisances afin de s'éviter quelques désagréments I Lacuée
'D. G.,UjaniierlSOO.
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194 LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE n'était pas de ceux-là. Mais il tint à mettre en garde son ami Hédouville contre les conséquences d'un accès de dépit. ■ Le Premier consul, lui écrivait-il, s'attend à vous voir rester sous les ordres de Brune. Je n'ai pas besoin de vous dire combien tous vos amis ' ont fait d'elforts pour éviter cette mesure, mais tout a été inutile. Salut et respect. ■ Aux instances de cette lettre délicate, Berthier ajoute les siennes ; il écrit ■ les consuls 1 ; mais comme il n'y en a qu'un pour lui, il continue en disant : ■ // compte que vous continuerez à servir avec le général Brune. «
Ce fut Bernier qui précipita la solution. Au moment où Brune arrivait, deux jours avant la cessation de l'armistice, Bernier écrivait ' : « Vos vœux et les miens sont remplis; aujourd'hui, à deux heures, la paix a été acceptée avec reconnaissance par tous les chefs et officiers de la rive gauche de la Loire. L'olivier de 1^ paix remplacera sur ses rives les tristes cyprès que la guerre eût tait crottre. Il est dans mon caractère de seconder tout ce qui contribue au bonheur des hommes, mon cœur est tout entier au pays que j'habite, et sa félicité est le premier de mes vœux. «
La paix est à peine signée, et déjà Bonaparte a pris la mesure qui doit satisfeire ses appétits de vengeance : il a détaché la Normandie de l'armée de Brune, il l'a donnée à l'ancien garde-Française, au docile général
' D.G., 18 j*n»ier 1800.
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sons NAPOLEON I"- 195
Lefebvre. Les Normands sont perdus. Le Premier consul peut se montrer aimable avec les Bretons et les Vendéens. Un homme estimé de tous les partis et dont le nom est encore porté dans l'Ouest avec honneur, le brave La Boche Saint-André, apporte les adhésions de MM. Fallu du Parc, de Quatrebarbes et de Ghàtillon, qui n'avaient pas signé avec les autres chefs'. Aussitôt, Bernier se rend près du Premier consul. «Nous sommes arrivés en parfaite santé ■ , écrit-il à Hédouville. Il est prolixe, onctueux, mielleux; Clarke l'a ■ accueilli avec cet air de bonté qui lui est nature! » ; il trouve que Hédouville aussi est « bon et bienfaisant >> . Il multiplie ses lettres pour lui conter longuement les marques d'intérêt que lui a données le Premier consul; il a dîné avec lui à sa campagne et successivement chez les autres consuls et différents ministres, et tous lui ont témoigné les mêmes égards. Bonaparte sourit à une solution qui le dispense de la guerre civile sans le priver de sa vengeance. Si la guerre étrangère s'était compliquée, d'une guerre avec les chouans, il n'aurait pas eu Marengo. Il rend donc sa faveur à Hédouville, mais la vraie récompense
■ D. 6., 20 janvier ISOO. — Od iit les noms suivanU sur la pièce originale : Cbàlillon, d'Andïgné, Louis de Margadel, d'Avaynes, la chevalier de Bribes, Menard, Terrien, C. Turpio de Crissé, chevalier de Hon(.-irdat, Palierne, d'Andigné, Uourlet, de Kaliilii, Proaper Turpin de Crissé, PlouBin, de Quatrebarbes, Heinaull de La Chevalerie, Bardel. Le commandear du Fougeroui .ipporte la pièce; puis M. de Landemont adhère au nom de M. de La Prévalaye, M. de Matartic dit Sauvage, au Dom de H. de BourmODtj el il répond de Geniges Cndoudal; H. Fallu du Parc adhère le leudemain.
p.q,t,:scbyG0C>^lc
LES ÉHIGBÉS ET LA SOCIÉTÉ FBANÇAISE le pacificateur de la Vendée est dans les félicitadé son ami Lacuëe, l'homme de coeur qui a connu ■anses et qui l'a consolé dans ses disgrâces : > Je uis, lui écrit Lacuée ', vous exprimer le plaisir je ressens à vous voir vengé d'une manière si lète. On a voulu vous nuire et l'on a fuit ressortir gloire. Tout ce qu'il y a de probe et de sensé vous justice. Veuillez, je vous prie, dire à madame uville que l'incertitude où j'étais de votre séjour mée et la vie errante que j'ai menée m'a empécbé envoyer son manchon, ce qui du reste est extrémt heureux, car les manchons ne sont plus de , il est de très mauvais ton d'en porter. > pendant Bonaparte a voulu voir les chefs veni : il dit au comte de Bourmont qu'il reçoit^ : U9 êtes jeune, mais vous avez de l'esprit et de ^rience, je vais vous parler franchement. Toute :nce qui ne vient pas du gouvei'nement est un ' en politique. Vous en avez trop acquis dans st pour que je n'en sois pas inquiet. Je ne reni pas tous les chefs. Par exemple, Ghâtillon, Béret d'Autichamp, je m'en entourerai avec plaisir, obéissez à Monsieur, qui joue un rôle indigne. ■ s paroles n'étaient pas de nature a rallier les chefs >uvernement. Georges Cadoudal, Bourmont et
G., antogrnplie origiaaL
chives de Thouara, Récit de Bourmont, écrit par le prince Looii
r<éaioi)le.
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sous NAPOLÉON l". 19T
Desot de Grisolles partirent pour l'Angleterre. Mercier, dît la Vendée, crut pouvoir rester eu Bretagne. Il fiit tue l'année suivante à Loudeac, par les ordres de Bonaparte. Tous ceux qui ne purent se réFugier a l'étranger furent également pris ou tués. Les enlèvements clandestins durèrent pendant tout le temps du règne de Napoléon. Ainsi disparurent, sans que les fomilles aient eu aucune idée de leur sort', Babin de La Griinaudière, Le Nepvou de Garfbrt et Rolland, dit Justice*. Ainsi encore beaucoup d'autres dont nous suivrons les traces dans les prisons d'État. Mais le vrai crime, crime dû à la volonté seule de Bonaparte, s'offre comme un cruel dénouement à la pacification de la Vendée. Ce crime, c'est l'assassinat du comte Louis de Frotté et de ses compagnons.
LE COUtE LOUIS DE FROTTK.
Le comte Louis de Frotté, chef des royalistes de
■ Voy. Kbhioht, Lei Chouans.
* Babin de Lu Grimaiidicre, écroué le 2* complfmentaire an XII, avait clé eDrermé au chnuaii d'If. Il fuL délivré en ISH. De CarFort avait conimandc lei CAtcH-du-Nord en qualité d'adjudant général. Il fat envoyé, le 27 bramaire an XIV, du château de Lourdes au chàcean d'If. Il hi[ également délivré en 1814 [Revue de la Révolution, 1SS7, II, doc. 85). KotUnd dit Justice, wrtî de prison en ISU, muumt en 1856, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, en voulant arrêter un taureau échappé dan» les rue» de Dinan.
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198 LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE Normandie ', avait confia, en septembre 1798, à son ami le comte de Mandat, le commandement des forces insurgées, et s'était rendu près du comte d'Artois à Londres, dans l'espoir de le décider à un débarquement en France. Ce Fut alors qu'il apprit l'arrestation de Mandat*. Celui-ci avait été dénoncé au moment où il allait chez madame de Bamaresq, sa maîtresse, qui était sur le point d'accoucher. ■ Le malheureux, écrit Frotté, se rend à ses ennemis sans se défendre, par égard pour la mère de son enfant, qui, en perdant la tête, a contribué à faire découvrir son amant. Tous deux sont traînés dans les cachots. J'apprends cette nouvelle quatre jours après, j'envoie cinq cents louis et toutes les promesses possibles à ceux qui le sauveront. Le frère atné de Mandat envoie un agent de Paris h Caen pour fournir tout l'argent nécessaire à son salut, on gagne les juges et l'on a presque la certitude de sauver la victime. D'une part, nos mesures sont dénoncées par quelques-uns de nos gens à des républicains qui n'avaient pas été gagnés. De l'autre, Saint- Louis, à la tête d'une douzaine de déserteurs, ignorant les moyens qu'on a pris, croyant Mandat perdu, va enlever une diligence chargée d'argent pour être à même ensuite de pouvoir le sauver. Il est arrêté avec ses compagnons. Amenés h Caen, ils se disent de mon < Voy. sur ea jeuDease M. db L> SiccmÈnB, LouU Je Frotté ei la u prince Louii de La Trvmoille, char-
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SOOS NAPOLEON I". 19»
année. Aussitôt le sort du malheureux Maadat est décidé. Les juges gagnés craignent d'être compromis, et le lendemain l'envoient à la mort. Ce Saint-Louis, très brave au combat, très soumis quand Mandat ou moi le commandions, devenu indiscipliné, a agi contre tous les ordres qu'on lui a donnés et, depuis qu'il est arrêté, dénonce tout ce qu'il connaît et a déjà feit prendre plusieurs officiers. Mon organisation est f. , mes malheureux camarades fusillés, en prison ou en fiiite. .. L'amie de Mandat est accouchée, dans la prison, d'un garçon, il a lait venir l'enfent le jour de sa mort et l'a reconnu et fait baptiser. Le mari est ici, gai comme un
pinson , qui ne se doute de rien ' ■
Laissant à. Londres ce mari joyeux avec le comte d'Artois, Frotté se rend hardiment à Paris pour étudier les chances de son parti : ■ Je n'y trouvai pasd'agence*, mais une foule d'agents divisés en trois factions qui se détestaient et se déchiraient mutuellement. L'ahhê d'Esgrigny, de concert avec M. de Rochecot, désirait diriger tout exclusivement. >> Les chefe d'une autre faction avaient été arrêtés; M. des Pomelles,UD de leurs
■ Lettre da 35 juillet 1798, charlrier de Thounn. — M. de La Sico- Cière écrit dans one noie (vo). 1 1, p. 203), f n parlant de U reproduction de cette lettre par M. Forneron, reproduction tronquée. On ne Imnqiie pas une lettre quand on ta reproduit par extrait! en indiquant p»r dei points qu'on y fait des coupure». Ce qu'il y a de piquant, c'est que M. de La SicotiÈre, empruntant cette lettre à la source indiquée par H. Forneron, n'en donne lui-mirne que deï extrait*, c'eat-à-dire qu'il la tronque, pour employer son eipreision.
* Lettre au prince de La Trénioillc, cbartrier de Thouan.
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SOO LES EMIGBES ET LA SOCIETE FRANÇAISE anciens acolytes, ■ se trouvait brouillé avec eux; il forma une troisième secte qui ne laissa pas d'être assez nombreuse, parce (fu'il donnait souvent et fort bien à diner sur les fonds destinés à réunir les esprits de Paris ■ .
Aussi le découragement envahit l'âme du brave Normand : la cour tlu comte d'Artois à Londres offre, à cette heure où la succession de la République va s'ouvrir, un spectacle aussi incohérent que les agences de Paris. C'en est fait, Frotté renonce à la lutte; il ne reprendra plus les armes que ■ par des ordres formels et pur écrit, aGn de n'être plus dupe d'un dévouement, noble il est vrai, mais dont on nous saurait encore moins de gré que jamais... ' ■
Les ordres formels que réclamait Frotté furent donnés. Le comte d'Artois promit pour la quatrième fois de débarquer en France, il exigea que la Normandie fût entraînée à un nouveau soulèvement. Le chevaleresque Frotté crut que son devoir était d'obéir au prince, mais il ne se mit pas en route sans de tristes pressentiments, u Je devrais attendre ton arrivée pour te confier que je veux tout à Fait devenir homme de bien avant de partir. Quand on va combattre pour la foi et la royauté, il fout être conséquent et alors remplir ses devoirs de chrétien aussi bien que ceux de royahste. Si je ne l'ai pasfoit plus tôt, c'est que je redoute jusqu'à l'apparence de l'hypocrisie vis-à-vis de moi-même et que cette dé-
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SODS NAPOLEON 1". tO
muFche ne peut se faire cooTenablemeni à moitié seulement pour la forme. Je craius encore les yeux < autres. Aussi lais-je mon araire sans en dire mot. Mi mon ami, ]e te dois cette confidence, car c'est à pauvre cher Valiière et à toi que je dois après D les liens qui m'ont toujours retenu non dans la p tique, mais dans le respect de la religion '. »
Frotté arrive en Normandie, sans illusion sur chances, dans ce même mois de novembre où Hédi ville commence les pourparlers de paciGcation. Il occi les chemins creux entre Vire et Falaise, pendant qui comte de WilliamsoD occupe Fiers et que Louvel Hontceaux s'avance dans l'Orne *. Wiiliamson est, bout de très peu de jours, blessé, pris, massacré par soldats de Bonaparte. Frotté, qui était déjà sans ci fiance, reçoit à ce moment l'avis des offres favorab que fuit le général Hédouvïlle *. Il lui écrit aussitôt :
■ MM. d'Autichamp, de ChàtîHon et de Bourmo en me faisant part des propositions que vous leur a<
' t août 17M. Letire au prÎDce de UiTramoillH. Oiaitrier de Tbou mânaicrils autographes.
' Voy. SiROT, Tribunaux réprettift de la Manche, II, ÏI6, et fbame de Buochimp, éd. de 1830, IV, 405. — On s'est bien (ro> lur Beauchaïup. C'ett un des hommes les plus méprisables de ces ten où il en parut un il grand nombre. Mais c'est un det historiens plus consciencieux et les mieux inFormés qui aient jamais existé. V )r) papierâ à la Bibliulhètjue nationale.
' Il est indispensable d'entrer dans d'auez noinbreui dévelop ntnti, la ailDation ayant été absolument travestie par ta plupart Uitorian*.
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EMIGBE8 ET LA SOCIETE FRANÇAISE 'S réponses qu'ils ont cru devoir vous faire, à que tous leurs camarades y donneraient leur it, m'ont assuré que vous aviez envoyé en : les mêmes ordres que vous avez fait passer ;ndée, l'Anjou, le Maine et la Bretagne. En que j'adhérais aux mesures prises par ces vous avez rendu justice, général, à l'étroite existe dans nos opinions comme dans notre 'agir. En conséquence, je vais donner les plus précis dans les pays qui m'ont accordé nce pour que la trêve y sott observée iivec xactitude qu'elle doit l'être par les troupes rdres, et je ne doute pas, général, comme je le croire, que, si quelque infraction partielle oir lieu, il n'aura dépendu ni de vous ni de prévenir.
« Le comte L. de Frotté.
lâché à Couterne vingt-six prisonniers ayant te et un lieutenant à leur tète, et quant aux sd'Alençon,de VireetdeSaint-Lô, les répuis par nous les armes à la main ont été renia même humanité '. «
nt en même temps le comte d'Artois qu'il s armes *. Mais il ne peut toujours, pas plus :iers républicains, empêcher les excès de zèle
nea Oueal. Autographe oiipnal.
aci]uisî(ion» françaiiei, 1039, F" 136 h 142.
sous NAPOLEON I". Si
et les échauffourées ; en donnant avis ë Hédouville d'une rencontre qui a eu lieu, nonobstant la trêve, Nonancourt, il dit : ■< Je crois pouvoir vous rëclanx avec justice ceux de nos hommes que vous avez Fai prisonniers; si les hommes sous vos ordres en eusseï fait autant, vous pouvez être d'autant plus sûr qu'i vous auraient été rendus, que même pendant la guer ceux qui sont tombés entre nos mains ont obtenu imm dtatement leur liberté. ■ Il envoie des sauf-condui pour que le général Hédouville obhge les républicaii de l'Eure à respecter la trêve; ces derniers, ajou Frotté, ■ sont incapables des mesures loyales qu't peut attendre des militaires >> .
Ainsi Frotté fait > bonne guerre » , comme disi l'iufanterie du seizième siècle, il épargne les p sonniers, il désire la paix. Hédouville déploie dans s rapports la. même largeur de vues, la même nobles de sentiments. A ce moment, du reste, le Premi consul n'a pas plus de haine contre les Norman que contre les Bretons. Nulle sympathie chez Hédo ville, Berthier et Bonaparte pour les jacobins de Manche; ils crient*, on les laisse crier. Berthier éc même durement à Fouché ' que tout ce qu'il lui ra porte sur la situation du Calvados est inexact ou exagéi
' D. G. ÂntOfiraplie original, 13 décembre 1799.
> D. G. Dénoncialion du citoyen Roi|iieii, du 18 décembre 1799, du admioUU'a leurs du dcpaitement de la Manctie, du 2.3 dccem
■ D. G., tft décembre 1790.
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.ES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE it à coup Bonaparte perd patience ; c'est contre ' et Georges Gadoudal qu'il est le plus irrité, il fbit par Glarke à Hédouville la lettre déjà citée'... lez deux ou trois grosses communes... la faiblesse est inhumanité... ■
lù vient celte gradation dans la liaine? Contre aont, qui tient toujours la campagne à la tête de jions, rien; contre Georges, la fureur s'amasse Dent, mais elle n'éclate encore que contre Frotté, 3 humain de ces chefs royalistes.
ce même mois de janvier 1800, Bonaparte vient r connaissance d'une proclamation royaliste distri- :n Normandie. Elle dit que Bonaparte, en se troue 18 brumaire à Saint-Gloud, a pâli de peur et tnbé demi-pâmé dans les bras d'un grenadier. On ipelle en effet que, au milieu de ces députés pour part hostiles, Bonaparte avait manifesté une vive on. Peut-être ce fataliste a-t-il douté un instant Fortune. Peut-être les fatigues des deux jours prêts ont-elles amené une seconde de défaillance. En as, il était ridicule d'accuser de lâcheté l'homme atd'Arcole, le général de l'armée d'Italie. Frotté m senti. Il n'avait pas signé celte proclamation ; évu, il a écrit (lettre du 9 janvier 1800, à M. de liirque, qui l'avait rédigée) qu'elle attirerait toute ;re du Premier consul '.
G.,5jaDvii:rl799.
f, lur ce fait capital la biographie MinaiDD : Àlphonst de Beau-
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sous NAPOLEON I*. M5
Sentant le prix de la paix et voulant éviter tout prétexte de rupture, il écrit encore, le 7 janvier, à Hédouville, Cju'il est résolu à signer la pacification ' : ■ Je ne négligerai aucun moyen pour faire renaître la tranquillité, dussé-je m'y sacrifier moi-même personnellement. ■ Mot touchant; le dénouement est prévu, et le héros sera prêt pour le sacrifice.
Bonaparte est prêt aussi, il sait ce qu'il veut faire; il epvoie de Paris le général Ghambarlbac avec dix-tmit cent<t hommes pour prendre le commandement dans l'Oroe*. Gbambarlhac ne rendra compte de ses actes qu'au général Lefebvre, qui reste à Paris sous les yeux
champ, édition 1810, IV, 496. — Libfrkï, Histoire de Napoléon, 11, 77. — S.BOT, Oei tribunaux rëpreaifi de la Manche, 11, 417 J Haine personnelle du Premier consul. — Comte db Hihtel, Les hiiloriens Jantaisiiles. C'est M. de Martel qui attribue la proclainalion à H. de Cammar(|ue et cite la lettre écrite pur Frotté pour la blâmer; maig li M. de Martel a la q>ie la proclamation n'était fi»t de Frotté, Bonaparte a cru i|u'elle était de lui. De ik sa baine. — M. de La Sicotière penM que ia haine de Napoléon n'était pas motivée par la proclamation de Commarijue. H eiplique l'assaMlnat de Frotté et de set compignoni par le désir de lerriHer lei campagne* de l'Ouest. A coup gûr, il peut dire ; Si l'opinion de .M. Forneron est probable, la mienne est probable aiusi. Au point de vite historique, peu importa le mobile; ce qui importa, c'est [l'établir qu'il y a eu assassinat. Pas plus que M. Forneron, M. de La Sicotière n'émet à ce sujet te moindre doute, et il prodait dans sa démonstration des preuve-i irréfutables.
' D. G., 17 ventftsean VIII.
* Bonaparte écrivait directement à Cbambarlbac : • Le général LefébTTe ne m'a pas laissé ignorer CR que tous avici fait. H vous reste encore jl Taire rendre la tranquillité an département de Lorne (sic). Désarmez toutes le* communes mal intenlioné (tic) et tous ceux qui l'on soulevée (tic). Adieu. Apprenés {tic) moi bieolOt que vous avei battu Frotté. ■ (Lettre inédite autographe signée. Arcbivet Gustave Bord.)
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fOft LES ÉMÏGHKS KT LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE du Premier consul. Ni Hëdouville, ni Brune, qui va le remplacer, ne pourront donner des ordres dans l'Orne. Bonaparte évite d'ailleurs de prévenir aucun général de cette interversion dans les commandements; lui, le parfait modèle de la précision dans les ordres et de la méthode dans l'administration , il brouille tellement toutes les attributions, que nul ne sait quel est son chef. 'Au point de vue de sa vengeance, aucun inconvénient ne saurait résulterde nette confusion volontaire, puisque Hédouville est en disgrâce, Lefebvre sous sa main. Ainsi, dès le 18 janvier 1800, le général Lefebvre écrit, dans l'Orne, aux chels de colonne ' : ■ Poursuivre à toute outrance et sans relâche les brigands; le Premier consul a les yeux sur cette opération •> , tandis que Guidai, le général qui commande ce même département, vingt jours encore après demande toujours des ordres à Hcdouville* : « Frotté, rebelle jusqu'aujourd'hui, me fait demander quelles sont les conditions reçues entre vous et les chefs de la Loire. Il est instant pour l'humanité, pour la chose publique, que vous me fassiez connaître vos intentions... ■> C'est seulement en recevant cette note que Hédouville apprend comment Lefebvre possède, depuis trois semaines, l'Orne avec la Manche et le Calvados, dans sa dix-septième division militaire *, et c'est le même jour, tant la confusion avait
■ D. G., lt< janvier 1800.
' D. G., 18 pluviaae, 7 février 1800.
' Note auCographe de Kédoiiville sur la
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sous NAPOLEON 1*. «OT
été saramment ourdie par Bonaparte, que Frotté envoie M. de Saint-Florent porter cette lettre à Hédouvitle ' : ■ Voulant éviter à mon pays, resté seul sous les annes, les malheurs dont il peut être menacé dans cette guerre, j'ai l'honneur de vous Faire part que je souscris, pour les départements où je commande les royalistes, tmj. mesures déjà prises par les autres chefs royalistes pour le rétablissement de la tranquillité dans les proviDces de l'Ouest. En souscrivant aux conditions acceptées par MM. d'Autichamp, de Chàtillon, de LaPrévalaye, Bourmontet Georges, j'espère que mon pays ainsi que les ofBciers et soldais sous nos ordres jouiront des mêmes avantages promis aux autres et dont l'expérience seule pourra nous prouver les effets. Quant ii moi. Monsieur, je fats abnégation de toute prétention ou réclamation personnelle. Si la bonne foy n'est pas le garant certain sur lequel peuvent se reposer nos pays après notre licenciement;.., si nos officiers et soldats rentrés dans leurs foyers y pouvaient craindre quelque persécution en raison de leur conduite et de leurs opinions, je désirerais qu'elle pût retomber sur moi seul dans mon pays, et cela serait juste, puisque c'est moi qui lui ai mis les armes à la main. ■
Bonaparte n'aimait point ces âmes généreuses ; il préférait les hommes comme Beroier, qui servaient, qui flattaientsescolères,quiluidisaientd'une voix mielleuse ^ :
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SOS LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE ■ Je suis désolé plus qu'étonné de la résistance de MM. Georges et de Frotté. On sait qui les mène. L'Angleterre ne le dissimule pas. Elle dit nettement que leur ' opposition armée empêchera au moins treute mille hommes d'éb-e, à l'ouverture de la campagne, sur les bords du Rhin. » Ces excitations perfides n'étaient pas nécessaires pour échauffer la bile de Bonaparte; les soumissions de la plupart des cheb l'exaspéraient davantage contre ceux qui bravaient ses menaces et repoussaient ses oHres, et particulièrement contre Frotté'. Il iàut ■ à tout prix ■ que la guerre soit finie dans la première décade de ventôse, La terreur et la mort doivent être mises à l'ordre du jour. Frotté n'est plus un ennemi, mais, comme tous ceux qui lui résistent, ■ un misérable et un brigand ■ . llnes'agitplnsdelevaincre; c'est sa ■ mort ■ , son ■ anéantissement ■ , sa ■ destruction ■ qu'on exige; ce n'est plus seulement aux armes loyales qu'on devra recourir contre lui , mais l'incendie, la trahison, l'assassinat sont recommandés et primés *. De violence en violence, Bonaparte arrive à dicter ces ordres barbares : « Tâchez d'avoir dans vos mains le baron de Commarque, commandant la première division, le chevalier de Monceaux, commandant ta seconde division, le nommé Lavi du Bois, commandant la troisième division, d'Huuteville, Mémecourt (dit For-
' M. DB Li SicoTièns, II, WJ et taïv.
* Corretpondanct de Napoléon, Imitm de» 1", 10, 11, 13 fénin
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SODS NAPOLEON l". 809
tunaO, Picot, Ruais, Hugon, des Essarts. Mettez des colonnes à la poursuite de tous ces brigands. Vous pouvez promettre mille louis à ceux qui tueront ou prendroQt Frotté, et cent pour chacun des individus ci-dessus nommés '. >
Après s'être résigné à traiter. Frotté avisa de l'envoi de sa lettre à Hédouville le général Guidai, déjà prévenu de ses intentions*, et lui offrit une suspension d'armes. Il prévint également le général Avril ; il intima l'ordre à Commarque et à ses autres divisionnaires de suspendre les hostilités'.
On a vu que Guidai, placé sous les ordres de Ghambarlhac, avait cru devoir encore consulter Hédouville. La réponse d'Hédouville n'impliquait nullement le rejet des négociations; elle plaçait Frotté sur la même ligne que Georges*. C'était aussi le sentiment du général Avril, qui commandait à Caen en l' absence de Gardanne, ■ Il autorisa provisoirement
' Correlpondance de JUapoléon, leltre du 11 février 1800 au général Gardanne. Ces lettrcB ont été reproduitM dan» l'Hiitoirt de Sapotton, pu LâKFBBT, n, 77.
' Le 7 février, c'eit-à-dire la veille. Guida) eiprîmait à Hédouville b j«ie qae lui cansail la perspective de la conclusion prochaine de la paix avec Frotté. Sa lettre eitt aui Archives de la gaerre.
' A la réception de cet ordre, Cooimarque écrivit à Guidai pour lui proposer une suspension d'aroiei. (Lettre àa 19 pluviàse. — MouUtur duS5.)
* • ...Le général Rnane a exigé de Georges que les armes fussent mulnra dans les trois jours qui suivront le licenciement. Frotté, ayant tenté le soit des armes, ne peut pas prétendre aui conditioni accordées 1 MM. d'Autickamp et Cbâdllon. Il ne doit pas obtenir de meilleures conditions que Georges... ■ Lettre d'dédouville citéa par M. 08 .MiBiKL, p. 17Setiuiv.
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110 LES EMiGIlES ET LA SOCIETE FRANÇAISE
Guidai à receToir la soumission de Frotté et dé ses bandes '. >>
Quant à Frotte, il trouve tout simple que, traitant le dernier, on lui fasse des conditions plus dures qu'aux autres chefe, seulement il se réserve de discuter ces conditions; ainsi, jamais il ne donnera l'ordre à ses hommes de rendre leurs armes'.
Enfin, Chambarlhac, devenu à l'insu de tous l'arbitre de la situation, parle à son lour : il continuera les hostilités jusqu'à ce qu'on ait remis trois mille armes, mais les conditions de la soumission seront réglées par le Premier consul*. Du reste, LeFebvre lui-même, au moment où l'on paraissait lui défendre de traiter avec Frotté, admettait la possibilité de traiter avec lui*. Si Guidai et Chambarlhac reçurent des instructions dans le même sens, ils durent se croire autorisés à continuer les négociations ouvertes avec le chef nor-
' Lettre! an ministre de la guerre, 9 et 11 févrieT 1800 (Arcbivei de in guerre).
« Frotté i M. He Commnrque, 11 février 1800. — M. db Mihtei-, p. 172 et »ulv.
° Ctiambarlhac à FrolLé. ■ ...Des orclrei de mon gQuvernemeul me défendent da correspondre avec tous. Cependant, rendei d'abord tus armes, el je solliciterai pour vous. Je dépêehe de suite le citoyen Bau- , dinlion, mon aide de camp, auprès du Premier consul el du général en chef. J'attends leurs décisions pour vota les transmettre. En attendant, je continuerai mes opérations militaires, jusqu'à ce i|uc vous m'ayei
' p ...Les ordres ont été réitérés punr pousser Frotté et |>our le détruire, à inuiuH iju'on ne trouve plui convenable |H>ur les intérêts de la patrie de traiter avec lui.,. ■ — Général Lefebvre, commandanl en dief la division, au miuistr* de la gtierre. Paris, 13 février 1800.
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SOUStNAPOLEON 1". ïll
mand. Ce qui est certain, c'est que les oégociations continuèrent'.
Au surplus, quelle était la situation de Frotté? Il avait demandé, le % février, à être compris dans le traité de pacification. Georges et Mercier y avaient été admis .sans difficulté le 1 2 février*. Bourmont ne s'était présenté que le \G février au général Hédouvillej mais contre aucun d'eux Bonaparten'avaitde grief personnel. Le Premier consul n'ayant pu foire assassiner Frotté en promettant mille louis pour sa tête, va profiter de sa lettre (du 8 février) pour simuler unfe acceptation de la paix et s'emparer de son ennemi. •■ Qu'il se rende à discrétion, il peut alors compter sur la générosité du gouvernement^. •• Qui voudra s'associer au guetapens? Pour répéter à Frotté les mots de Bonaparte, il se trouva deux généraux français.
Guidai, ancien protégé de Barras, e'tait devenu l'époux
• ...Le département de l'Orne commence ù jouir A» la iranquillilLu longtemps di^iirée... Le général Ghambarihac, qui se trouve en ce moment à Alenqon, m.inde que Frotte, Commarque et plueieun autres doivent s'v rendre dans la nuit du 26 au 27 pluviûse (15 au t6 février). On ne doute pas qu'ils ne soient disposés à se soumettre à toutes Ic'i moditions qui leur seront imposées, n Moniteur du S8 pluviisse (17 févrior). Eitrait d'une lettre du j^énéral Chambarlhair. Alençon, 2<> pluviOw (i* février 18U0). Ainsi, Frotté et son état-major devaient »,: rendre à AlenQon dans la nuit du S9 au ST pluviAge (15 au 16 février);, ila y étaient alteudus. Ils avaient des sauf-conduiis, sécurité entière; la conférence était convenue de part et d'autre. Comment l'avait-elle é(éT Dans une réunion qui avait eu lieu à Alençon entre les généraux républicains, d'une part, et Conimarque, d'flugon et du Vei'dun, de l'autre. — H. im U Sigotièhk, II, 473 et suiv.
* D. G., IS février 1800.
* Lettre de B«n*parte, 14 février 1800.
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LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE ancienne làvorite de son protecteur. Ce géant nçal, qui acceptait un râle dans la pièce, était er, brouillon et sans cervelle. Il va disparaître ïmps pour ne plus être en vue qu'une seule fois, cette journée où il suivra Malet sans savoir vers >ut et sera fusillé sans savoir pour quelle cause, ibarlhac descendait de vaillants officiers, il s'était gué dans les guerres d'Italie, mais on lui relait d'être adonné à la boisson '. ËtaJt-il ivre rengo?... Ses soldats, indignés de son attitude, nt sur lui à la revue qui suivit la bataille'. Il y endant à distinguer entre les deux : le supérieur, ibarihac, se borne à laisser &ire ; le subordonné, il, est un complice actif qui prend l'initiative, s répoQses des généraux, le retard de Saintut qui ne revenait pas d'Angers, avaient accru Dgoisses de Frotté. Alors il écrivit h d'Hugon lettre qui fut trouvée sur celui-ci après Tarion et dans laquelle on a^cta de voir une infidéu traité qui n'existait pas encore*. Saint-Floreut
rmot DB Rkicht, Dictionnaire ntoloji^ut.
bien du cagiitaine Coigiiet, 1S83, In- 13. VDJvi, telle qu'elle fut publiée j)ar le général Lefeb^re, avec naa réliniinaire uù il Sujipose faussement t|ue Frolté avait oKert de
lileur du 29 pluviftie, p. 59!.
a lettre qui suit, trouvée Sur d'Hugon ei écrite pendant que demandait à rendre les armes, fera counaitre la foi de ce* bri-
• Mercredi (IS février), i dnq heur», n'ai point encore de nuuvelUs d'Angers; j'attends tontes les
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SOtTS NAPOLÉON 1". Si3
airiva le 2i pluviôse (13 février) '. Il rapportait la nooTelie de la soumission des chefs veodéens et bretons. Le lendemain eut lieu l'entrevue entre trois envoyés de Frotté et les généraux républicains '. On discute les dauses, mais on ne s'entend point. ■ Ces difficultés, lenr dit-on ', ne peuvent être aplanies que par votre chef. Faites-le venir. Il sera reçu comme vous l'êtes vou^mémes. Toici un sauf-conduit pour vous et pour
uioatei Sainl-Floreiil. J« ne voii i|De trop que j'ai prévu juMo-, dui perfides et insolenl» ennemi* noa* traileruDt peat.^ire plae durement que ]« aulrei, parce t\ae aoa» sommei le* dernieri. rt'iraporte, il Faut bicD louicrire i tout, maia jamais su déaarmement, cependant; du noim, ce ne sera jamais par mon ordre; pour llclier de le prévenir, hitn pTOviloi rement prendre lei fusïU de loutet let recrues et aulrea ■aidai* peu ai'irs, et meltei-let en magasin.
■ Faiie»-en dire amant i Lebrun de ma part. Notre situation est lien critique; mais il faut espérer qu'elle ne durera pas; noire lonrvieniln : A mon cher d'Hugon, que j'ai de chagrins! jamaia mon cueur n'éprouva plu» d'amertome. Que ne puis-je réunir sur ma tSle toute Il haine de no« ennemis pour noua toua ! J'en serais plus satisfait; du nains je prendrai sur moi le plus que je pourrai pour alléger les autres.
• Envoyei-oioi de suite un exprès, pour attendre mes ordres et me donner les renseignements de ce qui >e passe dans votre canton. Mille ainiliés U Cooimarque : pour Dieu, engagez tous nos amis k patienter; jaoeaçois qu'ils sont inquiets, mais moi, je ne suis pas tranquille.
I Signé : L. VK PnoTré. •
' Comte OB SÉMttLB, notes. — Abbé Dehuit, VI, 67. — Moner, IV, SJ. — IV, 207, de son nom patronymique, Sainl-Plorent s'appelait d'Haoricoort.
• Ces trois eOTOycs étaient le cheralier du Verdun, le baron d'Hu- Bon et M. de Commanjue. Sechnrioll (PawaI), major dans la division d'Ambriéres, était aussi à Alençon (Billard, I, 196, 913)
• Cea paroles sont mises par M. Forneron dans la hoirche de Gtudal. et par M. de La Sicotîère dans celle de Cbambarlhac. Cependant, de l'avea de M. de La Sicotière (11, 515], c'est Guidai qui a joué le rSIe le pina actif dans la trahison.
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t LES EMIGRES ET LA SOCIETE FRANÇAISE
'. ■ On leur donne aussi le mot d'ordre. Trois jours lient accordés à Frotté pour se présenter; rendezus fut pris pour la nuit du lendemaia. Alors Chamrlhac et Guidai adressèrent au gouTernement la te qu'il publia dans le Moniteur.
Malgré le sauf-conduit, Frotté était peu confiant; il savait l'objet de la haine des Bleus. Il se souvenait s manques de foi qui avaient déjà déshonoré les nemis ; mais ses amis avaient engagé leur parole et sienne, il se résolut à partir. « Je me repose sur mon uf-conduit p , disait-il à Brusiart dans le dernier billet ['il ait écrit*. Il fit de touchants adieux à ses cama • des. Tirant Moulin à part : ■ Je ne m'abuse pas, on cher Michelot, lui dit-il, je sais que je vais à la ort; mais je me sacrifie de bon cœur pour le salut un pays et d'une armée qui me furent toujours chers *. ■ On soupçonnait autour de lui lu trahison projetée, 1 le prévenait du danger qu'il courait d'être arrêté à lençon; sur la route, ses compagnons et lui furent us expressément avertis au relais de Saint-Denis-surirthon; leur parole restait donnée, ils continuèrent ur roule*.
Ils arrivèrent à dix heures du soir h leur destination. es postes étaient doublés. Il y en avait un à l'entrée
■ Hw^VcatMi*, IV, 19». — Mûrit, V, 208. — Abbé Dehuh, VI, 67.
< BilUt <te Froué à BrusUri, 15 février 1800.
' Méwioirei de Moulin.
* H^t <iu cbevalier de Godet, rédigé pour AlpbonM de Beauchamp,
13 aavembre 1819.
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SODS NAPOLEON 1". Î15
d'àleoçon, sur la route même que suivaient les officiers royalistes ; ce poste les laissa passer. Ils desceudireat à l'hôtel de Bretagne, d'où ils se rendirent librement ' chez le général Guidai, qui demeurait rue du Cygne. La maison était déjà pleine de grenadiers cachés d'ans tous les coins'.
Frotté entame les pourparlers. Guidai et lui sont seuls; les autres officiers ont été placés dans une pièce loisine et se sont étendus sur des matelas. On discute tranquille oaent et l'on tombe d'accord sur un assez grand nombre de points; cependant il est tard, on approche de minuit; tout à coup .Guidai pose à Frotté comme un ultimatum la remise exigée par le gouvernement de trois mille fusils en sus de ceux dont ses hommes sont armés. Frotté se récrie; il n'a point dedép6t d'armes mystérieux. Guidai se radoucit; personnellement, cette assurance lui suffit, mais la question est trop grave pour qu'il n'en réfère pas à Ghambarlhac. Il sort en promettant de revenir bientôt'.
' Le& circoDilancM de l'aiTeiULion de Frollë et de $ea uompegDont «ni donné lieu aux venloni les plm contradictoires et lei plui faïuses. l'iulorilé républicaine cherchait ï les obicurcir et à les dénaturer.
* Ce ilélachemenL devait >e composer d'au moini cinquante on loiuiile homme*, à en juger par le menu de leur repai : 100 livres ^ pin, 105 bouteillee de «in, S jambons, S pâtés, 15 A^mages. (Mé- ■oaire du déjeuner. Archives de t'Orne.) Par une précaution assez sus- PMie, les généraux av*ient Foiué la caisse du payeur pour sç munir de ' ("nds, (Réquisition des )>énéi-aui, Archives de l'Orne.)
' Ce prétexte était tellement misërahle et déloyal, iju'on n'osa paa ■ en cuuTrir pins tard et qu'il n'en fut plus question dans la suite de l'arTaire.
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s LES ÉMIGRÉS ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE otté reste seul assis devant la chemiDée. Quelques liants se passent, et k minuit la porte s'ouvre; un icier, suivi d'un peloton de grenadiers, se jette sur otté, le désarme avant qu'il ait pu se mettre en déise; îl entend un grand bruit dans l'autre apparteîut; on arrêtait aussi ses camarades. A ses protestons, à leurs réclamations, on répond qu'il est plus
minuit et que les délais de l'armistice viennent sxpirer ' . Frotté demande à parler à Guidai, à Chamrlhac. Les généraux, honteux, n'osent plus affronter
présence. On fouille les prisonniers, on les déuille de leur argent, de leurs papiers'. On trouve r d'Hugon la lettre de Frotté : imprudence insen- Ë, si d'Hugon ne s'était pas cru, comme parlemenire, à l'abri des perquisitions.
 sept heures du matin, les prisonniers partent. Ils nt sept, et dix-huit cents hommes les entourent, mmandés par Ghambarlhac, accompagné de Bisson, ef de la 43' demi-brigade, de Ghesnel, capitaine irtillerie, et d'autres officiers. Lagendarmeried'Alenn avait fourni pour les garder un peloton qui ne les litta plus. Le convoi gagne d'abord Mortagne; il en partit le lendemain de bonne heure et fut rendu ns la matinée à Verneuil. Presque en même temps y rivait Laborde, aide de camp de Lefebvre, apportant
Ce récit eit celui rédigé par Hruatan, peu de tempt après l'événe- ' M. de La Sicotière j>ulilie dans un appendice J'inventaire des objeu
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à Bisson les ordres du commandant de la division militaire dictés à celui-ci par le Premier consul : ■ Je vous ordonne, disait Lefebvre, de nommer sur-le-champ une commission militaire pour juger les prisonniers'... » La commission se réunit au district ; on n'entendit ni témoins, ni défenseurs. Frotté, Gommarque et Saint- Florent (d'Hauricourt) invoquèrent la parole donnée, le bénéfice du sauf-conduit. Ils devinrent si pressants que les juges furent ébranlés. Il fallut suspendre l'audience pour que le président et le rapporteur pussent s'entendre afin de concentrer les débats sur la question d'émigration. Ce n'en était pas une : tous les accusés avaient émigré, mais tous avaient obtenu un sauF-conduit pour traiter, et cette circonstance suffisait pour leur rendre inapplicables les lois contre tes émigrés. Cette jurisprudence venait d'être invoquée et venait d'être admise au profit de tous les chefs de rOuestj elle l'avait été également, en 1796, lors de la pacification de la Jaunaye et de la Mabilais *. Le gouvernement, les représentants en mission, les tribunaux eux-mêmes l'avaient formellement consacrée '. Le grief des « rapports avec les Anglais ■ n'était pas plus goutenable en présence du sauf-conduit, qui devait
' Cette lettre doone à mou couvert* l'ordre de Fusiller lei prisonnier*. L'original Be irouTait entre les mains de M. Fomeron, Il ett aujourd'hui dans le* miennes.
■ Houmment en Taveur de CormaUn.
* Jngemenl dn tribunal criminel de la Manche, du 10 Fructidor an IT, cité par Quimolt, p. 153.
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LES EMIGRES ET LA SOCIETE FBANCAISE it^ger la sortie des accusés après la conférence nine il avait protégé leur venue. D'après les lois ' itaires, d'après les lois de l'honneur et du simple ) sens, le parlementaire admis à négocier avec
adversaire est inviolable dans l'exercice de son ndat.
Pendant que ses juges délibéraient, Frotté demanda vin : les sept officiers étaient écrasés par lès fatigues de
trois journées. Il remplit les verres, et levant te sien : lessieui^, au Roi! » dit-il, et ses six compagnons, ne voix forte, répondirent : a Au Roi ! ■ La foule, assée autour de ta salle, entendit te toast suprême.
jugement fut bientôt prononcé. Naturellement, le te a disparu; on s'est efforcé de celer toutes les ces de l'assassinat de Verneuil. A peine ce jugement idu, les sept prisonniers furent conduits au lieu de r supplice : c'était un champ, dans la plaine de nt-Denis, à quelques centaines de mètres de Ver- Sans pâleur, sans faiblesse, se tenant par la ils tombèrent ensemble en criant : • Vive le
La nuit venue, les corps furent enlevés et inhumés is bruit dans un coin du cimetière ; aucun signe n'in- {ua la tombe des victimes, aucun acte de décès ne dressé : ces morts sentaient le crime, on faisait le tnce autour de leurs tombeaux.
Telle fut la fin du chef le plus brillant des insurgés falistes. Charette et Stofflet avaient succombé, eux
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aussi, sous les balles d'un peloton; mais ils avaient été pris les armes à lii main, ils subissaient des lois impitoyables. Frotté, lui, n'était pas prisonnier; attiré dans un guet-apens, il fut tué au mépris de la parole donnée, et devint la victime d'une trahison dont celui-là même qui l'avait ordonnée a flétri l'indignité. Cette violation du droit des gens, ce simulacre de jugement, cette consommation du forfait préludent bien à l'assassinat de Vincennes.
On a peu de détails sur les six compagnons de Frotté', martyrs obscurs et sans histoire; Plus encore que celle de Frotté, leur mort imprime le caractère d'assassinat au drame de Verneuil. Comme Frotté, ses compagnons se préseataient pour faire leur soumission ; comme Frotté, ils étaient couverts par un sauf-conduit. Pour les accusateurs, pas le moindre prétexte contre ces accusés. Eux n'avaient pas donné d'ordres, eux n'avaient pas écrit de lettre compromettante; aucune pièce, aucun témoin n'étaient produits contre eux. Leur arrestation fut déloyale, leur jugement inique, leur supplice odieux ; mais les juges voulurent détruire tous les témoins de cette trahison '.
I Le baron de Commarque, le baron il'Hugon, du Verdun ou Duverdnn de Lamberville. Patcal Séguiral, Saint-Florent cl Cavelicr.
' Pour le jugement et l'exéuutiun de Frotté, j'ai Bubstitiié le récil de M. de La Sicotière, plui délalllé et ping précU, i celui de M. Forneron (H. DE Li SicOTiÈHE, II, M3 et luiv.). M. de La Sicotière s'eit uni à M. Forn«ron pour démasquer la conspiration de l'adulation el de l'eipnt de parti coalisé) pour efr.icer les traces d'un grand t:rin>e. On a prétendu, dit-il, que peu de temps aprèa l'ex'
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