LA CAMPAGNE D'AUSTERLITZ ET L'OPPOSITION EN
L' avènement de Napoléoù à TEmpire changea brusquement la situation des souverains en face de la France, et même en face de leurs peuples. La Révolution s'incarnant dans un homme, leur rôle était maintenant de combattre cet homme. Au fond ils ne changeaient pas d'ennemi, mais ils devaient changer de tactique '. On ne pouvait accuser la France impériale de propager le désordre, de détruire la
i. Correspondance de Napoléon j t. X et XI. — Thiers : Le Consu^ lat et V Empire, t. V.
2. Gentz, dans son Mémoire sur la nécessité de ne pas reconnaître le titre impérial de Bonaparte , adressé à Cobenzel, insiste sur ce fait, que l'élévation de Napoléon au trône « sanctionne et presque sanctifie la Révolution ». U rédigeait aussi le projet d'une Déclaration de Louis XV m contre le titre impérial usurpé par Bonaparte. (Ces deux écrits sont en langue française.) La haine ingénieuse de Gentz avait trouvé le seul moyen de vaincre Napoléon : l'union des puissances allemandes. La rivalité rancunière de la Prusse et de l' Autriche l'exaspérait. (V. dans le volume de ses œuvres françaises, p. 221-347, le récit de son voyage au quartier-général prussien en octobre 1806, et dans le 4* volume de ses œuvres allemandes, p. 48, une lettre à Jean de Mùller en faveur d'une alliance allemande, k dùt-on obéir à un despote allemand. %)
religion, de ruiner la noblesse; il eut été trop facile cl*oppo* ser à ces attaques Tordre qui régnait en France, le concordat, les litres conférés par Napoléon. On put dire avec plus de vraisemblance que la monarchie révolutionnaire voulait détruire l'indépendance des peuples, accusation que le nouvel empereur ne se chargea que trop de justifier. Les Magyars accueillirent d'abord ces insinuations avec défiance, et gênèrent cruellement de 1805 à 1808 la politique autrichienne, non point par des révoltes, mais simplement par leur froideur.
François II reconnut Napoléon ; mais il déclara peu stprès que, pour ne pas rester inférieur à la nouvelle maison de France, il prenait le titre d'Empereur héréditaire d'Autriche. Résolution fort grave pour la Hongrie : jusque-là elle était un royaume indépendant, à côté de l'Empire électif d'Allemagne. Maintenant elle allait devenir une province autrichienne, héréditaire comme la Styrie ou le Tyrol. Rien ne pouvait être plus désagréable aux Hongrois ; aussi l'Empereur leur donna-t-il par deux fois, en 1804 et en 1807, la formelle assurance que rien ne serait changé à leur condition, et qu'il ne serait jamais pour eux que le roi de sa Hongrie bien-aimée.
Le moment approchait où l'on allait être obligé de faire appel à la constitution du royaume. L'Autriche s'unit à la Russie et conclut avec l'Angleterre un traité de subsides : 25 millions pour les préparatifs de guerre, 100 millions par an pendant toute la durée des hostilités. Ces sommes énormes pou: l'époque supposaient la mise sur pied de toutes les troupes disponibles. Douze mille conscrits furent appelés, indice certain d'une guerre prochaine, mais ils ne suffisaient pas. Dès le 30 août, la Diète fut convoquée pour le
13 octobre : les circonstances extéiieures, disait la lettre :royale, et Fintérét que nous portons à nos sujets nous ont fait un devoir de réunir tout de suite rassemblée; nous avons confiance en vous.
Cependant la guerre éclatait, plus mal préparée que janciais du côté de T Autriche ^ L'archiduc Charles, plein de pressentiments lugubres, acceptait par pur dévouement le commandement secondaire de l'armée d'Italie. L'homme important était le feld-maréchal Mack, qui ne manquait pas, suivant M. Thiers, de capacités administratives, mais triste général, justement chansonné depuis *. La cour de Vienne était vouée à l'absolue médiocrité. La capitulation d'Ulm le fit bien voir. La nouvelle de ce grand désastre arriva juste à point pour que la Diète ne pût rejeter les demandes royales, et pour que l'opinion redevînt, dans une certaine mesure, favorable au gouvernemen t ; car le Magyar ne doit rien refuser à son souverain dans le malheur. Le poëte Berzsényi se fit l'écho de ce sentiment chevaleresque :
» Qu'entends-je? Les canons résonnent aux frontières du pays d'Arpâd! On sent déjà le soufQ.e de la tempête. En une seule bataille il a tout renversé, ce Napoléon, favori des combats et de la gloire... Je vois les défenseurs de ma patrie effrayés et en fuitje! Je vois le désordre insensé de la déroute ! Je vois déjà renversées les invincibles portes d'airain
1 . Hœusser, en général trop sévère pour les Autrichiens, nous semble avoir raison quand il dit que les seuls hommes capables étaient Gentz et l'archiduc Charles (II, 563, 603).