Dessewffy levelezése, I
vance. On prêtait, moins absurdement, à Napoléon, des paroles de colère contre la noblesse tongroise, ce qui faisait dire au comte Dessewffy : « 11 sait, ce grand tiran, que les » Hongrois sont de petits tirans qui ne veulent pas être » tirannisés*. »
La presse, n'étant plus dangereuse, fut laissée beaucoup plus libre. La censure leva la consigne qui empêchait de publier tout renseignement venu du dehors, et le journal da Kulcsar, les Nouvelles du pays et de Vétranger, proposaient le peuple espagnol comme un modèle à imiter. Enfîn la Diète elle-même , cette assemblée qu'on venait de clore presque de vive force, était devenue au bout de six mois une ressource assurée pour le Gouvernement : aussi fut-elle de nouveau convoquée pour le 28 août. Le but que Ton se proposait n'était un mystère pour personne, mais on ne pouvait annoncer officiellement des préparatifs de guerre contre l'adversaire invaincu qui faisait trembler à Erfurt les princes d'Allemagne, et semblait devenu le meilleur ami duGzar. Il fallait un prétexte pacifique, un couronnement par exemple, la cérémonie la mieux faite pour éblouir Timagination des Hongrois. Mais quel prince coiironneraiton? Il était naturel de songera Ferdinand, à Tarchiduchéritier, mais ce jeune prince était malade : on imagina de couronner la nouvelle impératrice Marie-Louise, troisième épouse de François H.
H y avait pourtant des précautions à prendre : les discours de Nagy avaient produit dans le pays une profonde impression. Il fallait éloigner cette puissante parole : le prince
1 . Ces deux lignes sont écrites en français au milieu d'une lettre écrite en magyar : nous en respectons l'orthographe .
Eszterhâzy s'en chargea. Premier magistrat du comitat de Soprony qui avait élu Nagy Tannée précédente, il usa de son immense crédit sur les électeurs, et leur demanda d'écarter leur glorieux représentant comme personne désagréable, persona ingrata, Nagy n'accepta point une lutte inégale, car le triomphe même l'aurait mis dans une fausse situation : il ne se présenta plus comme candidat. Les autres chefs de l'opposition furent, ou écartés comme Nagy, ou séduits par des titres et des emplois, ou entraînés par l'élan général.
L'office du personal se trouva donc bien plus facile que Tannée précédente : le seul point délicat était de ne pas trop éveiller l'enthousiasme prêt à jaillir, et des précautions durent être prises, non contre la froideur de l'assemblée, mais contre ses passions. Etienne Aczel, choisi par le roi, fut d'une extrême prudence et d'une exquise galanterie ^ On aurait pu croire que les magnats et les députés du royaume n'avaient été convoqués que pour faire honneur à une princesse « ornée de tous les dons de la nature et de » tous ceux de l'éducation. » Jamais l'union n'aurait été si parfaite entre les Hongrois Qt leur reine (si ce n'est au temps de Marie -Thérèse). Cette adroite parenthèse introduisait la question politique : non-seulement la reine, mais le roi étaient rivés au cœur de la nation par une chaîne de diamant. La constitution eut aussi sa part d'éloges, avec la liberté qui produit les sacrifices. On avait vu bien des fois, on pouvait voir encore, entre le roi et ses sujets une émulation de vaillance.
Ce chef-d'dBuvre de l'éloquence aulique eut un grand suc-
1 . Orszâggyillés naplôja (Journal de la Diète de 1808), p. 3-7.
ces : la note ne fut pas forcée dans les trois autres discours d'ouverture, et les premiers jours de septembre furent consacrés aux fêtes du couronnement *. Le roi parut ensuite, et s'exprima clairement, non sans quelque vigueur : « Il m*est » bien agréable de voir réunis autour de mon trône les Sei- » gneurs et les Etats; je vois en eux un ferme et inaltérable » rempart. La joie qui éclate sur tous les visages confirmera
• notre espérance. Les yeux de tous les peuples et de toute » l'Europe sont fixés sur vous : c'est sur votre constitution
• que vous faites reposer toute votre gloire et toute votre » félicité. Je ne me glorifie pas moins d'être votre roi. Con- » tinuez à être de vrais Hongrois : puissiez-vous jouir long- » temps de ce nom illustre et des vertus de vos pères *. »
L*archiduc-palatin et Tarchiduc Ambroise primat du royaume, en leur double qualité de frères du roi et de grands dignitaires, répondirent au discours royal sur un ton encore plus énergique : « Montrons à l'Europe que la seule nation » qui ait de nos jours conservé sa liberté légale a aussi con- » serve la valeur de ses ancêtres ; montrons ce que vaut le )) Magyar intimement uni à son prince. Je n'en disconviens ^ point, ce ne sont pas de petits sacrifices que réclament le » salut public, le bonheur de la patrie, la défense du » royaume; il faut un grand courage et une grande tension » de forces. »
Le primat répondit à Napoléon, qui se faisait comparer à Mathias Gorvin dans le Journal de Mayence^ par un rapprochement moins flatteur : « 11 faut nous rappeler cette époque » à jamais douloureuse du roi Louis II, alors que les Hon-