XIX
pouvons le pressentir d'après les lettres de DessewSy, qui nous a montré l'ardeur, mais aussi l'épuisement de son comitat. Lorsqu'il arrive à raconter les derniers préparatifs, c'est bien autre chose : plus de chevaux (en Hongrie!); les pistolets, les épées, on s'en procure avec peine, il faut aller de porte en porte si Ton veut en emprunter, chose singulière dans ce belliqueux pays, mais qui s'explique par l'horreur persistante de l'Autriche pour tout exercice militaire indépendant; peu de vêtements appropriés à là tenue de campagne. L'argent est encore ce que Ton trouve le moins. Les vivres seuls abondent, ce qui est un attrait de plus pour l'ennemi.
Les princes de la famille impériale ne négligeaient aucun moyen pour réparer l'énorme faute de leur politique, cette défiance qui maintenant paralysait les efforts des Hongrois en faveur de leur souverain. L'archiduc Maximilien commandait un corps d'observation en Transylvanie, pays soustrait d'ailleurs à tout danger immédiat. Le 10 juin, le comte KoUowrath lui offrit, à Kolozsvâr, un banquet de 300 couverts. Le prince porta un toast qui commença par une phrase magyare et continua en mauvais latin. Toute cette noblesse fut enchantée d'avoir entendu six mots de la langue nationale sortir d'une bouche archiducale : Quelle mobilité d'impressions, et en même temps quelle persévérance patriotique*!
Kisfaludy, dans la brochure dont il est parlé plus haut ^, avait donné à ses concitoyens et à son roi des conseils qui étaient à la fois d'un poëte et* d'un homme de guerre. Pénétré de la grandeur de son pays et de sa glorieuse histoire, il voyait dans l'insurrection la vraie armée nationale. 11