Vj Magyar muséum, 18S3, p
2. Les événements relatifs aux guerres turques sous les Jagellons sont racontés dans les livres XX, XXV et XXVI de Hammer.
Lorsque la diète se réunit de nouveau, ses impressions étaiei>t encore plus hostiles que Tannée précédente. 11 n'était question dans les entretiens des grands seigneurs euxmêmes que de la lâcheté du roi* ; on ne voulait plus entendre parler de la succession autrichienne et l'on songeait à ^ exclure cette maison du trône magyar. Vinrent ensuite quelques années de gouvernement arbitraire et désordonné. La cour étant partagée entre les influences rivales de Zàpolya devenu palatin, de Bakâcs qui ne tarda pas à devenir primat, et de Bàthory, chacun nommait des ofRciers sans se demander si plusieurs n'étaient pas nommés au même emploi, ce qui ne manqua pas d'arriver. Les scandales auxquels donnait lieu la levée d'impôts irréguliers firent la préoccupation principale de la dièteMe 1496. Cette assemblée était extrêmement nombreuse ; la petite noblesse se trouvant sacrifiée par le régime représentatif proprement dit, s'y rendit en masse, et un dignitaire spécial fut chargé de la tâche difficile de compter les suffrages. Des clameurs s'élevèrent,, lorsqu'on sut qu'il y avait eu d'énormes dépenses ; elles grandirent encore en violence lorsque le roi reconnut que l'on avait dépensé en réalité beaucoup moins qu'il n'avait été déclaré; quelques arrestations, quelques procès, ajoutèrent au scandale et ne remédièrent à rien.
1. Istvanfi [Historiœ de Rébus Ungaricis, colonisBAgrippinœ in- fol. 1622) résume au début de son 3* livre les plaintes des députés de 1493 : multi sermones ultro citroque Ixabili fuere, pleni irarum et contumeliœ in Wladislai otium, quibus ipse mollis inertisB^^ac neglectœ reipublicœ infamia indignum in modum lacerabatur, quod domi sedendo, cum singulari regni detrimento, ac summa gentis ungaricœ ignominia, quietem et desidiam, ac venandi studium, cœteraque remissionis vitee oblectamenta, necessario bello prœferret etc.
Dans rintervalle dés assemblées, Wladislas allait à Prague se reposer de ses émotions, ou luttait tant bien que mal contre les conspirations de quelques seigneurs.
Enfin la diète de 1498 parut, comme Taurore d'un nouveau jour. Le parti national s'y montra plus fort et plus résolu ; il trouva surtout un chef et un interprète dans le jeune protonotaire Etienne Verbôczy, Tun des hommes les plus remarquables, Tun des types les plus originaux qu'ait produit la Hongrie. D'autres ont jeté plus d'éclat dans l'histoire générale de l'Europe, qui a à peine retenu son nom ; pas un Magyar n'a été un plus pur ni un plus complet représentant du génie national, pas un n'a plongé dans les souvenirs nationaux des racines plus profondes ni plus vivaces. Il était patriote et légiste dans Tâme ; l'ardeur intense de son zèle pour le pays s'enfermait en quelque sorte instinctivement dans une formule juridique. Toute sa clergie, loin de l'intéresBer aux choses étrangères et de le rendre à moitié grec à moitié italien, était tournée vers la politique et vers les travaux des assemblées, où il savait également soutenir ses idées avec chaleur et les rédiger avec une inflexible précision. Il n'aimait pas les rois étrangers, tout en ayant trop de sentiments monarchiques pour conspirer contre eux; aux complots il préférait la résistance légale. Il n'aimait pas la haute noblesse oppressive, rebelle à la loi; il n'aimait pas le bas peuple, ou du moins craignait de lui des rébellions contre la loi. Ses affections et ses espérances étaientconcentrées sur la nation noble, qui à ses yeux était la Hongrie tout entière, et qui^seule avait le droit de fixer la loi. Catholique rér solu, décidé à écraser toute nouveauté religieuse, toute révolte contre la religion légale et nationale, il haïssait moins encore le Musulman que l'Autrichien. Tel était Verbôczy, II. 3
telles étaient les idées et les passions qui allaient diriger une longue série de diètes.
Comme on se plaignait du peu d*empressemen*t d'une grande partie de la noblesse à se rendre aux assemblées, il fut décidé que les nobles étaient tenus, ou d'y venir en personne, ou de s'y faire représenter dix par dix. Des mesures furent prises pour assurer la liberté des électiom à tous les emplois des comitats, notamment aux fonctions d'assesseurs des juges ordinaires. La diète de 1498 s'occupa aussi de la situation ecclésiastique, s'efforça d'empécber Taccumulation des biens du clergé entre les mêmeTs mains, et de prévenir certains abus épiscopaux : « Il y a des prélats, di- » sait son soixante-neuvième article, qui oppriment les prê- » très par l'imposition de taxes arbitraires, les réduisant à » vendre les calices et les autres possessions de leurs églises, » lorsqu'on ne les voit pas, désespérés par la misère, prea- » dre le partie de s'enfuir*. »
La politique extérieure de Wladislas ne fut pas de nature à calmer les inquiétudes elles réclamations. Sans doute son mariage (1502) avec Anne de Foix, nièce de Louis XII et sœur de Timmortel vainqueur de Ravenne, mariage qui était comme une précaution de la maison de France contre Tambitieux système d'alliances de la maison d'Autriche, ne pouvait alarmer «n rien l'indépendance de la Hongrie. Mais on ne tarda pas à s'apercevoir qiie le premier enfant de .
1. Sunt nonnuUi ecclesiarum preelati, qui plebanos ecclesiarum, per impositionem taxarum pro suo liblto plurimum opprimere consueverunt; illi vero plebani interdum calices et cetera bona ecclesiarum diripere, cum illisque se ab hujusmodi taxis redimere, interdum vero, egestate coacti, ecclesias eorum deserere et alio aufugere coguntur.
cet hymen, une princesse appelée Anne comme sa mère (1503)^ était destinée par la cour à s'unir avec un prince Autrichien. La nullité du roi devant ses conseillers habituels était de plus en plus déplorable. Le Vénitien Giustiniani, qui le vit à cette époque, le dépeint en ces termes : « Il est » dévot, religieux, ne se met jamais en colère; si Ton accuse » quelqu'un devant lui, il répond : ce n'est peut-être pas » vrai. Il entend trois messes par jour, mais quant au reste » il ne s'émeut pas plus qu'une statue ». Ce pauvre prince étant tombé assez gravement malade, le parti national, dirigé par Verbôczy et» par le jeune Jean Zâpolya, qui avait récemment perdu son père, essaya d*obtenirque lajeune princesse fût fiancée avec Jean Zdpolya lui-même, le principe de laroyauté nationaleétantainsisauvegardé. Wladislas, obsédé d'un côté et de l'autre, répondit qu'il espérait vivre assez longtemps pour avoir un fils. On comprit bien le sens de cette défaite lorsque Maximilien se mit à parler de la Hongrie comme d'une province de TEmpire. La diète de 1505 se réunit pleine de fureur et prit une résolution motivée comme il suit :
« Ce royaume a été souvent gouverné par des rois étran- » gers. Jamais il n'a souffert plus cruellement qu'alors, sous » des princes qui ne parlaient pas son langage. Occupés de » de leurs intérêts de famille, au lieu d'étudier les mœurs » et les coutumes d'une nation scylhique devenue au prix » de son sang maîtresse du sol qu'elle habite, ces étrangers » se sont livrés à l'oisiveté plutôt qu'aux fatigues de la guerre. » C'est ainsi que nous avons perdu la Serbie, la Gallicie, la > Lodomérie, la Bulgarie, la Dalmatie, et beaucoup de forte- » resses livrées par leur incurie. Ce démembrement de nos » frontières peut nous faire craindre une attaque de Fen-
» nemi au cœur de notre territoire, à moins que la nation, » dans son affection pour le sol natal, n*élise un roi capable » dans son propre sein ^ » La loi vengeresse et accusatrice, dont tous les mots atteignaient Wladislas, concluait en déclarant traître quiconque soutiendrait un prétendant étranger; revêtue de la signature de nombreux prélats et magnats^ de plus nombreux représentants de la noblesse, elle était solennellement adressée à tous les comitats.
Verbôczy était tombé dans cette illusion commune à tant de politiques lettrés, qui leur persuade que tout est fini quand ils ont montré de la résolution et de Téloquence. En réalité le fameux décret contre les princes étrangers n'aboutit qu'à un résultat, considérable il est vrai dans un certain ordre d'idées, il répandit dans le pays tout entier l'horreur de toute ingérence extérieure. Il ne changea rien au désordre et à l'arbitraire de la cour, témoigné chaque jour par des décisions hâtives et contradictoires, par des procès de concussion qui n'empêchaient nullement des concussions nouvelles. Il ne changea rien aux prétentions de la maison d'Autriche et à son influence sur le faible esprit du roi : la cour sembla même répondre au défi de l'assemblée en promettant la petite princesse Anne au petit archiduc Ferdinand, mariage qui devait en effet s'accomplir plus tard et asseoir définitivement les Habsbourg sur le trône de Saint-
Etienne. Dès lors Maximilien ne se contraignit plus pour parler en maître légitime de la Hongrie, pour promettre au roi de le soutenir contre des rebelles, pour jurer de punir l'assemblée magyare. L'indignation publique força Wladislas à déclarer la guerre à l'Empereur, guerre qui fut peu sé-
1* Le texte se trouve p. ex. dans Pray, a. 1505.
rieuse, mais qui prouva la désorganisation de cette armée, naguère si brillante et si solide sous Mathias Corvin. L'intervention de Jules H, inquiet d'une lutte entre princes chrétiens devant le péril constant de rinvasion musulmane, et surtout la naissance du prince Louis (juillet 1506), mirent fin aux hostilités. Maximilien ne pouvait plus songer à réclamer immédiatement le titre d'héritier de Hongrie, mais il ne renonçait à aucune de ses prétentions pour l'avenir, et il maintenait, dans un langage hautain, ses droits éventuels*. Le pauvre petit prince était destiné à servir, loin de les contrarier, les vues de la maison d'Autriche. Sa naissance avait été pleine de mauvais présages. Il était si faible, étant venu avant terme, qu'il fallut, suivant une pratique de la très- vieille médecine, l'introduire dans la peau d'un animal égorgé tout exprès. La rapacité de la cour profita de cette naissance pour lever des impôts exceptionnels tombés depuis longtemps en désuétude : les paysans szeklers, furieux de se voir réclamer un bœuf par maison, prirent les armes, tuèrent les percepteurs, ne furent soumis qu'après une courte jacquerie, prélude de plus graves événements. A peine Wladislas fut-il rassuré sur la santé de son fils, âgé d'un an, qu'il songea pour lui à un nouveau mariage autrichien. La diète de 1507 eut beau maintenir la loi d'exclusion , nommer Zâpolya capitaine-général , donner une grande importance à Verbôczy en le chargeant de rédiger Mil Code de jurisprudence; le mariage de Louis avec Marie d'Autriche, sœur de Ferdinand et du futur Charles-Quint, n'en fut pas moins résolu. L'antagonisme de la nation et de la royauté s'irritait chaque année davantage. Un diplôme