‹ Histoire générale des Hongrois (volume 2)Chapitre 19 sur 138 · Epistolœ Procerum, I · texte numérisé non relu

Epistolœ Procerum, I

2. ChQTtibTej Négociations de la France dam le Levant^ in-4s Paris 1848. t. I passim.

LA MONARCHIE ÉLECTIVE 4Tî

jeune sultan qui venait de succéder à Sélim-le-Féroce, par le grand guerrier, le grand législateur, le grand théologien qui devait illustrer le nom de Soliman-le-Magnifique. Il voulut pour son coup d*essai emporter cette forteresse de Belgrade qui avait arrêté Mahomet II. Le camp impérial établi à Sofia fut le rendez-vous de l'Asie jetée sur l'Europe: les religieux Arabes accouraient à cette croisade renversée; la poudre, le plomb, les provisions, étaient portés par des milliers de chameaux et quelques éléphants, tandis que les raïas voisins du Danube devaient fournir à leurs conquérants dix mille voitures de farine et d'orge. L'immense armée se divisa en deux corps précédés chacun de nuées d'akindchis, pillards venus de toutes les contrées de l'Asie. Le Sultan marcha contre Szabâcs, dont la petite garnison résista jusqu'au dernier homme ; vainqueur il jeta sur la Save un pont qu'il fallut recommencer à cause d'une crue soudaine, mais qui finit par livrer un passage. Le grandvisir avait de son côté marché directement sur Belgrade qui se trouva investi. Comme des déserteurs révélèrent la faiblesse des remparts élevés près du confluent, côté que Ton avait cru à l'abri de toute menace, des batteries furent dressées dans une île en face, et Ton ne put y répondre faute de grosso artillerie. La mine acheva ce que n'avait pu accomplir le canon, et surtout le désordre acheva ce que n'ayaient pu accomplir ni la mine ni le canon de l'ennemi. Deux hommes de très-haute naissance, Valentin Tôrôk et François Hedevdry préférèrent leurs intérêts, leurs rivalités, leurs passions au salut de la patrie*. Les derniers défen-

1. Verancsics, 1. cit. p. 11. — V. un travail de M. Wenzel sur le procès de Hedervâry dans le Magyar Tôrténelmi Târ^ t. VI.

seurs se rendirent et pour la plupart furent massacrés. Vingt mille Valaques furent requis pour rebâtir la ville dévastée. Soliman transforma la principale église en mosquée et garnit les remparts de deux cents canons gardés par des Janissaires : il avait fait Belgrade musulmane et imprenable.

La douleur fut immense en Hongrie, mais hélas I elle se traduisit surtout en récriminations et en procès inutiles, pendant que les Turcs prenaient possession des villes hongroises, découvertes par la chute de la principale forteresse. Lorsque l'éloquence de Verbôczy décida la noblesse à faire de grands efforts en profitant de Tabsence du Sultan occupé au siège de Rhodes, la diète assez mal inspirée vota des impôts énormes*, qui restèrent sur le papier. La majorité du roi ne changea rien à la situation intérieure; il se maria peu après avec la princesse Anne, sans que cette double union avec la maison d'Autriche parût fortifier grandement la couronne hongroise. La nouvelle reine Marie, princesse instruite et intelligente, célèbre chasseresse qui emportait le nouveau testament au fond des bois, avait alors un penchant marqué au luthéranisme. Les luthériens, d'ailleurs très-peu nombreux en Hongrie jusque vers 1535, et la reine ellemême, furent dès lors odieux à Verbôczy à la fois comme étrangers et comme hérétiques, et des lois cruelles furent votées contre les partisans des nouvelles doctrines.

Les partis ne s'apaisaient pas d'avantage pour cela ; tout au contraire il y avait comme deux nations irréconciliables: d'un côté le parti de la cour et du palatin Bâthory, de l'autre

l.U suffit de parcourir le premier vol. des Epistolœ procerum pour être frappé du désordre financier qui régnait alors.

les patriotes dirigés par Verbôczy et Zâpolya. N'aurait-on pas crû qu'il n'y avait pas d'autres ennemis ni d'autres menaces ? Au bord du précipice commun les deux factions luttaient avec acharnement. La noblesse tint une assemblée à Hatvan, où Bâthory fut déclaré déchu et remplacé par Verbôczy; mais un peu plus tard la dernière diète de Râkos*, où dominaient les partisans de la cour, renversa Verbôczy à son tour et le remplaça de nouveau par Bâthory. Un décret royal flétrit le grand orateur jurisconsulte et le dénonça comme un ennemi public *. Le résultat fut que la plus grande partie de la noblesse refusa d'accompagner le roi contre l'invasion musulmane.

Les conseiyers de Louis U, s'ils ont commis de grandes fautes, n'ont pas manqué de persévérance dans leurs efforts pour obtenir dés secours étrangers. Ils ont entretenu, au nom de leur maître, une correspondance active et pressante avec tous les trônes. Ils conjuraient dès 1521 Henri VIII et Wolsey de subvenir aux misères de la chrétienté attaquée tout entière. En 1524, au moment où Soliman, maître de Rhodes, commençait à se retourner contre l'Occident, le

i. PaalJove (t. II, p. 14 de Tédition de Florence 1550) se montre très-sévère pour le roi et ses conseillers : Ludovicus Rex ingénie per se imbecillo, neque salubri ratione confirmato, inexpectata adventantistanti hostis fama perculsus, missis undique legatis frustra opem implorât. Hungarorum tamen concilium indicit, id est armâtes multitudinis, et Rhacos appellatur..., àb înnata superbis eorum anlmis arrogantia, Turcos ita contemnebant, ut se vel exiguo fiumero ingentia Barbarorum agmina consertis manibus insolenter concisuros et deleluros jaclarent.

2. Pray, a. 1526: Verbôczy et ses amis sont appelés factionis prœcipua capita. . . alia multa perperam, violenter ac contumeliose acta eisdem auctoribus.

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