II
Roi d'Angleterre était supplié par le nom du Dieu tout-puissant, par la charité du Christ, par les liens les plus doux, par les droits qui unissent les rois, de ne pas permettre que la Hongrie, membre qui n*était ni le dernier ni le plus oisif de la chrétienté, £ùt arrachée de ce corps. Enfin, quelques semaines avant le désastre, Louis écrivait à Londres : « Tout 9 notre espoir est dans le secours de Votre Majesté ; s'il n'ar- » rive promptement, c'en est fait, croyons-nous, de notre » royaume et dé nous-méme^ »
Les princes et les serviteurs de la maison d'Autriche connaissaient à merveille l'étendue du danger. Dès le printemps de 15V4, Hannart écrivait à TEmpereur : « Sire, de tous cô- 9 tés viennent nouvelles que le Turc fait ses apprêts pour 9 venir Tété prochain en Hongrie... J'entends que ledit 9 royaume de Hongrie est dépourvu de gens et d'argent et 9 de bon chef qui sache conduire les affaires. Le Roi est en- 9 core jeune et petitement servi et obéi. L'Allemagne fait 9 pende semblant de le. secourir ou aider. 9 A ce moment même, les domaines Autrichiens étaient directement menacés et la Carniole envahie par les Akindchis; aussi Ferdinand écrivait-il à l'archiduchesse Marguerite : « Les Turcs sont entrés en mes pays et ont emmené hors 9 d'iceux plus de quatre mille personnes et tué plusieurs » autres, dont suis si déplaisant que ne saurais plus. Et se- » rait fort nécessaire qu'il y eût quelque bonne paix en la » chrétienté, afin que les armes se puissent employer contre 9 les ennemis de la foi chrétienne. Car le roi de Hongrie et » moi ne sommes point si forts pour savoir résister contre
1 . Simonyi (T. V de la série Okmânytâr des Mon, Hung Historioa), n»- 1, 2, 4, 6.
• un si puissant ennemie » Toutefois Talerte de 1524 fut heureusement conjurée par la bravoure de quelques Magyars, Christophe Frangepân, Pierre Keglevics, Biaise Chéry lequel, disait-on, engagé dans un combat singulier avec un capitaine Turc, lui avait coupé la jambe, (oute bottée et éperonaée, d'un seul coup de sabre.
Au printemps de 1526 le péril était tout autrement sérieux. Une diversion essayée du côlé de la Perse par une correspondance échangée avec Tahmasp, prince de ce pays, n'avait pas produit de grands résultats, et Soliman n'accumulait pas moins tous ses préparatifs contre la Hongrie. La situation de l'Europe était aussi devenue beaucoup moins favorable : les appels plus désespérés s'adressaient à des souverains préoccupés de tout autres entreprises. La captivité de François P' et le traité de Madrid* avaient inauguré l'alliance de la France avec la Turquie : une première ambassade du roi très-chrétien servait de prétexte à Soliman pour se jeter sur la Hongrie et l'Autriche, en se donnant l'apparence d'assister généreusement un roi malheureux et suppliant 5. Le pape Clément VH, bien qu'il eût comme le roi d'Angleterre envoyé, quelques secours, ne songeait qu'à la ligue italienne contre les Austro-Espagnols, ainsi que Char-
1. Halvani, T. I, n» 18 et 19 (dans les Mon. Hung, Historica), r- Se trouvent aussi dans la collection de Lanz.
2. M. Mignet fait observer (Rivalité de François I" et de Charles- Quint^ Paris 1875, t. II, p. 81 et 391) que Charles-Quint espérait, au traité de Madrid, faire de François I«' une sorte de vassal qui unirait ses armes aux siennes contre les Turcs, et que Henri VIII d'autre part fondait sa déclaration de guerre à l'Empereur sur les progrès du Grand-Turc.