Haivani, H, 23i et
Veunuque sanguinaire, il donna Tordre d'élever un cercueil sur la muraille, symbole d'un sublime désespoir. Les énormes boulets vinrent s'amortir sur le cuir mouillé ; lorsqu'un boulet rouge eut fait sauter la poudrière, on improvisa de la poudre avec du soufre et avec le salpêtre des caves humides. Uu ingénieur intrépide, Georges Bornemisza, incendia les travaux préparés pour l'assaut par d'habiles officiers turcs; du haut des remparts il atteignit les assaillants avec des lances rougies et des crampons, qui ne lâchaient plus leur proie. Les janissaires tentèrent un assaut décisif, mais ils rencontrèrent des machines infernales qui les jetaient morts dans les fossés; au moment critique, les femmes lancèrent des projectiles, une fille précipita le cadavre encore chaud de sa propre mère. Les musulmans se retirèrent en déclarant que Dieu combattait pour les Hongrois.
Malgré la délivrance d'Erlau, la guerre était presque partout funeste aux chrétiens, et les ambassadeurs Verancsics et Zay ne purent obtenir que des trêves insignifiantes. Verancsics a laissé une relation intéressante de son voyage et de son séjour prolongé à Gonstantinople^ Il nous fait voir que malgré toutes les politesses et les empressements des officiers turcs depuis Bude jusqu'au 'Bosphore, le trajet ne pouvait se faire en moins de cinq semaines ; dans ce laps de temps u est pas compris un retard produit par la difficulté ide se procurer à Bude même des navires pour descendre le Danube, retard mis à profit par l'ambassadeur qui recueillit les plaintes des Hongrois de la frontière. Il observe curieuse-
1. V. le 3« volume de Verancsics (4« des Monumenta, série Scriptores) .
ment les mœurs de Byzance musulmane et les intrigues des visirs et des ambassadeurs étrangers. Il se plaint (en 1557, à la fin de son séjour) du pape Paul lY, qui ne songe qu*à tromper le duc d'Âlbe et qu'à gagner du temps pour laisser arriver Tarmée française et la flotte turque *. Il s'indigne de cet accord étrange entre la Gaule, Rome et le Sultan '.
Verancsics avait raison d'insister sur le rôle que jouait dans tovite cette période la politique de Henri II, fidèle continuateur de F'rançois P^ Les diverses nationalités transylvaines s'étant confédérées à l'assemblée de Thorda, l'agent français Delà vigne suggérait en 1552 à Isabelle et à Petrovics la pensée de conserver à Jean-Sigismond une souveraineté indépendante en Transylvanie 3. < Suivant les vestiges
• de mes prédécesseurs, écrivait le roi de France, je ne veux » jamais rien épargner pour le confort, aide et faveur des » princes affligés, et tant moins pour ceux desquels Tan-
• cienne mutuelle amitié que nous avons me point et stimule » davantage. » On était alors au moment du siège de Mets par les princes germaniques réconciliés, et la diversion transylvaine, divisant les forces de la maison d'Autriche, était de la plus haute importance pour la politique française. De
1. Ihid,y p. 243 : ... Summum pontificem a pertînacia belli suscitati non recedere, ac dueem Alvam commentis tantum detinere, tempus mora extrahendo, quoad et Gallicus miles in Italiam descendat et classis Turcica prodeat.
^. Ibid., p. 263 : ... 'Gallum cum Romano pontifice conjurasse, et Turcicam classem postulare.
3. Sur ce pays au seizième siècle nous pouvons citer, outre diverses sources que nous aurons Toccasion d'indiquer ailleurs, la <ioUection de M. Kemény intitulée Deutsche Fundgrtiben der Gesehichte Siebenbilrgens (Klausenbourg, 2 vol. 1840), et toujours la fran- ^Voonie d'A. de Gérando.
i>2 fflSTOIRE GÉNÉRALE DES HONGROIS
là rirritation de Ferdinand lorsqu'il vit « cette fantaisie de » la dite reine, de remettre son âls en la Transylvanie, et ce » par moyen du Turc et pratiques du roi de France, lequel » ces jours passés a eu un sien ambassadeur non- seulement » vers ladite reine veuve, mais aussi vers le roi de Pologne, » le sollicitant pour la réintégration du fils du roi Jean ».
Rien de plus exact. Henri II, non content de décider et la cour transylvaine et le peuple transylvain à repousser toutes les ouvertures autrichiennes, comme ilsJes repoussèrent notamment en 1556, non content de faire échouer par M. d'Aramont toutes les tentatives de Ferdinand pour obtenir des Turcs la spoliation d'Isabelle, excitait le roi de Pologne comme le montre la lettre suivante : « InTous voulons » remettre et restituer le fils du feu roi, votre neveu, en son » royaume dont il a été spolié par l'ambition d'aucuns, et » cautelle et infidélité de Frère Georges. En cette chose si » juste, sainte et tant digne de l'aide et faveur de tout le » monde, nous n'avons épargné ni épargnerons rien de ce » qui sera en notre pouvoir, non plus qu'ont accoutumé faire 7> de tout temps mes prédécesseurs, Roys de bonne mémoire, » pour le secours et confort des affligés, et môme feu notre » très-honoré seigneur et père le roy François (que Dieu » absolve!) pour le rétablissement dudit feu roy Jean Vay- » vode en son royaume, et qu'encore nous avons fraiche- » nient fait en faveur d'aucuns princes delà Germanie, qui » étaient détenus en misérables captivités* ».
Ainsi le roi de France' se présentait dans cette affaire comme le défenseur de la veuve et de l'orphelin; il était le protecteur des libertés hongroises comme le protecteur des