Szalay, Adalékok
études commencées à Soprony ou à Temesvâr*. Mélanchthon suivait avec attention les progrès de la Réforme en Hongrie et correspondait avec ses principaux représentants. Dans les dernières années de sa vie, son esprit conciliant ts* appliqua à ménager de bons rapports entre TÉglise luthérienne et la naissante Église réformée magyare.
Le calvinisme en effet, depuis le milieu du siècle, faisait de rapides progrès dans le vrai pays magyar du bassin de la Theiss, dont il est encore aujourd'hui comme la religion nationale. Bientôt il avait à combattre les progrès de VUnitarisme, importé de Pologne en Transylvanie par le médecin Blandrata, prêché par Téloguent pasteur François David, et adopté par le prince Jean-Sigismond*. Cette fois il ne s'agissait plus de simples nuances d*interprétation sacramentaire, ou de différences secondaires dans l'organisation ecclèsiastigue, comme celles qui divisaient les deux grandes communions protestantes, appuyées toutes deux sur la double base de Tautorité de la Bible et de la justification par la foi en Christ rédempteur. Il y allait cette fois de toute la dogmatique de la Réforme. La lutte de Calvin et de Servet se renouvelait dans ces régions lointaines, non par des procès, mais par de grandes discussions telles que celle de Vârad en 1569. La protection princière assura la liberté des uni-
1. M. Révész, qui connaît à fond Thistoire du protestantisme na- Uonal, a fait des recherches sur les étudiants hongrois à Wittenberg. Les querelles, violentes à la fin du siècle, entre luthériens et calviliisles, ont dispersé en partie cette colonie. Les théologiens calvinistes allèrent surtout à Utrecht, à Heidelherg et à Genève, où le livre du Recteur a conservé beaucoup de noms magyars.
2. V. un travail d'Alh. Coquerel, les Chrétiens unitaires de TransyltJome, dans la Revue politique et littéraire du 1" nov. 1873.
taires,eten 1571, Tannée même de la mort de Jeau-Sigismond, la diète transylvaine reconnaissait Tégalité des quatre religions du pays, catholique, luthérienne, réformée et unitaire, charte fondamentale qui a permis au groupe unitaire de Eolozsvâr et des environs, malgré bien des causes ultérieures de décadence, d*ofFrir encore aujourd'hui le spectacle à!une petite Église florissante et instruite.
Mais il faut revenir à la grande Eglise réformée magyare. Debreczin en fut la Genève, et le pasteur Melius le Calvin (1558-1572). Avec son vaste collège doublé d'une sorte d'Dniversité, avec ses imprimeries, sa bibliothèque, sa maison consistoriaie, ses vastes temples, son conseil énergique, Debreczin justifiait cette comparaison; elle js'efforçait aussi de justifier ses modernes armoiries, la Bible ouverte sur laquelle l'Agneau symbolique pose ses quatre pieds*. Pierre luhâsz, qui traduisit son nom en celui de Melius ', n'a été ni le premier ni le seul, mais bien le plus grand organisateur de la Hongrie réformée. Comme Calvin, dont on l'a souvent rapproché, il a consumé sa yie dans les travaux de la nouvelle Église, et il est mort à trente-six ans, bien plus jeune que le réformateur de Genève, dévoré par la triple ardeur de la lutte, de la science et de la foi.
Cette courte existence a été plus que remplie : à peine Melius, âgé de vingt-cinq ans, avait-il succédé au savant juriste Kalmancsai, premier pasteur de Debreczin, qu'il dédiait au conseil de la cité une série de discours sur l'épître aux Colossiens, et aux négociants de la même ville des ser-
1. M. Szûcs a écrit un livre intéressant sur Thistoire de Debreczin, Sz, K, Debreczen Vâros Tôrténelme, Debreczen 1870, 3 vol. -'
2. luhâsz en magyar signifie berger, et melon en grec brebis.
mons sur la médiation de Christ. La bourgeoisie marchande^ qu'il voulait pénétrer de ses doctrines, ne lui faisait pas négliger les familles nobles : il fêtait le retour de Gaspard Magocsi, délivré de sa prison turque, en lui offrant une collection de discours prononcés d'après les apôtres, les prophètes et quelques-uns des Pères. Il traduisait toujours sur le texte, latin, grec ou hébreu ; il traduisit des livres entiers du Nouveau Testament, non-seulement pour faire toujours plus passer dans la pratique Tusage religieux de la langue vulgaire, mais pour donner l'exemple du travail intellectuel, qu'il regardait comme un devoir chrétien.
Dans ses nombreux écrits, comme dans sa vie pastorale, il s'occupait non-seulement du culte public, mais des visites aux affligés et aux malades, de la famille « dont le chef est le pasteur naturel », de la patrie, qui devait former une grande famille chrétienne. A ses yeux Dieu était le seul vrai souverain de tous les pays, et un peuple qui n'a pas Tamour et la crainte de Dieu était un peuple condamné et perdu. Ne croyons pas toutefois qu'il envisageât avec un désespoir chagrin les malheurs de la Hongrie. Il faisait précéder un recueil de sermons sur saint Jean, prononcés pendant une invasion terrible, d'une invocation confiante adressée au Dieu puissant par a le pauvre et indigne pasteur des » brebis de Debreczin ». Melius trouvait encore le temps de composer des chants sacrés, de former un grand herbier avec classification des plantes, et de prendre une part active à toutes les discussions. Sa polémique la plus importante a été dirigée contre les unitaires : c'est elle qui Ta mis en rapport avec Théodore de Bèze. Le successeur de Calvin le félicitait d'avoir composé des ouvrages extrêmement utiles àrÉglise; il priait Dieu « de bénir toujours plus les efforts n, 8
V de Melias pour faire triompher le Christ de tous ses blas- » phémateurs* «.Lorsque le pasteur de Debreczin mourut d'épuisement précoce après tant de travaux, Théodore de Bèze le quali&a o d*athlète vigoureux, digne d'une mémoire » éternelle » ; il appelait cette mort prématurée « une grave » blessure pour toutes les Églises * ».Le conseil de Debreczin, avec une austère simplicité, notait sur ses registres la mort de Melius <K grand savant digne de respect», et tous les citoyens témoignaient jusqu'au bout les plus grands égards à sa veuve et à ses deux filles.
La réforme d'origine française marquait fortement son influence, non-seulement sur Melius et ses amis, mais sur les grandes assemblées de l'Église magyare, La plus importante fut le synode national de Debreczin (1567), où se réunirent les délégués des dix-sept circonscriptions synodales et qui prit des résolutions directement inspirées par la Confession de foi et la Discipline de TÉglise réformée de France 3. La doctrine était exposée en soixante-quatorze articles « tirés, » disait-on, de la Parole de Dieu et de la loi naturelle pour » conserver Tordre dans l'Eglise et former la vie chrétienne » dans toutes les choses nécessaires ». La préface déclarait que dans les cérémonies comme dans l'exposition des croyances, les Églises du Christ ont toujours usé de liberté, et qu'il faut loiier ceux qui savent améliorer l'enseignement de la Parole de Dieu. Sans doute, ajoute-t-elle, la liberté
1 . Epistolœ theologicœ Theodori Bezce, GenevsB 1573, p. 207.
2. Lampe, p. 268 et 272. — Les lettres de Melius à Bèze n'ont pas été retrouvées. '
3. V. une lettre de Bèze dans le Recueil Bretschneider p. 143. — On a imprimé à Genève beaucoup de livres hongrois, dont la plupart ont à peu près entièrement disparu.
consiste à améliorer avec le Christ, et non pas sans lui, et il faut demeurer fermes sur les branches vitales de la foi; mais « nous ne rougissons pas d*étudier toujours et d'en- » tendre toujours de meilleures choses... Nous reconnais- » sons la faiblesse de notre esprit et la nécesité de progrès a continuels ».
Le progrès, c'est bien là la force qui soutenait la Hongrie au milieu des plus cruelles épreuves. La Réforme créait véritablement la littérature nationale, et parmi ses partisans, etparmi ses adversaires, qui devaient, surtout dans Tâge suivant, lui emprunter ses armes intellectuelles pour lui résister. La langue magyare parvenait à une existence régulière et scientifique avec les travaux de Dévay sur l'orthographe, et la grammaire d'un autre réformateur, Erdôsi '. Verancsics commençait à comparer le hongrois à d'autres familles de langues. Les traductions de la Bible, les cantiques, les ouvrages de controverse et les sermons, étaient, dans cet âge de ferveur, Tusage le plus ordinaire de Tidiôme national. A côté des noms précédemment cités il faut placer celui de Heltai grand traducteur, celui de Magyari, prédicateur qui ne redoutait pas de traiter en chaire des sujets politiques, et d*accu9er Tirréligion, les rivalités, les persécutions, les violences, des misères de la patrie. Aux mystères du moyen-âge André Batizi faisait succéder l'épopée biblique, et Melius lui-même composait un poème sur le vrai Dieu^.
1. En latin Sylvester Pannonius. — Sa grammaire a été publiée par l'Académie (1866), en tête d'une collection intitulée A régi magyar nyelvészek. Nous résumons ici VIrodalom Tôrténele de M. Toldy, p. 33-59.
2. Comme poème latin, citons celui de Schesœus : Ruinœ pannonicœ libri quator, réimprimé en 1797 à Hermanstadt (Gibinii), d'après une édition de Wittenberg de 1581.
116 fflSTOIRE GÉNÉRALE DES HONGROIS
Les événements qui se passaient en Hongrie formaient eux aussi une douloureuse épopée; ils inspirèrent des poètes appartenant aux divers partis et aux deux religions, entre autres Sébastien Tinôdy * et le noble Valentin Balassa. La prose historique commençait avec le prélat Verancsics et les pasteurs Heltai et Székely ^. Le roman et la poésie légère avaient, d'assez nombreux représentants qui sont depuis tombés dans Toubli. Les sciences proprement dites commençaient à poindre, et Melius était le fondateur de la botanique magyare. La Hongrie du seizième siècle vivait donc d'une véritable vie intellectuelle et religieuse, dont le souvenir mérite de ne pas périr.
1. Des vers de Tinôdy sont déjà cités par Katona, t. XXI, p. 849 et 925.
2. Ces deux dernières chroniques ont été publiées dans une petite coUection intitulée Ujabb nemzeti Kôfiymtâry Pesth 1852.