II
i la religion catholique » qui faillit tout remettre en question. Quant aux réclamatious politiques et nationales, il fut convenu que tout sérelem (grief) serait apaisé par la prochaine diète, investie également du droit d*élire le palatin. En l'absence du roi, la Hongrie devait être gouvernée par Tarchiduc avec toute l'autorité souveraine, et le commandement des places, comme les autres emplois, ne pourrait être confié qu*à des régnicoles sans acception de croyance. Telles étaient les principales dispositions de la paix de Vienne, Tune des bases du droit public et de la législation religieuse jusqu'à notre temps.
Bocskay ne jouit guère de son succès; il ne tarda pas à tomber malade, et mourut après avoir recommandé à ses partisans l'union patriotique et la défense de la liberté confessionnelle. Tous les symptômes semblèrent révéler un empoisonnement; le chancelier Kàtay fut mis en prison ^ mais enlevé et massacré par les heiduques sur la place de Easchau. La dignité princière fut disputée par Homonnay, Ràkôczy et Gabriel Bâthory. La Porte était favorable à Homonnay, mais la diète de Kolozsvâr préféra un moment Râkôczy, qui se retira peu après devant Bâthory, protégé alors par Gabriel Bethlen. C'était un changement déplorable, pendant qu'un changement heureux s'accomplissait dans le royaume. Rodolphe ne voulant pas exécuter les conditions de la paix, Mathias perdit patience ; il s'entendit avec des seigneurs d'Autriche et de Moravie pour renverser son frère, et appuyé
1. y. dans le Recueil des vieux documents magyars de Rumy [Pesth, 1817, t. III] le testament de Bocskay, rempli de dispositioiis libérales et de sentiments patriotiques, et une épitaphe ironique et haineuse du chancelier K&tay.
sur le parti protestant de toutes les provinces, le força de céder la Hongrie, l'Empire et tous ses états sauf la Bohême (1608). La satisfaction fut immense dans un peuple chez lequel le nom seul de Mathias éveillait les meilleurs souvenirs, et qui voyait Tun des auteurs de la paix de Vienne arriver au pouvoir, comme pour consoler les Magyars de la mort imprévue du glorieux Bocskay.
Cette heureuse impression ne fut justifiée que dans une certaine mesure, et il ne pouvait guère en être autrement. Les historiens libéraux n'ont pas toujours été équitables envers l'empereur Mathias. S'il est vrai que son caractère vacillant ait fait tort à sa réelle intelligence politique, il est vrai aussi que sa situation était difficile et fausse entre les protestants de Bohême, d'Autriche, de Hongrie, de TAUemagne entière, qui exigeaient de lui des concessions, tout en le préférant aux autres princes de sa famille, et ses alliés catholiques, ses parents espagnols, l'impulsion donnée dès longtethps à toute la politique de sa Maison. L'archiduc Ferdinand de Styrie, celui qui devait être plus tard le terrible Ferdinand II, avait une position plus nette avec son fanatisme intraitable; il était par là le chef désigné d'un grand parti qui ne pouvait manquer de faire des progrès par sa discipline, et lui-même ne pouvait manquer de devenir peu à peu l'homme nécessaire de ce parti, effaçant toujours plus Mathias , comme Mathias avait supplanté Rodolphe. Les réclamations nationales ne devaient donc obtenir qu'une satisfaction incomplète, et le grand roi de France Henri IV devait faire une place aux Magyars dans les vastes projets de ses dernières années* : il comptait, pour les tourner
l.V. les CEconomies royales de Sully, Paris 1662, in-foL t. III, p. 402 : « Il avait été convenu q^e les États et peuples de Bohême,
contre la Maison d'Autriche, sur leur désir de recouvrer toutes leurs libertés antiques, et même le droit d'élire leur souverain, s'ils ne préféraient se mettre en république.
La question de la monarchie héréditaire ou élective se posa cette fois encore et fut résolue par un moyen terme. Les Ordres voulaient, à la diète de Presbourg, élire d'abord le palatin pour qu'il présidât à l'élection royale, tandis que Mathias entendait faire reconnaître et non pas voter son avènement. Il fut convenu que le palatin serait élu après la proclamation du nom de Mathias roi, mais avant le couronnement, et que cette dignité ne serait jamais vacante plus d'une année. La nation noble obtint d'autres concessions très-importantes : les articles de la paix de Vienne relatifs à Tautonomie hongroise reçurent une sérieuse application par Texclusion des garnisons étrangères et des employés étrangers ; la sainte couronne revint dans le pays pour être gardée par un Révay et un Pâlffy; en l'absence du roi, le palatin, le conseil royal et un trésorier élu exerçaient toute la puissance souveraine; le nombre des villes ayant droit de représentation étaient strictement limité; enfin la réserve « sans préjudice pour la religion catholique d fut supprimée, et chaque ville, chaque village, chaque famille noble reçut le droit formel de choisir sa confession.
» Hongrie, etc., qui avaient témoigné un si grand désir de se libérer » de la sujétion de la maison d* Autriche, présenteraient au Roi, etc., » aûn quUl leur plût fortifier de leur intervention la suppli-
» cation très-humble qu^ils voulaient faire à TEmpereur, de les re- » mettre amiablement en la possession de leurs anciennes franchises, » et surtout au droit qu'ils avaient de s'élire eux-mêmes leur Prince, » ou de se mettre en telle autre forme d'État et manière de gouver- » nement qu'ils jugeraient à propos »•
Là s'arrêtèrent les succès parlementaires de la Hongrie protestante. Beaucoup de magnats et de députés gui en faisaient partie auraient voulu que Ton prit en main la cause des protestants d'Autriche, qui venaient de leur faire parvenir leurs plaintes et leurs supplications. L'événement a montré depuis qu'il y avait entre eux solidarité réelle, et que la persécution s'étendrait de Tun à Tautre pays ; mais il était difficile de sortir ainsi des frontières pour s'occuper des lois d'une contrée que le patriotisme magyar avait toujours tenu à regarder comme une contrée étrangère, et Mathias répondait, v avec toute la courtoisie possible, que ce n'était pas une affaire qui regardât l'assemblée. Telle fut aussi l'opinion soutenue par lUeshâzy, protestant plus que tiède, que les évoques eux-mêmes crurent pouvoir élire palatin, et qui, s'il n'était mort presque aussitôt après (1609), se serait sans doute prononcé contre ses coreligionnaires. On se borna donc à déléguer auprès des Autrichiens protestants un des grands seigneurs les plus zélés pour leur croyance, ^ Georges Thurzô, et, à introduire un peu plus tard des vœux en leur faveur au milieu des articles de loi. Malgré le nuage d'inquiétude qu'avait soulevé cette question délicate, le couronnement de Mathias fut célébré avec enthousiasme, et ce moment a pris place parmi les bons souvenirs de la nation. Thurzô était une nature généreuse et active, et la gloire du protestantisme hongrois. C'est lui qui fut élu, non sans une vive résistance, comme successeur d'IUeshàzy dans la dignité de palatin. Il avait un zèle égal pour son pays et pour son Église : pendant qu'il réorganisait Tarmée nationale pour lutter à nouveau contre les Turcs, il faisait respecter la liberté de ses coreligionnaires et prenait une grande part aux travaux de leurs synodes. Mais il n'était pas en son pou-
voir d'arrêter un mouvement funeste à la Réforme : nonseulement la cour , et à défaui de Matbias ses conseillers habituels, cherchaient tous les moyens de recommencer la persécution, mais les armes même de la persuasion passaient dans le camp de la communion romaine. Le cardinal Pâzmâny, né protestant, devenu ensuite Télève et la gloire des jésuites, était une sorte de Duperron magyare II était même très-supérieur au controversiste français parle talent d'écrire, et son principal livre le Kalauz (le Guide), a eu le double succès d'un ouvrage d'édification et d'un monument littéraire. 11 avait un talent égal dans la chaire, dans la correspondance et dans la conversation, et il se servait avec un zèle infatigable de ces dons si variés pour détacher de la religion protestante les chefs des grandes familles, les Eszterhàzy, les Pâlffy, les Homonnay, les Forgàcs. Nous devons remarquer, sans être le moins du monde fataliste, comment dans des pays très-diiférents et dans des sociétés qui s'ignorent l'une l'autre, des mouvements analogues se produisent en même temps : n'est-ce pas juste à cette époque, pendant la jeunesse de Louis Xlll, que la plupart des familles aristocratiques appartenant au protestantisme français retournaient au catholicisme?
La mort de Rodolphe (1612) n'affaiblit en rien ce courant dû tantôt à une habile controverse, tantôt à une brutale pression, et bientôt la mort de Gabriel Bâthory (1613) parut une excellente occasion de mettre la main sur la Transylvanie, principal foyer de la résistance protestante. Voici ce qui
1. Outre Touxrage important de M. Fraknôi Pàzmâny es Kora, en 3 vol., nous pouvons signaler un récent travail de M. Ipolyi {Veresmarti élete es munkâi) sur ce mouvement religieux.
s*était passé dans celte dernière région : Bâthory était un insupportable tyran qui fatigua bientôt ses sujets de toute nationalité et de toute croyance, et ses alliés, même les Turcs. Les fugitifs appelèrent à leur secours Thurzô, puis Forgâcs qui pénétra jusqu'à Hermanstadt, parmi les Saxons exposés plus que d'autres aux violences du prince. Mais une armée de Magyars, de Szeklers et de Heiduques soutint Bâthory contre les troupes royales, regardées par eux avant tout comme des troupes amrichiennes, et lui permit de repousser Forgâcs qui lit une retraite désastreuse. Le plus grand danger lui vint de Constantinople, où Gabriel Bethlen obtint d'être reconnu comme prince de Transylvanie à sa place. Bâlhory, traité d'insensé par le grand visir, voyant tous ses sujets l'abandonner en faveur du populaire Bethlen, ne vit plus de salut que dans l'armée royale qu'il rejoignit à Vârad. Là un partisan de l'archiduc Ferdinand, le soupçonnant de vouloir se réconciler avec les Turcs en leur livrant une partie du territoire, lui persuada de se promener « dans un coche » et le fit assassiner à quelque distance de la viUe*.
La maison d'Autriche allait-elle conquérir la Transylvanie? C'était le désir de Pàzmâny aussi bien que de Klesel, du clergé de Hongrie aussi bien que du clergé allemand. Déjà Pâzmâny' avait fait des efforts inutiles contre la liberté de conscience dans la Hongrie royale : une fois les deux contrées
1 . Mss Godefroy, portef . 490 : lettre du gouverneur de Tokay à Tarcliiduc Ferdinand, lui demandant une récompense. Ce document, dont une autre copie se trouve à la Bibl. Nationale de Paris (Mss Dupuy, t. X, f. 68) montre combien est contraire à la vérité Taccusation dirigée par certains historiens contre Bethlen d'avoir fait assassiner B4thory.
réunies, le èuccès devenait bien plus facile; Quant au désir de rétablir le royaume dans son intégrité ou de diminuer l'influence ottomane, il ne faudrait pas lui faire une grande place dans les préoccupations du parti jésuite qui recherchait l'alliance de la Porte aussi bien que ses adversaires. Les mêmes motifs politiques et religieux qui faisaient désirer à ' la cour de Vienne l'acquisition de la Transylvanie décidèrent rassemblée de Eolozsvâr à proclamer prince Gabriel Bethlen. G*était un homme d'Etat du plus haut mérite, qui pendant tout son règne (1613-1629) fit le bonheur de son pays^ Aussi tolérant que zélé pour les croyances réformées, il voulait, dans une région en grande majorité protestante, avoir un chancelier catholique auasi bien qu'un chancelier protestant, et tenir la balance égale entre les deux cultes comme entre les trois nationalités qui acceptèrent également son pouvoir, et en furent récompensés par une sécurité profonde. Il avait une sorte de passion pour l'enseignement public qui se développa de toutes parts, pour la poésie, pour la musique, pour rÉcriture qu'il lut vingt-huit fois d*un bout à l'autre, et dont sa main mourante traçait encore quelques versets.
La politique de ce prince à l'égard du royaume et de la Porte fut d^une excessive mobilité. Au fond son projet différait peu de celui de Henri IV, qui pourrait se résumer ainsi :
1 . Entre antres éloges de Bethlen, indiquons comme le plus complet peut-être celui de Majlâth (t. IV, 240 et suiv.); il insiste sur Texcellente discipline de l'armée transylvaine, qui s'abstenait des réquisitions et des dégâts trop conformes à la coutume générale, et sur la douceur du prince à Tégard de ses ennemis : un Jésuite qui avait prêché contre lui fut admis à sa table et reçut cent écus.
Du reste il remarque avec raison que tous les contemporains qui ont été à même de connaître Bethlen lui donnent des louanges.
LES TUliCS ET L'AUTRICHE 137
bonnes relations avec les Turcs tant qu'ils seront nécessaires contre la puissance autrichienne, et dès que cela sera possible, alliance avec toute la chrétienté pour les chasser de FEurope. Le divan connaissait à merveille cette disposition de son allié, et ne le regardait que comme un ennemi possible qu'il fallait ménager en lui rendant môme des services, mais non sans se tenir prêt à se mettre avec l'Autriche contre lui. Déjà dans les dernières années de Mathias on put remarquer, d'une part le refroidissement de la diète hongroise pour la royauté toujours plus soumise à l'influence de Ferdinand malgré Klesel, d'autre part les efforts du gouvernement pour renverser Bethlen en s'appuyant même sur les Turcs, efforts constamment déjoués.
Mais c'est surtout lorsque Ferdinand fut désigné comme Théritier de Mathias (1617), que redoubla la défiance du prince Gabriel ^ Les prévenances de la cour, qui avait au moins besoin de sa neutralité, et qui s'empressa de le reconnaître et de traiter avec lui, ne lui cachèrent point le danger manifeste que le prochain avènement faisait courir à sa religion. Ferdinand n'avait- il pas juré, dans un pèlerinage à Lorette, l'extermination de l'hérésie? N'attribuait-on pas à Pâzmâny ce propos récent : « Voici le moment venu de » chasser les hérétiques ; mieux vaut que le pays soit habité » parles renards et les loups. » N'apprenait-on pas que les anciennes violences recommençaient contre les temples et les pasteurs? C'était Pâzmdny qui couronnait Ferdinand après une diète agitée (1618), et c'était le converti Forgâcs qui succédait comme palatin au protestant Thurzô. Bientôt
1. Les Annales Ferdinandei en douze volumes, de KhevenhuUer sont un ouvrage très-complet, mais très-indigeste.
138 mSTOIAE GÉNÉRALE DES HONGROIS
se répandait la nouvelle de la défenestration de Prague, et Matbias ne tardait pas à mourir, emportant avec lui les dernières chances de pacification.
La guerre de Trente-Ans venait de commencer, tout près de la frontière hongroise qu'une étincelle belliqueuse risquait bien de franchir. Le nouvel Empereur-roi savait qu'il importait grandement à ses intérêts que Bethlen de son côté ne prît pas les armes; il fut momentanément rassuré par le succès d'une mission de Nicolas Eszterhâzy. Nous rencontrons ici pour la première fois l'une des plus nobles figures de cette époque, le plus sympathique parmi les disciples religieux de Pâzmâny , très-indépendant de tout homme, fût-ce du roi objet de son dévouement loyal, lorsqu'étaient en jeu les destinées de sa patrie. Bethlen, Pàzraâny, Eszlerhâzy, ces trois noms si différents d'un protestant, d'un cardinal et d'un conciliateur, ont été réunis par la postérité sous ce titre : les trois grands Magyars, et la postérité ne s'est pas trompée, car chacun d'eux à sa manière aimait le pays. Eszterhâzy voulait l'union sous la Maison d'Autriche avec certaines libertés, de sorte qu'il s'est trouvé souvent dans une situation fausse entre le parti de la cour et des jésuites qui voulait tout soumettre, et le parti national qui voulait tout affranchir, quitte à tout bouleverser. Très-instruit des choses religieuses, comme on le voit par sa correspondance ', trèspieux sans aucune étroitesse, et réellement à mi-chemin entre les deux Eglises comme entre les deux tendances poli-
1. La correspondance d'Eszterhâzy, dons nous nous sommes beaucoup servi, forme deux recueils principaux : celui de M. Toldy, Galantai Gr. Eszterhâzy Miklos leveleiy Pesth 1851, et celui du Magyar Tôrténelmi Târ (8« vol. Pesth 1861), intitulé Gr. Eszterhâzy M, Nédor leveleiy celles-ci presque toutes écrites en Magyar.
tiques, sa modération même Ta souvent privé de Tinfluence qu il méritait.
Bethlen, plus ou moins rassuré par cet ambassadeur qu'il
était digne de comprendre, attendit les résultats d'une diète convoquée à Presbourg. La réunion fut différée par l'arrivée des Bohèmes en Autriche et par le fameux siège de Vienne, que Ferdinand soutint avec une obstination héroïque. On sait qu une victoire de Bucquoy sur Mansfeld contraignit le comte de Thurn à lever le siège ; or Tarmée de Bucquoy se composait en bonne partie de troupes hongroises, et plusieurs fois les insurgés de Prague s'en plaignirent au palatin. Forgâcs, tout dévoué à TAutriche comme nous l'avons vu, se garda bien de rappeler ces soldats, tout en expliquant qu'ils étaient personnellement au service du roi et qu'ils n'appartenaient point à l'armée nationale, toyt-à-fail incapable de combattre ses fidèles alliés. Remis d'une alarme aussi chaude, Ferdinand put réunir la diète, qui retentit dô plaintes amères sur le renouvellement des persécutions, et qui se sépara (le 13 août 1619) sans avoir obtenu d'autre concession que l'envoi d'un magyar, Emerich Liptay, comme ambassadeur à Gonstantinople.
Le prince Gabriel fut alors convaincu de la ruine prochaine delà religion protestante et de la nationalité magyare, si l'une et l'autre ne trouvaient un foyer énergique en Transylvanie. C'était aussi l'opinion de Râkôczy et d'autres grands seigneurs de la haute Hongrie qui firent alliance avec lui, et l'opinion des heiduques, bientôt accourus à son camp de Debreczin. Il répandit dans tout le pays un manifeste intitulé Plaintes de la Hongrie^ et convoqua tous les comitats à une diète générale. D'autres manifestes étaient adressé^ à différents princes, notauîment à ceux d'Aile-
magne et d'Italie, pour se disculper de tout projet contraire aux intérêts de la chrétienté, et pour justifier par une absolue nécessité Talliance ottomane. Lorsque le roi de Pologne Sigismond III lui écrivit pour le dissuader d'une tentative égoïste, Bethlen répondit que rien n'était plus éloigné de sa pensée, que les traités avaient été violés, cent pasteurs chassés de leurs églises ^ Cet argument ne pouvait faire grande impression sur son royal correspondant, car la Pologne était désormais vouée à la même cause que Ferdinand, et dans les relations les plus étroites avec sa cour*. Ces dispositions gênantes d'une puissance voisine n'empêchaieflf pas l'Assemblée de Kaschau de proclamer Gabriel gouverneur, Râkôczy capitaine suprême des hauts comitats, et de rétablir la liberté de conscience. Mais cette assemblée ne faisait que préluder aux délibérations de la diète convoquée à Presbourg.
La cour défendit aux députés de s'y rendre et tâcha d'empêcher leur réunion, mais Tirritation était profonde, même chez beaucoup de catholiques, et le palatin Forgâcs se trouva dans l'impossibilité de résister. Bethlen arriva même à Wiener Neustadt, et put envoyer au comte de Thurn m corps de dix mille auxiliaires commandé par Rhedey 3, qui
i.Hatvani, IV, 440 et 442.
2, « Non dubitavit M. V. nobisneque zelum erga Dei Ecclesiam, neque erga M" V»» quacum arctissimis vinculis conjuncti sumus, propensissimam déesse voluntalem • . (Hatvani, IV, 456.)
3. Rodolphe Reuss : Graf Ernst von Mansfeld, Braunschweig 1865, p. 65. — Sur la fuite du prince d'Anhalt, dont parle l'auteur de ce savant travail, nous trouvons dans les mss Godefroy (portef. 490) une lettre de Bethlen adressée à ce prince en 1621, pour agréer ses excuses.
tint en échec, avec des succès variés, rarméé impériale. La iiète ouverte le 18 novembre était donc libre dans ses délibérations ; elle resserra son alliance avec la nation bohème, Bt la situation parut assez critique à Ferdinand pour qu'il désirât négocier. Mais le même motif pressait la majorité de donner satisfaction à ses rancunes accumulées. Aux offres royales, insuffisantes à la vérité, répondit le cri des révolutions : Trop tard I Forgâcs qui défendit courageusement les intérêts de son souverain, faillit être jeté par la fenêtre, comme à Prague Slawata. Sans doute on ne refusa pas un armistice, utilisé pour la mise en pratique de la liberté de conscience; mais on ne put s*en tendre, car il aurait fallu abandonner la Bohême, et le 25 août 1620, Bethlen fut proclamé roi de Hongrie.
C'était bien à cette proclamation que pouvait s'appliquer
le mot de trop tard I Toutes les mesures étaient prises par
les généraux catholiques pour une attaque décisive contre
Prague, et les Tchèques une fois écrasés, la lutte devenait
très-difficile à soutenir. Dans ces circonstances, il suffisait
aux troupes impériales de tenir les insurgés hongrois en
échec ; les Cosaques venaient les aider dans leurs ravages
sur différents points du territoire, malgré les désaveux et
les excuses du roi de Pologne. Les opérations militaires
autour des places frontières étaient donc insignifiantes ; on
attendait d'un autre côté de graves nouvelles. Dans Tinter*
valle Bethlen prenait aux yeux de l'Europe entière le rôle de
l'un des chefs du parti protestant. < Dites à Monseigneur le
» duc de Bouillon, écrivait le baron de Dona, qu'à mon avis
* la guerre ne fait que commencer. Le nouveau roi d'Hon-
> grie est monté de pauvre gentilhomme à cette haute
> dignité ; grand homme de guerre comme qui en personne
» a été en quarante- trois combats; d'un grand jugement, » rond en son parler, et qui est le tout, homme craignant » Dieu et de notre religion réformée ; en sorte qu'après le » Grand Henri il n'y a tel roi au monde* ». Ce qui causait l'admiration et l'espoir d'un gentilhomme protestant causait naturellement l'inquiétude du gouvernement de Louis XIII: le duc de Luynes redoutait une prise d'armes générale des Huguenots excités par ces nouvelles lointaines ; et la politique extérieure de la France entre Henri IV et Richelieu (1610-1624), était toute favorable à la maison d'Autriche 2. Le duc d'Angoulême et le comte de Béthune vinrent donc trouver Bethlen à son camp de Presbourg, et insister auprès de lui pour la conclusion de la paix.
Bientôt éclata la ' nouvelle de la bataille décisive perdue par les Bohèmes à la Montagne-Blanche, ce qui donna beaucoup de force aux nouvelles démarches des négociateurs français. Le découragement devint général, et Bethlen sévit accuser d'égoïsme par plusieurs de ceux qui l'avaient encouragé jusque-là. Ce sentiment de lassitude augmenta lorsque Ferdinand, libre au nord de toute inquiétude, fit envahir la Hongrie par un mélange de troupes hongroises et de troupes nationales. Bethlen comprit bien qu'il fallait