Ibid
plas vifs à la natiou bigarrée qu'il gouvernait depuis seize ans, laissant à l'Europe l'impression d'un grand politique . auquel les circonstances avaient fait défaut. Sa veuve Catherine de Brandebourg essaya d'abord de lui succéder ; M. de Césy, l'ambassadeur de Hollande, l'électeur de Brandebourg et le roi de Suède voulaient faire triompher ses prétentions de toutes les rivalités \ d'Etienne Bethlen comme de (reorges Râkôczy. Ce dernier, très-populaire, n'en fut pas moins élu : les alliés de Bethlen ne tardèrentpas à voir qu'il serait son plus digne continuateur, et le palatin, renonçant aie combattre, espéra en lui pour le rétablissement delà paix entre Magyars.
Les campagnes de Gustave-Adolphe n'éveillèrent pas en Hongrie, comme on aurait pu s'y attendre, de bruyants échos. La paix avec les Turcs était plus sérieusement établie qu'à aucune autre époque; la Hongrie royale était soumise à l'influence pacifique d'Eszterhâzy. Quant au cardinal Pâzmâny, au moment le plus critique il fut envoyé à Rome pour conclure une alliance entre Ferdinand et Urbain VIII, mais il fut accueilli d'une manière froide et évasive qu'expliquent les bonnes relations entre le pape et Richelieu; il prit congé, désespéré du peu de zèle du Saint-Siège pour un projet de grande ligue catholique '. Le prince Georges, de
1. Mss Godefroy, portef. 490. — L'Électeur de Brandebourg et Catherine elle-même écrivaient à Césy, le remerciant de sa sympathie et de son appui. (Ibid. portef. 270.)
2. N» 35 du t. !•' des Scriptores rerum hungaricarum minores (Budce 1798). Pâzmàny parle en ces termes de ses conversations avec plus d'un cardinal : De subsidiis eamdem cantilenam impossibilitatib narravit... Snbjunxi animarum et tôt provinciarum periculum ^gi in Germania. . . Rursus pericula et progressas Sueci retuli, nihil
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son côté, était un homme d'État plein d'habileté et d'expérience, à la fois trop avisé pour négliger d'entretenir une correspondance amicale avec le héros suédois, et trop prudent pour entrer à corps perdu dans son alliance. Il se contenta d'occuper quelques places fortes en attendant les événements; après la bataille de Lutzen il traita sur les mêmes bases que son prédécesseur, et assista pendant plusieurs années, témoin discret, incapable de se brouiller avec personne, aux discussions que sa tranquillité relative et son abstention même ne pouvaient manquer d'éveiller.
En effet le palatin Eszterhàzy était fort mécontent, sinon de l'Empereur, au moins de ses conseillers. Il préservait depuis longtemps la couronne contre les mécontents, mais il ne parvenait pas à préserver les libertés hongroises contre la couronne. Ce n'est pas seulement des ministres étrangers qu'il avait à se plaindre, c'était aussi de Pâzmâny et du chancelier Sennyey. Pàzmâny songeait beaucoup plus à la fondation de l'Université des Jésuites à Tyrnau et aux privilèges et revenus du haut clergé qu'aux libertés nationales, et Sennyey parlait tout au moins avec défiance de son pays. Le palatin se plaignit avec une vivacité croissante que Ton négligeât de convoquer les diètes; conciliateur malheureux, il tâchait de trouver des excuses à ces retards lorsqu'il écrivait aux comitats, mais c'étaient des excuses auxquelles il ne croyait pas lui-même. La diète enfin réunie, on l'accusa d'usurpation de pouvoirs parce qu'il avait fait des levées de troupes en vue d'un retour offensif des Ottomans; on le me-
tamen inde repositum mihi, nisi camersB diffîcultates longissimo discursu exaggeratas.. . Itaque videns me nihil proflcere, significayi me Su8B Sanctitati, me an te calores (on était au printemps de 1632} abire velle. . . Ad quod tune nihU dixit, et in silenlio probavit.
naça d'excomunication comme une sorte de faux frère qui aurait voulu irriter les protestants contre les catholiques. Plusieurs fois il offrit au roi de se démettre de sa dignité; mais on le calma, et il sembla que toutes ces querelles dussent finir lorsque moururent à peu près en même temps l'Empereur et le cardinal (1637). Il ne restait plus qu'un des trois « Grands Magyars ».
Avec Ferdinand III, prince plus modéré que son père tout en ayant les mêmes opinions, Eszterhâzy devait rencontrer en effet moins de difficultés ; mais il avait contre lui le même parti, que Ton peut commencer à nommer le parti aulique, et le parti protestant qui se montrait irrité des nombreuses atteintes portées à la paix de Vienne. Sa situation fut trèsfausse dans la diète de 1638. Les députés protestants, fort nombreux, furent sur le point de se constituer en assemblée particulière, et il fallut'leur promettre la satisfaction de leurs griefs pour obtenir leur présence au couronnement. Ils se séparèrent assez irrités contre le palatin, pendant que ce malheureux dignitaire, irrité lui-même contre la cour, abdiquait une seconde fois*. Mais surtout les nuages s'amoncelaient du côté de la Transylvanie.
Râkôczy était de nouveau en relations suivies avec le camp suédois, surtout avec Torstenson*; il entretenait (depuis
1 . Gum hinc non tantum injuria luculenta, sed evidens etiam personsB ac offîcii nostri sequatur contemptus.. Née desunt certse etiam inre^o personsB, quœ gravibus nos. lacessunt offensionibus. . . Nec puto privatum me minus patri» profuturum quam tune, dum magistratum hune in Hungaria supremum gessi annis duodecim. (£d, Toldy, p. 354.) ^
2. M.' Szilâgyi a publié dans les Monumenta (t. XXI des Diplormta) \^ correspondance diplomati(|ue de Georges Rdkôczy I<'^
1638) auprès de Louis XIII et de Richelieu un envoyé nommé Bisterfeld, et bientôt un de ces négociateurs de second ordre, mais zélés, intelligents, infatigables, comme le cardinal savait les choisir, arriva en Transylvanie * . D'Avaugour, n'obtenant pas immédiatement une alliance formelle, franchit les Karpathes pour négocier avec les Polonais, puis rejoignit Farmée de Torstenson en Silésie; enfin de Glogau recommença à correspondre avec les Transylvains, qu il tenait au courant des succès remportés au Nord de la France par les armes de son roi contre les Espagnols K
Malgré les efforts d*Eszterhâzy qui le conjurait de ne pas affaiblir et déchirer la patrie devant les Turcs *, Ràkôczy se décida à conclure un traité avec la France et la Suède (1643). Les principales stipulations portaient que le prince recevrait cent vingt mille écus par au, que la liberté de conscience serait garantie à la fin de la guerre, et que les alliés n* élève-
i . Nous trouvons dans les Mss. Godefroy, portef. 490, cette lettre de créance : « Mon cousin, j'envoie vers vous ce mien député pour » vous informer bien particulièrement de mes bonnes et sincères » intentions sur ce que le vôtre a ici proposé, sur quoi je vous prie » d'ajouter entière créance à ce que mon député vous fera entendre » et aux assurances qu'il vous donnera de mon affection en votre » endroit, priant sur ce Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte » garde. Écrit à Saint- Germain- en-Laye le 9 mai 1639. Louis. »
2. V. p. 23 d'un Recueil intitulé Rejtelmes levelek elsô Râkôczy G. Korabôl (Kolozsvâr 1848) : d'Avaugour raconte au prince, en langue latine, les opérations de la Meilleraye en Artois.
3. Nec possum mihi persuadere naturse mansuetudinem apud D. Vestram adeo in ferociam transiisse, ut nos, quorum idem sanguis eademque est natio, Turcicœ prœdsB subjectos desideret... Cette lettre, et six autres, avaient été écrites à Râkôczy par EszterMzy en magyar. Nous en trouvons la traduction latine dans un petit in-4* imprimé à Vienne dès 1644.
raient jamais aucune prétention sur une partie quelconque de la Hongrie ou de la Transylvanie. Pendant qu*Eszterhâzy se débattait péniblement contre tous les partis et tâchait de mettre sur pied des forces sérieuses, Georges prenait les armes. Il sembla un moment sur le point de rejoindre Torstenson en Silésie, et faute d*y parvenir, il lui rendit des services indirects mais considérables dans la campagne de 1644 et au commencement de 1645 par l'inquiétude que sa marche rapide causa à l'Autriche. Le célèbre négociateur français de la paix de Westphalie, le comte d*Avaux, tenait beaucoup à son alliance, comme le prouve cette lettre datée de Munster : « Le choix que le roi et la reine régente sa mère ont fait de M. de Croissy, conseiller de S. M. en sa cour de Parlement de Paris, pour aller trouver V. A. de leur part et concerter avec Elle les moyens d'exécuter le traité qu'EUe a fait avec M. Torstenson, lui fera connaître la bonne disposition de LL. MM. pourravaucementdu bien public, et le désir qu elles ont de contribuer au contentement particulier de Votre Altesse. L'intention de LL. MM. étant d'établir un durable repos dans la chrétienté par la conclusion d'une paix générais, dans laquelle on puisse faire cesser les difTé- Teuds de tous les princes chrétiens, V. A. y tenant le rang qu'elle tient, nous fera beaucoup de faveur de nous informer de ses intentions; et de quelle sorte elle désire que nous parlions de ses intérêts dans le traité général' ».
Le prince Georges, malgré les efforts de M. de Croissy, rfaltendit pas l'issue des longues négociations de Westphalie. Les Turcs le contraignirent à faire sa paix séparée dès 1645, et d'ailleurs une longue guerre n'était jamais en-
\. Szilàgyi, I, 183.
trée dans ses projets ^ Avant de mourir Ëszterhâzy vit une partie au moins de ses désirs réalisés par la pacification de Linz qui confirmait celle de Vienne et garantissait, d'une part la liberté religieuse, d^autre part la double autonomie du royaume et de la principauté. La nation tenace des Magyars sortait encore une fois de tant de difficultés et de tant de pièges, ayant perdu moins de sang que la plupart des peuples de l'Europe, et conservant plusieurs de ses libertés.
1 . Il est possible qae les lettres d'Eszterhàzj, tenant le prince au courant des nouvelles favorables à la maison d* Autriche, et lui montrant que les Suédois ne pourraient lui rendre aucun service, aient contribué à ce résultat. — Le fonds Dupuy (vol. 642) contient des traductions contemporaines des traités de paix et d'alliance conclus par Georges Ràkôczy.