ISS PERSÉCUTIONS ET LES INSURRECTIONS SOUS LÉOPOLD
Dans toute l'Europe centrale une sorte de torpeur succéda aux agitation? de la guerre de Trente-Ans. L'histoire générale des Hongrois n'a guère à s'occuper des dernières années de Ferdinand III (1648-1657) : toujours des querelles de frontières avec les Turcs, toujours une lutte sourde entre les patriotes magyars et la cour de Vienne, mais sans hostilité déclarée*. Très-différent devait être le long règne de Léopold (1658-1705), règne étrangement mêlé de fanatisme et de petitesse, de cruauté et de gloire ; mais avant d'en aborder le récit, nous devons suivre les destinées de la Transylvanie, décisives alors comme précédemment pour les destinées du royaume.
Le prince Georges Râkôczy I", que nous avons envisagé comme un habile et prudent diplomate, était aussi un administrateur comparable à Gabriel Bethlen : il avait la même ardeur pour la propagation de la science, et son zèle était partagé par sa femme Suzanne Lorantfi, qui, devenue veuve en 1648, continua de protéger les collèges fondés par son
1. Nous aurons et revenir sur les discussions de la diète de 1655.
154 HISTOIRE aËNÉRÂLE DES HONGROIS
époux. Sa cour était à la fois cérémonieuse et austère^; comme son armée, elle était régie par les principes de la religion réformée, avec une incontestable tolérance puisque le prince engageait ses officiers appartenant à un autre culte à en suivre fidèlement les exercices, et uq blâmait que Timpiété. Il réprimait énergiquement tous les désordres, et interdisait spécialement le duel. Le pays était en général prospère malgré les déplorables résultats des ravages antérieurs. Malheureusement Georges Râkôczy II ne maintint pas cette heureuse situation; il voulut absolument jouer la grande puissance, rôle que rendaient dangereux l'insuffisance des ressources de la principauté et de redoutables voisinages. Passe encore pour ses relations avec Gromwell (1655). Le tout-puissant Protecteur accueillit avec bienveillance un envoyé de Transylvanie, et se montra décidé à maintenir « la sécurité du pur christianisme'. » Cette alliance présentait quelques avantages sans inconvénients; il n'en était pas de même de Talliance suédoise 3. Georges I" l'avait entretenue, mais discrètement; Georges II s'y jeta pour ainsi dire à corps perdu ; il comptait, avec Tappui des Scandinaves, recommencer en Pologne le règne de son devancier Bâthory. Cette illusion eut pour conséquence une guerre déplorable, à la fois contre la Pologne et contre les Ottomans qui défendaient d'attaquer la Pologne. Beaucoup de Hongrois périrent; beaucoup furent prisonniers des Tartares, entre autres Jean Kemény, le principal lieutenant du
1 . Rumy donne dans son premier volume les textes hongrois que nous résumons ici.