Mémoires, p
3. Ce sujet est traité tout au long par Tauteur des Serbes de Hongrie,
Croates, les lieutenants de Râkôczy. Quant à la question religieuse, voici comment elle se présentait. Le prince était: catholique zélé, et répugnait à rendis aux protestants les
temples qu'ils réclamaient, d'autant plus qu'il craignait de déplaire à Louis XIV ^ Pourtant il était obligé de se *concilier l'élément protestant, mais il rencontrait de ce côté beaucoup de défiances, habilement exploitées par la cour de Vienne ; elle faisait trêve à ses projets séculaires de conversion forcée, et les partisans zélés qu'elle comptait dans la population réformée et surtout luthérienne, excitaient leurs coreligionnaires en sa faveur.
Toutes ces causes d'une prompte désillusion facile à prévoir n'empêchaient pas l'insurrection d'être une cruelle épreuve pour la maison d'Autriche. Telle était bien l'opinion du prince Eugène *. Il connaissait Râkôczy pour avoir été quelque temps avec lui en relation de voisinage ; il était trop clairvoyant pour s'exagérer sa valeur, il lui faisait même tort en parlant de « ses ruses », de « son hypocrisie ». La grande passion d'Eugène, sa haine insatiable de Louis XIV, n'en était pas moins contrariée par cette diversion qui ne pouvait sans doute pas ruiner l'Autriche, mais qui pouvait lui faire manquer sa guerre de Succession. Il était effrayé de l'insuffisance de Schlick, le premier général opposé aux rebelles ; il accepta un moment, entre deux campagnes, le commandemerft en chef, et malgré sa sympathie habituelle
1 . « Ils avaient des prétentions très-justes sur des églises que les i lois ont établies pour leur usage, et que la maison d'Autriche a » reprises sur eux, mais rattachement que j'ai pour la religion catho- > lique m'a porté à chercher les moyens de les retenir le plus loDg- » temps que je pourrais ». (Fiedler, II, 440.)
2. Prinz Eugen von Savoyen, de M. d'Arneth, I, ch. X et p. 469.
LES TURCS ET L'AUTRICHE 18Tf
pour les Hongrois, malgré la supériorité de sa nature qui le préservait des basses férocités d'un Rabutin ou d'un Heister, tous deux la terreur du pays dans les années suivantes, il avait résolu d'en finir « autrement qu'avec de l'encre et du » papier». Il prit' des mesures défensives énergiques, fit fortifier aux endroits dangereux le passage du Danube et de la March, envoya la Sainte -Couronne à Vienne, et pressa vivement les levées d'hommes et de chevaux dans les contrées fidèles. A ce point de vue, la mauvaise volonté des comitats l'impatientait; moins encore que la conduite des Jésuites, qu'il accusait de jouer jeu double et de conspirer pour amener le succès des Franco-Bavarois*.* Selon toute probabilité l'insurrection n'aurait pas diTré longtemps si elle avait conservé devant elle un pareil adversaire. Eugène dut aller joindre Marlborough pour vaincre à Hochstett l'armée de Tallard et de Marsin; pendant plusieurs années il ne vit plus la Hongrie, mais il ne l'oubliait pas, il conseillait les plans de campagne, les nominations de généraux, il se réjouissait ou s'indignait selon les nouvelles reçues *. Les dispositions des puissances étrangères n'étaient pas aussi simples ni aussi invariables. Les puissances maritimes étaient embarrassées comme Louis XIV, et pour des raisons semblables. L'Angleterre et la Hollande ne pouvaient pas, vingt ans après la révocation de l'Edit de Nantes et la Révolution de 1688, laisser écraser par leur allié l'Empereur, les restes malheureux, mais encore très-considérables, du protestantisme hongrois. Or l'ambassadeur d'Angleterre à Vienne, Stepney, protestant résolu, attribuait « au cardinal » Kolonics et à d'autres fanatiques le projet d'extirper la Reli-
i. Sammlung etc., I, 113,151,11, 8, 47, 57.