leiters of lady Montagu, London i'/78, no
discours ou étaient réunis tous les exemples nationaux ou étrangers, tous les souvenirs de la valeur et de la fidélité des aïeux, tous les arguments tirés de l'intérêt national et de l'intérêt monarchique. Il termina en poussant un vivai qui fut accueilli par les cris de Vive la maison d'Autriche! Vive la descendance féminine * ! Une députation de soixante membres fut envoyée à Vienne et reçue à merveille par le souverain. Quelques jours plus tard, le roi, heureux de Tempressement de ses sujets et de leur initiative, vint ouvrir régulièrement la diète de Presbourg, qui commença la série de ses travaux par deux articles établissant la Pragmatique- Sanction comme loi fondamentale du royaume, avec le maintien de tous les droits et de toutes les libertés.
Là s'arrêtèrent l'enthousiasme ei Tesprit d'initiative. Les autres travaux de législation, préparés depuis la diète précédente par des commissions d'une activité médiocre et d'une plus médiocre bonne volonté, portèrent l'empreinte de l'étroitesse et de la défiance réactionnaires. Dans sa crainte, par elle-même fort légitime, de voir le territoire démembré au profit des Serbes, la majorité alla jusqu'à réduire les cultivateurs slaves du Banat, sectateurs de l'Église grecque, en un véritable servage. Les protestants, qui étaient eux de vrais Magyars, ne furent pas beaucoup mieux traités parla réaction religieuse ; ils ne purent obtenir justice pour leurs temples enlevés, leurs pasteurs chassés, leurs paysans convertis de force. Alors l'Empereur et Eugène s'inquiétèrent;
1. M. Salamon a écrit sur cette question d'hérédité et sur le discours de Szluha un intéressant travail intitulé À Magyar Kirâlyi szék betôltése, Pesth 1866. — Dans cette diète, comme dans toutes celles du XVIII« siècle, certains.discours ont été prononcés en latin, d'autres en magyar.
Qs aperçurent dans un prochain avenir une guerre de religion, peut-être une nouvelle guerre de Trente-Ans qui embraserait toute TAUemagne ; ils reçurent des plaintes amères de leurs alliées les puissances protestantes ; enfin Charies VI redouta des échecs diplomatiques pour sa chère Pragmatique-Sanction. Il se décida en conséquence à intervenir en faveur des protestants, soit avant soit après la clôture de la diète; il blâma les violences commises, menaça leurs auteurs de la rigueur des lois ; il brisa la résistance du comitat de Pesth, où le parti de la majorité se montrait plus autrichien que l'Autriche et plus royaliste que le roi.
Ainsi commençait à se dessiner la politique moderne des Habsbourg, sincère dans cette occasion, plus sincère à diverses époques que n'en veulent convenir les historiens magyars, mais bien des fois aussi justement suspecte de perfidie et de dissimulation. Elle consistait à se montrer plus libérale que les constitutionnels, plus ouverte au progrès que les assemblées, plus généreuse envers les minorités religieuses ou nationales que le peuple noble de Verbôczy. Plusieurs fois elle présenta des lois de réforme qu'elle savait fort bien ne devoir pas être acceptées ; plusieurs fois elle prit toutes ses mesures pour que Tamour-propre magyar, blessé de la façon dont ces lois étaient rédigées par des.étrangers, se compromit aux yeux de l'Europe en refusant de les admettre. Lorsqu'au contraire Fesprit de réforme dominait dans le pays et dans les assemblées, alors la cour de Vienne s'effrayait ou affectait de s'effrayer des innovations ; trèsrarement elle les repoussait en face, elle en remettait laccomphssement à une époque plus favorable, laquelle n'arrivait pas.
Déjà la diète de 1722-1723, d'une déplorable étroitesse dur
plusieurs questions, mais très-ferme sur le terrain constitutionnel, n'obtint qu'une partie des réformes politiques qu'elle réclamait. Ces concessions étaient toutefois importantes. Il devait y avoir une diète au moins tous les trois ans. Le roi promettait de résider dans le pays lorsque l'état de l'Europe le permettrait; eu son absence, un conseil de lieutenance {helytartôtanâcs), présidé par le palatin, devait expédier toutes les affaires, et ne recevoir d'instructions que du roi seul, sans aucun mélange avec l'administration des provinces que Ton continuait à désigner sous le nom d'Etats héréditaires. Les comitats étaient formellement soustraits à l'arbitraire des fôispan nommés par le pouvoir. Le conseil devait s'occuper tout spécialement de relever le commerce et d'améliorer les moyens de communication.
Il était temps en effet de remédier à la misère générale et de sortir la Hongrie des questions de légalité pour la mettre dans la voie du progrès matériel. Charles VI entendait assez bien* ces questions, beaucoup mieux que ses ancêtres fanatiques, et sa postérité devait y trouver sa vraie force et son meilleur levier. On connaît les services qu'il rendit au port d'Ostende et à celui de Trieste; il fit aussi de Fiume un port franc, il creusa le canal de la Béga, venant en aide au Conseil de Jieutenance obéré comme tout le pays. Enfin il acheva de constituer les confins militaires, la grande œuvre d'Eugène et de Mercy, œuvre à la fois militaire,-politiqueet agricole. Mercy montra une merveilleuse activité dans l'organisation duBanat en 1724: les populations serbes furent heureuses d'être groupées sous une administration rigide comme celle d'un camp, mais qui leur donnait dans l'obéissance même une sorte d'indépendance, car elles obéissaient à des autorités allemandes qui avaient intérêt à les ménager,
et préféraient ce régime à la légalité liongroise; aussi ontelles conservé un excellent souvenir de cette époque de leur histoire*.
Il n'en est pas de même des Magyars. Depuis vingt-deux ans qu'avait commencé le travail des confins militaires, ils voyaient avec inquiétude une longue et large bande de territoire soustraite à leurs lois comme à leur nationalité. Singalière et redoutable organisation, qui distribuait les provinces en régiments, et les districts en compagnies, où Tofficier était à la fois gouverneur, percepteur et juge, où les femmes des soldats laboureurs étaient astreintes à confectionner des uniformes, où les enfants serbes, croates, esclavons, roumains, étaient dressés au maniement des armes presque dès leur naissance. Il était évident que cette formidable machine de guerre ne servirait pas toujours contre les Turcs; la décadence rapide de l'Empire ottoman laisserait ces troupes disponibles au premier appel soit contre les puissances européennes, soit contre les Magyars, s'il était besoin de les dompter. Aussi la destruction des confins militaires a-t-elle toujours été l'un des désirs principaux de la politique nationale.
Une querelle plus grave éclata dans la diète de 1728, et mit en pleine lumière la situation politique indiquée plus haut.' Une question déjà soulevée plusieurs fois et que les inquiétudes causées par les vicissitudes de la politique européenne mettaient forcément à l'ordre du jour, était celle de l'impôt militaire et de l'assiette de cet impôt. La cour voulait prendre pour base de la répartition les terres des paysans et non pas leurs personnes, ce qui avait le double avantage d'être con-