‹ Histoire générale des Hongrois (volume 2)Chapitre 65 sur 138 · II · texte numérisé non relu

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forme au régime féodal et de présenter des garanties. Au contraire les nobles, surtout ceux de la nombreuse petite noblesse, sachant que leurs paysans, possédant seulement l'usage, et non pas la propriété de leur terre, changeaient souvent de destination, et qu'une partie de leurs domaines se trouvait ainsi revenir pour quelque temps en'tre leurs mains, se voyaient déjà descendre au rang de contribuables, ce qui révoltait leur orgueil encore plus que leur intérêt. Dans les séances de TAssemblée, malgré toutes les précautiens royales, un vrai tumulte s'éleva ; on aurait pu se croire à l'époque des guerres civiles. Joseph Eszterhâzy et Adam Zichy firent le voyage de Vienne, et obtinrent du roi qu'une commission nommée par la diète elle-même préparât un projet de loi. C'était le problème féodal qui se posait dans toute sa gravité, et qui ne devait être résolu que beaucoup plus tard.

La nomination des commissaires fit éclore un autre conflit. Les députés protestants repoussèrent une formule qui les faisait prêter serment à la Vierge et aux Saints. La discussion à Ce sujet s'envenima, et l'Empereur, effrayé du retour possible d'une lutte religieuse, chargea le prince Eugène de présider un conseil de ministres allemands pour la rédaction d'une ordonnance de pacification. Il en résulta un règlement en neuf articles, tenant une sorte de juste milieu entre la tolérance et l'intolérance. Par exemple les mariages mixtes étaient permis, mais seulement à l'église catholique; la formule du serment était exigible pour l'admission aux emplois, mais non pour témoigner devant la justice. Les protestants furent mécontents, mais le cardinal Othoo, évêque de Vâcz, le fut plus encore : il déclara que le Pape seul avait le droit de prendre des mesures semblables, se

mit en rébellion ouverte, et laissa même saisir un moment son temporel. Cette querelle ne tarda pas à être apaisée.

Mais le méconlement devint peu à peu général pendant les dix dernières années du règne, que l'on pourrait appeler la décadence temporaire de TAutriche (1730-1740). Les Magyars supportaient déjà avec impatience Tingérence étran-. gère lorsqu'elle était représentée par un homme éminent et bienveillant à leur égard comme le prince Eugène. Ce fut bien autre chose lorsqu'on vit baisser Tinfluence de ce grand capitaine vieilli, lorsque la médiocre camarilla qui a trop souvent dirigé l'Autriche absolutiste inspira de nouveau ses conseils et commanda ses armées. 11 y parut bien dans la guerre mal conduite de la succession de Pologne. 11 y parut bien aussi dans le gouvernement intérieur de la Hongrie livrée aux garnisons étrangères, surtout après la mort du palatin Pâlffy (1732), qui fut remplacé par le duc François de Lorraine, futur époux de Marie-Thérèse, non point avec le grand titre national, mais avec le titre étranger et presque menaçant de lieutenant royal. Enfin la mort d'Eugène parut être le dernier jour de la grandeur autrichienne.

Celle situation chaque jour plus aiguë avait rendu l'espoii à François Râkôczy dans son exil. Avant la guerre delà succession de Pologne il avait épuisé toutes les amertumes et tous les refus*. Voyant échouer ses démarches répétées auprès de chaque nouveau ministre français, auprès du cardinal Fleury comme auprès du duc de Bourbon, il s'était décider à négocier avec l'Empereur en 1729. 11 proposait alors de s'établir en Pologne sans autre compensation que le titre viager de prince de Transylvanie, et en prêtant ser-

i. Voir, outre Fiedler, la fin d'un travail du D' Krones dans les Arckiv fur ôslerreichische Geschichle^ T. XLII, 1870.

ment de fidélité; ses serviteurs auraient obtenu amnistie pleine et entière, ce qui, disait-il, était le seul moyen de les préserver de Tislamisme et du turban*. Eugène n'avait pas voulu entendre parler de propositions semblables. L'un des serviteurs de Ràkôczy était Coloman Mikes, homme de talent et d'esprit, observateur mélancolique, auteur des Lettres de Turquie^ un des monuments les plus purs de la prose magyare avant notre siècle'. Le prince, voyant ses ouvertures repoussées ^, attendit une occasion, meilleure et crut Tavoir trouvée en 1733; mais il avait compté sans Téconomie de Fleury et sans les dispositions pacifiques des Turcs; il vit échouer une fois de plus tous ses projets et mourut, peutêtre de chagrin, en 1735. Avec lui périt Tinsurrection séculaire des Magyars contre TÂutriche.

L'insurrection paysanne parut la remplacer : un nommé Perô, appelé aussi Szegedinetz, à la tête de paysans roumains et serbes, et sans doute aussi d'un certain nombre de Magyars, dirigea, non sans talent, un mouvement qui parut redoutable. Il fallut une levée des comitats, qui restèrent vainqueurs. Les chefs insurgés périrent dans les supplices : répression cruelle où se peignit au vif la férocité des haines de race. Une autre guerre se préparait : l'Autriche, alliée de la Russie, croyait le moment venu de faire essuyer de nouveaux désastres à la Turquie dégénérée, et de lui prendre de nouvelles provinces. Elle ne doutait pas du succès : les Wallis, les Neiperg, les Seckendorf, se croyaient de dignes

1 . Dieu sait combien des pauvres Hongrois n^auraient pas porté le tourban s'ils n'eussent trouvé du pain dans ma maison. (Fiedler, supp., T. II, p. 547.)

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