‹ Histoire générale des Hongrois (volume 2)Chapitre 66 sur 138 · A^rncth, III, 267 et suiv · texte numérisé non relu

A^rncth, III, 267 et suiv

LA HONaRIE AUTRICHIENNE 213

successeurs d*Eugène. Ils ignoraient les ressources que possédait encore leur ennemi, et dont le récent ouvrage de Marsigli leur offrait pourtant le formidable tableau*. Une fois indignés, exaspérés dans leur majesté vieillie, les Turcs étaient capables de sérieux retours de fortune. Or ils furent indignés des exigences de leurs voisins pour le maintien de la paix : ils déclarèrent leur conduite contraire, non pas au Coran, mais aux livres des chrétiens, à l'Évangile et à Grotius.

La guerre de' 1737 à 1739 fut déplorable et presque honteuse. L'incapable état-major était livré aux querelles de coteries : le triumvirat de Schmettau, Hildburghausen et Seckendorf était dans les plus mauvais termes avec Wallis, Neiperg et'le duc de Lorraine. L'armée portait la peine des discordes de ses chefs. Les marches, quelquefois excessives, étaient ordonnées à contre-sens sous une chaleur torride: le pain était moisi ; les médicaments faisaient défaut ; la mortalité était effroyable, et les généraux se renvoyaient les accusations de concussion et de négligence ^. Dans de pareilles conditions la victoire était bien difficile. Après quelques succès partiels, la triple invasion entreprise en Serbie, en Bosnie et en Valachie, fut repoussée par le grand-visir. Dès la fin de la première campagne, le Divan se crut assez fort pour proclamer prince de Transylvanie le jeune Joseph

1 . Stato militare delV Imperio Ottomanno, incremenlo e decremento delmedesimo — dal signore ÇUe Marsigli, Amsterdam 1732, 2 in-fol. — Marsigli avait publié, aussi à Amsterdam, en 1726, un ouvrage géographique important, le Danubius Pannonico-Mysicus.

2. V. outre le livre XL VII de Hammer, les Mémoires secrets de la guerre de Hongrie (1737-1739) par le comte de Schmettau, Francfort 1786.

Râkôczy, projet qui n'eut pas de suite, et pour écouter avec froideur les propositions médiatrices du cardinal Fleury et de Tambassadeur français Villeneuve.

Ce fut biea pis dans les campagnes suivantes, lorsque la forteresse d^Orsova capitula au bout de quatre semaines, lorsque les fautes énormes de Wallis et de Neiperg ameuèrent, malgré les prodigieux efforts de Pàlffy et de la cavalerie magyare, le désastre de Kruzka et par suite la perte de Belgrade. Le traité conclu dans cette dernière ville rendit à la Porte presque tout ce qu'elle avait perdu- à Passarowitz. La cour se vengea, non sans quelque raison, sur les généraux vaincus, et les enferma au Spielberg, à Gr^tz, à (ilatz en Silésie. Charles VI ne se plaignit pas, mais le chagrin lui rongea le cœur^ et il mourut inquiet au sujet de Tœuvre de toute sa vie, et de sa fille Marie-Thérèse, que les Magyars allaient sauver.

1. C'est une observation de Tambassadeur prussien à Vienne (Arnelh : Maria Theresia's erste Regierungsjahre, Wien 1863, I, 364).

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