Majlâth, Histoire d'Autriche, V
2. V. Touvrage de l'archiduc Charles : Principes de stratégie appliqués à V histoire de la campagne de 4196 en Allemagne : 3 vol. in-8*. Avec quel plaisir le savant prince rend justice à la valeur hongroise, à Kray, à Giulay, à Sztarray, à Mesz&ros I
cette armée assise à la vieille mode magyare sur la selle de ses chevaux. Elle n'était pas plus belle Tarmée Spartiate, il n'était pas plus effrayant le peuple en armes de Hunyade plantant sou fier drapeau sur les remparts détruits de Vienne... Le sang d'Arpâd ne s'est pas refroidi, quoiqu'il repose depuis longtemps sur une couche funèbre. Regardez : il agrafe son épée ; la plume de héron ûambloie sur son shako. Revêtu du costume de nos soldats, il vient enflammer de nobles âmes. » Cette poésie d'un jeune homme de dix-sept ans, emphatique et naïve, eut un grand succès comme les vers de Gsokonai; elle a gardé jusqu'à nos jours sa popularité ^.
Les prévisions de Berzsényi ne se réalisèrent pas immédiatement, et la paix de Campo-Formio amena le licenciement de la noblesse. Mais cette paix si glorieuse pour la France n'était qu'une trêve ; la cour de Vienne ne désarma pas sérieusement, parce qu'elle sentait derrière elle des troupes fraîches et dévouées.
La guerre avait pourtant coûté au royaume de Hongrie plus de cent mille hommes et trente millions de florins. Ces énormes sacrifices, peut-être dissimulés en partie, ne refroidirent point les Magyars pendant la seconde coalition. Les terribles campagnes de 1799 et de 1800 furent en grande partie leur ouvrage. Les soldats se signalèrent dans toutes les batailles ; leurs généraux parurent au premier rang.
Il faut avouer que le commencement fut blâmable. Les hussards du colonel Barbaczy occupaient les environs de
1. Cette pièce A felkôlt nemességhez figure non-seulement dans les œuvres de Berzsényi et dans le grand recueil de Toldy (II, 128), mais dans le recueU populaire intitulé : A Magyar dalnok (le chantre magyar), p. 125, etc.
22i HISTOIRE GÉNÉRALE DES HONGROIS
Hastadt lorsque furent assassinés, à leur départ du Congrès, les plénipotentiaires de la République*. Ils partagèrent la responsabilité de ce crime avec la cour de Vienne, qui avait tout au moins donné Tordre d'arrêter les ambassadeurs et de prendre leurs papiers. La discussion de ces faits obscurs ne rentré pas dans notre sujet : les hussards de Barbaczy ne peuvent être accusés que d'avoir brutalement dépassé une consigne déjà coupable, mais qui s'imposait à eux au nom de l'obéissance militaire. A peu près en même teifips (5 avril 1799), le maréchal baron deKray méritait les éloges de M. Thiers, qui l'appelle un officier brave, expérimenté ^ et des historiens' allemands les moins favorables à la Hongrie. Pendant que le général républicain Scherer essayait de forcer la ligne de l'Adige, Kray débouchant rapidement des montagnes de Vérone, le surprit et le battit à Magnano^. Cette bataille faisait perdre aux Français la Lombardie, pendant que la victoire de l'archiduc Charles à Slockach les forçait à la défensive sur les bords du Rhin.
Sans la jalousie mutuelle des Russes et des Autrichiens, et sans la prodigieuse habileté de Masséna dans la campagne de Zurich, la France était envahie. Ses ennemis tressaillaient de joie, et la poésie magyare célébra leurs espérances. Ce qui peut nous surprendre, c'est qu'elle ne défend pas seulement la cause nationale comme en 97 : elle parle au nom de la liberté et de la justice. Virâg s'écrie dans une pièce dédiée au victorieux archiduc : « De nos ancêtres tu nous es restée,