Majlàlh, Histoire d'Autriche, V
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grois ; mais cette victoire eut les conséquences d'une défaite, car elle ne gêna point le plan de Napoléon.
La frontière hongroise, vers le milieu de novembre, se trouva mehacée de deux côtés, au Sud-Ouest par la Styrie, au Nord-Ouest par la Moravie : la Grande Armée était à Vienne, l'armée d'Italie sur le Baab. C'est en ce moment là, dans les quinze jours qui précédèrent Aiisterlitz, que le rôle des Hongrois devient curieux, et leur froideur manifeste. H. Ilorvâth en fait peser la responsabilité sur la Cour de Vienne qui, par son système d'espionnage et de bureaucratie, avait produit une apathie universelle ; la preuve en serait dans l'accueil indifférent, pluldt favorable, que liront aux Français les habitants des provinces autrirhiennes. Napoléon n'avait point encore tourné les peuples contre lui. 11 connaissait à merveille la puissance des nationalités, comme le prouve maint endroit de sa correspondance, et l'un de ses plus vifs désirs était de se les rendre favorables. Il voulait être populaire à Vienne; il protégeait les Viennois, plaignait leur détresse, les croyait avec raison mécontents de la guerre. L'amitié des Hongrois lui eût été bien plus précieuse : elle eût paralysé les efforts de rAulriche et tenu en échec la Prusse el la Russie. Le nation et le palatin ne démeniirent pas nnlièrement cette esiwrance.
Le palatin avait reçu les pleins pouvoirs de l'Empereur, lorsque celui-ci tjuitta Piesbourg afin de rejoindre Alexandre eu Moravie. Katimatit que son devoir lui était commandé par les opinions pacifiques du pays, il résolut du présener la Hongrie des malheurs de la guerre, quitte à encourir la di»gr;k'o de son frère et les soupçons de la Cour. Sa présence étant néi-essaire à Peslh-Bude, il laissa à Presbourg, tout [in's lie la frontière, le général Pîilffy avec l'ordre de déclarer
aux généraux français la neutralité de la Hongrie : si les Français voulaient absolument violer cette neutralité, mais dans ce cas seulement, il devait recourir aux armes. Décision grave chez un prince de cette maison de Hasbsbourg qui par la solidité des liens du sang et par Tintime union de la famille, compensait la diversité de ses états I
La longue et irréprochable vie politique de Tarchiduc Joseph doit le défendre contre tout soupçon de trahison. Hais on conçoit l'irritation de la cour fugitive, réduite à implorer sur son propre territoire la protection des Russes, lorsqu'elle apprit que les Hongrois, ayant mis en sûreté leur sainte couronne derrière les remparts de Munkiics, se souvenaient fort peu du péril de leur roi, et lisaient avec plaisir la proclamation du palatin affirmant en langue magyare qu'il avait sauvé le pays.
Cependant le maréchal Davoust approchait de Presbourg. Il reçut les propositions de Pàlffy et répondit avec empresse* ment que l'Empereur serait heureux de contribuer au bienêtre d'une nation aussi digne de respect, qu'il voulait bien, à charge de revanche, considérer la Hongrie comme neutre. PàlfTy écrivit en français : « Le commandant des troupes françaises voudra bien donner des ordres pour que les colonnes de l'armée française qui entreront dans les districts du royaume d'Hongrie n'y commettent aucun excès, attendu qu'aucune sorte d opposition ne sera faite aux troupes françaises. •
Le ton des pourparlers était donc on ne peut plus amical ; mais le comte PàUTy reçut à son grand étonnement un message très-froid du Palatin, lui rappelant que la neutralité de la Hongrie était chose soumise à l'approbation de Sa Majesté.
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PdlfTf avait pourtant suivi ses îastruclions au pied de la lettre ; mais l'archiduc, alarmé des soupçons qui se faisaient jour au camp de Moravie dans l'entourage impérial, voulait, sans rien changer au fond de ses réaoluLions, couper court k rintimiLû qui allait s'établir entre les deuz armées. Davoust surpris à son tour, Ût occuper Presbourg par la division Gudin. C'était d'ailleurs l'ordre de l'Empereur, mais il s'agissait uniquement d'occuper une position militaire importante sur le Danube, Te général ne devait point enlever aux habitants l'administration de la ville, et les Hongrois ne se trouvèrent soumis à aucune contribution de guerre.
L'effroyable défaite de la coalition dans les champs d'Austerlilz enleva toute importance aux négociations que nous venons de raconter. Mais la correspondance de Napoléon nous révèle un redoutable ptaa politique qui aurait pu Mre plus de mal que ses canons mêmes à l'ennemi. Les vieux souverains tâchaient de soulever contre l'Empereur parvenu, avec les répugnances de l'ancien régime, le mécontentement des peuples. Napoléon avait peut-être le vague pressenlimeut que c'était par la qu'il devait périr : il aurait voulu rendre aux rois, pour ainsi dire, la monnaie de leur pièce, eu se posant comme le champion des nationalités opprimées. Cette lutte à coups de peuples ne date pas de 1813, ni même de la guerre d'Espagne; elle remonte aux débuts de l'Empire.
Dès les premières inquiétudes que tirent éprouver à Napoléon les armements de l'Autriche (décembre 1804), il écrivait à François II : € Une guerre ne produirait que de nouvelles > char^'i-g pour nos peuples. ■ Il déclarait au Corps législatif que l'Empereur d'Autriche consacrait & la prospérité de ses
LA HONGRIE AUTRICHIENNE a5l
finances, au progrès du commerce, le repos que. lui conseillait l'intérêt de ses sujets ^ Pendant sa marche sur Vienne il écrivait au duc, bientôt roi de Wurtemberg : « Les Russes ' pillent, brûlent et bâtonnent d*une manière si effrénée » que les peuples d'Autriche et de Bohême nous appellent à » grands cris pour les délivrer de ces singuliers alliés*. » Peu avant la bataille d'Austerlitz, il s'adressait directement à François II, l'engageant à terminer cette guerre horrible, s*il ne voulait pas détacher entièrement de lui ses propres sujets 3.
Hais c'était surtout des Magyars que se préoccupait Napoléon. Il ne croyait pas (avec raison cette fois), à la spontanéité de leur dévouement ; il ne croyait pas à • ces 80,000 Hongrois, qu'on fait parler dans les gazettes comme s'offrant à la cour de Vienne pour combattre la France^. » Pendant les marches savantes qui devaient amener la capitulation d'Ulm, il s^avisa que les gazettes n'étaient pas un si mauvais moyen d'exciter les peuples : « Monsieur Fou- » ché, dit-il, il me semble que les journaux n'animent point » assez l'esprit public. Nos journaux sont lus partout, sur-
• tout en Hongrie. Faites faire des articles qui fassent » connaître aux Allemands et aux Hongrois combien ils
* sont dupes des intrigues anglaises ; que l'Empereur d'AUe- ' magne vend le sang de ses peuples pour de l'or ^. » Parmi les officiers généraux compris dans la capitulation se trouvèrent plusieurs nobles magyars, un Giulay, un Stipsics, un