Epistolœ procerum, I
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elle devait mourir dans une médiocrité voisine de l'indigence*. L'Italie devait aussi attirer le modeste Jean Corvin qui, en 1497 se ût recevoir dans la noblesse vénitienne, tout en continuant à défendre au besoin, comme il le fit jusquà sa mort, la frontière méridionale ^ Quant à Florence, le nom de la Hongrie n'y éveillait plus le même respect ni la même sympathie qu'au temps de Mathias : le désordre croissant du royaume ne permettait plus d'entretenir des copistes ni de commander des tableaux.
Cependant la guerre turque recommençait dans les conditions les plus déplorables'. L'armée hongroise se désorganisait; la légion noire mal payée se mettait en révolte, et Kinizsy, la traitant comme il avait l'habitude de traiter les Turcs, l'enveloppa, l'anéantit. La noblesse refusait de s*armer sous un roi suspect de trahison; le roi et le prélat Bakâcs se plaignaient dans un manifeste de l'ingratitude de la noblesse. Malgré toutes ces causes d'affaiblissement, Bajezidll (1492) ne puts'empacer de Belgrade; un corps envoyé jusque dans la Carinthie fut repoussé par le brave Khevenhûl- 1er, et les Magyars de Kinizsy et de Bâthory, ne se montraient pas inférieurs aux Allemands, écrasèrent dans les défilés de la Tour Rouge l'armée du pacha de Semendria. Mais l'année suivante, Jakub dirigea une attaque formidable par la vallée de la Save contre la Carniole ; s*il fut encore repoussé des états autrichiens, à son retour il battit l'armée Hongroise et lui tua quinze mille hommes, à peu près au moment où la mort du vieux Frédéric III faisait Maximilien empereur.
i. Uj Magyar muséum, 1853, p. 636.
2. Les éyénements relatifs aux guerres turques sous les Jagellona sont racontés dans les livres XX, XXV et XXVI de Hammer.
Lorsque la diète se réunit de nouveau, ses impressions étaient encore plus hostiles que Tannée précédente. 11 n'était question dans les entretiens des grands seigneurs euxmêmes que de la lâcheté du roi* ; on ne voulait plus entendre parler de la succession autrichienne et l'on songeait à exclure cette maison du trône magyar. Vinrent ensuite quelques années de gouvernement arbitraire et désordonné. La cour étant partagée entre lesinfluences rivales de Zàpolya devenu palatin, de Bakâcs qui ne tarda pas à devenir primat, et de Mthory, chacun nommait des officiers sans se demander si plusieurs n'étaient pas nommés au même emploi, ce qui ne manqua pas d'arriver. Les scandales auxquels donnait lieu la levée d'impôts irréguliers firent la préoccupation principale de la diète de 1496. Cette assemblée était extrêmement nombreuse ; la petite noblesse se trouvant sacrifiée par le régime représentatif proprement dit, s'y rendit en masse, et un dignitaire spécial fut chargé de la tâche difficile de compter les suffrages. Des clameurs s'élevèrent, lorsqu'on sut qu'il y avait eu d'énormes dépenses ; elles grandirent encore en violence lorsque le roi reconnut que l'on avait dépensé en réalité beaucoup moins qu'il n'avait été déclaré ; quelques arrestations, quelques procès, ajoutèrent au scandale et ne remédièrent à rien.
1. Istvanfi [Historiœ de Rébus Ungariciiy colonie Agrippinœ in- fol. 1622] résume au début de son 3* livre les plaintes des députés de 1493 : multi sermones ullro citroque habiti fuere, pleni iranim et contumeliœ in Wladislai otium, quibus ipae mollis inertie, ac neglectse reipublicœ infamia indignum in modum lacerabatur, quod domi sedendo, cum singulari regni detrimento, ac summa gentis ungaiic» ignominia, quietem et desidiam, ac venandi studium, cœteraque remissionis vitas oblectameata, neceasario bello prœferret etc.
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Dans rintervalle des assemblées, Wladislas allait à Prague ' se reposer de ses émotions, ou luttait tant bien que mal contre les conspirations de quelques seigneurs.
Enfln la diète de 1498 parut, comme Taurore d'un nouveau jour. Le parti national s'y montra plus fort et plus résolu; il trouva surtout un chef et un interprète dans le jeune protonotaire Etienne Verbôczy, l'un des hommes les plus remarquables, Tun des types les plus originaux qu'ait produit la Hongrie. D'autres ont jeté plus d'éclat dans l'histoire générale de l'Europe, qui a à peine retenu son nom ; pas un Magyar n'a été un plus pur ni un plus complet représentant du génie national, pas un n'a plongé dans les souvenirs nationaux des racines plus profondes ni plus vivaces. Il était patriote et légiste dans Tâme ; l'ardeur intense de son zélé pour le pays s'enfermait en quelque sorte instinctivement dans une formule juridique. Toute sa clergie, loin de l'intéresser aux choses étrangères et de le rendre à moitié grec à moitié italien, était tournée vers la politique et vers les travaux des assemblées, où il savait également soutenir ses idées avec chaleur et les rédiger avec une inflexible précision. Il n'aimait pas les rois étrangers, tout en ayant trop de sentiments monarchiques pour conspirer contre eux; aux complots il préférait la résistance légale. Il n'aimait pas la haute noblesse oppressive, rebelle à la loi; il n'aimait pas le bas peuple, ou du moins craignait de lui des rébellions contre la loi. Ses affections et ses espérances étaientconcentrées sur la nation noble, qui à ses yeux était la Hongrie tout entière, et qui seule avait le droit de fixer la loi. Catholique résolu, décidé à écraser toute nouveauté religieuse, toute ré- A'olte contre la religion légale et nationale, il haïssait moins encore le Musulman que l'Autrichien. Tel était Verbôczy, u. 3
telles étaient les idées et les passions qui allaient diriger une longue série de diètes.
Comme on se plaignait du peu d'empressement d'pne grande partie de la noblesse à se rendre aux assemblées, il fut décidé que les nobles étaient tenus, ou d'y venir en personne, ou de s'y faire représenter dix par dix. Des mesures furent prises pour assurer la liberté des élections à tous les emplois des comitats, notamment aux fonctions d'assesseurs des juges ordinaires. La diète de K98 s'occupa aussi de la situation ecclésiastique, s'efforça d'empêcher l'accumulation des biens du clergé entre les mêmes mains, et de prévenir certains abus épiscopaux : a II y a des prélats, di- 9 sait son soixante-neuvième article, qui oppriment les préi très par l'imposition de taxes arbitraires, les réduisant à • vendre les calices et les autres possessions de leurs églises, » lorsqu'on ne les voit pas, désespérés par la misère, pren- > dre le partie de s'enfuira »
La politique extérieure de Wladislas ne fut pas de nature à calmer les inquiétudes et les réclamations. Sans doute son mariage (1502) avec Anne de Foix, nièce de Louis XII et sœur de l'immortel vainqueur de Ravenne, mariage qui était comme une précaution de la maison de France contre l'ambitieux système d'alliances de la maison d'Autriche, ne pouvait alarmer en rien l'indépendance de la Hongrie. Mais on ne tarda pas à s'apercevoir que le premier enfant de
1. Sunt nonnulli ecclesiarum prœlati, qui plebanos ecclesianim , per impositionem taxaram pro suo libilo plurimum opprimere consueverunt; illi vero plebani inlerdum calices et cetera bona ecclesiarum diripere, cum illisque se ab hujusmodi taxis redimere, interdum vero, egestate coacti, ecclesias eorum deserere et alio auftigere coguntur.
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cet hymen, une princesse appelée Anne comme sa mère (1503), était destinée par la cour à 8*unir avec un prince Autrichien. La nullité du roi devant ses conseillers habituels était de plus eu plus déplorable. Le Vénitien Giustiniani, qui le vit à cette époque, le dépeint en ces termes : « Il est o dévot, religieux, ne se met jamais en colère; si Ton accuse B quelqu'un devant lui, il répond : ce n*est peut-être pas » vrai. Il entend trois messes par jour, mais quant au reste » il ne s*émeut pas plus quune statue ». Ce pauvre prince étant tombé assez gravement malade, le parti national, dirigé par Verbôczy et par le jeune Jean Zàpolya, qui avait récemment perdu son père, essaya d'oblenirquelajeune princesse fût fiancée avec Jean Zâpolya lui-môme, le principe de la royauté nalionaleétantainsisauvôgardé.WladisIas, obsédé d'un côté et de l'autre, répondit qu*il espérait vivre assez longtemps pour avoir un fils. On comprit bien le sens de cette défaite lorsque Maximilien se mit à parler de la Hongrie comme d'une province de FEmpire. La diète de 1505 se réunit pleine de fureur et prit une résolution motivée comme il suit :
« Ce royaume a été souvent gouverné par des rois étran- » gers. Jamais il n'a souffert plus cruellement qu'alors, sous » des princes qui ne parlaient pas son langage. Occupés de
> de leurs intérêts de famille, au lieu d'étudier les mœurs » et les coutumes d'une nation scylhique devenue au prix » de son sang maîtresse du sol qu elle habite, ces étrangers t se sont livrés à l'oisiveté plutôt qu'aux fatigues de la guerre. » C'est ainsi que nous avons perdu la Serbie, la Gallicie, la
> Lodomérie, la Bulgarie, la Dalmatie, et beaucoup de forte- » resses livrées par leur incurie. Ce démembrement de nos B frontières peut nous faire craindre une attaque de Ten-
» nemi au cœur de notre territoire, à moins que la nation, » dans son affection pour le sol natal, n élise un roi capable » dans son propre sein ^ 9 La loi vengeresse et accusatrice; dont tous les mots atteignaient Wladislas, concluait en déclarant traître quiconque soutiendrait un prétendant étranger; revêtue de la signature de nombreux prélats et magnats, de plus nombreux représentants de la noblesse, elle était solennellement adressée âT tous les comitats.
Verbôczy était tombé dans cette illusion commune à tant de politiques lettrés, qui leur persuade que tout est fini quand ils ont montré de la résolution et de Téloquence. En réalité le fameux décret contre les princes étrangers n'aboutit qu*à un résultat, considérable il est vrai dans un certain ordre d^idées, il répandit dans le pays tout entier Thorreur de toute ingérence extérieure. Il ne changea rien au désordre et à l'arbitraire de la cour, témoigné chaque jour par des décisions hâtives et contradictoires, par des procès de concussion qui n'empêchaient nullement des concussions nouvelles. Il ne changea rien aux prétentions de la maison d'Autriche et à son influence sur le faible esprit du roi : la cour sembla même répondre au défi de l'assemblée en promettant la petite princesse Anne au petit archiduc Ferdinand, mariage qui devait en effet s'accomplir plus tard et asseoir définitivement les Habsbourg sur le troue de Saint- Étienne. Dès lors Maximilien ne se contraignit plus pour parler en maître légitime de la Hongrie, pour promettre au roi de le soutenir contre des rebelles, pour jurer de punir l'assemblée magyare. L'indignation publique força Wladislas à déclarer la guerre à l'Empereur, guerre qui fut peu sé-