‹ Histoire générale des Hongrois (volume 3)Chapitre 80 sur 132 · Ces vers de Péczely se trouvent dans Toldy, I · texte numérisé non relu

Ces vers de Péczely se trouvent dans Toldy, I

larmes; je Vais alléger voire fardeau. L'homme qui souffre et qui vient à moi, est un vaissaau qui entre dans le port. Je suis le père de mon peuple : son bonheur est la perle de ma couronne.

9 Ma belle patrie, tu possèdes un roi que t'envie le monde entier. Le bel ordre qui règne sur la terre prouve qu*il y a UQ Dieu ; une parole sincère révèle le trésor d'un noble cœur. Fils des héros, avec vos lauriers, branches verdoyantes, jadis tombées dans la poussière, allez couronner cette tête sacrée. »

n fallait citer en grande partie cette pièce de vers, malgré son peu de mérite poétique, parce que le pasteur intelligent qui Ta composée y touche à toutes les questions du jour. . Elle est d'un philanthrope et d'un homme d'État. Elle distingvie assez nettement les deux sortes de lois dont s'occupa la Diète après le départ du roi : celles qui devaient consolider riudépendance de la nation et satisfaire le libéralisme aristocratique, et celles qui acheminaient la nation vers Tégalité.

On se rappelle que les projets étaient élaborés dans les réunions des cercles, où siégeait la noblesse des comitats. 11 n'est donc pas étonnant que ces réuuions préparatoires aient rédigé les programmes les plus avancés. L'assemblée adopta finalement les lois suivantes, à la fois garanties d'indépendance et garanties constitutionnelles. Le couronnement d'un nouveau souverain doit avoir lieu six mois au plus tard après son avènement. La sainte couronne doit rester à Bude. Le roi résidera quelquefois en Hongrie. Le palatin doit être toujours là pour veiller à l'exécution des lois. Le roi doit conserver le royaume et ses frontières dans leur intégrité. 11 ne peut s'occuper des affaires hongroises qu'avec des cou- II. 18

seillers magyai*s; il ne peut appliquer à la Hongrie les lois qui régissent les autres États de Sa Majesté. La Diète sera convoquée au moins tous les trois ans; elle possède souverainement le pouvoir législatif, on ne peut lever, sans son approbation, ni un florin, ni un conscrit. Ces principes ont plus d*une fois souffert dans la grande lutte contre la Révolution et TEmpire, plus d'une fois dans la réaction de 1849; mais ils ne furent jamais oubliés.

La cause protestante avait aussi ce mérite d*être à la fois ancienne et toute nouvelle '. Malgré les membres intolérants du clergé, Léopold se montra on ne peut mieux disposé. Tous les comitats, excepté deux, avaient inscrit le rétablissement de la liberté religieuse dans le mandat de leurs députés, et la commission nommée par rassemblée rédigea un projet fort libéral en dix- sept articles. Mais le parti clérical, très-fort môme dans rassemblée, tint une réunion chez le second prélat du royaume, l'archevêque de Kalocsa : on convint de résister au projet de loi. Le 8 février 91 s'ouvrit devant la Diète ce débat mémorable, où l'esprit persécuteur du xvn* siècle et Tesprit généreux du xviii® siècle luttèrent avec acharnement. Joseph Boronkay déclara que la foi catholique s'opposait à la liberté de conscience, que la Hongrie était le royaume de Marie, et que Ton ne pouvait chasser la mère de Dieu de son royaume sans attirer sur le pays toutes les calamités. Tel fut l'avis de nombreux députés, du comte Etienne llleshâzy et du cardinal primat Batthyany. Mais un membre laïque de la même famille, le comte Âloys Batthyàny, rappela éloquemment que les souf-

1. Pour la question protestante, voir, outre Horvàtb, qui est très-impartial, la Geschichte der evangelischen Kirche in Ungam (p. 499 el suiv.S

frances des protestants avaient toujours coïncidé avec les souffrances de la patrie, que la liberté de conscience était un droit sacré, et que les lumières du siècle rendaient le refus impossible. Le projet, soutenu victorieusement par, un Forgâcs, un Zichy, un Urményi, par les plus grands noms catholiques de la Hongrie \ reçut force de loi. Une traduction abr^éede ces dix-sept articles laissera voir les abus qu'il y avait à réformer, et fera connaître Tesprit libéral et de la Diète et du roi en matière religieuse.

1 . Liberté inviolable du culte, des églises, des cloches, des écoles, des tombeaux. — 2. Plus de distinction entre le culte privé et le culte public : tout culte peut être public. Les évaiigéliques peuvent réparer leurs églises, en construire de nouvelles; seulement une commission mixte fera savoir au comitat s'il y a assez de fidèles et assez d'argent pour entretenir un nouveau lieu de culte. Les catholiques ne seront point obligés d*y travailler, ni les évangéliques de contribuer à la construction des églises catholiques.

3. Les ouvriers évangéliques membres d'une corporation, ne pourront être obligés par aucun règlement à suivre les processions. — 4. Pour mettre d'accord autant que possible Tordre et la liberté, il y aura non-seulement des consistoires, mais des synodes. — 5. Les évangéliques pourront avoir, sans parler des écoles de grammaire, de hautes écoles pour tous les enseignements. Ils pourront nommer, révoquer lcui*s professeurs sous la haute surveillance royale. Pour les études théologiques, ils pourront imprimer tels livres qu*ils

1. V. Majlâlh, IV, 120. — Fessier, X, 641, cile un beau discours de Mariassy : < Les Évangéliques sont du même sang que nous. . . I n faut rendre aux hommes leur droit d'hommes, aux citoyens leur • droit de ciloyens. >

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voudront, mais sans attaques contre la foi catholique ; le censeur sera responsable — 6. Les protestants ne donneront rien aux prêtres catholiques. — 7. Les pasteurs visiteront librement les malades et les condamnés dans les prisons. — 8, 9. Les protestants n'auront pas à jurer par la Vierge et les Saints. — 10. On ne pourra leur reprendre leurs fondations d*ôcoles, d*hôpitaux, de maisons de pauvres, ni les capitaux destinés à les entretenir.

11. Les consistoires continueront à prononcer sur les questions de mariage. — 12, 13. La conversion au protestantisme étant contraire aux lois catholiques, le roi examinera s'il n*y a pas légèreté. Il est sévèrement défendu de séduire un catholique. — 14, 15, 16. Les enfants issus de mariages mixtes suivront tous la religion du père , s*il est catholique ; si c'est le père qui est protestant, les garçons seuls le seront comme lui. Les ménages mixtes sont sous la direction du clergé catholique. — 17. Pour la paix de la société, les évangéliques doivent observer extérieurement les fêtes catholiques. Il est défendu sous peine d'amende aux propriétaires et maîtres de maison protestants de détourner leurs vassaux ou leurs domestiques des cérémonies religieuses ^

Ainsi la Hongrie se tirait sans grande difficulté de ces questions politiques et religieuses, qui chez nous produisirent 1 émigration, la mort du roi, la terreur. Au contraire, les questions d'égalité sociale résolues en France par la nuit du 4 août, se heurtaient contre les traditions de la noblesse magyare.

1 . Le texte de ces dix- sept articles est cité par tous les historiens delà Hongrie. Il forme le chapitre xxvi des Actes de la Diète (à la suite de VOrszàggyiilés naplôja).

Oa connaît les trois classes inférieures qui réunies formaient la majorité des habitants : les paysans serfs, les citoyens des villes libres royales, les Serbes du banat. Entre eux tous, ils n'avaient que peu de moyens de faire entendre leur voix : rhumanité^.'de Léopold et sa politique s'accordèrent pour leur en fournir Toccasion. Il roulait confirmer aux paysans la liberté personnelle, le droit de s'établir où ils voudraient, et supprimer les punitions corporelles. Mais il rencontra loppositiondescomitats, qui, dès son avènement, avaient déclaré nécessaire un retour à Tancienne sévérité. Les députés de Zips, pays montagneux situé dans les Earpathes du Nord , mirent en avant un argument économique : nos paysans, disaient-ils, s'ils sont libres de se déplacer, ne manqueront pas d'abandonner notre sol difficile à cultiver, et descendront en foule dans la plaine fertile. Pour qui connaît l'étonnante fécondité de la puszta magyare, cette crainte n'avait rien de chimérique. Elle n'entraîna pourtant pas la majorité, qui voyait l'attitude menaçante des paysans. Si tenace que soit le pur Magyar, il est avant tout politique et se fait aux circonstances; il est d'ailleurs généreux pour les faibles comme pour son roi. Le comte Pdltfy proposait à la chambre des magnats de ne plus faire supporter aux pauvres contribuables les frais de la Diète. Les paysans eurent décidément le droit de changer de séjour : tous les ans à la Saint- Michel, le seigneur et les magistrats du comitat délivreraient des passeports à ceux qui voudraient émigrer. Quant au reste, il parut imprudent de supprimer au pied levé de vieilles lois et de vieilles mœurs : une commission fut nommée pour faire une enquête^ sur l'état des campagnes et pour adresser un rapport à [la Diète suivante. Les seigneurs tenaient à] leur droit de punition corporelle que Léopold

voulait abolir : on représenta au roi que ces punitions pouvaient être diminuées, limitées par des rè«ilements nouveaux, mais que les abolir indistinctement, ce serait ruiner la propriété noble. Le roi n'insista pas.

Moins nombreux, les habitants des villes étaient plus instruits, mieux préparés à se défendre. Une classe moyenne, qui manqua toujours à la Pologne, qui avait longtemps manqué à la Hongrie, une bourgeoisie sérieuse s'était formée surtout depuis un demi-siècle. Aujourd'hui la Hongrie est loin de s'en plaindre : les bourgeois, qu ils soient magyars ou allemands d'origine, sont d*excellents patriotes qui réclament tous le titre d*homme hongrois, magyar ember. Mais h la lin du dernier siècle, la défiance à leur égard était extrême ; le grand nombre d'étrangers qui se trouvaient dans leurs rangs et le nom de villes libres royales, même quand il remontait à plusieurs siècles, semblaient les désigner comme les satellites du roi allemand. Le rôle de Léopold était difiicile : sans inquiéter la noblesse, il voulait encourager une partie très-active et très-utile de la population (comme grand-duc de Toscane, il s'était surtout occupé de progrès matériels); quelle ressource d'ailleurs pour sou pouvoir qu un tiei*s-état hongrois capable de faire contre-poids à la noblesse !

La plupart des bourgeois s'occupaient de commerce ou d'industrie; ceux-là ne demandaient que la paix et une bonne organisation municipale. Tout autre était Tardeur de ceux qui entraient dans les carrières libérales , médecins, avocats, professeurs, employés de l'état ou des comitats : la nuit du 4 août et les décrets de la Ck)nstituante avaient produit en eux une effervescence déjà préparée par la lecture des philosophes français. Otielle n'avait pas été leur indigna-

tion lorsque dans la session préparatoire, les cercles du Danube proposèrent d'exclure de toutes les dignités laïques ou ecclésiastiques, ceux qui ne seraient pas nés magyars et nobles ! Une brochure avait paru presque aussitôt en latin et en magyar : Reflexiones cunctorum Hungarix civium non nobilium.., Uauteur anonyme était censé parler à la Diète. Il dressait devant elle, comme un fantôme menaçant, la France révolutionnaire dégagée des entraves féodales, et sommait les députés, dans leur intérêt même, de faire des lois égales pour tous et de songer au bonheur de la patrie. L'exclusion n*avait pas été prononcée, mais la bourgeoisie n*en fut pas moins indignée, se voyant abandonnée par ses propres députés, qui n'avaient rien dit contre le projet de loi. Les grandes villes, Pesth, Presbourg, etc., envoyèrent au roi une adresse collective pour le supplier d'accorder aux cités royales une représentation sérieuse au lieu de ces nobles qui n'allaient à la Diète que pour occuper des fauteuils. Telle était la situation lorsque , les affaires des paysans une fois réglées, on en vint à la bourgeoisie : Léopold insistait pour qu'elle fût admissible à tous les emplois.

Le génie fédéraliste des comitatsse manifesta violemment. Quatre d'entre eux, croyant qu'il s'agissait de donner au pouvoir central le droit de conférer les dignités locales, déclarèrent que si cette mesure était adoptée, ils avaient ordre de leurs commettants de se séparer de la Diète. Cette menace fut, comme elle le méritait, mal accueillie; elle affaiblit plutôt qu'elle ne fortifia le parti réactionnaire, et la majorité , cédant à moitié comme elle l'avait fait pour les paysans, répondit au roi qu'elle trouvait fort juste son désir de donner les emplois au seul mérite, mais que si Ton voulait augmenter les aptitudes légales de la classe moyenne, il

fallait une enquête et des lois nouvelles. C*est aussi par un compromis que fut résolue la question des nouvelles villes libres royales. Le roi avait-il le droit d'en augmenter le nombre indéfiniment? Déjà deux fois, sous Marie-Thérèse, on s'était plaint de Teitension de ce privilège à de nouvelles cités. Maintenant il s'agissait des villes telles que Temesvâr et CarlAourg, que leur importance croissante désignait naturellement. On s'entendit pour leur reconnaître le précieux titre, mais en priant le roi de consulter désormais la Diète. Leopold déclara qu*il se rendrait toujours à une opposition sérieuse , et pour contrebalancer les nouveaux progrès de la bourgeoisie, quelques voix de plus furent données aux districts militaires des Cunians et des Heiduques.

Ainsi les exagérations de l'esprit aristocratique, nettement accusées par quelques orateurs, allaient s' adoucissant grâce au tact parfait d'un prince qui savait ménager la fierté de la noblesse, et qui s'adressait à son intelligence politique. Ce qui le prouve mieux encore, c'est la nomination par la Diète de nombreuses commissions qui devaient. Tannée suivante, après une enquête attentive, faire leur rapport sur les besoins du pays. Jamais on n'a vu plus large programme : le mécanisme du pouvoir central et des pouvoirs locaux, la fondation d'une langue nationale, le sort des paysans, Tin* struction publique, rien n'était oublié. La Hongrie marchait donc, non sans peine, dans la voie excellente du conservatisme modéré et progressiste, où l'Angleterre a fourni une carrière si glorieuse. En attendant que ces réformes mûrissent, il fallait s'occuper des questions propres à la Hongrie. Les trois nations de Transylvanie se plaignaient de n'avoir pas recouvré en même temps que le reste du royaume l'exercice de leurs libertés : c est seulement dans l'été de 91

qu'elles leur furent rendues, et que la diète transylvaine fut convoquée. Mais les patriotes magyars, tout en s'iutéressant aux libertés locales, désiraient vivement que la principauté fût un jour réunie à la mère-patrie. Un jeune officier, Alexandre Kisfaludy, bien connu depuis comme Tun des plus grands poètes de la Hongrie, était alors en garnison dans le pays : il témoignait dans ses lettres une vive douleur de voir Télément magyar faire si peu de progrès. Dans une réponse au roi, la Diète hongroise exprima l'espoir de voir un jour la réunion s'accomplir.

D*autrB part les Serbes semblaient vouloir se mêler davanta^e à la nation en demandant des sièges à la Diète pour leurs prélats de l'Ëglise d*Orient. Mais la politique de Léopold, alors engagé dans un débat difficile au sujet de son couronnement, n'était pas de fortifier Tunité hongroise : il voulait avoir dans son parti les Serbes comme il avait les bourgeois, et il les autorisa à tenir un congrès national sous la présidence d'un Allemand, le baron Schmidfeld , gouverneur de Pétervardin. Les Magyars blâment vivement et Léopold qui favorisait ainsi les tendances sécessionistes, et les Serbes, hôtes de la Hongrie, qui retournaient contre elle Thospitalité accordée depuis un siècle. Les Serbes pouvaient répondre que tenus dédaigneusement à distance par les Magyars, ils voulaient former au moins un groupe indépendant.

Le congrès serbe fut précédé de. réunions officieuses, où parurent les officiers allemands des régiments frontières, comme les Serbes ennemis jurés des Magyars. On y tint les propos les plus violents contre la Hongrie, contre ce peuple de brigands venu de l'Asie et qu'il y fallait renvoyer; on déclarait les Magyars bien ingrats envers le gouvernement

autrichien qui avait transformé en hommes de vrais Orang- Outangs. Dans le congrès les violences de langage disparurent, mais les tendances restèrent les mêmes : obtenir de Vienne un gouvernement séparé, un congrès serbe, un territoire distinct. Vainement un Tekeli, nom illustre dans l'histoire de la Hongrie, montra qu'il y avait trahison, ingratitude à se séparer ainsi d*un peuple hospitalier, qu'il y avait folie à compter sur des courtisans plus que sur la nation magyare : la haine de race l'emporta. Mais Léopold ne pouvait prendre sur lui un pareil démembrement de son royaume : il fallait le consentement de la Diète, et la Diète déclara à plusieurs reprises, à la fin de 90 et dans le cours de 91, que la séparation était impossible, que les Serbes avaient été reçus comme hôtes et non comme peuple indépendant; mais elle admit qu'on leur donnât tous les droits des Magyars et que l'Église grecque fût officiellement reconnue. Le débat se termina par ce compromis, ou plutôt par cet arrangement tout naturel : une fois encore l'assemblée aimait mieux renverser les barrières élevées par l'orgueil de race que délivrer le pays à la guerre civile et au démembrement. On peut se demander si Léopold, avec sa finesse habituelle, n'avait pas mis en avant la question serbe dans l'espoir qu'elle recevrait cette solution.

Il ne faudrait pourtant pas croire que la législature se soit terminée sans aucune difQculté. Plusieurs députés trouvaient que l'esprit de résistance mollissait devant les concessions du souverain et que l'on revenait trop à la funeste habitude de tout attendre de lui. L'un d'eux, Charles Jezerniczky se plaignait avec amertume que le texte, voté par la Diète, de plusieurs articles du diplôme royal, eût été changé, que l'on menaçât l'indépendance des comitats, fon-

dément de toutes les libertés, que Ton créât une chancellerie particulière pour les Serbes, laquelle laissait soupçonner larrière-peusée d*un démembrement, enfin que Ton demandât au roi, comme les enfants peuvent le demandera leur père, un remède pour tous les maux.

I^ faveur avec laquelle ce discours fut écouté prouva que la susceptibilité magyare ne désarmait pas devant la royauté, si aimable et si conciliante qu'elle se montrât. L'enthousiasme royaliste de cette noblesse ne lui avait donc point fait perdre sa vigueur; ses concessions lui avaient été dictées par la raison seule, non par la mollesse ou la crainte. Les grands dignitaires écrivirent à Léopold qu'il fallait prendre en considération les plaintes de Jezerniczky. Le roi répondit de la façon la plus rassurante : la chancellerie sorbe du banat était une pure subdivision administrative; il était convenu de rechef que les affaires de la Hongrie seraient toujoui*s étudiées avec Sa Majesté par des conseillers magyars. Quelques menues concessions de forme achevèrent 1^^ réconciliation, et une nouvelle visite du roi lui valut un excellentaccueil, ainsi qu'aux archiducs François et Alexandre, l'héritier delà couronne et le palatin. Le 9 août 1791, la session de la Diète fut terminée, les commissions de réforme devant continuer leurs travaux. Le roi et rassemblée avaient le droit d'être contents de leur ouvrage, et ce qui est plus rare encore, le droit d'être contents d'euxmêmes.

Et pourtant les nuages s'aniassaient : ils allaient couvrir la Hongrie comme le reste de l'Europe. Léopold, frère de Marie-Antoinette, beau-frère de Louis XVI, chef du Saint- Empire, crut devoir faire violence à ses instincts pacifiques et s'accorder avec les émigrés français comme avec la no-

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blesse prussienne contre la Révolution ^ Débarrassé delà guerre turque par le congrès de Sistova auquel prit part le noble magyar Eszterbâzy, il eut une entrevue à Mantoue avec le comte d'Artois, le 20 mai 1791 ; quelques semaines plus tard, il resserra ses liens avec Frédéric-Guillaume par la fameuse déclaration de Pilnitz qui fut si fatale à Louis XVI. Ces démarches, commandées peut-être à Léopold par les devoirs impériaux et par Thonneur de famille, ne faisaient pourtant que préparer la coalition. 11 fut assez heureux pour ne pas voir une guerre qui l'aurait mis en contradiction avec ses sentiments naturels et avec son passé. Comme roi de Hongrie, la mort le frappait dans toute sa popularité, avant que les nécessités d'une lutte terrible ne l'eussent entraîné à quelque oubli de son rôle constitutionnel. Il mourait laissant la renommée d'un prince perfectible sans faiblesse et ferme sans obstination.

1 . M. de Sybel, presque toujours sévère pour les princes autricliiens, insiste beaucoup sur les intentions pacifiques de Léopold. — Quant à Heeusser, il maltraite également les Hongrois, rÂulriche, la moitié des ministres prussiens, et surtout la France.

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