‹ Histoire générale des HongroisChapitre 11 sur 54 · LADISLAS ET KOLOMAN : LA HONGRIE NOUVELLE SE COMPLÈTE ET S'EFFERMIT · texte numérisé non relu

LADISLAS ET KOLOMAN : LA HONGRIE NOUVELLE SE COMPLÈTE ET S'EFFERMIT

Ladislas, beaucoup moins timoré que Geiza, n'hésita pas un instant à se regarder comme roi légitime, et à considérer Salomon comme définitivement exclu du trône. Le héros vainqueur de tant d'ennemis divers, le guerrier d'une beauté célèbre, qui dépassait de la tête tous les guerriers de son armée, et dont le cheval, dans son élan puissant, creusait profondément les rochers, le roi légendaire même de son vivant, ne voulut laisser ignorer à personne sa ferme volonté de gouverner son peuple sans autre suzerain que Dieu. Son attitude à l'égard de l'empereur fut toujours ou froide, ou hostile ; mais il ne voulait rien concéder à Grégoire VII en dehors de son autorité spirituelle. L'ambassade qu'il envoya à Rome pour notifier son avènement, marquait si nettement ses prétentions à l'indépendance absolue, que le grand pape dominateur écrivait à Néhémie, archevêque de Gran : »Ayez soin de parler au roi qui a été élu parmi vous, afin qu'il nous montre plus clairement sa bonne volonté . et son respect par une ambassade spéciale.* Saint Ladislas n'en maintint pas moins et son droit à la couronne et son droit d'investiture des évêques, ce même droit qui était l'occasion d'une lutte terrible entre les deux premières puissances du monde. Toutefois, Grégoire VII fut suffisamment rassuré par la

conduite de cet allié utile, nécessaire même, pour le remercier ide son dévouement à la cause pontificale.

Peu de temps après (1081), il canonisa saint Etienne, saint Emmerich et saint Gérard. Lorsque la bulle de canonisation fut apportée en Hongrie et que les reliques furent exposées solennellement, on raconte que nul ne put d'abord soulever le couvercle du cercueil où reposait le premier roi magyar : un pieux ermite aurait alors déclaré qu'on ne pourrait le soulever que si Salomon était libre. Voici, en effet, ce qui était arrivé. Le roi détrôné avait formé un complot pour s'emparer de nouveau du

trône, et était venu luimême prendre le commandement des conjurés.

Tous avaient été pris, et Salomon expiait cette suprême tentative dans une tour du château de Visegrâd, nommé alors pour la première fois :

cette tour devait conserver son nom même après que le château ne fut plus devenu qu'une ruine grandiose.

L'intervention des évêques, embellie plus tard par la légende du fait miraculeux que nous venons de raconter, rendit la liberté à ce malheureux prince qui, depuis son enfance, avait connu les soucis et les jalousies du trône, les amertumes de l'exil et les souffrances de la captivité. Jeune encore, il avait épuisé toutes les vicissitudes humaines, et il ne désespérait pas encore de reconquérir le royaume où régnait paisible et glorieux un parent objet de sa haine. L'empereur Henri IV, menacé lui-même, ne pouvait songer à lui. Le pape^ quoique mieux disposé pour lui qu'autrefois, quoique irrité par moments contre Ladislas, qui ne consultait que sa propre volonté et qui n'avait pas craint d'accueillir récemment un excommunié, le duc Boleslas de Pologne, meurtrier de l'évêque de Cracovie ; le pape ne pouvait lui accorder tout au plus que sa neutralité. Enfin, sa propre épouse, qu'il alla trouver à Ratisbonne, ne le reçut qu'avec dédain.

Tour dite de Salomon à Visegrâd.

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Salomon se jeta alors dans les aventures désespérées. Il se réfugia chez les Cumans de Moldavie, ses anciens ennemis, promit à leur khan d'épouser sa fille et de lui céder la Transylvanie, pourvu qu'il l'aidât à recouvrer sa couronne. Cette alliance coupable et ce projet insensé montrent que le prince détrôné était arrivé au point où la manie ambitieuse s'empare de l'homme et lui fait perdre la raison. Le seul résultat qu'il obtint fut de procurer un nouveau triomphe à son rival détesté : l'armée cumane franchit les Karpathes du côte de Munkâcs, mais Ladislas Li repoussa.

Salomon voulut ensuite réunir les Petchénègues aux Cumans et entreprendre une campagne au sud du Danube ; mais il rencontra les Byzantins qui lui infligèrent une défaite complète, préservant ainsi la Hongrie sans le vouloir. Peut être a-t-il lui-même succombé dans la bataille; peut-être aussi a-t-il pu s'enfuir: les uns crurent le reconnaître dans Albe royale sous le modeste costume de pèlerin ; les autres soutenaient qu'il vécut en ermite sur les côtes de ristrie, où les habitants de Pola parlèrent longtemps de lui comme d'un saint.

Cependant la rivalité du Pape et de l'Empereur continuait à dégager la Hongrie de toute ingérence et de toute suzeraineté effective. Ladislas prit, en 1085, le parti de l'abbé du Mont-Cassin, élu par les adversaires de l'Empereur sous le nom de Victor III. Il offrit même à la Diète germanique un secours de vingt mille hommes qui ne fut pas accepté. Faut-il même croire, avec Thurôczy, que la couronne du Saint Empire lui fut offerte et qu'il la refusa ? Ce qui semble mieux prouvé, c'est que les malheurs de Henri IV, abandonné et trahi par sa propre famille, finirent par le toucher, et qu'il consentit à une entrevue qui se serait peut-être terminée par une alliance ou une intercession ; mais les ennemis du vieil empereur ne le laissèrent pas arriver jusqu'en Hongrie. Quoi qu'il en soit, dans ses dix dernières années (1085 — 1095), le roi magyar s'occupa beaucoup moins de ce long duel.

Il s'occupa beaucoup au contraire des frontières de son royaume du côte des Slaves et des Barbares. I i situation politique de la Croatie, surtout de la portion de ce pays qui s'étend de la Drave à la Save, n'avait rien alors de bien déterminé. Le prince Zvvonimir, gendre de Bêla I, avait reçu de Grégoire VII, en 1076, le titre de roi. Lorsqu'il mourut (1089), sa succession fut disputée au milieu de guerres sanglantes, jusqu'au

L'empereur Henri IV.

(Tiré de la Chronique d'Ekkehard d'Aura.)

jour OÙ la reine-veuve Hélène appela son frère Ladislas. La Croatie fut alors soumise tout entière jusqu'à la côte de Dalmatie, alors partagée entre les Grecs et les Vénitiens, et destinée désormais à être l'objet d'une longue lutte entre les Vénitiens et les Magyars. Les joupanies devinrent des comitats, et le clergé fut mieux organisé sous l'évêché d'Agram. Un fils de Geiza I, Almos, fut chargé de ce nouveau gouvernement. Ainsi commença l'interminable et pour longtemps insoluble question des rapports de la Croatie avec la couronne de Saint-Etienne (1091).

Cependant les Cumans et les Petchénègues n'avaient pas renoncé, depuis la mort de Salomon, à envahir la Hongrie. Ladislas les rencontra sur les bords de la Temes et, malgré le petit nombre de ses soldats, n'hésita pas à attaquer cette multitude. Les Magyars, auxquels leur chef promettait la victoire, ne lui donnèrent pas de démenti, car les Barbares, dit- on, furent tous tués ou prisonniers, excepté un seul qui porta la nouvelle du désastre. Les prisonniers étaient nombreux; Ladislas, reprenant la politique traditionnelle de ses aïeux, résolut de les établir dans son royaume. A la seule condition de se faire chrétiens, condition qu'ils ne pouvaient repousser qu'en se laissant réduire en complète servitude, ils furent établis sur les terres fertiles du bassin de la Theiss qui séparent les comitats de Heves, de Szolnok et de Pesth. Cumans et Petchénègues reçurent le nom ancien et un peu fabuleux de Jazyges, en hongrois, Jâsz. Cette contrée eut dès lors la charge de fournir des archers aux armées royales, et elle est restée jusqu'à nos jours un des » districts militaires privilégiés*. Une nouvelle armée s'annonçait, promettant une terrible vengeance ; elle fut vaincue à son tour, son chef, Akos, tué, et ses débris rejetés au-delà du Danube. Le sol hongrois était libre de tous côtés.

Ici se placent les années fécondes au point de vue des institutions, et les dernières, aussi, du règne de Saint-Ladislas. On ne doit pas s'attendre, en étudiant ces lois, à éprouver une admiration continuelle ; remarquables à quelques égards, elles présentent bien des dispositions étroites ou cruelles, comme il arrive assez souvent au lendemain des longs désordres, que l'on craint de voir recommencer. Une oeuvre législative sérieuse était indispensable, car bien des changements avaient eu lieu pendant un demi-siècle de crises continuelles; changements dans la société plutôt que dans les lois. Les dignitaires ecclésiastiques et les clercs, leurs subordonnés, avaient été plus d'une fois inquiétés, expulsés et rétablis. Maintenant les étrangers ne remplissaient heureusement plus les rangs de l'épiscopat et du sacerdoce : le clergé était devenu entièrement national, plus patriote qu'aucun de ceux du Moyen Age, et dès lors beaucoup plus apte à se faire écouter d'un peuple traditionnellement fier de sa race. Aussi dans la grande assemblée des prélats, des grands et du peuple, tenue à Szabolcs, en 1092, ne sommesnous pas surpris de trouver bien des décisions relatives à l'Eglise. L'assem-

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blée politique et le synode se confondaient étroitement, comme il était naturel dans un pays nouvellement converti.

Le caractère des lois promulguées dans cette assemblée est, d'une part, la prédominance sociale du clergé aussi grande que dans les autres pays ; d'autre part, chose singulière et peu attendue d'un prince allié de la cour de Rome, allié zélé malgré son indépendance, une tendance marquée à préférer les usages de l'Église grecque à ceux de l'Eglise d'Occident. C'est ainsi que les nouvelles décisions de Grégoire Vil sur le célibat des prêtres sont résolument écartées, au moins pour le moment et sans engager l'avenir. Le prêtre vivant dans l'état de mariage régulier conservera sa femme sans quitter son caractère religieux. Seulement il lui est défendu de se remarier ou d'épouser, même en premières noces, une veuve ou sa propre servante ; celle-ci menacée, en cas de désobéis- Sixnce, d'être vendue au profit de l'évêque. Du reste, l'évêque qui aurait permis un de ces mariages illicites sera condamné par ses pairs et par le roi. Le nom du roi apparaît souvent dans ces règlements ecclésiastiques. Seul il a le droit de déclarer vicieux le contrat par lequel un clerc s'est mis au service d'un évêque ou d'un comte. Lorsque des voyages l'amènent dans un couvent, les moines peuvent bien, selon l'usage, lui demander de les embrasser, mais il faut que ce soit dans le cloître, de peur que l'orgueil ne les porte à recevoir publiquement cette distinction.

Les évêques sont confirmés dans tous leurs pouvoirs: les couvents leur sont positivement subordonnés et soumis à leurs visites. Ils ont le droit de juger les sorcières et de les condamner selon leur bon plaisir. Les causes matrimoniales leur reviennent également. Ils ont le droit d'exiger le dixième de tous les produits, et si la déclaration ne paraît pas loyale au pristald de l'évêque, cet officier a le droit de se faire présenter les produits et de punir la fraude. Si l'on refuse la dîme, le pristald prend tout ce qu'il juge convenable.

Des mesures analogues sont dirigées contre le paganisme. Celui qui a sacrifié auprès d'un arbre ou d'une source, paie un boeuf en guise d'amende. Celui qui n'observe pas le dimanche, ou les Quatre-Temps, ou qui ne fait pas donner à un mort la sépulture chrétienne, est mis pendant dix jours au pain et à l'eau. Chasser le dimanche, c'est se condamner à perdre son cheval et son chien, pénalité relativement modérée. On s'efforce

Juifs aux XL et XIL siècles.

(D'après le livre de l'abbesse Herrad

de Landsberg, conna sous le nom de

»Lustgarten«.)

également d'atteindre le judaïsme et l'islamisme : le juif qui travaille un» dimanche ou un jour de fête perdra ses instruments de travail ; ses esclaves sont déclarés libres, mesure grave dans une législation qui admettait l'esclavage et même l'infligeait comme pénalité. Les musulmans convertis,, lorsque, après avoir reçu le baptême, ils retournent à leurs anciennes erreurs,, doivent être transplantés dans une autre partie du royaume.

Telles sont les décisions contenues dans le premier livre des lois de Saint Ladislas. Les deux autres livres sont composés de lois rendues dans une autre grande assemblée que celle de Szabolcs, nouvelle assemblée tenue sur le Mont Sacré de Pannonie, et sans doute aussi d'ordonnances et de sentences prononcées à différentes époques du règne. Nous n'avons plus à étudier des règlements ecclésiastiques, mais bien des décrets concernant la procédure, les pénalités et l'administration.

Tous les habitants du royaume ^ isma^e-ltw. "X'' " ' ""^' ■viji-'ti doivent obéissance à la loir

l'évêque lui-même, s'il la méconnaît, perd les biens qu'il tenait de la munificence du roi ; quant aux laïques, fussent- ils comtes, ils sont dépouillés de leur dignité et d'une partie de leurs biens.

Le juge est tout-puissant pour Texercice de son ministère : nul ne peut se refuser à comparaître devant lui sauf l'ecclésiastique, justiciable de son évêque, et le premier, magistrat du comitat, justiciable de la cour du roi.

Mais cette puissance du juge est compensée par la rigueur avec laquelle il est astreint à ses devoirs; s'il sort de ses attributions, s'il se mêle d'une affaire qui ne concerne pas sa circonscription territoriale, s'il fait subir aux parties un délai de plus de trente jours, il subit de fortes amendes, qui deviennent énormes s'il est convaincu de prévarication. S'il refuse d'appliquer des lois sévères, il peut même voir tous ses biens confisqués et être lui-même vendu. Il est vrai que, s'il peut prouver soa innocence par des témoignages dignes de foi, son calomniateur subit la même peine. Il est vrai encore qu'il garde pour lui une part des confiscations et des amendes : mauvais système qui n'est pas sans exemple ailleursqu'en Hongrie, mais qui soumettait la conscience du juge à de dangereuses épreuves !

L'habitude de voler avait fait de grands progrès pendant les guerres civiles: le roi et les seigneurs n'y virent d'autres remèdes qu'une pénalité

Ismaélites aux XI. et XII. siècles.

(D'apri's le »Lustgarten«.)

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impitoyable, et contre laquelle on ne put espérer aucun recours, car il était strictement défendu aux grands de prendre un voleur sous leur protection (défense apparemment nécessaire), et le droit d'asile ecclésiastique ne pouvait valoir au coupable qu'une diminution de peine, non l'impunité. Celui qui avait caché un voleur, ou lui avait fourni les moyens de fuir, était vendu à sa place. L'esclave voleur devait avoir la première fois le nez coupé, l'esclave fugitif, coupable d'un vol, perdait la vue, mais il conservait sa langue, afin de pouvoir renseigner son maitre. Le simple homme libre, qui avait commis le même crime, était pendu, à moins qu'il n'eût trouvé un asile dans l'église, auquel cas il perdait seulement la vue. Dans tous les cas, ses enfants, au-dessus de dix ans, étaient vendus et tous ses biens confisqués. Pour les larcins tout à fait minimes, comme celui d'une oie ou d'une poule, la loi se contentait d'un remboursement et de la perte

Deniers du roi Saint Ladislas.

d'un oeil. L'ecclésiastique était moins cruellement traité: pour son premier vol, il était simplement fouetté par ses supérieurs, et la seconde fois, dégradé. Comme on se défiait, malgré toutes les menaces, de la vigilance des juges, on envoya de comitat en comitat des enquesteurs royaux, chargés spécialement de rechercher les hommes soupçonnés de vol, de dire partout que les grands du royaume avaient juré de ne protéger aucun criminel, afin de décourager de coupables espérances; chargés aussi de juger les accusés, en les laissant libres de se justifier par une des épreuves appelées ordalies devant trois témoins désignés à cet effet.

Les actes de violence, objet d'une pénalité moins détaillée, n'étaient pas réprimés avec plus d'indulgence. Un noble qui entrait de vive force dans la maison d'un autre et battait sa femme, était condamné à perdre les deux tiers de ses biens, et s'il n'était pas riche, à être rasé, enchaîné et

vendu au marché, ses complices punis d'amendes énormes. On voit que les lois pénales de Saint Ladislas étaient d'une justice cruelle, même pour le temps. Il ne suffit pas d'y constater la trace des lois étrangères, surtout de la loi bavaroise. Il ne faut pas non plus reprocher à ce prince énergique de n'avoir pas lu Beccaria, comme semblent le faire certains critiques. Il vaut mieux remarquer que tant de dureté n'était pas nécessaire, puisque, peu d'années après, Koloman a pu, sans inconvénient, adoucir ou supprimer plusieurs de ces mesures.

Quelques traits de l'administration de Ladislas sont curieux à recueillir, comme preuves et de sa prudence et de ses préjugés. On voit, par exemple, qu'il faisait parvenir ses ordres dans toutes les parties du royaume par des courriers investis des pouvoirs les plus étendus pour mettre les c-hevaux en réquisition : institution éminemment romaine et impériale qui montre l'activité et la force de cette royauté. On voit aussi dcrs fonctions assez nombreuses et assez variées, remplies par d'humbles agents, tels que ceux qui recueillaient et gardaient, dans des sortes de magasins, les esclaves et le bétail fugitifs, et tels que les ôrôk (gardiens), hommes d'une condition intermédiaire entre la liberté et la servitude, déchus par suite des violences des guerres civiles, et dont Ladislas fit une sorte de gendarmerie destinée au service des comitats et des frontières. Leur principale fonction, sur les limites du royaume, était d'empêcher ce que nous appellerions aujourd'hui l'exportation; non seulement celle des chevaux, ce qui aurait pu s'expliquer par des raisons de prudence militaire, mais même celle du bétail. Ce mauvais système économique était protégé par toutes les menaces imaginables contre les employés négligents : destitution des comtes des frontières, peine

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de mort ou de la servitude contre les simples gardes. Les marchés étaient soumis à toute une législation terrible : il suffira de dire que les témoins de la vente d'un objet volé étaient condamnés à mort. Avouons que Ladislas n'était pas plus obligé de connaître l'économie politique que la philosophie du droit pénal, et que l'on peut, jusqu'à un certain point, admirer en lui le gardien vigilant et énergique de la sécurité de son peuple.

La dernière préoccupation de sa vie a été due aux préparatifs de la première croisade. Comme la plus grande partie de l'armée chrétienne devait traverser la Hongrie, les chefs envoyèrent une ambassade qui trouva Saint Ladislas au château de Bodrog et qui fut satisfait de son accueil. Aurait-il pris le commandement de l'expédition.' Il est permis d'en douter quand on considère d'une part le peu de goût que les Magyars ont constamment montré pour les croisades, d'autre part la résolution que prit le roi lui-même de faire une campagne en faveur des Polonais contre la Bohême : c'est dans les préparatifs de cette guerre que la mort le surprit (été de 1095). Il ne laissait après lui qu'une fille mariée à l'empereur d'Orient Kalojohannes, et deux neveux, fils de Geiza, Koloman et Almos.

De ces deux frères, c'était le plus jeune que la nature semblait avoir désigné pour la couronne; il eût éveillé moins de contraste avec le beau, le vaillant, le fougueux Ladislas, aux yeux d'un peuple de cavaliers, que le disgracieux Koloman, louche, bègue, bossu, boiteux, au dire des chroniqueurs, qui ont épuisé à ses dépens tous les traits de la description la moins flatteuse. Le portrait moral n'est pas moins désobligeant que la portrait physique: on voulait qu'il eût été méchant, avare et cruel. Aucun historien national de notre siècle n'est dupe de cette conspiration, qui semble avoir trompé Amédée Thierry: les actes, et sourtout les lois de Koloman, révèlent un grand règne, quand même les faits de sa vie ont été surtout racontés, ou par des ecclésiastiques mécontents de sa parcimonie relative à l'égard des églises et des couvents, ou par des ennemis personnels qui exercèrent le pouvoir après sa mort, ou par des historiens de la Croisade qui, se dissimulant les torts de leurs héros, ont chargé la mémoire du roi de Hongrie. 11 est d'autre part fort possible qu'il n'ait pas été doux comme une colombe, ainsi que le voudrait son contemporain Albéric; et ce qui semblerait bien indiquer qu'il n'avait rien de l'extérieur requis d'un roi magyar, c'est que son père et son oncle l'avaient destiné, quoique fils aîné, à la carrière ecclésiastique. Koloman, ne se sentant aucune vocation, était parti pour la Pologne, refuge habituel des princes mécontents; mais Ladislas mourant le fit venir et le désigna comme son héritier. Le peuple l'acclama, et son frère Almos parut se contenter d'être Ban de Croatie. Koloman, ayant malgré lui étudié pour devenir évêque, avait pris un goût très vif, non pour l'épiscopat, mais pour les études; prédilection fort rare chez les rois ses contemporains, et qui lui valut le surnom de Kônyves, libraire. Le pape Urbain II, lui écrivant à l'occasion

<le son avènement, le félicitait d'être instruit dans les lettres sacrées et profanes, et aussi dans le droit canon, ce qui convient on ne peut mieux, disait- il, au souverain exerçant le pouvoir judiciaire.

On annonçait l'approche des croisés, mais Koloman eut encore avant leur arrivée le temps d'entreprendre une campagne qui est d'une importance capitale dans l'histoire des Magyars et même de l'Europe orientale. Almos l'appelait contre les Croates soulevés ; avec une grande armée réunie sur les bords de la Drave, le roi remporta une bataille décisive dans laquelle Pierre, chef des Croates, perdit la vie : là est le point de départ de la véritable soumission de ce pays à la couronne magyare. Dès 1096, l'attention de Koloman fut attirée, au-delà de la Croatie, sur la côte dalmate. Cette dernière région a toujours offert une étrange bigarrure de populations et de langages : elle appartenait alors, en apparence du moins, à l'empire grec ; mais elle était attaquée à chaque instant par les Normands de Sicile. La cour de Byzance, ne pouvant en venir à bout, délégua ses pouvoirs à Vitale Phaledro, doge de Venise, qui ne réussit pas davantage. Koloman, plus heureux, s'empara une première fois de quelques villes de la côte, qui reconnurent sa souveraineté. Puis il conclut une alliance avec le doge, et une flotte vénitienne transporta une petite armée hongroise en Apulie : courte campagne qui n'eut d'autre résultat que d'occuper momentanément la ville de Brindes et d'obliger les Normands à la défensive. Cette combinaison politique n'était pas durable: les vrais adversaires de la Hongrie n'étaient pas les Normands, mais bien les Vénitiens, nécessairement hostiles -à tout progrès du royaume du côté de l'Adriatique. Koloman s'en aperçut, et négocia une alliance avec Roger de Sicile, lui demanda même et obtint la main de sa fille Busilla.

Cependant les croisés arrivaient. Le premier ban de cette grande expédition n'était pas fait pour inspirer aux Magyars l'enthousiasme qui leur manquait. Toutefois, l'avant-garde de Gauthier-sans-Avoir était mieux •disciplinée que ce qui la suivait immédiatement : les historiens des Croisés, si rrtal dis'posés qu'ils soient pour les Hongrois, reconnaissent qu'elle a été bien accueillie par le roi ; permission lui fut donnée de traverser le pays avec une escorte protectrice, et d'acheter les vivres dont elle aurait besoin. Aussi le voyage se fit-il paisiblement; un très petit nombre seulement, arrivés à Semlin, commirent des actes de brigandage et furent dépouillés par les habitants. Lorqu'arriva l'armée désordonnée de Pierre l'Ermite, on put craindre des incidents bien plus graves. Elle obtint les mêmes licences que la précédente, et arriva paisiblement jusqu'à Semlin, mais là elle voulut venger les pillards de l'avant-garde : Semlin fut pris d'assaut, les habitants, réfugiés sur une colline, furent jetés dans le fleuve presque sans avoir pu résister. Peu de croisés périrent dans cette affaire; mais les Hongrois, furieux, se réunirent aux Bulgares et aux Cumans pour attaquer leur armée au sud du Danube et l'exterminer en grande partie.

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Une troisième troupe et une quatrième, composées surtout d'Allemands, tandis que les Français dominaient dans les deux premières, s'avan- <ja.ient sous les ordres du prêtre Gottschalk et du prêtre V'olkmar. Ceux-ci arrivaient souillés du sang des Juifs massacrés à Prague. Koloman leur accorda encore le passage et les vivres, mais cette fois non sans défiance, et leur assigna des campements près de Mosony (Wieselbourg). Un chroniqueur allemand lui attribue le projet de s'emparer, sous le premier prétexte venu, de tout le butin que ces singuliers pèlerins avaient amassé sur leur passage. Mais d'autres annalistes reconnaissent qu'ils pillaient les

Le chevalier Gautier reçu en audience par le roi Koloman. (D'après une miniature de la Bibliothèque de 1' Arsenal à Paris.)

Hongrois, les tuaient et battaient leurs femmes. Us ne connaissaient pas la région dangereuse où ils s'étaient engagés. Koloman eut bientôt armé les hommes des comitats voisins et enfermé les croisés entre ses soldats et les marécages. D'après leurs historiens, ces malheureux auraient livré leurs armes, comptant sur les paroles clémentes du roi, rnais un grand nombre d'entre eux auraient été massacrés de sang-froid. Quant aux aventuriers de Volkmar, ils suivirent la rive droite du Danube, mais Koloman leur refusa le passage et les repoussa.

11 avait donc pris le parti de refouler les Croisés comme de vrais envahisseurs. Ce n'était pas la troupe du comte Émicon et de Charpentier,

OÙ se trouvaient des brigands et des femmes de mauvaise vie, qui pouvait modifier son opinion. Les nouveaux venus forcèrent le passage de la Leitha en tuant le palatin du royaume, puis ils se dirigèrent par une étroite chaussée sur Alosony, non sans recevoir des nuées de flèches. Ils montaient déjà à l'assaut de cette ville au moyen de longues échelles,, lorsque le désordre se mit dans leurs rangs, et beaucoup furent engloutis dans les marais. Le comte Émicon put s'enfuir en Allemagne.

Enfin la croisade bien ordonnée des seigneurs prenait le chemin de la Hongrie. Godefroy de Bouillon campa sur la frontière au milieu de septembre (1096), et députa auprès de Koloman des ambassadeurs chargés de lui marquer son indignation contre un prince chrétien qui massacrait les défenseurs du Saint-Sépulcre. Le roi répondit qu'il avait dû défendre son territoire contre une invasion de pillards, et fit prier Godefroy de se rendre à une entrevue près de Soprony, sur les bords du lac de Neusiedl (Fertô tava). La rencontre fut cordiale, et se renouvela sur le mont de Pannonie, dans le palais du roi magyar. Le prudent souverain fit un véritable traité concernant l'itinéraire des Croisés, l'achat des vivres, les otages,, dont le pricipal fut Baudoin. Ils s'acheminèrent sur Semlin par le plus, court chemin à travers les comitats d'Albe royale, de Tolna et de Baranya, sans aucun incident grave. A Semlin arrivait Koloman de son côté, avec une nombreuse cavalerie et les otages. On se sépara sans grande effusion, mais amicalement. Lorsque quelques années plus tard se présenta aux frontières l'armée de Hugues le Grand, d'Etienne de Blois et de la margrave d'Autriche, elle n'éprouva aucune difficulté, et les sages mesures du roi évitèrent cette fois encore toute collision.

Il est aisé de voir que Koloman n'a f as eu un seul instant l'idée de suivre le mouvement européen vers Jérusalem, les sujets pas plus, que leur prince. La Hongrie a fait pourtant elle aussi sa croisade, lorsque son sentiment national a été d'accord avec ses croyances religieuses, la croisade séculaire contre les Turcs, qui a rendu au pays et à l'Europe des services plus durables que les expéditions d'outre-mer. Quant aux bienfaits indirects des croisades, la Hongrie en a eu sa part dans l'activité commerciale plus grande de la vallée du Danube, avantage compensé par l'honneur périlleux de servir de passage à des armées souvent mal dirigées.

Cependant les Cumans ne cessaient de menacer la frontière des Karpathes, que parfois ils franchissaient avec la connivence de Wolodar, prince de Przemysl. Aussi, lorsque le prince de Kiew sollicita le secours de Koloman contre ce voisin perfide, n'eut-il pas de peine à l'obtenir. La campagne fut malheuceuse : les Cumans vinrent défendre. Przemysl assiégé, ils dissimulèrent leur nombre, ne risquèrent que leur avant-garde et tombèrent sur les Hongrois qui se croyaient victorieux. Le roi n'échappa qu'avec peine. Ce sensible échec ne détourna pas son attention des fron-

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tières du nord : une alliance avec Brestislas, de Bohême, sembla garantir pour longtemps le royaume de ce côté.

C'est sur le Midi que Koloman concentra tous ses efforts, presque toujours avec le plus grand et le plus durable succès. Son frère Almos continuait à gouverner fort mal la Croatie et à causer des malheurs que réparait sans cesse la patiente habileté du roi. Celui-ci était convaincu que le seul moyen de pacifier cette nation, c'était de la traiter non pas en province conquise, mais en peuple frère, et d'y ajouter la Dalmatie, faisant ainsi de la Hongrie un pays maritime. Il avait épousé Busilla, princesse normande de Sicile, au milieu des plus grandes réjouissances populaires; il n'avait plus rien à craindre, il avait même tout à espérer de ce peuple entreprenant, qui pouvait l'aider, soit contre les Vénitiens, soit contre les Dalmates. Les Slaves de Dalmatie n'avaient pas alors de sentiment national; mais les cités surtout italiennes de Spalato et de Zara étaient aussi fières, aussi dédaigneuses des barbares, que celles de Pise ou de Milan. La grande affaire de Koloman, de 1103 à 1108, fut de soumettre ces cités et de conquérir ensuite ce que nous appellerions aujourd'hui leurs sympathies.

Le siège de Spalato, un peu plus tard celui de Zara, furent abrégés par l'intercession des évêques, surtout de Crescentius de Spalato, et se terminèrent par des chartes octroyant à ces deux villes et à celle de Trau les franchises municipales les plus étendues. Les citoyens élisaient leurs magistrats et leur évêques, sauf confirmation royale ; ils ne payaient d'autres droits que ceux qu'ils acquittaient auparavant à l'empereur; ils n'étaient point obligés de recevoir des Hongrois dans leurs murs, si ce n'est la garnison royale; ils n'étaient pas obligés d'héberger le roi et sa suite; ils promettaient simplement fidélité à Koloman et à ses successeurs. Ces chartes étaient signées et jurées par le palatin et plusieurs seigneurs hongrois.

Certaines îles, celle d'Arbe entre autres, et certaines communautés religieuses ne furent pas moins bien partagées. Tout cela ne suffisait pas encore : il fallait garantir aux Croates et aux Dalmates leur indépendance collective. Koloman se fit couronner par Crescentius, roi de Croatie et de Dalmatie, montrant bien qu'il voulait établir entre ses anciens et ses nouveaux sujets un lien analogue à ce qu'on appelle aujourd'hui l'union personnelle. Cette politique de conciliation de Koloman et les actes qui l'accompagnèrent servent encore aujurd'hui de point de départ aux réclamations des Croates en faveur de leur indépendance.

Ce prince, actif et prévoyant, ne se bornait pas à légiférer en faveur de ses nouveaux sujets; il complétait, en les améliorant, les lois de Saint Etienne et de Saint Ladislas. L'exemple le plus frappant que l'on puisse donner de ce progrès, dû à un souverain d'esprit hardi et libre, est la suppression des procès de sorcellerie, » parce qu'il n'existe pas de sorcières*.

LES ROIS DE LA RACE D ARPAD

Il ne faudrait pourtant pas s'attendre à trouver ce caractère vraiment moderne dans toutes les lois, rendues par diverses assemblées, que nous a conservées le moine Albéric. On y peut distinguer deux courants : un courant de progrès et d'adoucissement qui tient à l'ouverture d'esprit de ce roi calomnié, et le courant qui portait la Hongrie vers une fusion plus complète avec l'Europe occidentale et latine, beaucoup plus que sous Ladislas.

Le commerce étant plus actif, les procès deviennent plus fréquents, et au lieu d'une seule cour suprême, celle du roi, il est devenu nécessaire d'en établir une dans chaque diocèse : les clercs, à la vue du sceau épiscopal, les laïques à la vue du sceau d'un juge, doivent se rendre à époques fixes, en mai ou en octobre, devant ce tribunal formé de hauts officiers. Mais il va sans dire que le roi reste le juge suprême, et que chacun peut, à ce titre, l'invoquer dans ses voyages, lui ou le palatin. Koloman semble avoir eu en médiocre estime les épreuves judiciaires, car il en a restreint l'emploi autant qu'il l'a pu; et il a supprimé les peines excessives, comme celle de l'aveuglement, infligée aux voleurs. Enfin, il a évité la confusion de la . .

justice ecclésiastique avec la justice laïque.

Le système féodal a fait des progrès en Hongrie sans ressembler encore, au moins pour ce qui concerne l'autorité royale, à ce qu'il était alors en Occident. On remarque même une sourde lutte bénéficiaire entre la couronne et la noblesse, qui rappellerait plutôt celle de l'ancienne monarchie franque. Malgré leur respect pour l'autorité souveraine, les grands se gardent bien de stipuler ou de laisser stipuler le retour à l'État des biens dont ils sont possesseurs; il est convenu, toutefois, que ces biens feront retour à l'État, faute d'héritiers mâles, et que les droits de pêche,

Porte principale de la Cathédrale de Trau.

usurpés çà et là, seront restitués à la couronne. De même l'hérédité entière des alleux est garantie, comme la liberté personnelle des chrétiens indigènes de toute race ; mais, malgré toutes les mesures légales un courant qui était dans la force des choses, préparait l'extinction de ce genre de propriétés au profit de la hiérarchie féodale. Déjà une loi sévère défend d'instruire ou de destiner à la clergie, non seulement un esclave, mais un homme dépendant, à un degré quelconque, sans la permission de son seigneur. La même mouvement est sensible dans les règlements militaires; il ne s'agit plus autant du droit et du devoir personnel de chaque homme libre ; c'est la terre qui fournit les guerriers plutôt que ce n'est la nation, car c'est d'après la terre que se fait la répartition des charges militaires. Pourtant le système financier, avec la capitation des hommes libres, reste tout à fait monarchique, en y comprenant les réquisitions du roi et de ses agents pendant leurs voyages.

Les étrangers continuent à être bien reçus, témoins entre autres ces Italiens du midi qui accompagnèrent la reine Busilla et ne retournèrent pas dans leur patrie; mais, quelles que soient les dispositions personnelles du roi, la législation devient toujours plus restrictive à l'égard des nonchrétiens ; elle cherche à disperser les Musulmans, toujours nommés Ismaélites, qui, jusque-là, se groupaient en villages compactes; elles les oblige à entretenir des églises ; elle cherche visiblement à les ruiner, mais elle ne les décourage pas plus que les Juifs. Ceux-ci trouvaient toujours mieux en Hongrie qu'en Allemagne, dans ce temps de massacres; aussi affluèrent-ils malgré les lois qui les traitaient comme des étrangers et comme des gens habitués au recel des objets volés, car ils ne pouvaient rien acheter à un chrétien sans des formalités minutieuses.

Les actes d'un important synode tenu à Gran et divers traits de la vie de Koloman nous le montrent tantôt très ferme vis-à-vis de la cour de Rome, tantôt obligé de céder plus que ne l'aurait fait son prédécesseur. Ainsi le célibat des prêtres devient obligatoire : aucun ne pourra se marier après avoir prononcé ses voeux ; s'il est déjà marié il doit renoncer à vivre avec sa femme; en tout cas nul ne peut paraître à l'autel s'il vit encore dans l'état de mariage. Pour éviter le népotisme, résultat que ne conjure point le célibat là où l'Église est riche, il est décidé que quand un évêque aura songé à sa famille plus qu'à ses devoirs ecclésiastiques, la moitié de ses biens appartiendra à l'Église après sa mort. L'autorité de l'évêque en toutes choses s'étend et se fortifie. Une grande concession du roi en 1106 fut d'abandonner au pape le droit d'investiture, réclamé depuis longtemps, par la cour de Rome.

En revanche il ne voulut jamais admettre que les nouveaux prélats, dussent prononcer un serment qui les aurait mis dans l'absolue dépendance du pape ; il ne voulut jamais qu'un synode prétendit se passer de son autorité. Il organisa à lui seul l'église dalmate, en consultant seulement une

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réunion de nobles et d'évêques. Enfin le synode ordonna des prières quotidiennes pour le roi et déclara excommuniés ceux qui conspireraint contre lui ou ne révéleraient pas le complot.

Hélas, c'est dans la famille même du roi que se trouvèrent les conspirateurs. Non seulement il eut le chagrin de répudier pour adultère sa seconde femme, une princesse russe ; mais son frère Almos, auquel il avait donné, en échange de la Croatie, un vaste apanage sur les bords de la Theiss, rouvrit la déplorable série des guerres civiles. On ne trouverait aucun intérêt dans le récit de ses quatre ou cinq conspirations chaque fois pardonnées, grâce à la modération de Koloman et à l'intercession des grands et des évoques. Le dernier complot fut le plus grave, parce que le prince ambitieux alla chercher des secours en Allemagne, et revint assiéger Presbourg avec l'empereur Henri V, mais sans aucun succès.

Almos dut cette fois aller en Terre Sainte, mais il en revint pour conspirer encore. La patience du roi était à bout : il donna l'ordre de crever les yeux à son frère et au fils de son frère, âge de cinq ans. Cette dernière et inutile barbarie, dont il se repentit trop tard, abrégea les jours du souverain remarquable que l'on a comparé au très moderne Joseph 11, et qui lui fut certainement supérieur en tact politique (1114).

Une fin aussi déplorable pour le caractère de Koloman ne doit pas faire oublier le mérite sérieux de son règne, qui n'est même pas dépourvu de tout intérêt littéraire. La langue nationale n'était point encore étouffée par le latin ; il est certain que les lois recueillies par Albéric ont d'abord été rédigées en hongrois; de plus on expliquait au peuple en langue vulgaire les principales prières et les cérémonies de l'Église. Des écoles se fondaient en assez grand nombre sous le règne du roi libraire. Ces progrès, ceux du commerce, l'énergique maintien du pouvoir monarchique, malgré les inévitables progrès de la féodalité, la conquête peu sanglante et sagement réglée d'un nouveau royaume ; tout cela nous montre qu'au début du douzième siècle la Hongrie chrétienne et civilisée avait trouvé son équilibre intérieur en même temps que ses limites.

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Ouvrage émaillé de l'époque des Arpâd.

(Au Musée National )

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