CHAPITRE SEPTIÈME
LES DERNIERS ARPAD ET LES PREMIERS HABSBOURG (1242 — ^ISOl).
Dès que l'on put s'occuper d'autre chose que des Mongols et des ruines qu'ils avaient faites, l'Autriche devint le principal objet de la politique hongroise ; d'abord l'Autriche seule, bientôt l'Autriche unie à la Bohême sous le grand Ottokar, jusqu'au triomphe de Rodolphe de Habsbourg.
Frédéric d'Autriche avait abusé de l'invasion mongole pour mettre la main sur plusieurs comitats de la frontière ; ensuite il profita du besoin de tranquillité qui s'imposait à la Hongrie ruinée pour garder ces comitats en sa possession. Mais dès que cela fut possible (1246), Bêla conduisit une armée sur la Leitha. L'archiduc accepta ce défi. Dans un combat contre la cavalerie cumane, combat qui était sur le point de se terminer à son avantage, il reçut une blessure au visage et tomba mourant de son cheval. La dynastie des Babenberg venait de s'éteindre et la succession de l'archiduché d'Autriche était ouverte. C'était dès-lors à l'Empire de l'occuper: Frédéric II n'y manqua pas, malgré sa situation critique en Italie, car il destinait le grand fief vacant à son petit-fils Frédéric, neveu du dernier des Babenberg, ce même jeune prince qui fut, un peu plus tard, le com-
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pagnon de l'infortuné Conradin. Tant que vécut cet empereur, le plus grand adversaire des papes au Moyen Age, rien de décisif ne fut tenté pour la conquête de l'Autriche, il y eut seulement quelques ravages sans résultat près de la frontière.
La mort de Frédéric II -(1250), engagea sérieusement la partie, non pas entre les princes allemands, car la grandeur germanique subissait un coup terrible et immédiat par la chute de la maison de Souabe, mais entre les rois de Hongrie et de Bohême, ou, comme nous dirions aujourd'hui, entre les Slaves-Tchèques et les Magyars. C'est plutôt une lutte de races qu'une lutte de maisons princières, car les petit-fils de Frédéric II furent bientôt mis dans l'impossibilité de prendre possession de leur héritage. Le plus grand, le plus ambitieux, le plus habile, le plus fastueux, le plus brave souverain qu'ait jamais eu la Bohême, Przemysl-Ottokar II, épousa Marguerite d'Autriche qui avait deux fois son âge, et devint le maître de l'archiduché. S'il occupait encore la Styrie qui en dépendait, une redoutable puissance était fondée au coeur de l'Europe et sur la frontière hongroise. C'était la Grande-Moravie de Swatopluk qui se reformait, c'était dans l'avenir une Autriche slave.
Aussi Bêla, profitant de ce que les États de Styrie voulaient se rendre indépendants, occupa ce pays et y fit proclamer son fils Etienne : l'alliance séculaire de la Hongrie et de la Bohême était rompue. Les hostilités eurent lieu à la fois en Styrie même et en Moravie (1253). Un légat vint s'interposer Les deux rois eurent une entrevue à Presbourg, et Bêla conserva pour son fils la Styrie presqu'entière, jusqu'au Semmering.
Mais l'Allemagne n'acceptait point ce sacrifice de la Styrie, et le mécontentement était grand dans l'Empire; il n'était pas moindre dans la nouvelle province hongroise, opprimée par des lieutenants mal choisis. Ce fut au point que la ville de Graetz appela Ottokar et lui ouvrit ses murs. En 1 260, la lutte recommença ouvertement. Mais elle se termina bientôt par la défaite des Hongrois; Etienne, sérieusement blessé, fut entraîné loin d'un champ de bataille presque aussi funeste que l'avait été celui du Sajo (juiUet 1260.)
La Hongrie était hors d'état d'arrêter l'ennemi, et le roi de Bohême parvint facilement jusqu'à Presbourg. Dans le traîté qui fut alors conclu, il se contenta de la Styrie. Il obtint aussi la rupture de son mariage avec Marguerite d'Autriche, union dont il avait profité mais qui ne lui donnait pas d'enfants; et il épousa une des filles de Bêla, non pas Marguerite qui menait une existence de religieuse dans l'île qui a gardé son nom, mais la belle Cunégonde. Ce traité et cette alliance de famille maintinrent, pendant dix années, entre les deux royaumes, des rapports pacifiques sinon pleins de cordialité.
Etienne V, dans son court règne (1270 — 1272), sembla vouloir continuer ces relations. Mais après une entrevue qui eut lieu non loin de Pres-
bourg, la lutte recommença pour finir presque aussitôt par un nouveau traité qui laissa les frontières telles qu'elles étaient à la mort de Bêla IV.
Jusque-là le roi de Bohême avait eu presque constamment l'avantage. Tout fut changé par l'avènement de Rodolphe de Habsbourg (1273). Ce petit prince arrivait au trône inespéré des Césars germaniques au moment où de nouvelles difficultés surgissaient entre la Bohême et Ladislas IV : les pillages avaient recommencé, la ville de Nyitra en avait souffert. Rodolphe comprit que la Hongrie était l'alliée naturelle de son ambition, qu'avec cette alliée il pouvait briser la puissance de l'orgueilleux Slave à son profit personnel. Seulement il fallait avoir pour soi les princes de l'Empire, et cela non plus ne fut pas difficile: l'Empereur fut approuvé de presque tous les princes, lorsqu'il s'engagea sérieusement à rendre au corps germanique l'Autriche, la Styrie, la Carinthie, la Carniole. Dans ses propres États, Ottokar avait de nombreux ennemis, exaspérés par sa rude justice, quelquefois arbitraire ou cruelle. Au moment oii il venait de traverser le Danube sur un pont construit avec la charge de cent voitures, au moment où il avait pris la place de Soprony et venait de blesser une fois de plus l'orgueil magyar, un tel faisceau d'inimitiés se formait contre lui, qu'il sentit l'approche de sa ruine.
Il essaya de la conjurer en se rapprochant des Hongrois, mais ni le roi ni le peuple ne voulaient entendre parler de cette alliance au moment où ils pouvaient se venger : c'est avec Rodolphe qu'une alliance fut conclue (1276). Le dernier partisan d'Ottokar en Allemagne, le duc de Bavière, était forcé par la pression de l'opinion germanique à se tourner contre un prince rebelle^ mis au ban de l'Empire comme ayant refusé son service féodal. Les ennemis d'Ottokar en Bohême profitèrent de cette coalition formidable pour achever de perdre leur souverain. Ils le laissèrent tellement isolé que son orgueil dut se résigner à demander la paix : avec la Hongrie ses frontières ne changèrent pas, mais il dut venir au camp impérial devant Vienne assiégée, abandonner toute prétention sur l'Autriche, la Styrie, la Carinthie, la Carniole, et prêter serment de fidélité pour ce qui lui restait.
Une paix aussi désastreuse ne pouvait être qu'un court répit avec un prince aussi énergique et aussi superbe. Bien des circonstances vinrent seconder ses préparatifs: les Autrichiens, les Viennois en particulier, étaient mécontents de subir la présence et les exigences des hommes des bords du Rhin, qui leur paraissaient des étrangers; les princes allemands se refroidissaient pour leur empereur dont les sucés étaient trop rapides. Rodolphe se trouvait presque livré à son impuissance originelle en face de ses nouveaux Etats soulevés et d'un ennemi qui ne respirait que la vengeance. L'alliance hongroise lui devenait dès lors indispensable; il voulut la fortifier par cette politique de mariages, qui a continué depuis la fortune de sa maison. Déjà il avait demandé pour un de ses fils une fille d'Ottokar ; cette fois une Habsbourg fut promise au prince André moyennant la pro-
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messe d'une armée auxiliaire et l'engagement de ne pas traiter séparément. Ces détails, et le fait que l'Empereur eut peine à réunir dix mille hommes, montrent à quel point, dans la campagne décisive qui allait s'ouvrir, les Magyars ont joué le rôle essentiel.
Le 14 août, Ladislas IV, avec cinquante-six mille Hongrois et Cumans, se réunit à la petite armée de Rodolphe, et, le 25, la bataille s'engagea près de Dûrrenkrut. L'empereur laissa le périlleux honneur de combattre en première et en seconde ligne à l'armée hongroise, habile au tir de l'arc. Il ne négligea rien pour donner à sa cause un caractère religeux : le nom du Christ était le signal de ses soldats, tandis que le roi de Bohême indiquait aux siens le cri de Prague ! Prague ! sans doute pour leur rappeler le péril que courait la nation tchèque. Ottokar avait reformé ses alliances,
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Le champ de bataille de la March.
(Dessin de L. M. Fischer.)
avec les peuples slaves cette fois, car les Russes et les Polonais formaient son avant-garde ; son arrière-garde était commandée par un Styrien nommé Milota, soupçonné depuis de trahison. Les rapides archers de la cavalerie cumane commencèrent l'attaque, reprise ensuite par le palatin Csâk, Le combat, quelque temps indécis, compromis même par une chute de l'empereur, fut rétabli en faveur des Hongrois par la capture d'un fils d'Ottokar et par une panique du corps de Milota, qui donna le signal d'une déroute générale. L'infortuné roi de Bohême, désespéré, se jeta dans la mêlée : il succomba, percé de seize blessures, que l'on ne sait trop à quel parti attribuer. L'opinion qui semble la plus probable, c'est que plusieurs de ses anciens sujets ont réuni contre lui leurs efforts. La Bohême n'avait jamais subi un aussi grand désastre : douze mille de ses enfants couvraient de leurs corps le champ de bataille,
OU étaient entraînés par les eaux de la March ; les prisonniers se comptaient aussi par milliers.
Un des plus grands événements de la fin du Moyen Age venait de s'accomplir: la puissance des Habsbourg était fondée, et fondée surtout par les Hongrois. Ce sont là les premiers rapports historiques entre le peuple dont nous écrivons l'histoire et la tenace maison souveraine qui lui a fait tant de mal et tant de bien. Rodolphe, dans ses lettres, témoigna la plus grande affection et la plus grande reconnaissance pour ses voisins. Mais, au fond du coeur, il éprouvait peu de gratitude. Douze années à peine s'étaient écoulées, et déjà il déclarait dans Erfurt que la Hongrie était un fief de l'Empire, Bêla IV ayant prêté serment de fidélité à Frédéric II, que par conséquent c'était à lui, l'Empereur, de conférer la couronne de Saint Etienne. Cette prétention injustifiable, puisque le secours promis contre les Mongols n'était pas arrivé, fut neutralisée par les prétentions contraires et non moins chimériques de la papauté : grâce à cet équilibre, André III (1290) resta roi de Hongrie. Ne pouvant exercer leur suzeraineté sur tout le royaume, les Habsbourg essayèrent d'en conquérir une partie : Albert d'Autriche s'empara de Presbourg, de Tyrnau, mais une grande armée réunie par André le repoussa, et vint mettre le siège devant Vienne. Albert, obligé de se retirer devant la valeur hongroise, qui se vanta d'exploits presque fabuleux, comparait la Hongrie à une hydre venimeuse. Toutefois, devenu Empereur à la mort de son habile père (1293), il se résigna à traiter avec ce monstre et lui rendit tout ce qu'il avait pris sans réclamer aucune suzeraineté. Un peu plus tard, il maria une de ses filles au roi André, qui le soutint contre Adolphe de Nassau en lui envoyant un excellent corps d'armée sous les ordres de Paul Madâcs (1298). Ce bon office termina les rapports des Habsbourg avec la race d'Arpâd qui allait s'éteindre et qui avait préparé leur grandeur.
Il est temps d'envisager à d'autres points de vue le dernier demi-siècle de la dynastie conquérante : résumons d'abord les annales royales et nationales ; nous terminerons ensuite le présent livre par un tableau de la situation intéreure avant 1301.
La ville de Zara s^était l4bi=eî«efit.jdâftftée à-iar-Hongri^ : mnis ^lif dut se rendre aux Vénitiens, le roi n'étant pas encore (1243) en état de lui porter secours. Un nouveau traité ne laissa à la couronne magyare qu'une partie des impôts payés par Zara, en signe de domination, sour toute la Dalmatie. Ce n'est que dix ans plus tard (1254), et après une lutte suscitée à Spalato par les Vénitiens lors de l'élection d'un archevêque sans le concours du peuple, que la Hongrie relevée de ses ruines et un moment maitresse de la Styrie, força les Vénitiens à lui rendre Zara. Les autres frontières venaient d'être assurées par diverses mesures. Si Bêla ne réussit pas à imposer à la Gallicie un prince de son choix, il organisa la Serbie du Nord en une sorte de marche, qui prit le nom de banat de Macsé. Il confia le banat
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de Szôrény avec une partie de la Roumanie actuelle à l'ordre de Saint- Jean, qui prit l'engagement de le défendre contre toute invasion. Etienne Subich fut un habile gouverneur de la Croatie et de la Dalmatie, dont les villes, sans cesse en querelle les unes contre les autres, furent calmées par lui.
Le roi Bêla était donc, vers 1254, l'un des souverains les plus puissants et les plus respectés. Le malheur lui vint de son fils Etienne, ou plutôt de l'imprudence qu'il mit à suivre les pires exemples de ses devanciers, en faisant de son fils son propre compétiteur. Non content de le couronner, il lui donna la Croatie, l'Esclavonie, la Dalmatie ; lors du désastre de 1260, sur les bords de la March, le fondateur de la grande famille Mâriâssy reçut en présent la belle forêt de Csetene pour être venu annoncer au roi que son fils s'était échappé sain et sauf. Mais les courtisans gâtèrent tout : Etienne, engagé dans une lutte parricide, obtint de force, avec ce qu'il avait déjà, la Transylvanie et les droits souverains sur cette contrée (1262). Le vieux roi, profondément blessé de cette ingratitude, reporta toute son affection sur son plus jeune fils qui s'appelait Bêla comme lui. Après une nouvelle lutte, difficilement arrêtée par l'intervention d'Urbain IV, il mit tout en oeuvre pour déposséder Etienne au profit de son frère puiné. D'abord, il obtint pour celui-ci la main de Cunégonde de Brandebourg, et les fêtes du mariage furent célébrées sur les bords du Danube avec un luxe inouï dont on conserva le souvenir: les seigneurs hongrois s'y étaient montrés dans des robes écarlates, avec des plumes de paon sur la tête et des pierreries dans leurs longues barbes. Ensuite Etienne, la jeune reine et ses enfants furent chassés et menacés d'une dépossession complète.
Leur parti était populaire, il ne fit que grandir dans cette épreuve; bientôt il fut capable de mettre sur pied une armée supérieure à celle du roi, et qui resta victorieuse à Isaszeg, près de Pesth (1267). Dès lors, le vieux souverain, obligé de rendre à son fils tout ce qu'il lui avait enlevé, ne régna plus que de nom. C'est le jeune roi Etienne qui vainquit les Bulgares et devint un moment leur prince ; c'est au jeune roi Etienne que s'adressèrent les envoyés du duc d'Anjou pour négocier un double mariage, entre le petit prince Ladislas et la jeune Isabelle de Naples, entre Charles le Boiteux, futur roi des Deux-Siciles, et Marie fille d'Etienne. Ces mariages napolitains, conception profonde de l'ambitieux frère de Saint Louis, étaient alors la grande préoccupation de sa politique : il voulait ainsi préparer soit l'avènement de sa descendance au trône magyar, éventualité possible dès ce temps-là, et que nous verrons en effet se réaliser, soit, tout au moins, une alliance étroite qui lui perniit d'accomplir ses projets de conquêtes orientales et de combattre l'Empire et les Allemands. Il est essentiel de se rappeler ici qu'en 1 260, le tout-puissant Ottokar était encore regardé comme un prince germanique, et même comme le bouclier de cette Allemagne, patrie d'origine de Manfred et de Conradin.
Un peu avant la conclusion des mariages angevins, la Bulle d'or fut jurée de nouveau avec quelques articles de plus. L'un d'eux, très important dans l'histoire constitutionnelle de la Hongrie, et presque contemporain d'une innovation analogue dans la constitution anglaise, engagea les comitats à désigner chacun deux ou trois nobles pour s'occuper des affaires pendantes à la Diète annuelle d'Albe royale : c'était un pas de plus dans le régime représentatif. Les autres articles étaient destinés à rassurer, d'une part les udvorniks et le peuple des châteaux sur leur liberté personnelle,. d'autre part les nobles sur leurs possessions, et, triste S3miptôme des guerres civiles, sur leur libre choix entre la cause du père roi et la cause du fils roi. Ce déplorable antagonisme prit fin en 1270, par la mort de Bêla IV: il ne put survivre à son fils Bêla, sur lequel il comptait obstinément pour sa vengeance, et sa haine contre Etienne s'était envenimée à un tel point sur son lit de mort qu'il engagea les nobles, ses fidèles, et l'une de ses filles à s'enfuir auprès d'Ottokar avec les joyaux de la couronne.
Etienne V ne garda pas longtemps (1270 — 1272) ce pouvoir royal qu'il avait tant convoité, et malgré ses talents incontestables et sa popularité, il ne signala son court règne que par un séjour en Pologne où il' fut très bien reçu, et par sa campagne malheureuse contre les Bohèmes.. Il mourut d'une fluxion de poitrine au moment où le ban de Slavonie, Joachim Pektari, venait d'inaugurer l'alliance avec Rodolphe de Habsbourg. Ladislas IV (1272 — 1290) était encore enfant quoiqu'il fût marié à la jeune Isabelle de Sicile. Ses premières années furent livrées aux rivalités misérables, qui n'accompagnent que trop souvent les minorités. Lorsqu'il fut à peu près en âge de gouverner, ce n'était plus qu'un prince débauché et fantasque, odieux à un grand nombre de ses sujets à cause de sa prédilection pour les Cumans, devenus tout-puissants dans son armée et à sa cour. La nation n'en fut pas moins fière de sa victoire décisive et vengeresse sur Ottokar (1288), mais elle fut mécontente de voir qu'une cour égoïste et frivole en profitait si peu. La reine-mère était une vraie cumane et détestait Isabelle qui fut abandonnée par son époux en faveur des femmes cumanes. Ce peuple encore à moitié païen se promenait dans le pays et prenait tout ce qui était à sa portée ; les collecteurs des droits à payer au pape ne savaient où trouver de l'argent. Malgré la libéralité du roi à l'égard du clergé, les évêques et le légat réclamèrent. Le roi convoqua alors une diète où les chefs cumans, Alpra, Uzak, Ozur, promirent solennellement, au nom de leur peuple, qu'il embrasserait tout entier la religion catholique romaine.
Par cette promesse débutait toute une constitution destinée à régler le sort de ce peuple barbare, peut-être fatigué de sa vie nomade et de ses brigandages. Il reçut, entre le Danube et de Theiss et un peu au nord du Kôrôs, des territoires qui formaient, jusqu' en 1873, la Grande et la Petite Cumanie (Nagy-, Kis-Kunsâg) : c'étaient les parties du pays que l'invasion
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mongole avait le plus ravagées, et de cette manière on obtenait un double avantage, celui de repeupler une partie désolée du royaume, et celui de concentrer les Cumans devenus sédentaires. Le nouvelle constitution les obligeait, en effet à quitter leurs tentes et à construire des maisons groupées en villages. Détail assez curieux: le légat voulait qu'ils fussent contraints à se couper les cheveux et la barbe, et cette humiliation ne leur fut épargnée que sur les instances du roi.
Sceau d'Etienne V.
(Face.)
Il n'est pas facile de faire perdre brusquement ses habitudes à une peuplade, surtout lorsqu'elle se sent appuyée par le gouvernement. Les dernières années de Ladislas présentent une étrange confusion: les Cumans, quelquefois combattus et même vaincus par lui, n'en continuaient pas moins leur vie de rapines et d'aventures, sûrs que le roi ne chercherait jamais sérieusement à les écraser. Il fît mieux encore : après s'être opposé aux entreprises d'un synode national, qui lui paraissaient contraires aux droits de la royauté, pendant que les Nemet-joâri, les Pektari et d'autres oligar-
ches d'origine magyare ou étrangère se partageaient le pays comme autant de petits rois, Ladislas, n'écoutant ni le pape ni personne, se mit à camper avec les Cumans, et poussa la bizarrerie jusqu'à nommer palatin un musulman, récemment converti, nommé Mizse. Chose plus étrange encore, c'est un complot tramé entre trois Cumans, Arbocz, Tôrtel et Kemencse, qui débarrassa la Hongrie de ce tyran fantasque et désordonné.
Il ne restait qu'un seul descendant d'Arpâd dans la ligne masculine, un petit-fils d'André II, nommé lui-même André; il était né à Venise d'un père exilé et de la noble Tomasina Morosini. Par son lieu de naissance et son éducation, il était Vénitien plutôt que Magyar ; mais, en 1 278, Ladislas le Cuman l'avait fait venir et l'avait nommé duc de Slavonie, pour avoir un héritier qui fût de sa famille. Il eut beaucoup de peine à se faire reconnaître sous le nom d'André III, et à retrouver la sainte couronne cachée par ses ennemis. C'était un prince capable, instruit, très pacifique, mais ne manquant pas de fermeté. Il eut besoin de toutes ces qualités pour tenir tête à deux adversaires aussi puissants que la Pape et que l'empereur Rodolphe.
Nous avons déjà vu quelles furent les vues ambitieuses des princes autrichiens et comment André en triompha. Quant aux papes qui se succédèrent à cette époque, ils espéraient que les princes napolitains de la maison d'Anjou leur soumettraient la Hongrie bien mieux qu'un prince imbu de l'indépendance vénitienne. La reine Marie, en apprenant la mort de son frère Ladislas, avait fait couronner roi de Hongrie, par un légat, son fils Charles-Martel, qui fut dès lors le véritable roi de Hongrie aux yeux de la cour de Rome.
Célestin V et Boniface VIII ne regardèrent, eux non plus, André III que comme un souverain de fait, un «prétendu roi« dont ils ne parlaient et auquel ils n'écrivaient qu'avec la plus grande aigreur, et en le rendant responsable de toutes choses.
Heureusement pour le dernier des Arpâd, les villes dalmates ne se prêtèrent point à une descente de Charles-Martel, que Célestin V avait couronné de sa propre main, et le prétendant mourut laissant un fils mineur, Charles-Robert, que Boniface VIII ne put que désigner comme héritier de la couronne (1297). Le véritable roi national n'en était pas moins sous le coup d'une menace permanente; ses dernières années furent empoisonnées par les difficultés que lui suscita le légat, même dans la diète, et par les hauteurs de Boniface VIII, qui disait que le royaume ne pouvait être sauvé que par la main de Dieu et le Siège romain. Charies- Robert finit par être introduit en Croatie sous les auspices d'un seigneur riverain, le comte de Brebir, et par être couronné dans Agram: mais le légat dut s'en charger, en l'absence de tous les évêques magyars. André semblait pourtant au moment de se faire reconnaître par la cour de Rome lorsque la mort vint le surprendre en 1301.
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Il n'avait point perdu les dix années de son règne contesté. Nonseulement il s'était maintenu jusqu'au bout, maintenant du même coup la grandeur et l'indépendance nationales; mais son gouvernement avait été réparateur après les désordres du Cuman Ladislas. Il comprenait et respectait les libertés magyares, qu'il avait par deux fois juré de défendre; ■et, d'autre part, ses habitudes vénitiennes portaient son esprit du côté du commerce.
Aussi a-t-il fait des efforts remarquables à ce double point de vue. Il parcourait le royaume, sans s'arrêter à la résistance des grands, que Paul Madâcs sut vaincre comme il vainquit Adolphe de Nassau, redressant les injustices, punissant les malfaiteurs, exigeant la restitution des terres de la couronne. Les diètes travaillèrent autant qu'elles le purent à raffermir la paix publique et à préserver le territoire de tout démembrement. Le roi vint tenir aussi une Diète en Transylvanie pour relever ce pays éprouvé, et confirmer ou restituer les privilèges des diverses races établies dans ce pays.
Les villes qui avaient souffert de la guerre recevaient toutes les franchises qu'elles pouvaient désirer ; les Juifs et les étrangers étaient les bienvenus avec leur commerce. Au total, malgré les difficultés croissantes de ses dernières années, André III termina dignement la dynastie, sans doute inégale, mais glorieuse et utile des Arpâd.
Vers 1301, la monarchie hongroise offrait un aspect comparable à celui d'une ville entourée de faubourgs. Le souverain prenait le titre de roi, par la grâce de Dieu, de Hongrie, Dalmatie, Croatie, Serbie, Gallicie, Lodomérie, Cumanie et Bulgarie.
Quelques-uns de ces titres pompeux n'étaient que des souvenirs d'une possession momentanée: c'est ce que l'on peut dire de la Gallicie et de la Lodomérie ; de plus, les Serbes n'étaient pas des tributaires, mais seulement des alliés, et la Bulgarie se réduisait à un petit territoire. Par contre, on doit remarquer que la Transylvanie ne figure pas dans cette énumeration ; elle était comprise dans le grand noyau, dans la Hongrie proprement dite. Est-ce à dire que les coutumes, les différents droits, la législation fussent absolument semblables? En aucune façon. La Diète transylvaine qui se tint en 1291, sous les yeux d'André III, était une assemblée spéciale divisée, comme le pays lui-même, en trois nations, les Hongrois, les Szeklers ou Székely, les Saxons; celle des Valaques, bien que la plus nombreuse^ n'avait pas d'existence légale, parce que les paysans qui la formaient presque en entierTne comptaient pas, et que les anciens Knèzes (princes), s'étaient confondus peu à peu avec la noblesse magyare. Celle-ci occupait la plus grande partie du pays divisée en comitats, sous l'autorité d'un voïvode royal.
Les Szeklers étaient tous libres et nobles, ils formaient une cavalerie -d'élite pendant la guerre, et, comme on leur confiait la défense continuelle
de la frontière, ils étaient exempts de tout impôt sous la juridiction d'un comte royal. Ils payaient seulement un tribut en boeufs lorsque le roi se mariait ou qu'il lui naissait un enfant. Nous avons déjà vu jusqu'où allait l'indépendance de la Transylvanie saxonne, et ce qu'étaient les banats de Szôrény et de Macsô, peuplés de Cumans et de Petchenègues, de Valaqueset de Bulgares.
Nous avons également suivi l'iiabile politique de Ladislas, de Koloman et de leurs successeurs à l'égard de ce qu'on appelait la Slavonie, c'est-à-dire de la Croatie et de la Dalmatie actuelles: les îles et les villes de la côte étaient presque autonomes, et, pour le reste de la contrée, le Ban, sorte de lieutenant royal, convoquait la noblesse et le clergé dans des diètes où l'on pouvait faire des lois, à condition qu'elles ne fussent pas contraires aux lois du royaume pris dans son ensemble.
Au point de vue politique et social, la Hongrie, malgré les plaies et les misères d'une guerre civile trop fréquente, était un des États les mieux pondérés de l'Europe. La royauté venait de se montrer réparatrice sous Bêla IV et sous André III, et même sous un brouillon funeste tel que Ladislas IV, en vertu de la force acquise et d'institutions solides, elle continuait à faire quelque bien. Sous ce dernier prince les lettres de franchises, accordées avec discernement aux villes ou aux populations qui en avaient le plus grand besoin, et d'autres mesures d'une sage politique intérieure sont presque aussi nombreuses que sous les deux autres rois. La couronne, restée très puissante, et malgré l'incertitude du régime militaire, pouvant compter sur une armée dévouée dans les grandes occasions, ne pouvait cependant pas atteindre, au moins d'une façon durable, au despotisme : la constitution de 1 222 ne restait pas lettre morte, elle vivait dans les âmes des meilleurs clercs, seigneurs et simples nobles; elle fut jurée plusieurs fois, ce qui prouve qu'elle était souvent violée ; mais ce qui prouve aussi qu'on ne voulait pas la laisser oublier.
Elle n'empêchait malheureusement pas la construction incessante de nouveaux châteaux, là même où les menaces de l'ennemi ne les rendaient point nécessaires, et cela malgré les efforts d'André III et de la diète de 1291 ; mais elle empêchait ces châteaux de servir d'instruments à un démembrement du royaume. Elle n'empêchait pas les grands seigneurs de réunir entre leurs mains plusieurs emplois, mais elle les empêchait de les réunir tranquillement en un faisceau indestructible et héréditaire; elle les empêchait, chose essentielle, de battre mennaie, sous peine de confiscation, et sous peine de perdre leur droit de marché, elle leur interdisait de faire obstacle à la circulation de la monnaie royale: »Dans tout le royaume royaume il ne doit y avoir qu'une monnaie,* dit formellement l'assemblée de 1298.
La simple noblesse se défiait tellement des grands seigneurs, en même temps que des caprices ou des exactions arbitraires, que, non-seule-
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ment elle se faisait représenter régulièrement depuis la diète de 1267, que non-seulement elle tenait à avoir sa part dans la nomination du palatin et des autres dignitaires, mais qu'elle voulut, en 1298, exclure les barons de l'assemblée.
Peu à peu la distinction tendait à s'établir entre les grands seigneurs et prélats appelés au conseil du roi et la représentation de la noblesse, entre la chambre des magnats et les ordres ou chambre des députés, comme on devait le dire plus tard. Ici encore le parallélisme avec le développement de la constitution anglaise est frappant, mais toujours avec cette différence que la haute aristocratie ne jouait pas le même rôle en Hongrie que chez nos voisins d'outre-mer.
Une autre force de la petite noblesse était dans les assemblées des comitats, qui devenaient périodiques, et qui devaient être, en des temps plus malheureux, l'asile inviolable et indestructible du patriotisme. Enfin, l'usage s'était peu à peu établi, dans ces très nombreuses familles nobles d'ajouter au nom de baptême un nom héréditaire qui était en général celui d'une possession territoriale; l'habitude de se distinguer par des armoiries avait fait des progrès. La noblesse formait donc de plus en plus un corps bien défini, démocratie relative en face de la couronne -et des grands.
Le courant féodal continuait, dans les basses classes,
son oeuvre d'assimilation aux autres pays de l'Europe. La bourgeoisie, très bien vue des rois, comblée par eux d'encouragements et de privilèges, indépendante dans les murailles de chaque ville, n'avait pas, à proprement parler, d'importance politique.
Au point de vue commercial elle en avait beaucoup, quelle que fût la race, quelle que fût même la religion. Les Juifs étaient directement protégés par les lois de Bêla IV, et celles d'André III leur attribuaient formellement les mêmes droits qu'aux autres habitants du royaume. Celui qui blessait un d'entre eux payait une amende au roi et des dommages à la victime; leurs écoles étaient protégées; le juge coupable de partialité contre eux perdait son emploi.
Le Juif ne pouvait être condamné d'après le témoignage d'un chrétien; il avait le droit de prêter sur gage, et l'on ne pouvait lui enlever son gage sans se rendre coupable d'une sorte de lèse-majesté. Tant de privilèges assurés à une race persécutée en d'autres pays, ne peuvent s'expliquer que par le désir d'attirer dans le royaume une population douée du génie du commerce. D'autres étrangers, des Allemands, des Italiens,
Deniers d'argent d'André IIL
contribuaient à la prospérité générale. La culture de la vigne se répandait et fournissait déjà des crus célèbres à l'exportation. Le Danube était une grande voie du commerce, quoique le courant dérivé de la croisade affectât de plus en plus la voie maritime; Gran, bientôt relevé de ses ruines,, en était le principal entrepôt.
Les droits étaient assez élevés, et l'on avait peine à lutter contre les abus du lucrum camerae. Il n'y avait pas encore de pièces d'or hongroises, mais celles de Byzance et plus récemment les pièces d'or florentines avaient cours partout.
Au point de vue juridique, nul changement essentiel ne s'était produit, mais plusieurs faits importants doivent être signalés. Le tribunal ambulant du palatin ayant beaucoup de procès à décider, ce dignitaire avait reçu un lieutenant dans le Judex curiae, comme le fôispân du comitat en avait reçu un dans l'alispân.
Les décisions du palatin étant sans appel, on estima nécessaire, sous André III, de lui donner au moins quatre assesseurs, avec publicité des jugements. C'était quelquefois un véritable tribunal des grands jours qui allait chercher et frapper de puissants coupables dans les comitats les plus éloignés. D'une manière générale, les habitudes nationales préféraient les jugements avec discussion publique à la procédure écrite introduite par Bêla III et fort appréciée aussi par Bêla IV,
Il faut aussi noter l'importance croissante des duels judiciaires, au moment où ils devenaient moins fréquents dans le reste de l'Europe. Cette manière de découvrir la vérité ne faisait en Hongrie l'objet d'aucune loi, et n'était sujette à aucune forme déterminée. Nous ne possédons non plus aucun cartel de cette époque, et lorsqu'en 1253, le palatin Roland confie au jugement de Dieu (judicio Domini judicis committentes) un seigneur et le champion de Karcsa, ce n'est que l'indication d'un fait, ce n'est pas une formule. Parfois le juge proposait de choisir entre le duel judiciaire et une enquête par témoins assermentés; mais le plus souvent il ordonnait le combat en vertu de ses pouvoirs.
Celui qui refusait de s'y rendre était regardé comme coupable; mais assez souvent un arrangement intervenait entre les parties avant le jour fixé pour le duel.
Les récits qui précèdent ce chapitre ont montré le haut clergé sous différents aspects: à côté de prélats déposés pour leurs vices et leurs crimes, il faut rappeler que d'autres sont morts au champ d'honneur pour leur patrie et leur foi. De même en ce qui concerne l'indépendance nationale et le gouvernement pontifical de l'Église hongroise, il y a deux courants contraires à signaler; mais, le plus fort de beaucoup au treizième siècle était favorable à la domination croissante de la cour de Rome, qui allait jusqu'à annuler et les élections par les chapitres et la nomination royale,, jusqu'à imposer pour primat un ecclésiastique étranger.
LES ROIS DE LA RACE D ARPAD 15
Tout y contribuait, le mouvement général du siècle (mouvement que la chute de Boniface VIII, dans sa lutte contre Philippe-le-Bel, allait brusquement arrêter), les synodes tenus sous l'influence des légats, les nouveaux ordres religieux fortement disciplinés; tout, jusqu'à l'inoffensive hérésie des Patarins, qui enflammait le zèle convertisseur des moines. Les ravages des Mongols avaient imprimé une nouvelle impulsion à l'architecture religieuse. L'influence gothique commençait à se substituer au style roman.
Malheureusement, des églises ou des monastères comme des palais de cette époque il ne reste guère que des débris.
Au point de vue de la culture intellectuelle, nous n'avons pas à constater les progrès auxquels on devrait s'attendre vers la fin du treizième siècle. Le clergé, trop préoccupé de ses biens, de ses procès continuels et de son pouvoir, ne rendait pas autant de services qu'à l'époque des saints rois et de Koloman. La crainte de l'hérésie, crainte poussée jusqu'à l'excès le plus minutieux, faisait limiter par le synode de Bude (1279) les connaissances que les moines pouvaient acquérir, à la grammaire, la théologie et la logique, et leur faisait défendre la fréquentation des grandes écoles étrangères.
C'était pourtant à Paris et à Bologne que s'étaient formés les docteurs qui enseignaient les arts libéraux dans le Studiunt générale de Weszprim, sorte d'université moins la collation des grades, oii, conformément aux dispositions de l'esprit national, les doctores utriusque juris^ étaient les plus nombreux. Les étudiants les plus jeunes y obtenaient des bourses, et une société leur procurait le moyen d'aller à Paris où ils prenaient rang dans la nation allemanique. Les livres étaient devenus un peu moins rares depuis les croisades: on ne songeait plus à un voyage en Orient pour se procurer un Saint- Jérôme ; ce n'était plus le seul Koloman qui méritait le titre de Kônyves, car un simple archiprêtre laissait aprèslui dix-sept volumes, et Roger passait pour avoir une grande bibliothèque. Toutefois la Bible était tellement rare en 1263, qu'on l'achetait au prix de la moitié d'un village.
Malgré les progrès du latin, qui était la langue des études, du droit canon, du clergé, et par conséquent des chroniques, et depuis Bêla III toute la langue de la procédure et de l'administration, malgré les mariagesdes rois avec des princesses étrangères qui amenaient avec elles des courtisans de leur pays; la langue nationale s'était maintenue beaucoup mieux qu'on ne se le figure.
Les mots magyars abondent dans les très nombreux documents du treizième siècle que nous possédons. De plus les anciennes lois qui nous; sont arrivées sous leur forme latine avaient très certainement été traduites du magyar, qui était la langue des délibérations politiques, la langue de la prédication populaire, la langue de la poésie nationale, même à la
•Cour, la langue des jongleurs d'André III, comme celle des histrions de Ladislas.
Nous ne terminerons pas cette étude de la période arpadienne sans citer quelques lignes de M, Szilâgyi: »La nation doit beaucoup aux Arpâd : comme ducs ils lui ont donné le sol que nous occupons, comme rois ils ont fait de nous un peuple européen. Ils ont augmenté la population. Ils ont défendu l'indépendance nationale contre les trois plus grandes puissances de l'Europe, le Byzantin, le Pape, l'Allemand.*