LE RÉVEIL NATIONAL ET LÉOPOLD II
L'empereur-roi Léopold II mérite une grande place dans l'histoire malgré la brièveté de son règne (février 1790 — mars 1792), pour avoir su, après vingt-cinq ans de pouvoir discrétionnaire, se plier aux nécessités de son nouveau rôle, et devenir, sans aucune concession avilissante pour la couronne, un souverain constitutionnel. Ce prince, le plus remarquable de la maison de Lorraine-Autriche, avait deux qualités qui étonnent chez un frère de Joseph II et "de Marie- Antoinette : il aimait à faire connaître les motifs de ses résolutions, ce qui l'amenait à les discuter et à recevoir sans hauteur de bons conseils. Mieux encore, il ne se hâtait jamais, disant que l'on devait procéder, en politique comme dans les sciences physiques, par expériences. Cette rare qualité lui était bien nécessaire pour tirer d'une mauvaise situation sa monarchie compliquée, de tous temps exposée à de nombreux ennemis et récemment menacée par le mouvement révolutionnaire.
Transport triomphal de la Sainte Couronne. (Dessin de Charles Cserna )
Les assemblées des comitats se réunissaient d'elles-mêmes, et l'on y entendait les discours les plus menaçants, évidemment inspirés par le serment du Jeu de Paume et par la déclaration des Droits de l'homme. Seulement dans ce pays conservateur, au lieu d'affirmer des principes abstraits, on remontait volontiers à la constitution primitive du pays pour réclamer les libertés perdues. L'esprit de Sieyès et l'esprit de Hampden se disputaient ces âmes passionnées, mais vraiment politiques. Le comitat de Pesth, le plus radical de tous, déclarait que les illégalités commises sous le règne précédent avaient fait déchoir la dynastie, la couronne n'étant hérédifaire que depuis un siècle, et moyennant certaines conditions qui venaient d'être violées: le pays retournait donc de plein droit à sa primitive liberté d'élection. Sans aller aussi loin, le comitat de Zips prévoyait un refus du roi de rendre à la nation ses libertés, et croyait que la Hongrie ne ferait qu'user de légitime défense en appelant au trône une nouvelle famille. Enfin Bihar et quelques autres comitats modérés réclamaient une prompte convocation de la Diète, qui exigerait du roi un serment constitutionnel, et qui l'appellerait, seulement après cette cérémonie, à exercer le pouvoir. Toutes ces motions adoptées par les comitats étaient effrayantes pour la couronne, car d'une part la convocation des États du pays était nécessaire, et d'autre part les réunions locales faisaient prévoir à quels dangers exposerait une grande assemblée, surtout en Médaille de Léopoid ii. Hongrie, oCi les électeurs traçaient à
leurs députés, non point par de simples conseils, mais par le mandat le plus impératif, la ligne de conduite qu'ils devaient suivre.
Chaque particulier se mettait au niveau de l'enthousiasme national. La mode se transformait, comme honteuse d'avoir si longtemps suivi l'étranger. Les femmes ne s'habillaient plus de leurs longues robes allemandes et ne voulaient plus être des »Mademoiselles«. On revenait à la langue magyare avec une telle ardeur que les professeurs étrangers, prévoyant qu'elle ne tarderait pas à dominer souverainement, l'apprenaient pour ne pas se trouver bientôt sans ressources. Quelques exagérés, assez nombreux pour former la majorité dans un comitat, voulaient que l'on rejetât tout ce qui était venu de l'étranger, toute la civilisation occidentale, et que pour retremper le vieux sang magyar on revint à l'ancien genre de vie des Scythes, au moins dans l'éducation des enfants. La gloire des héros apparaissait radieuse pa rdelà les siècles de tristesse vite oubliés. On chantait Arpâd, le conquérant fondateur du royaume, et Jean Hunyade la vainqueur des Turcs.
Peut-être cette vénération pour le héros national et ce retour à la vieille gloire des croisades ont-ils contribué aux défaites des Turcs. Les Hongrois envahissaient l'Empire turc sans s'inquiéter de servir du môme coup la cause autrichienne: ils ne songeaient qu'aux succès du roi de Hongrie, sans aucune mauvaise pensée contre Vienne et contre l'empereur. Les nouvelles de la guerre étaient reçues avec un enthousiasme dont le poëte Barôti se faisait l'interprète: »Nous avons vaincu, ô Magyars, et vaincu deux fois, . . le croissant turc a été renversé par nos bras foudroyants, . . le sang de nos pères innombrables tués à Varna et à Mohâcs a été vengé: Joseph lui-même s'incline et rétablit nos lois. Notre sainte couronne revient, et avec elle une joie éternelle. — Réjouis-toi, ma douce patrie! Tu peux aussi te réjouir, Autriche, la couronne est solide sur ton front lorsque le Magyar te protège. Regarde ce peuple avec douceur, et n'oublie pas sa conduite à ton égard. La vieille liberté est le premier trésor de cette noble nation. « La Hongrie, on le voit, ne séparait pas sa gloire militaire de son indépendance et de sa constitution.
Jusqu'ici nous ne trouvons aucune différence marquée entre le mouvement hongrois et le mouvement français contemporain, si ce n'est que le roi de Hongrie étant un étranger, le réveil devait être surtout national: dans les deux pays même élan, même foi. Mais Alexis de Tocqueville, qui blâmait la Révolution française d'avoir sacrifié l'esprit de liberté à l'esprit d'égalité, aurait pu faire le reproche inverse à la Hongrie de 90. Le réveil national se conciliait avec un redoublement de l'esprit aristocratique: les projets les plus réactionnaires se recommandaient par un air de retour pieux aux vieilles coutumes. La noblesse grande ou petite des comitats qui allait avoir la majorité dans la diète, ne voulait plus entendre parler des réformes humanitaires de Joseph, même de Marie-Thérèse, en faveur des paysans. Certains comitats déclaraient que ce n'étaient pas les paysans qui avaient à se plaindre des seigneurs, mais bien les seigneurs des paysans, et qu'au lieu de faire des règlements pour adoucir le servage, il fallait revenir aux anciennes rigueurs. D'autres érigeaient cette opinion en doctrine, disant que la Providence avait voulu qu'il y eût des rois, des nobles et des serfs. Parmi les réformes récentes, une seule trouvait grâce devant leurs yeux, la tolérance accordée aux protestants. Pourquoi? Parce que la petite noblesse était en partie protestante, et parce que la persécution étant venue des étrangers, la liberté religieuse était un succès national. En toute autre chose, la noblesse voulait détourner au profit de ses privilèges les mots de constitution et de liberté.
Le parti démocratique, peu nombreux, mais puissant par l'énergie de ses chefs, revendiquait ces grands principes pour tous les citoyens ; il se recrutait plutôt dans les grandes villes, mais ne disposant pas de la liberté de la parole, il fut réduit à répondre par des pamphlets anonymes à l'élo-
Couronnement de Léopold II.
(D'après une gravure du temps.)
quence fougueuse de ses adversaires. Ces écrits, circulant de main en main,, produisirent un grand effet dans les masses. Peu s'en fallut qu'il n'y eût çà et là des prises d'armes contre les privilégiés; mais l'attitude martiale de la noblesse ne laissait pas d'espoir aux paysans. Quant aux habitants des villes, ils récusaient leurs conseils municipaux qui étaient censés les représenter et qui étaient réellement formés par la noblesse. Ils nommaient des contre-conseils, qui correspondaient de ville en ville, et se transmettaient le signal de la résistance : ce redoutable moyen d'action était imité des comitats qui jugeaient nécessaire de s'entendre avant les élections.
Léopold, dès les premiers jours de son arrivée à Vienne, avait convoqué la Diète pour le mois de juin : on s'occuperait alors du serment royal, du couronnement ; aucun changement ne serait adopté sans l'aveu de l'assemblée; le roi s'engageait à ne jamais se mettre au dessus de la constitution.
Rien de plus rassurant, et toutefois les patriotes se montrèrent fort mécontents parce que Léopold affirmait son droit héréditaire en vertu de la Pragmatique Sanction de son aïeul Charles VI, et ne subordonnait point l'exercice du pouvoir royal au consentement de la Diète. Le comitat de Pesth, toujours radical, déclara que les droits du roi devaient venir du peuple, et proclama la nécessité d'un nouveau pacte avec cette maison d'Autriche qui avait si souvent trompé la Hongrie. 11 s'indignait que l'on accordât plus aux Belges révoltés qu'aux Magyars qui réclamaient tranquillement leurs droits. Il repoussait bien loin l'idée d'une diète soumise à la pression des troupes étrangères.
Léopold, qui dès le mois de mars se mettait au courant de sa nouvelle royauté, sentit qu'il avait parlé trop brusquement, et baissa le ton sans s'avilir. Il maintint sa convocation, mais la Diète devait tenir une session préparatoire à Bude, dans la vieille capitale, loin de tout secours étranger. Le conseil de lieutenance, qui gouvernait au nom du roi, dut publier des ordonnances propres à calmer les esprits, surtout à satisfaire les patriotes aristocrates et le clergé. Tout n'était pas bon dans ces mesures prudentes, qui continuaient la destruction du joséphisme, en ce qui concerne l'enseignement et la juridiction civile. Ce retour au passé avait l'avantage de calmer la défiance, pas complètement toutefois, puisqu'il fut question d'une levée de la noblesse pour protéger la Diète; mais la majorité ne crut pas cette mesure nécessaire et la trouva sans doute injurieuse pour le roi.
Les élections générales, dont on avait perdu l'habitude, mais non le souvenir, se firent avec ardeur dans tout le royaume; presque tous les comitats choisirent leurs représentants dans le parti aristocratique, et leur imposèrent le devoir de conserver, avec l'indépendance et la constitution, les privilèges nobiliaires. Puis les députés se mirent en route vers cette vieille forteresse de Bude qui, depuis les victoires de .Soliman le Magni-
■fique, n'avait javais ouvert ses portes aux États du pays. Ils auraient pu se ■croire en marche vers les plaines de Râkos où jadis les nobles hongrois ■délibéraient tout en armes et à cheval. Le poète Barôti semblait les encourager dans cette illusion archaïque: »Je vois les chemins couverts de peuple; le noble va brandissant son épée devant son cheval qui bondit. — Jour béni, jour de résurrection, j'entends la vieille langue, le vieuxcostume réjouit ma vue.«
La Chambre haute était présidée cette fois par le comte Charles Zichy, car la dignité de palatin était vacante. Deux cent vingt-cinq prin- -ces, comtes, barons du royaume étaient venus occuper leur siège héréditaire ; à côté d'eux, trente-huit ecclésiastiques, archevêques, évêques, prieurs des bénédictins et des prémontrés reconnaissaient pour leur chef le cardinal-primat Batthyany. Le délégué du roi, le personal, président de la Chambre basse, était pour lors l'intègre jurisconsulte Joseph Ûrményi. Le clergé était représenté par trente-cinq chanoines ou abbés élus par les chapitres ; les villes libres royales, élément bourgeois, comptaient soixante-dixneuf représentants. Mais prêtres et citadins n'étaient là que pour la forme : toute la puissance de la Diète appartenait, nous l'avons déjà vu, aux cent xJeux députés des comitats, c'est-à-dire à la noblesse des campagnes. Eux seuls figuraient dans les séances préparatoires où. les questions étaient une première fois discutées et déjà presque résolues; et ce qui leur donnait ^encore plus de force, c'est que les députés des quatre cercles (au-delà, en deçà de la Theiss — au-delà, en deçà du Danube) délibéraient séparément comme les bureaux de nos assemblées. Les prêtres et les délégués des villes arrivaient donc aux assemblées générales sans être instruits de la discussion; d'ailleurs ils ne disposaient que d'un nombre de voix insignifiant, tandis que chaque comitat avait son suffrage à exprimer.
Le 10 juin eut lieu la séance d'ouverture, et, comme toujours, dans chacune des Chambres deux discours furent prononcés, l'un par le président laïque, l'autre par le principal ecclésiastique. Le personal Ûrményi parla avec la plus entière indépendance: il exprima avec force sa joie de voir l'assemblée réunie, sa haine pour le despotisme »dont le nom seul fait horreur à une nation libre «, son désir de voir respecter toutes les opinions, fussent-elles en minorité, et de contribuer pour sa part au soulagement des pauvres. Le cardinal et le chanoine attaquèrent la mémoire de Joseph II, et rappelèrent quel respect on devait aux institutions des ancêtres. Les premières motions portèrent aussi l'empreinte d'un esprit de vengeance contre le régime déchu. Almâssy accusa la royauté de haute trahison, ce qui revenait à proclamer la déchéance d'après ce principe reconnu en Hongrie: Nota infidelitatis rumpit filtim successionis. Benyovszky demanda, sans succès il est vrai, que les grands dignitaires de la couronne fussent privés de leurs titres avant d'être réélus par la Diète. Une autre motion voulut que les membres de la Diète s'engageas-
sent à ne recevoir ni pension, ni dignité, ni titres de la cour sans l'agrément de l'Assemblée. Plusieurs membres de la haute noblesse, fort bien en cour, s'opposèrent à cette décision.
Dans quelle langue seraient rédigés les procès- verbaux des séances ? Il fut décidé que ce ne serait pas seulement en latin mais en magyar, ce qui revenait à proclamer la langue hongroise langue officielle, la loi nefaisant en cela que confirmer la sentence rendue par l'opinion.
Étranger à ces passions, et se tenant soigneusement à distance, Léopold négociait avec les puissances étrangères pour n'avoir plus rien à redouter du dehors, et pour conquérir au besoin le droit de parler ferme à la Diète. La Turquie persistait dans la lutte, parce qu'elle se sentait soutenue par la Prusse ; la Prusse menaçait toujours, parce qu'elle comptait sur la diversion turque : les deux questions se tenaient et devaient êtrerésolues l'une par l'autre. Déjà la convocation d'une assemblée et la satisfaction générale en Hongrie avaient diminué les chances de Frédéric- Guillaume ; les défaites continuelles des Turcs et la sécurité qu'inspiraient à l'Angleterre les procédés de Léopold amenèrent la Sublime Porte, découragée, à ne plus refuser un congrès pacifique, lequel dut se tenir à Sistova. En même temps le cabinet de Berlin acceptait la conférence de Reichenbach, qui mettait fin au différend austro-prussien. La crainte de la révolution rapprochait les deux princes; le parti féodal s'emparait du pouvoir en Prusse, et le chefs de ce parti, MM. de Woelner et de Bischofswerder, se lièrent étroitement avec Léopold. Dès le mois de juillet 1790, la coalition était, non pas formée, mais préparée contre la France.
Le roi de Hongrie, ou l'empereur (nous pouvons lui donner ce titre deux mois à l'avance), avait joué une partie difficile. Il en était justement fier, et, lorsque la Diète', voulant étendre ses attributions aux affaires étrangères, réclama l'envoi d'un ambassadeur hongrois à Constantinople, Léopold conseilla aux députés de s'occuper de l'intérieur. Il témoigna la même jalousie sur la question vitale de la monarchie autrichienne, l'unité de l'armée. Y aurait-il une armée magyare, une armée croate, une armée tchèque.' Mais c'était le fédéralisme, la dissolution de l'empire. Y aurait-il, au contraire, comme par le passé une armée autrichienne composée de régiments levés dans les diverses parties de l'Empire, et commandée par des officiers nommés arbitrairement ? C'est ce que voulait Léopold. Le colonel comte Festetics et le capitaine Laczkovics posèrent le redoutable problème: ils demandèrent que les régiments magyars fussent cantonnés en temps de paix sur le territoire national, que tous les officiers fussent magyars, et que dans cette langue fût fait le commandement militaire. Quelques jours après ils furent arrêtés, malgré la lettre royale qui appelait le noble comte à siéger à la Diète. L'Assemblée demanda des explications, reçut des réponses évasives et n'insista pas.
La hauteur et la promptitude déployées par Léopold dans ces affaires de politique extérieure et d'organisation militaire, contrastent singuliè-
rement avec la lutte patiente qui précéda son couronnement, La Diète aurait voulu imposer au roi un nouveau pacte, un nouveau serment préliminaire du couronnement : c'était la volonté formelle des électeurs qui regardaient comme insuffisant le pacte de Charles VI, violé par Joseph II, périmé pour ainsi dire. Par exemple, Léopold aurait dû s'engager par des articles formels, pour lui çt pour ses successeurs, à ne pas gouverner la Hongrie avec ses courtisans de Vienne, par simple édit royal, à respecter les volontés de l'Assemblée, tant pour les relations extérieures et pour la fixation des frontières que pour les affaires intérieures. La diète devait être convoquée dans les trois jours après l'avènement de chaque prince, et, faute de cette convocation, elle se réunissait de plein droit. Il est vrai que ces preuves de défiance ne s'adressaient qu'au passé et à l'avenir de la dynastie, nullement à Léopold: on lui disait que, s'il devait régner éternellement, toutes les garanties seraient inutiles.
Mais le roi, peu sensible à cette politesse et décidé à ne pas laisser mettre en question son droit héréditaire, se cramponnait avec la ténacité autrichienne au pacte de sa mère et de son aïeul. Lorsqu'après de longs débats on lui demanda de se rendre à Presbourg pour son couronnement et d'en choisir le jour, il se plaignit d'être invité si tard, et refusa derechef le nouveau serment qu'on exigeait de lui. Il savait que les patriotes tenaient beaucoup à cette cérémonie antique de couronnement, et qu'ils craindraient d'impatienter leur roi par de plus longs délais, de le faire renoncer peut-être à cette fête solennelle. La Diète éprouva en effet quelque inquiétude, et à juste titre ; car Léopold, qui parlait toujours, et très sincèrement, au nom de la liberté de conscience et d'une égalité relative, se créait peu à peu, avec les protestants, les habitants des villes et les Serbes de Hongrie, un parti très sérieux. D'ailleurs, s'il repoussait des formules dictées par la défiance, il déclarait qu'il respecterait les droits illimités de la Diète en matière législative. Il n'y avait donc plus de raisons pour ne pas accepter les conditions royales, et il y avait du danger à les repousser. Le 15 novembre fut fixé d'un commun accord, mais redoutant un peu la turbulence de la noblesse armée, le roi voulut être entouré, le, jour du couronnement, de ses cuirassiers de Lobkowitz.
Le couronnement de Léopold ouvre une nouvelle phase de cette histoire. On a vu jusqu'ici le réveil à la fois national, libéral et aristocratique d'une noble nation, sous un roi qui, dépouillant peu à peu et avec prudence le monarque absolu, était arrivé à l'intelligence parfaite de ses nouveaux devoirs. Maintenant, l'accord existe : il est attesté par une fête plus sérieuse que celle du Champ-de-Mars, où quelques mois plus tôt le peuple français avait acclamé la malheureuse soeur et le malheureux beaufrère de Léopold. De grandes réformes vont se préparer, et le roi gardera presque toujours le rôle d'un souverain sincèrement constitutionnel, respectant les volontés de la Diète, mais faisant intervenir son initiative pour
corriger les excès de l'intolérance aristocratique. Tel est le' spectacle que nous offre la Hongrie de 91 : beaucoup de détails intéressants pour les seuls Magyars, seront naturellement écartés de notre récit.
Un peuple enchanté de pouvoir adorer son roi ! Presbourg offrit ce spectacle au mois de novembre 90. Un roi qui s'empressait de convoquer la diète, un roi qui rétablissait la langue magyare, un roi qui reconnaissait la souveraineté nationale et le primitif droit d'élection, puisqu'il venait se faire sacrer suivant l'ancienne coutume, couronné du diadème de Saint- Etienne, lançant son cheval sur la colline royale, brandissant son épée vers les quatre points de l'horizon pour défier les ennemis de la patrie! Aussi jamais le cri de éljen, le vivat hongrois, ne retentit avec plus de force, surtout lorsqu'on apprit le rétablissement de la dignité de palatin. Il appartenait à la Diète d'élire ce haut dignitaire : elle trouva courtois et chevaleresque de choisir un fils du roi, le très jeune archiduc Alexandre, dont la courte vie et la fin tragique ont vivement ému l'imagination des Hongrois.
On se rappelle que les projets étaient élaborés dans les réunions des cercles, où siégeait la noblesse des comitats. Il n'est donc pas étonnant que ces réunions préparatoires aient rédigé les programmes les plus avancés. L'assemblée adopta finalement les lois suivantes, à la fois garanties d'indépendance et garanties constitutionnelles. Le couronnement d'un nouveau souverain doit avoir lieu six mois au plus tard après son avènement. La sainte couronne doit rester à Bude. Le roi résidera quelquefois en Hongrie. Le palatin doit être toujours là pour veiller à l'exécution des lois. Le roi doit conserver le royaume et ses frontières dans leur intégrité. Il ne peut s'occuper des affaires hongroises qu'avec des conseillers magyars; il ne peut appliquer à la Hongrie les lois qui régissent les autres États de Sa Majesté. La Diète sera convoquée au moins tous les trois ans; elle possède souverainement le pouvoir législatif, on ne peut lever, sans son approbation, ni un florin, ni un conscrit.
La cause protestante avait aussi ce mérite d'être à la fois ancienne et toute nouvelle. Malgré les membres intolérants du clergé, Léopold se montra on ne peut mieux disposé. Tous les comitats, excepté deux, avaient inscrit le rétablissement de la liberté religieuse dans le mandat de leurs députés, et la commission nommée par l'assemblée rédigea un projet fort libéral en dix-sept articles. Mais le parti clérical, très fort même dans l'assemblée, tint une réunion chez le second prélat du royaume, l'archevêque de Kalocsa: on convint de résister au projet de loi. Le 8 février 91 s'ouvrit devant la Diète ce débat mémorable, où l'esprit persécuteur du XVII siècle et l'esprit généreux du XVIII-^"»« siècle luttèrent avec acharnement. Joseph Boronkay déclara que la foi catholique s'opposait à la liberté de conscience, que la Hongrie était le royaume de Marie, et que l'on ne pouvait chasser la mère de Dieu de son royaume sans attirer sur le pays toutes
les calamités. Tel fut l'avis de nombreux députés, du comte Etienne Illéshâzy et du cardinal primat Batthyâny. Mais un membre laïque de la même famille, le comte Aloys Batthyâny, rappela éloquemment que les souffrances des protestants avaient toujours coïncidé avec les souffrances de la patrie, que la liberté de conscience était un droit sacré, et que les lumières du siècle rendaient le refus impossible. Le projet, soutenu victorieusement par un Forgâcs, un Zichy, un Ûrményi, par les plus grands noms •catholiques de la Hongrie, reçut force de loi. Une traduction abrégée de ces dix-sept articles laissera voir les abus qu'il y avait à réformer, et fera •connaître l'esprit libéral et de la Diète et du roi en matière religieuse.
I. Liberté inviolable du culte, des églises, des cloches, des écoles, des tombeaux. — 2. Plus de distinction entre le culte privé et le culte public : tout culte peut être public. Les évangéliques peuvent réparer leurs églises, en construire de nouvelles ; seulement une commission mixte fera savoir au comitat s'il y a assez de fidèles et assez d'argent pour entretenir un nouveau lieu de culte. Les catholiques ne seront point obligés d'y travailler, ni les évangéliques de contribuer à la construction des églises catholiques.
3. Les ouvriers évangéliques membres d'une corporation, ne pourront être obligés par aucun règlement à suivre les processions. — 4. Pour mettre d'accord autant que possible Tordre et la liberté, il y aura non seulement des consistoires, mais des synodes. — 5. Les évangéliques pourront avoir, sans parler des écoles de grammaire, de hautes écoles pour tous les ■enseignements. Ils pourront nommer, révoquer leurs professeurs sous la haute surveillance royale. Pour les études théologiques, ils pourront imprimer tels livres qu'ils voudront, mais sans attaques contre la foi catholique ; le censeur sera responsable. — 6. Les protestants ne donneront rien aux prêtres catholiques. — 7. Les pasteurs visiteront librement les malades et les condamnés dans les prisons. — 8, 9. Les protestants n'auront pas à jurer par la Vierge et les Saints. — 10. On ne pourra leur reprendre leurs fondations d'écoles, d'hôpitaux, de maisons de pauvres, ni les capitaux destinés à les entretenir.
I I . Les consistoires continueront à se prononcer sur les questions de mariage, — 12, 13. La conversion au protestantisme étant contraire aux lois catholiques, le roi examinera s'il n'y a pas légèreté. 11 est sévèrement défendu de séduire un catholique. — 14, 15, 16. Les enfants issus de mariages mixtes suivront tous la religion du père, s'il est catholique; si c'est le père qui est protestant, les garçons seuls le seront comme lui. Les ménages mixtes sont sous la direction du clergé catholique. — 17. Pour la paix de la société, les évangéliques doivent observer extérieurement les fêtes catholiques. Il est défendu sous peine d'amende aux propriétaires et maîtres de maison protestants de détourner leurs vassaux ou leurs domestiques des cérémonies religieuses. .
Ainsi la Hongrie se tirait sans grande difficulté de ces questions politiques et religieuses, qui chez nous produisirent l'émigration, la mort du roi, la terreur. Au contraire, les questions d'égalité sociale résolues en. France par la nuit du 4 août, se heurtaient contre les traditions de la. noblesse magyare.
On connaît les trois classes inférieures qui réunies formaient la majorité des habitants: les paysans serfs, les citoyens des villes libres royales,, les Serbes du banat. Entre eux tous, ils n'avaient que peu de moyens de faire entendre leur voix: l'humanité de Léopold et sa politique s'accordèrent pour leur en fournir l'occasion. Il voulait confirmer aux paysans la liberté personnelle, le droit de s'établir où ils voudraient, et supprimer les punitions corporelles. Mais il rencontra l'opposition des comitats, qui, dès son avènement, avaient déclaré nécessaire un retour à l'ancienne sévérité. Les députés de Zips, pays montagneux situé dans les Karpathes du Nord, mirent en avant un argument économique : nos paysans, disaient-ils, s'ils sont libres de se déplacer, ne manqueront pas d'abandonner notre sol difficile à cultiver, et descendront en foule dans la plaine fertile. Pour qui connaît l'étonnante fécondité de la puszta magyare, cette crainte n'avait rien de chimérique. Elle n'entraîna pourtant pas la majorité, qui voyait l'attitude menaçante des paysans. Si tenace que soit le pur Magyar, il est avant tout politique et se fait aux circonstances; il est d'ailleurs généreux pour les faibles comme pour son roi. Le comte Pâlffy proposait à la Chambre des magnats de ne plus faire supporter aux pauvres contribuables les frais de la Diète. Les paysans eurent décidément le droit de changer de séjour: tous les ans à la Saint- Michel, le seigneur et les magistrats du comitat délivreraient des passeports à ceux qui voudraient émigrer Quant au reste, il parut imprudent de supprimer au pied levé de vieilles lois et de vieilles moeurs: une commission fut nommée pour faire une enquête sur l'état des campagnes et pour adresser un rapport à la Diète suivante. Les seigneurs tenaient à leur droit de punition corporelle que Léopold voulait abolir: on représenta au roi que ces punitions pouvaient être diminuées, limitées par des règlements nouveaux, mais que les abolir indistinctement, ce serait ruiner la propriété noble. Le roi n'insista pas.
Moins nombreux, les habitants des villes étaient plus intruits, mieux préparés à se défendre. Une classe moyenne, qui manqua toujours à la Pologne, qui avait longtemps manqué à la Hongrie, une bourgeoisie sérieuse s'était formée surtout depuis un demi-siècle. Aujourd'hui la Hongrie est loin de s'en plaindre : les bourgeois, qu'ils soient magyars ou allemands d'origine, sont d'excellents patriotes qui réclament tous le titre d'homme hongrois, magyar ember. Mais à la fin du dernier siècle, la défiance à leur égard était extrême; le grand nombre d'étrangers qui se trouvaient dans leurs rangs et le nom de villes libres royales, même quand il remontait à plusieurs siècles, semblaient les désigner comme les.
satellites du roi allemand. Le rôle de Léopold était difficile: sans inquiéter la noblesse, il voulait encourager une partie très active et très utile de la population (comme grand-duc de Toscane, il s'était surtout occupé de progrès matériels); quelle ressource d'ailleurs pour son pouvoir qu'un tiersétat hongrois capable de faire contre-poids à la noblesse !
La plupart des bourgeois s'occupaient de commerce ou d'industrie; ceux-là ne demandaient que la paix et une bonne organisation municipale. Tout autre était l'ardeur de ceux qui entraient dans les carrières libérales, médecins, avocats, professeurs, employés de l'état ou des comitats : la nuit du 4 août et les décrets de la Constituante avaient produit en eux une effervescence déjà préparée par la lecture des philosophes français. Quelle n'avait pas été leur indignation, lorsque dans la session préparatoire, les cercles du Danube proposèrent d'exclure de toutes les dignités laïques ou ecclésiastiques, ceux qui ne seraient pas nés magyars et nobles! Une brochure avait paru presque aussitôt en latin en magyar : Reflexiones cunctorum Hungariae civium non nobilium . . . L'auteur anonyme était censé parler à la Diète. Il dressait devant elle, comme un fantôme menaçant, la France révolutionnaire dégagée des entraves féodales, et sommait les députés, dans leur intérêt même, de faire des lois égales pour tous et de songer au bonheur de la patrie. L'exclusion n'avait pas été prononcée, mais la bourgeoisie n'en fut pas moins indignée, se voyant abandonnée par ses propres députés, qui n'avaient rien dit contre le projet de loi. Les grandes villes, Pesth, Presbourg, etc., envoyèrent au roi une adresse collective pour le supplier d'accorder aux cités royales une représentation sérieuse au lieu de ces nobles qui n'allaient à la Diète que pour occuper des fauteuils. Telle était la situation lorsque, les affaires des paysans une fois réglées, on en vint à la bourgeoisie. Léopold insistait pour qu'elle fût admissible à tous les emplois.
Le génie fédéraliste des comitats se manifesta violemment. Quatre d'entre eux, croyant qu'il s'agissait de donner au pouvoir central le droit de conférer les dignités locales, déclarèrent que si cette mesure était adoptée, ils avaient ordre de leurs commettants de se séparer de la Diète. Cette menace fut, comme elle le méritait, mal accueillie; elle affaiblit plutôt qu'elle ne fortifia le parti réactionnaire, et la majorité, cédant à moitié comme elle l'avait fait pour les paysans, répondit au roi quelle trouvait fort juste son désir de donner les emplois au seul mérite, mais que si l'on voulait augmenter les aptitudes légales de la classe moyenne, il fallait une enquête et des lois nouvelles. C'est aussi par un compromis que fut résolue la question des nouvelles villes libres royales. Le roi avait-il le droit d'en augmenter le nombre indéfiniment? Déjà deux fois, sous Marie-Thérèse, on s'était plaint de l'extension de ce privilège à de nouvelles cités. Maintenant il s'agissait des villes telles que Temesvâr et Carlsbourg, que leur importance croissante désignait naturellement. On s'entendit pour leur
reconnaître le précieux titre, mais en priant le roi de consulter désormais la Diète. Léopold déclara qu'il se rendrait toujours à une opposition sérieuse et, pour contrebalancer les nouveaux progrès de la bourgeoisie, quelques voix de plus furent données aux districts militaires des Cumans et des Heiduques.
Ainsi les exagérations de l'esprit aristocratique, nettement accusées par quelques orateurs, allaient s'adoucissant grâce au tact parfait d'un prince qui savait ménager la fierté de la noblesse, et qui s'adressait à son intelligence politique. Ce qui le prouve mieux encore, c'est la nomination par la Diète de nombreuses commissions qui devaient, l'année suivante, après une enquête attentive, faire leur rapport sur les besoins du pays. Jamais on n'a vu plus large programme: le mécanisme du pouvoir central et des pouvoirs locaux, la fondation d'une langue nationale, le sort des paysans, l'instruction publique, rien n'était oublié. La Hongrie marchait donc, non sans peine, dans la voie excellente du conservatisme modéré et progressiste, où l'Angleterre a fourni une carrière si glorieuse. En attendant que ces réformes mûrissent, il fallait s'occuper des questions propres à la Hongrie. Les trois nations de Transylvanie se plaignaient de n'avoir pas recouvré en même temps que le reste du royaume l'exercice de leurs libertés: c'est seulement dans l'été de 91 qu'elles leur furent rendues, et que la diète transylvaine fut convoquée. Mais les patriotes magyars, tout «n s'intéressant aux libertés locales, désiraient vivement que la principauté fût un jour réunie à la mère-patrie. Un jeune officier, Alexandre Kisfaludy, bien connu depuis comme l'un des plus grands poètes de la Hongrie, était alors en garnison dans le pays: il témoignait dans ses lettres une vive douleur de voir l'élément magyar faire si peu de progrès. Dans une réponse au roi, la Diète hongroise exprima l'espoir de voir un jour la réunion s'accomplir.
D'autre part les Serbes semblaient vouloir se mêler davantage à la nation en demandant des sièges à la Diète pour leurs prélats de l'Eglise d'Orient. Mais la politique de Léopold, alors engagé dans un débat difficile au sujet de son couronnement, n'était pas de fortifier l'unité hongroise : il voulait avoir dans son parti les Serbes comme il avait les bourgeois, et il les autorisa à tenir un congrès national sous la présidence d'un Allemand, le baron Schmidfeld, gouverneur de Pétervardin. Les Magyars blâment vivement et Léopold qui favorisait ainsi les tendances sécessionistes, et les Serbes, hôtes de la Hongrie, qui retournaient contre elle l'hospitalité accordée depuis un siècle. Les Serbes pouvaient répondre que, tenus dédaigneusement à distance par les Magyars, ils voulaient former au moins un groupe indépendant.
Le congrès serbe fut précédé de reunions officieuses, où parurent les officiers allemands des régiments frontières, comme les Serbes ennemis jurés des Magyars. On y tint les propos les plus violents contre la Hon-
grie, contre ce peuple de brigands venu de l'Asie et qu'il y fallait renvoyer ; on déclarait les Magyars bien ingrats envers le gouvernement autrichien qui avait transformé en hommes de vrais Orang-Outangs. Dans le congrès les tendances restèrent les mêmes: obtenir de Vienne un gouvernement séparé, un congrès serbe, un territoire distinct. Vainement un Tekeli, nom illustre dans l'histoire de la Hongrie, montra qu'il y avait trahison, ingratitude à se séparer ainsi d'un peuple hospitalier, qu'il y avait folie à compter sur des courtisans plus que sur la nation magyare : la haine de race l'emporta. Mais Léopold ne pouvait prendre sur lui un pareil démembrement de son royaume : il fallait le consentement de la Diète, et la Diète déclara à plusieurs reprises, à la fin de 90 et dans le cour de 91, que la séparation était impossible, que les Serbes avaient été reçus comme hôtes et non comme peuple indépendant ; mais elle admit qu'on leur donnât tous les droits des Magyars et que l'Église grecque fût officiellement reconnue. Le débat se termina par ce compromis, ou plutôt par cet arrangement tout naturel: une fois encore l'assemblée aimait mieux renverser les barrières élevées par l'orgueil de race que de livrer le pays à la guerre civile et au démembrement. On peut se demander si Léopold, avec sa finesse habituelle, n'avait pas mis en avant la question serbe dans l'espoir qu'elle recevrait cette solution.
Il ne faudrait pourtant pas croire que la législature se soit terminée sans aucune difficulté. Plusieurs députés trouvaient que l'esprit de résistance mollissait devant les concessions du souverain et que l'on revenait trop à la funeste habitude de tout attendre de lui. L'un d'eux, Charles Jezerniczky, se plaignait avec amertume que le texte, voté par la Diète, de plusieurs articles du diplôme royal eût été changé, que l'on menaçât l'indépendance des comitats, fondement de toutes les libertés, que l'on créât une chancellerie particulière pour les Serbes, laquelle laissait soupçonner l'arrière-pensée d'un démembrement, enfin que l'on demandât au roi, comme les enfants peuvent le demander à leur père, un remède pour tous les maux.
La faveur avec laquelle ce discours fut écouté prouva que la susceptibilité magyare ne désarmait pas devant la royauté, si aimable et si conciliante qu'elle se montrât. L'enthousiasme royaliste de cette noblesse ne lui avait donc point fait perdre sa vigueur; ses concessions lui avaient été dictées par la raison seule, non par la mollesse ou la crainte. Les grands dignitaires écrivirent à Léopold qu'il fallait prendre en considération les plaintes de Jezerniczky. Le roi répondit de la façon la plus rassurante: la chancellerie serbe du banat était une pure subdivision administrative; il était convenu derechef que les affaires de la Hongrie seraient roujours étudiées avec Sa Majesté par des conseillers magyars. Quelques menues concessions de forme achevèrent la réconcilation, et une nouvelle visite du roi lui valut un excellent accueil, ainsi qu'aux archiducs François et
Alexandre, l'héritier de la couronne et le palatin. Le 9 août 1791, la session de la Diète fut terminée, les commissions de réforme devant contiuner leurs travaux. Le roi et l'assemblée avaient le droit d'être contents de leur ouvrage, et ce qui est plus rare encore, le droit d'être contents d'euxmêmes.
Et pourtant les nuages s'amassaient : ils allaient couvrir la Hongrie comme le reste de l'Europe. Léopold, frère de Marie-Antoinette, beau-frère de Louis XVI, chef du saint-empire, crut devoir faire violence à ses instincts pacifiques et s'accorder avec les émigrés français comme avec la noblesse prussienne contre la Révolution. Débarrassé de la guerre turque par le congrès de Sistova auquel prit part le noble magyar Esterhâzy, il eut une entrevue à Mantoue avec le comte d'Artois, le 20 mai 1791 ; quelques semaines plus tard, il resserra ses liens avec Frédéric-Guillaume par la fameuse déclaration de Pilnitz qui fut si fatale à Louis XVI. Ces démarches, commandées peut-être à Léopold par les devoirs impériaux et par l'honneur de famille, ne faisaient pourtant que préparer la coalition. Il fut assez heureux pour ne pas voir une guerre qui l'aurait mis en contradiction avec ses sentiments naturels et avec son passé. Comme roi de Hongrie, la mort le frappait dans toute sa popularité, avant que les nécessités d'une lutte terrible ne l'eussent entraîné à quelque oubli de son rôle constitutionnel. Il mourait laissant la renommée d'un prince perfectible sans faiblesse et ferme sans obstination.
Armes du temps de la Révolution française. '-''■f^s^^l'l^*^;
(Dessin de Charles Cserna.) ' ' ^l' m!
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