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CHAPITRE DEUXIÈME

l'idée d'un état national (1825 — 1840).

Détruire la constitution iiongroise par la voie constitutionnelle : tel était le secret désir de la cour de Vienne. Les membres de la Ciiambre des magnats qui appartenaient à l'aristocratie ou étaient des hauts titulaires de l'Eglise catholique, se trouvaient disposés à en aider la réalisation : ils s'étaient toujours défiés des sentiments patriotiques et nationaux de la petite noblesse. Une opposition naissante n'osait faire résistance à larchiduc Joseph.

Le gouvernement n'avait donc à se ménager une majorité qu'au sein de la chambre basse. Et pour y arriver il ne pouvait employer que la corruption, lors de l'élection des députés.

Jusqu'alors, la classe éclairée de la nation s'était seule présentée au vote de ses pairs ; les électeurs, au nombre tout au plus de trois cents par comitat, remplissaient sans bruit leurs fonctions; la compétition n'était pas fort vive : les députés, envoyés à la Diète, ne recevaient aucune indemnité et avaient à faire d'importants frais de représentation.

Le trafic des consciences ne commença que lorsque le gouvernement voulut obtenir une majorité favorable. Il mobilisa contre les hommes les plus intelligents l'énorme masse des nobles, dits »hocskoros<^, qui, peu fortunés ou sans fortune, se trouvaient dans un état voisin de la misère, et dont le droit d'élection était le seul patrimoine laissé par leurs ancêtres. Les »taxds«, qui vivaient sur les propriétés des grands seigneurs et du haut clergé, étaient incapables de résister à toute pression matérielle ou morale : ils devaient servir d'appoint.

A l'approche des assemblées des comitats, les agents corrupteurs {»kortes«) envahirent le pays. Ils firent faire ripaille au bocskoros, jetèrent l'argent à pleines mains. Ils furent d'autant mieux reçus que la grande majorité de la petite noblesse ne comprenait pas du tout la nécessité des réformes réclamées : pour elle, la liberté consistait dans l'exemption de tout impôt, dans le droit d'élire ses députés et les fonctionnaires locaux, et de voter le contingent des recrues, tandis que l'opposition libérale réclamait,

au contraire, l'égalité absolue de tous, et la participation de tous aux charges publiques et à l'impôt.

Le parti patriotique et libéral n'abandonna pas la lutte: n'ayant aucun moyen d'action particulier à opposer aux manoeuvres du gouvernement, il eut recours aux mêmes procédés, au trafic des votes. L'argent ne fut pas ménagé: le triomphe du candidat de l'opposition coûta à Trencsén 60,000 florins, somme importante pour l'époque!

Dans les comitats, oii la classe moyenne était faiblement représentée, les grands seigneurs et les hauts dignitaires de l'Église assurèrent le triomphe des candidats du gouvernement; et les députés des diocèses et des villes »royales«, se joignirent à eux.

Dans la Chambre basse, trois partis ne tardèrent pas à se dessiner r le parti de gotwernement, composé des députés envoyés par les comitats réactionnaires; le parti conservateur, qui demandait le maintien de l'état actuel des choses ; et le parti libéral. Les libéraux réclamaient des garanties constitutionnelles, l'extension des droits politiques, l'emploi officiel de la langue hongroise et une éducation nationale. Le défenseur le plus remarquable du »magyarisme« fut le député Paul Nagy de Felsôbûkk, un des plus grands orateurs de son époque. Etienne de Borsitzky, Etienne de Mâriâssy, Denis de Pâzmândy et Jean de Balogh luttèrent à ses côtés.

L'enthousiasme et la colère de l'opposition ne furent nullement calmés par le pardon que le roi demanda solennellement pour toutes les illégalités commises. On vit là une ruse de guerre, comme dans les actes de M. de Metternich, qui se fit inscrire sur la liste des grands seigneurs hongrois et se montra durant le congrès en costume national.

L'empereur s'engagea à respecter désormais les lois de l'Etat, à ne lever aucun impôt qui n'eût pas été voté, et à convoquer la Diète au moins tous les trois ans, à une époque fixée d'avance lors de la dernière réunion. Le Conseil de gouvernement devait protester contre toute mesure illégale; ceux de ses membres qui mettraient en exécution de tels décrets ou arrêtés, seraient tramés devant la justice criminelle.

Paul Nagy prit en main la cause des contribuables, encore prématurée, mais déjà assurée d'un prochain triomphe. Il aurait voulu que l'on tînt compte de l'impôt illégalement perçu dans le rôle des contributions de l'année suivante. Quelques députés de gouvernement se montrèrent favorables à cette imputation; Vladislas de Szlâny, »ablegatus absentium«, c'est-à-dire représentant de la Chambre des magnats à la chambre basse, proposa même que la noblesse supportât à elle seule tous les frais de la Diète et contribuât dans une certaine mesure à l'entretien des routes. Mais les conservateurs repoussèrent l'idée de toute charge qui serait appelée impôt et frapperait leurs » épaules vierges « ; la Chambre des magnats renvoya l'examen de la question de l'imputation au moment où l'on débatterait l'ensemble des réformes financières.

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