LA REFORME ET LA GUERRE D INDE- PENDANCE
La satisfaction fut générale après la Diète de 1840. Le renvoi du comte Fidèle Pâlffy et la récente nomination du comte Antoine Majlâth comme chancelier du royaume produisaient une grande joie et un sérieux apaisement. Mais, dès l'année suivante, on pouvait pressentir qu'entre le royaume à peu près constitutionnel et l'empire absolutiste, il n'y avait qu'une trêve, un compromis. Les assemblées locales se vengeaient de leur longue oppression par des sessions fréquentes.
Les progrès économiques et une croissante égalité civile ne satisfaisaient plus le sentiment libéral : le mouvement démocratique, déjà si
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marqué en d'autres pays, notamment en France, n'épargnait pas la Hongrie. De nouvelles classes de la société réclamaient leur place, surtout les *capcicitéso. : écrivains, artistes, avocats, professeurs marchaient en rangs serrés, pleins d'ardeur et d'impatience, à l'assaut des droits politiques. Le comitat de Pesth et plusieurs autres, sans attendre des changements constitutionnels, ouvraient toutes grandes les portes de leurs assemblées, qui perdaient leur caractère nobiliaire et se rapprochaient des clubs, autant par la hardiesse des idées que par la vivacité des discussions.
La littérature ne sommeillait pas : elle faisait revivre puissamment l'âme nationale et était la source vive du patriotisme.
Une nouvelle école, que l'on pourrait comparer au mouvement romantique, travaillait sous la direction de François Kazinczy à assouplir la langue poétique, comme le comte Etienne Széchenyi assouplissait la langue oratoire. Michel de Vôrôsmarty méritait le titre de » poète nationaU : durant les plus cruelles journées, le peuple se consolait en lisant son »Szôzat« (Hymne). La poésie lyrique s'unissait étroitement à la politique démocratique avec les poèmes et les chants populaires d'Alexandre Petôfi et de Grégoire Czuczor; l'épopée s'y lia également dans le »Toldy« de Jean Arany. Citons encore Alexandre Kisfaludy, qui voulait, disait-il, »par le spectacle des choses héroïques, relever la nation de son apathie «, et dont le nom fut donné à une nouvelle académie de littérature.
La même tendance se manifestait dans l'art dramatique, surtout depuis la fondation du » Théâtre National*. Edmond Szigligeti créait un genre fort intéressant, la comédie populaire, tandis que Charles Kisfaludy, infatiguable, écrivait toute une série de drames.
Alexandre Kôrôsy-Csoma gagnait les pays lointains pour rechercher les plus anciens liens de parenté de la nation magyare; Antoine Reguly faisait dans l'Asie septentrionale, dans l'Oural et sur les bords du Volga des travaux de linguistique. François Toldy étudiait scientifiquement l'histoire de la littérature nationale, et Joseph Bajza apparaissait comme un excellent critique littéraire.
La presse renversait toutes les barrières qu'on lui opposait, et M. de Metternich ne trouvait plus d'objections, même contre le nom de Kossuth. La Gazette de Pesth {Pesti Hirlap), à peine fondée, devenait une puissance, une tribune démocratique d'où tombait chaque jour un discours retentissant. Ce journal s'adresse à »la classe moyenne, qui ne se trouve pas assez haut placé pour mettre ses intérêts en opposition avec ceux de la masse de la nation«. II ne veut pas qu'il y ait désormais de » différence légale entre la nation et le peuple*. Il dit à l'aristocratie: Avec vous et par vous, si vous y consentez ; sans vous et contre vous, s'il le faut.
Ce défi était relevé par la noblesse libérale et par son chef, le comte Széchenyi qui fondait le Peuple oriental (Kelet népe). » Faites attention, écrivait- il au sujet de la démocratie, là est le péril, le grand péril, « Il
Le comte Etienne Széchenyi en 1848.
(Lithographie du temps, collection Sigismond Pap.)