ÉTAT RELIGIEUX ET POLITIQUE
La Hongrie païenne n'a pas eu de Tacite pour décrire ses moeurs et ses croyances; elle n'a pas même trouvé quelque pieux interprète des anciens jours, qui dans un état social nouveau, sous une religion nouvelle, recueillît les souvenirs épars et les transmît à la postérité. Nous sommes réduits à interroger les allusions au paganisme contenues dans les documents chrétiens ultérieurs, les légendes, proverbes et chansons populaires, les analogies tirées des peuples de même race et de même langue. A cette étude mythologique, la plus importante comme la plus difficile, succéderont des recherches relatives à l'état politique et social avant le règne d'Etienne I.
L'ancienne religion des Magyars peut être retrouvée au moyen de deux méthodes fort différentes qui ont été employées successivement par deux savants hongrois de notre temps, M. Ipolyi et M. Csengery. M. Ipolyi a interrogé surtout les sources populaires: avec une connaissance très étendue des dictons de toute sorte répandus chez les paysans de l'Alfôld, des fables qui ont servi de thèmes aux poètes, et des opinions exprimées par des auteurs nationaux ou étrangers de diverses époques, il est arrivé à reconstruire dans un grand ouvrage tout un cycle de mythologie magyare.
M. Csengery met en doute l'efficacité ou plutôt la sûreté de cette méthode ; il croit que M. Ipolyi n'ayant ni la prudence de Grimm, ni d'aussi bons documents que le mythographe germaniste, a pris souvent pour des croyances magyares un mélange de croyances et de légendes chrétiennes, germaniques, gréco-latines, orientales ; que le seul moyen d'éviter cette confusion est la recherche des analogies avec les religions finnoises et les langues de même famille.
Exposons d'abord le système de M. Ipolyi.
Un Dieu unique et vivant, Isten, domine toutes choses, malgré ce qu'en ont pu dire des chroniqueurs du dixième et du treizième siècles. Ce Dieu est intelligent et créateur, il est le père des hommes; la notion, comme le mot lui-même, appartient en propre aux Magyars. Le Dieu national a conduit par la main Attila, puis Arpâd ; il continuera de veiller sur son peuple.
Toutefois ces imaginations primitives ne concevaient pas le Dieu unique dans toute sa pureté. Les sentences portées contre les païens parlent du culte des faux dieux ou des divinités scythiques. Les pédants de la fin du Moyen Age parlent d'un Mars, d'un Hercule, de dieux Indigètes. Ce qui est plus évident, c'est que l'on vénérait ou redoutait un grand nombre de forces ou de génies pour la plupart funestes.
D'abord le diable (ôrdôg), tout noir, avec de grandes oreilles et une longue queue, vivant dans un affreux séjour, le pokol, à la fois sombre et ardent, à la tête de nombreux sujets qui forment l'armée d'ôrdôg; puis Vàrmàny, voleur impur; le manà, dont on a grand peur.
Ensuite viennent les tundér, les apparitions, agissant de diverses manières sur la destinée des hommes. Quelque part dans les montagnes de Transylvanie se trouve le palais du roi des tundér, avec la reine et de belles jeunes filles; palais d'argent et de cuivre, protégé par un lion d'or, se mirant dans un lac resplendissant, et entouré de grands bois où les oiseaux font entendre des mélodies ravissantes. Quelle source de richesses pour les hommes, s'ils ne l'avaient pas dédaignée !
A côté des fées de la terre, il y avait les fées de l'air et les fées des eaux. Une des plus poétiques et des plus originales fantaisies de l'imagination magyare était Délibâb la fée de Midi, fille du vieux Puszta de l'Alfôld, soeur de Tenger (la mer), aimée par Szél (le vent). Délibâb est la personnification du mirage qui se produit dans les vastes plaines et qui donne au voyageur l'illusion de l'ean: que de fois elle a été chantée par les poètes !
C'est une fée vraiment nationale, comme celles qui protégeaient les armées, avertissaient les chefs, et au début de la conversion se mêlaient encore aux apparitions chrétiennes pour prédire à Geiza la naissance de son glorieux fils.
Sur les bords des lacs et des fleuves, on croyait à la présence des merveilles et des esprits des eaux. Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, les paysans des rives de la Theiss racontaient encore qu'il y avait des femmes vivant dans le fleuve, sortes de nymphes, ou plutôt de sirènes, comme le prouve la légende de la femme au corps de poisson. Certains rochers qui dominent le lac Balaton s'appellent encore aujourd'hui la demeure des fées.
Tout autre était la demeure du vilain vieillard (rut ôreg) : dans un bois sombre, un palais bâti de têtes de mort. Les mauvais esprits et les sorcières étaient servis par des chats noirs et des chiens noirs. Les géants personnifiaient souvent les montagnes, les rochers, la lutte de la plaine et de la mer. Tout ce monde nuisible, dans lequel figuraient des cyclopes, était en lutte continuelle avec le monde des bons esprits.
Ces nombreuses personnifications n'excluaient pas le culte des éléments et des objets visibles: le feu, image ou plutôt manifestation de la
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puissance divine ; l'eau, envisagée soit dans les sources auxquelles on offrait des sacrifices et près desquelles on enterrait les chefs illustres, soit dans les puissants fleuves divinisés; la terre, mère des hommes; les vents, dont le séjour était la montagne de Nâdas, entre Presbourg et Nyitra. Plusieurs animaux fabuleux ou réels, le vautour, le loup, le dragon, le vampire ; plusieurs arbres, le noyer entre autres, étaient l'objet d'un culte particulier. Le soleil n'était pas oublié, non plus que la lune et l'aurore, et les chevaux du jour et le cheval noir de la nuit.
Les Magyars croyaient à la divination ; ils avaient aussi des magiciens distincts, des devins et des prêtres. Un véritable ordre sacerdotal partageait le pouvoir avec le prince. Les prêtres offraient à la divinité des chants, des prières, des sacrifices de toutes sortes, même des sacrifices humains, dans les bois sacrés, sur les autels. Dans l'ensemble des choses, l'âme humaine conservait son existence indestructible et immortelle ; mais elle pouvait revenir sur la terre, surtout si elle avait appartenu à un illustre guerrier. L'âme passait à cheval sous la voûte de la mort, et traversait un pont qui la conduisait au bonheur de l'autre monde ; bonheur guerrier comme les funérailles étaient guerrières.
Ainsi pouvons-nous résumer la mythologie magyare de M. Ipolyi. Elle rend compte des anciennes croyances, en tant qu'elles ont laissé des traces dans l'imagination populaire et dans les traditions locales, et du mélange introduit dans les idées du peuple conquérant par son séjour au milieu des populations conquises. Elle renferme d'ailleurs des éléments très anciens et qui présentent bien un caractère original, finnois et magyar. Mais des parasites de toute provenance encombrent cette végétation nationale, parfois difficile à reconnaître ; en plus d'un endroit, on croirait lire une analyse des moeurs des Germains, ou une page de mythologie classique, ou un abrégé du catéchisme chrétien.
M. Csengery n'a pas trouvé cette méthode assez sévère; pour découvrir le vrai fond païen, pour le débarrasser des apports successifs dus à des religions différentes, il croit nécessaire de compléter les documents hongrois, peu nombreux ou tardifs, par l'étude des autres mythologies finnoises.
De là des résultats différents sur plusieurs points de ceux auxquels M. Ipolyi a été conduit, et que nous allons exposer à leur tour.
Le ciel, l'eau, la terre, telle est la triple voie dans laquelle s'est engagé le sentiment religieux des peuples altaïques (et surtout des Finnois), t£.nt qu'ils ont vécu de leurs propres idées avant d'être initiés au christianisme. Le ciel est naturellement ce qui les a frappés tout d'abord, et parmi les phénomènes du ciel, le tonnerre, dont le nom, jumala, jummel, njtim est chez quelques-uns de ces peuples la plus ancienne expression de la divinité.
Mais peu à peu l'idée religieuse s'élargit à la vue de phénomènes et d'objets variés, moins éclatants, mais aussi puissants que le tonnerre.
Dès lors la notion de dieu-tonnerre ne suffît plus, et, dans le ciel luimême, on est amené à distinguer le dieu du ciel, et le ciel objet ou ensemble d'objets visibles. De nouveaux mots religieux alors prennent naissance : les runes finlandaises, sans négliger l'ancien Jumala, qui revient souvent, et dont le nom sera donné même au dieu du christianisme, reconnaissent maintenant un dieu personnel sous le nom de Ukko, qui éveille dans toute cette famille de langues une idée de paternité et de puissance. C'est le dieu du ciel, maître de la pluie, de la neige, des éclairs, et qui règne sur les nuages, d'où il envoie avec son arc (l'arc-en-ciel), des traits de feu. »Que le trait enflammé de Dieu le frappe !« est une malédiction bien connue en Hongrie comme en Finlande.
Au-dessous du dieu suprême de l'air régnaient, chacune dans sa sphère et sans affecter une hiérarchie polythéiste, les divinités du soleil, de la lune et des étoiles; de même la déesse Aurore et les merveilles de l'air, filles du soleil.
Si le ciel est ce que l'on aperçoit d'abord, la crainte et la reconnaissance, grands mobiles religieux, s'attachent aux , sources, aux lacs, aux fleuves qui rafraîchissent les hommes et les troupeaux, qui fournissent le poisson et qui peuvent engloutir.
De là les sacrifices longtemps offerts aux divinités des ruisseaux et des lacs, à la fée des vagues, à la vierge de la cascade, sacrifices plus tard défendus en Hongrie par les rois chrétiens.
Tous ces peuples vénéraient la terre comme une mère bienfaisante ; ils étaient arrivés à la personnifier, comme ils avaient fait pour le ciel, indépendamment de la terre visible à tous les yeux. Il y avait aussi des divinités terrestres inférieures, et ces peuplades, qui ne cultivaient pas, mais qui vivaient de la chasse, attribuaient naturellement la plus grande importance aux forêts. Certains bois, certains arbres étaient sacrés.
L'immortalité de l'âme, ou plus exactement la permanence des âmes après la mort, est très anciennement reconnue chez les peuples altaïques. Castrén, dans tous ses voyages, en a trouvé la trace chez les tribus les plus obscures et les plus ignorantes: elles croient que les chamans s'adressent aux morts fet leur demandent des conseils. Mais ce n'est pas toujours de l'amour et de la confiance qu'ils témoignent à ceux qui ne sont plus ; souvent ils redoutent leur retour comme un mauvais présage, et chez les Tchouvaches qui ferment les cercueils avec un fer rouge pour qu'ils soient plus solidement clos, le fils prie son père de ne plus revenir. C'est là l'idée la plus élémentaire, d'après laquelle l'âme reste dans le tombeau, idée que l'on trouve dans les runes, mais qui a plus tard cédé la place à une autre notion, celle du séjour des âmes dans le manala. De ce mot qui signifie »sous la terre «, vient le hongrois mano, objet de terreur.
Une multitude d'esprits protecteurs ou nuisibles sont des intermédiaires entre la divinité et les hommes; il en est qui veillent sur les
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malades ou qui secourent les voyageurs dans la tempête, les pêcheurs sur le fleuve.
C'est de ces esprits que les prêtres tiennent leur pouvoir de devins et de sorciers.
Les mages (varâzslôk) apparaissent dans l'histoire hongroise lors des ■derniers efforts contre le christianisne. Le nom de tâtos que portaient les prêtres de l'ancienne Hongrie ne peut s'expliquer que par le finlandais /a//aa, savoir.
Tel est l'ensemble d'affirmations et d'hypothèses que M. Csengery oppose à la mythologie magyare de M. Ipolyi. Le reproche qu'on pourrait lui faire, c'est de chercher un peu loin ses renseignements, plutôt en Finlande et en Asie que dans les traditions magyares. Mais sa méthode n'en est pas moins sérieuse, et concluante sur bien des points. Elle n'est d'ailleurs pas absolument inconciliable avec celle de M. Ipolyi.
De l'une comme de l'autre résulte une religion finnoise, bien que rapidement surchargée d'autres éléments; une religion ayant pour caractère essentiel le culte des forces ou des esprits de la nature ; mais avec cette disposition à reconnaître un Dieu suprême, et cette croyance en l'immortalité qui ont préparé le triomphe du christianisme.
Tous les historiens ont observé que les invasions barbares suivies de conquêtes durables, par exemple celles des Germains dans les provinces romaines, ont grandement fortifié l'autorité des chefs conquérants. Si l'on compare les institutions politiques des Magyars avant et après leur établissement en Hongrie, on se rappelle involontairement la royauté mérovingienne avant et après les succès de Clovis. Comme Clovis, comme plus tard GuUlaume de Normandie, Arpâd tirait sa principale force de la conquête elle-même, du droit de distribuer arbitrairement à ses compagnons de victoire les terres des vaincus : l'exercice de ce droit par Arpâd et par ses successeurs a été continuel, à en juger par les allusions fréquentes et sans doute incomplètes des chroniqueurs.
Mais la différence qui séparait les vieilles coutumes germaniques de la vie nomade jusque-là pratiquée par tous les peuples altaïques se retrouvait dans le mode d'établissement territorial : ce n'était pas à tel guerrier, mais bien à telle tribu ou famille qu'une certaine région, le plus souvent très vaste, était attribuée.
De là résultait encore que le pouvoir du prince ne pouvait s'agrandir jusqu'au despotisme; car une tribu dans son vaste domaine conserve bien plus d'indépendance que des guerriers isolés.
On respectait d'ailleurs l'ancien pacte juré par le premier duc, ce pacte entouré dans les chroniques de circonstances légendaires, mais dont la réalité est attestée par la tradition nationale: les tribus et les familles, subdivisions de la tribu, les huit tribus et les cent huit familles, conservaient leur existence non seulement sociale, mais politique. Les exigences
de la discipline militaire rendaient aussi absolu que possible le pouvoir du chef suprême en cas de guerre générale, mais elles n'empêchaient pas chaque tribu de faire des expéditions pour son propre compte. D'autre part, la tribu n'étant pas une nation et n'y prétendant en aucune sorte, la Hongrie ne risquait pas de se morceler en un grand nombre de petites républiques guerrières ou de petites principautés; dès cette époque nous remarquons dans ce pays un heureux équilibre de l'unité nationale et de l'indépendance locale qui lui a donné la force de survivre à d'affreux malheurs.
La puissance ducale rencontrait d'autres limites que l'autonomie relative des tribus. D'abord elle n'était pas précisément héréditaire ; elle procédait d'une élection ou d'une acclamation, toujours il est vrai dans la famille d'Arpâd, mais sans que l'ordre de primogéniture fût rigoureusement consacré par l'usage ou par la loi. Ensuite elle était contrôlée par celle du gylas et du kar-kan, d'un pouvoir judiciaire suprême et de l'assemblée générale des chefs assistés de nombreux hommes libres. Enfin, les * vainqueurs n'étaient pas dispersés au milieu des vaincus, comme les Normands le furent au milieu des Anglo-Saxons ; ils formaient une masse compacte dans la plaine, au centre du pays, et n'ayant pas à redouter un soulèvement général de la population conquise, ils n'éprouvaient pas le besoin de se ranger sous l'autorité absolue de leur prince.
Aussi voyons-nous que de très bonne heure les souverains de la Hongrie, pour fortifier leur pouvoir, firent venir des étrangers, tantôt des Bulgares, Cumans ou Petchénègues, milices toutes prêtes et n'obéissant qu'au roi, tantôt des chevaliers allemands ou d'habiles politiques italiens, attirés par les présents royaux et par la grande situation où les plaçait aussitôt la faveur royale: fait très important pendant plusieurs siècles de l'histoire hongroise.
Les coutumes sociales étaient en rapport avec les institutions politiques. Tous les membres de la famille et même de la tribu se regardaient comme frères; ils étaient tous libres et tous nobles; c'est là l'origine de la nombreuse petite noblesse qui a toujours été le nerf de la Hongrie. Le mariage était respecté, et la polygamie probablement interdite. Les chefs de famille et de tribu étaient comme les ducs eux-mêmes, à moitié héréditaires, à moitié électifs ou acclamés.
Les terres assignées à la tribu et à la famille par le duc ou par l'assemblée de la Nation, étaient la propriété de tous, même lorsque les diverses branches de la famille se les étaient partagées pour y construire des huttes qui devinrent peu à peu des maisons, et pour y faire paître les troupeaux en attendant la culture.
Les chefs n'avaient pas encore de domaine à part; c'est seulement lorsque le régime de la Hongrie fut devenu agricole que les chefs devinrent propriétaires pour une partie et seigneurs pour le reste. Dans les pre-
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miers temps, la tribu ducale, celle qui vivait sous l'autorité immédiate du prince, s'établit au centre de la contrée, du côté de Pesth et d'Albe- Royale, plus riche peut-être, mais sans aucune suprématie.
Les anciens Magyars goûtaient peu le séjour des villes, et longtemps cette vie sédentaire a continué à leur répugner. Longtemps ils laissèrent les villes aux habitants qui les avaient précédés, ou aux colons étrangers qu'ils appelèrent dans leur empire. Maîtres de la plaine, ils se contentèrent d'être les souverains des montagnes sans y habiter, ce qui a fait dire qu'ils avaient détruit les populations de la plaine ou les avaient chassées dans les montagnes.
Les historiens patriotes défendent leurs ancêtres contre ces accusations. Ils soutiennent que les Magyars ignoraient la cruauté contre ceux qui ne résistaient pas; que les seuls prisonniers de guerre devenaient esclaves, et encore avec l'espoir d'obtenir leur liberté ; que le régime de la liberté commune n'a disparu que devant le régime féodal.
Quoi qu'il en soit, nous devons regretter de n'avoir pas de documents plus nombreux et plus positifs sur l'état social de cette époque; mais surtout d'avoir perdu jusqu'aux traces de la première culture intellectuelle des Magyars et de leur première industrie. L'archéologie nationale très active depuis quarante ans à Pesth et dans la province, a trouvé bien peu de chose sur cette époque ; signalons toutefois le tombeau païen de Veréb renfermant des étriers, des mors, divers objets qui ressemblent à ceux que l'on a trouvés dans les tombeaux livoniens, plutôt qu'à ceux trouvés en Allemagne, avec des pièces d'argent portant le nom de Bérenger, et provenant sans aucun doute des incursions en Italie.
Pas un seul vers ne nous est parvenu de ces chroniques chantées par les bardes Magyars, les Hegedôs, en l'honneur des héros ou à l'occasion des fêtes de famille joyeuses ou lugubres, des mariages ou des funérailles. L'Église du moyen âge les a proscrites comme entachées de paganisme et propres à en perpétuer les erreurs aussi bien que les souvenirs. Au moins pouvons-nous en affirmer l'importance dans la vie hongroise de cette époque : la musique des tziganes, si populaire encore aujourd'hui, est un lointain écho des vieux hegedôs.
Les regrets ne sont pas éternels, et les peuples n'en peuvent pas vivre. Vers la fin du dixième siècle, il fallait que la Hongrie entrât dans une phase nouvelle ; de même que les incursions et la guerre presque permanente n'étaient plus possibles, de même les vieilles moeurs, issues du régime nomade, allaient s'effacer devant la civilisation chrétienne des peuples voisins.
Le roi Saint Etienne et son patron céleste.
(Reproduction d'une partie du Manteau antique servant dans les cérémonies du couronnement
des rois de Hongrie.)