‹ Histoire générale des HongroisChapitre 7 sur 54 · SAINT ETIENNE ET LA CONVERSION AU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

SAINT ETIENNE ET LA CONVERSION AU CHRISTIANISME

VJEiZA est le premier des Arpâd chrétiens et le précurseur de Saint Etienne ; on pourrait le considérer, toutes proportions gardées, comme le Pépin-le-Bref de ce Charlemagne. Il n'est presque aucun trait du règne de son fils que l'on ne trouve au moins indiqué dans son principat : conversion au christianisme, introduction des étrangers, rapports plus fréquents et plus pacifiques avec les nations voisines; il a tout préparé, tout ébauché, sinon tout accompli.

La réputation qu'il a laissée est celle d'un chef dur pour les siens hospitalier et prévenant pour les hommes venus du dehors. Sauf l'expédition accidentelle contre l'Allemagne, dont il a été déjà fait mention, il a évité la guerre, devenue un fléau épuisant pour son peuple. Par là même il fortifiait son pouvoir et préparait la transformation de l'autorité ducale en un système monarchique régulier, car les étrangers appelés, établis, favorisés de toutes manières, étaient prêts à aider leur protecteur contre les chefs des tribus.

Lorsque Tibold de Fanberg et Wenzel de Wasserbourg devenaient les fondateurs de puissantes familles hongroises; lorsque Hunt et Pâzmân destinés à armer un jour »du glaive, selon la manière teutonique,« Etienne, fils du roi, étaient retenus amicalement par Geiza, au retour de leur voyage d'outre-mer; lorsque Théodat, exilé d'Apulie, trouvait sur les bords du Danube une patrie nouvelle, c'étaient autant de menaces pour le régime primitif des clans magyars.

La prédication du christianisme devait nécessairement accompagner cette infiltration des races étrangères : elle en était à la fois la condition et le résultat. Geiza n'a pas eu besoin pour devenir chrétien de l'influence attribuée plus tard à sa première épouse Sarolta, qui était simplement une fille du prince Gyula, de Transylvanie, et non pas une princesse byzantine. Plus réelle a été sans doute l'influence de la seconde épouse de Geiza, Adélaïde de Pologne, soeur du grand-duc Miczislas. Pour la première fois une chrétienne était appelée à partager la rude existence des conquérants asiatiques : la nouveauté même du fait assurait son crédit, pour peu qu'elle fût habile; elle monta à cheval, but, chassa aux côtés de son époux, qu'elle rendait chaque jour plus favorable aux étrangers et aux chrétiens.

Sans parler des nouveaux venus, dont l'introduction commençait à peine, il est probable que les races vaincues de la Hongrie avaient en grande partie renoncé au paganisme, surtout à droite du Danube, dans l'ancienne Pannonie. Toutefois on doit remarquer que les contemporains nveisagent la conversion de toutes ces régions, bien que facilitée par les vaincus demeurés fidèles, comme une oeuvre entièrement nouvelle à entreprendre.

Les Grecs, les Allemands, les Slaves se la disputaient. L'Église d'Orient, nous l'avons vu, avait fait le premier pas ; le second était réservé au Saint Empire et à l'Église allemande. Ce fut une des dernières pensées du glorieux Otton-le-Grand, qui envoya à Gran, Bruno, évêque de Verdun. Peu après (975) Pilgrin, évêque de Passau, réclama cette tâche comme lui revenant de droit; il se croyait assuré de l'accomplir.

»La terreur qu'inspirait cette nation, écrivait-il au pape Benoît VII, a longtemps rendu le pays inaccessible aux prédicateurs de mon diocèse et d'autres provinces; mais Dieu a daigné ouvrir cette porte. Beaucoup de Hongrois m'ont prié de venir chez eux ou d'y envoyer des évangélistes. Les chrétiens du pays osent construire des oratoires et délier leur langue captive en l'honneur du Seigneur. Les barbares n'empêchent point de baptiser leurs sujets, ils laissent les prêtres libres d'aller oia ils veulent. On peut regarder le peuple hongrois presque tout entier comme disposé à recevoir la foi.«

La cour de Rome avait, à plusieurs reprises, déclaré les évêques de Passau successeurs de l'archevêché détruit de Lauriacum, notamment quant

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à révangélisation de la Pannonie. Cette fois Benoît VII se pressa un peu trop d'annoncer aux évoques de Gaule et de Germanie la conversion des Hongrois. Geiza lui-même n'avait pas quitté ses anciens dieux: il se disait assez riche pour sacrifier à deux cultes.

Les vrais apôtres de la Hongrie ne furent ni des Italiens, ni des Allemands, ni des Grecs ; ce furent des Slaves de Bohême. L'évêque de Prague que les Tchèques appellent Wojtech, celui-là même que les documents ecclésiastiques nomment Saint Adalbert, vint trouver Geiza dans les dernières années de son règne. Suivant une légende très répandue depuis, une vision aurait annoncé au duc magyar l'arrivée de ce saint personnage et lui aurait ordonné de le bien recevoir.

Wojtech acheva la conversion du prince et de sa cour barbare; il baptisa sous le nom d'Etienne l'héritier du prince, Waïk alors âgé de vingt ans. Il parcourut le pays, luttant par les seules armes de la persuasion contre le paganisme soit des Slaves soit des Magyars, aidé par l'autorité ducale dans la construction des églises, aidé aussi dans la prédication par d'autres ecclésiastiques venus de Bohême.

Le succès fut certainement plus complet auprès des Slaves conquis, naturellement disposés à écouter leurs frères par la race et par la langue, qu'auprès des Magyars conquérants, dédaigneux de la religion de leurs sujets. Adalbert porta ensuite son ministère sur les bords de la Baltique, où il devait mourir pour sa foi.

La famille arpadienne, tout-à-fait acquise

au culte nouveau, conclut de nombreuses allian- (D'après le Manteau du couronnement.)

ces avec les familles souveraines de l'Europe

chrétienne : si l'une des filles de Geiza devint l'épouse d'Aba, simple prince Kabar, une autre épousa Boleslas le Brave duc de Pologne, une troisième, le doge de Venise Urseoli: elle a laissé chez les Vénitiens, habituellement pleins de mépris pour les barbares et peu disposés à admirer des princesses étrangères, une durable réputation de beauté.

Quant au néophyte Etienne, il épousa la bavaroise Gisèle, qui devait fortifier l'influence occidentale et latine sur la civilisation magyare. Bientôt la mort de Geiza (997) lui laissa le pouvoir ducal, bien plus fort qu'au moment de la conquête.

Les circonstances n'étaient pas moins favorables au dehors. Otton III était tout entier à ses vastes projets impériaux, pendant que les deux Boleslas, celui de Bohême et celui de Pologne, étaient, comme le russe Wladimir, occupés dans leurs propres États, et que l'Empereur Basile contenait avec peine les ambitieux chefs de ses armées. Le règne d'Etienne en fut plus facile, et malheureusement il en est resté aussi plus obscur : les

La reine Gisèle.

relations politiques et guerrières avec les peuples étrangers étant devenues très rares, les sources étrangères, si précieuses jusque-là et si précieuses depuis, font presque entièrement défaut. Elles sont désavantageusement remplacées par des légendes tardives, travaillées elles-mêmes et remaniées arbitrairement par plusieurs générations de chroniqueurs préoccupés des causes à soutenir plus que de la vérité des faits. Une biographie du premier roi magyar est donc nécessairement en partie conjecturale. Heureusement des lois authentiques permettront d'apprécier plus sûrement son oeuvre que sa personne et que les événements de sa vie.

Pendant les trois premières années, Etienne fut un simple duc comme ses ancêtres, mais il travailla déjà à étendre partout son autorité suprême, en même temps que le christianisme. Ce ne fut pas sans résistance. Dans le pays de Somogy, au sud du lac Balaton, dominait le puissant chef Koppâny, fils de Zirind le Chauve, qui prit les armes au nom de l'ancienne

Pièces d'argent de Saint Etienne.

liberté et des anciens dieux; nul doute que les partisans de cette double cause n'aient afflué dans son armée de toutes les régions de l'empire Magyar, Le prince Etienne avait pour lui et sous ses ordres, avec les Hongrois chrétiens, de nombreux étrangers, et il s'annonçait comme devant briser les fers des esclaves chrétiens.

La bataille s'engagea sur les bords du Danube. Etienne aurait fait voeu d'enrichir avec les dépouilles de son ennemi le couvent de Saint- Martin, élevé par son père sur le mont de Pannonie. Koppâny reçut, dit-on, le coup mortel de Wenzel de Wasserbourg, et son corps fut écartelé par l'ordre du vainqueur qui en aurait fait exposer les membres aux portes des principales villes, afin d'avertir les rebelles et les ennemis de la foi.

Cette victoire dut contribuer à la rapide propagation, au moins apparente et extérieure, du christianisme. Un chef Petchénègue, nommé Thonusoba, ne pouvant supporter ce spectacle, aurait protesté non par les armes, mais par le suicide : preuve du découragement des païens. Etienne, devenu

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un souverain incontesté, voulut mettre le sceau à sa puissance intérieure, et du même coup à l'alliance de son peuple avec les nations chrétiennes, en revêtant le titre de roi et en recevant une couronne.

Nous touchons ici à l'histoire la plus obscure bien que la plus souvent répétée, celle de la mission du religieux Astric à Rome et de la double couronne de la nouvelle royauté.

Voici d'abord le fait incontestable. Le Français Gerbert d'Aurillac, devenu le pape Sylvestre II, régnait à Rome en l'an mil. Les envoyés de Boleslas le Brave étaient en instance auprès de lui pour obtenir la proclamation de leur maître comme roi de Pologne, ce qui déplaisait à Otton III, l'impérial élève de Gerbert, à cause de ses prétentions à la suzeraineté des peuples slaves.

Sur ces entrefaites, le moine Astric arrive des monts de Pannonie. Silvestre II reconnaît le duc Etienne à titre de roi de Hongrie, et remet à son envoyé le diadème destiné d'abord au prince polonais, non sans féliciter le successeur d'Arpâd de son zèle apostolique et non sans lui laisser la pleine liberté d'achever son oeuvre en fondant des évêchés et des abbayes. Le 15 août le premier roi est solennellement couronné à Gran, qui devenait le Canterbury magyar.

Alors s'ouvre une ère nouvelle : la nation hongroise devint pacifique. Bien qu'engendrée par des pères farouches, elle craint Dieu : elle est pieuseet accepte les travaux domestiques.

Lorsque la nation hongroise fut chrétienne, et que l'oeuvre de conversion se trouva terminée, il ne resta plus qu'à se faire une place honorable au sein de l'Église universelle : Saint Etienne entama à Rome des négociations avec le pape ; malheureusement nous n'avons aucune relation authentique ni sur les circonstances dans lesquelles elles eurent lieu, ni sur la manière dont elles furent conduites. Ce n'est que dans la légende d'Hartvik, écrite un siècle plus tard, que nous trouvons un exposé détaillé des faits et gestes de la première ambassade hongroise à Rome.

Voici le récit d'Hartvik: «Quatre ans après la mort de son père. Etienne, touché de la grâce divine, envoya auprès des apôtres le prélat Astric, connu aussi sous le nom d'Anastase, afin d'obtenir du successeur de Saint Pierre, du prince des apôtres, sa bénédiction pour les chrétiens des parages de la Pannonie, récemment convertis, la transformation de l'Église de Strigonie en archevêché ainsi qu'une nouvelle reconnaissance des autres évêchés. En même temps, Etienne fit demander pour luimême par son ambassadeur un diadème royal qui lui permettrait de mener à meilleure fin et de rendre plus durable l'oeuvre entreprise avec l'aide de Dieu.«

C'était assez pour que l'on pût en conclure que la Hongrie devenait un état vassal du Saint-Siège, ainsi que le fut longtemps le royaume de Naples. Mais, il est bien certain qu'une telle assertion serait inexacte. Pour-

■quoi considérer la légende d'Hartvik comme digne de foi? Ne date-t-elle pas de l'époque qui suivit le pontificat de Grégoire VII et où le pouvoir temporel des papes atteignit son apogée, ce qui nous permet de la suspecter, d'entrevoir des confusions, des inexactitudes, si fréquentes chez les écri-

La couronne envoyée par l'empereur de Byzance Michel Dukas.

(Partie inférieure de la sainte couronne.)

vains de cette époque? La papauté n'était pas encore assez puissante au temps de Sylvestre II pour imposer sa suzeraineté à un pays comme la Hongrie; d'ailleurs, elle n'avait donné à la royauté hongroise qu'un simple titre et non point un pouvoir ou des domaines, ce qui exclut toute idée ■de sérieuse vassalité.

LES ROIS DE LA RACE D ARPAD

Le paps ne fit que consacrer un fait accompli en reconnaissant la monarchie hongroise et en envoyant une couronne de roi à Saint Etienne.

La couronne primitive de Saint Etienne, surmontée de la double croix inclinée, se compose de huit lames d'or émaillées, représentant chacune la figure d'un apôtre. La tradition trouve encore ici une confirmation : les émaux remontent au temps de .Sylvestre II, tout au moins à la fin du X-ème siècle pour tout archéologue.

Mais cette couronne ne forme plus que la partie supérieure de la

Couronne de Saint Etienne.

(Partie supérieure de la sainte couronne )

couronne actuelle des rois de Hongrie. On souda plus tard à la couronne, donnée par Sylvestre et à forme de calotte, la couronne ouverte que Geiza I. avait reçue en 1073 de l'Empereur grec Michel Dukas et dont le style, les inscriptions grecques, les dessins représentant quatre saints vénérés des orthodoxes, décèlent à première vue son origine byzantine ainsi que son époque.

En symbole de son activité. Saint Etienne reçut de Sylvestre II une croix apostolique, dont l'original a malheureusement disparu. Aussi une double croix apostolique figure-t-elle dons les anciens sceaux et porte-t-on

aujourd'hui devant les rois de Hongrie durant les grandes cérémonies une croix d'argent. Mentionnons incidemment quelques objets qui sont les accessoires de la couronne pendant les couronnements : le manteau^ chape brodée par la reine Gisèle pour l'église de Székesfehérvâr (Albe-Royale) ; le sceptre ■datant probablement du temps de Saint Etienne et le globe, donné sans doute par Louis-le-Grand ; Vépée droite, dont l'origine remonte non à Saint Etienne, mais à trois cents ans tout au plus ; enfin, les souliers et les bas, rappelant l'époque de Mathias Corvin.

Tous ces objets, antiques et vénérés, sont gardés, ainsi 'que la couronne, dans un simple coffrefort que fit fabriquer Mathias VI et conserve le trésor de la cathédrale d'Esztergom.

Passons aux droits que Saint-Étienne se vit accorder par le pape et ■que l'on connaît sous le nom de »jus patronatus«. Le roi de Hongrie dispose des biens importants qui appartiennent à l'Eglise ; il dispose également des biens moins importants, quand ceux-ci ne sont soumis à aucun autre patronat. Ainsi donc, il nomme tout archevêque, évêque, chanoine, abbé ■séculier ou ecclésiastique, doyen tant efilectif que temporaire.

Sans attendre l'approbation du pape, qui ne concerne que la juridiction, les archevêques et évêques, sitôt nommés, exercent leurs fonctions, jouissent des l'usufruit des biens ecclésiastiques et des droits que leur reconnaît la constitution nationale. On ne saurait dire que le roi présente des candidats ou qu'il postule en leur faveur : il fait des nominations au sens le plus étroit du mot.

Le roi peut déplacer tout bénéficiaire, comme il peut créer de nouveaux archevêchés et évêchés, avec l'approbation du pape; à son gré, il partage les diocèses ou ne nomme qu'un seul titulaire. Il lui est, généralement, loisible de créer ou de supprimer des bénéfices ecclésiastiques. Une fois supprimés, il les emploie à de bonnes oeuvres. Il est libre d'appeler des ordres religieux dans le pays ou de les en expulser. Les revenus des archevêchés et des évêchés vacants sont à sa disposition; il en fait bénéficier les oeuvres d'utilité publique.

Enfin, en sa qualité de suprême protecteur et défenseur de l'Église catholique, le roi de Hongrie peut mettre sous séquestre les bénéfices ecclésiastiques, et surveille l'emploi, conforme aux introductions des testataires ou donataires, des fondations pieuses ainsi que des fonds destinés à entretenir le culte et l'enseignement.

Il est certain qu'Etienne exerça ces droits, et que ses successeurs les ont considérés comme leur appartenant. Il n'a même pas attendu ses négociations avec la cour de Rome pour défendre contre le clergé allemand l'indépendance de la naissante Église de Hongrie. Afin d'écarter les prétentions des évêques de Passau appuyées jusque-là sur l'acquiescement des papes, il institua l'archevêché primatial de Gran et l'évêché de Kalocsa, qui devint ensuite le second archevêché du royaume, ce que le siège d'York était en Angleterre.

LES ROIS DE LA RACE d'aRPAD

Depuis l'an 1000 furent fondés successivement les •diocèses de Pécs (Funfkirchen), de Weszprim, de Csanâd, ■de Bacs, de Gyôr (Raab), d'Erlau, de Transylvanie, peutêtre aussi ceux de Nagyvârad (Grosswardein), de Vâcz et de Nyitra, bien que la date de ces trois derniers soit ■contestée. La carte ecclésiastique du royaume a été fort peu modifiée depuis, si ce n'est au temps de Marie Thérèse.

Beaucoup de Magyars s'indignaient de devenir en quelque sorte les sujets de prêtres pour la plupart étrangers, malgré le soin que mettait le roi à préserver l'indépendance nationale de l'Église. La petite cour bâFfeare de Gyula-le- Jeune, prince de Transylvanie, était le foyer de toutes les résistances ; le christianisme de l'Église grecque, répandu chez les Valaques du pays, était combattu par ce petit souverain, descendant de -T-uhutum, qui faisait alliance avec les Petchénègues de Moldavie.

En revanche les Székely s'allièrent avec le roi qui entreprit une campagne victorieuse dans cette région de vallées fertiles et de montagnes abondantes en richesses de toutes sortes (1002). Gyula fut fait prisonnier avec sa famille et n'obtint sa liberté qu'en se soumettant au baptême. La profession extérieure du christianisme fut également imposée aux habitants de toute race.

Etienne ne se borna pas là; il réunit entièrement la Transylvanie à son royaume, la faisant gouverner par un simple voïvode, et y établissant, d'une part un évêché, d'aU^e piaït ut^e colonie de Bavarois vehus aVec h. reihe Gisièlfe. Puis il marcha contre Kean, chef des Petchénègues, le tua et pilla son camp. Quelques années plus tard, le dernier prince un peu indépendant, le dernier successeur de Glad? chef 1?iiil^à)rè, périt dans une lutte dont les détails sont mal connus: l'unité du royaume sous le sceptre de Saint Etienne était désormais accomplie.

Les relations avec les deux Empires d'Orient et d'Occident, furent assez longtemps pacifiques. Elles furent même amicales avec l'Allemagne tant que vécut l'Empereur Henri II, duc de Bavière et beau- frère de Saint-Étienne. Lorsque Bruno, frère de Henri, eut échoué dans une tentative de révolte, il se réfugia auprès du roi de Hongrie qui réussit à ménager une réconciliation. Mais l'avènement de Conrad le Salique (1024) fut le signal d'une hostilité de plusieurs années, que diverses causes contribuèrent à envenimer.

Épée de Saint Etienne.

(Dans la cathédrale de Prague.)

D'abord Etienne crut pouvoir profiter de certaines rivalités pour mettre la main sur la Moravie, que les Hongrois avaient occupés autrefois,, et Conrad se trouva gravement offensé, comme suzerain de cette province. Ensuite le nouvel empereur donna le duché de Bavière à son fils Henri^ au mépris des droits réclamés par l'évêque Bruno et par le prince magyar Emmerich, l'un frère, l'autre neveu de Henri II. En troisième lieu, Conrad voulait obtenir pour son fils Henri la main d'Agnès, princesse byzantine, et il avait chargé l'évêque de Strasbourg de cette négociation : or le roi de Hongrie redoutait une alliance entre les deux cours impériale, surtout depuis la récente destruction de l'empire Bulgare par Basile II, destruction qui exposait le royaume magyar au voisinage immédiat des Byzantinsencore redoutables dans leur décadence. Il crut donc pouvoir refuser le passage à l'évêque de Strasbourg.

Cette querelle, dans laquelle les torts étaient partagés, sembla tourner d'abord à l'avantage des Hongrois qui envahirent la Bavière (1028). Maisdans les deux années suivantes ils eurent contre eux non seulement le jeune duc, mais l'empereur et de nombreux Tchèques, commandés par le prince Bretislas: la Hongrie fut envahie et ravagée à son tour, malgré le zèle des évêques et des moines pour la cause de leur roi. Etienne revint alors à .sa politique pacifique ; il profita du premier découragement de ses ennemis pour traiter avec eux, renonçant à toute prétention sur la Bavière, et acceptant la March pour frontière du nord-ouest, ce qu'elle est encore aujourd'hui. Conrad se réconcilia si bien avec le vieux roi magyar, qu'il ne tarda pas à faire un séjour dans son palais (1033).

Les travaux législatifs et d'organisation, véritable gloire de Saint- Etienne, n'avaient pas été longtemps interrompus par cette guerre. Son occupation favorite était de fonder des églises et des monastères: il ne l'oubliait pas même pendant ses campagnes, car le butin trouvé dans le camp des Petchénègues servit à construire la grande église d'Albe Royale qui fut pendant cinq siècles le lieu de couronnement et le tombeau des rois magyars, à la fois leur Reims et leur Saint-Denis.

Le pieux roi aimait, comme la reine Gisèle, comme leur fils Saint Emmerich, visiter en personne les constructions religieuses pour lesquelles il avait fait venir des architectes de Byzance et d'Italie; il en faisait le tour, il les examinait intérieurement pour s'assurer qu'on les bâtissait solidement et avec les ornements convenables. Quoique la Hongrie fût décidément acquise à l'Église latine, tout élément oriental n'en était pas encore exclu: si le comte Sanseverino venait fonder une abbaye à Tata, un autre monastère était créé à Weszprim par des religieuses grecques, qui recevaient de la royauté des donations et des diplômes écrits dans leur langue.

Quelques-unes des églises et des maisons conventuelles possédaient des écoles, dont les plus élevées formaient des clercs théologiens ; peut-être

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